PORTRAIT POLITIQUE DES PAPES
(JUSQU'A
1822)
XVIe SIÈCLE.
PIE III
CCXVIIe PONTIFE. EN 1503.
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FRANÇOIS PICOLOMINI, neveu du pape Pie
II, fils de sa soeur Léodamie,
cardinal-diacre, surnommé de Sienne, fut
élu pape, le 22 septembre 1503, et mourut le
18 octobre de la même année,
après à peine un mois de pontificat.
Quelques écrivains disent qu'il
n'était pas neveu, mais fils de Pie II.
Plusieurs autres encore assurent qu'il fut
empoisonné par Pandolphe Petrucci,
gouverneur de Sienne.
JULES II
CCXVIIIe PONTIFE. DE 1503 A 1513.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_II
JULIEN DE LA ROVÈRE, neveu du pape Sixte
IV, cardinal de Saint-Pierre-ès-Liens,
évêque d'Avignon, fut élu pape,
le 1er novembre 1503, et mourut le 20
février 1513.
Plusieurs écrivains respectables assurent
qu'il acheta les voix, une partie aux poids de
l'or, et les autres par des promesses d'emplois et
de dignités. Quelques-uns ajoutent que l'on
peut aisément croire ce fait et d'autres
pires encore de la part de Jules II, dont la
conduite fut très
relâchée ; car les femmes seules
ne suffisaient pas à sa luxure ; on
l'accuse de sodomie.
Il maria sa fille Félicie à Jourdain
des Ursins, et Lacine, sa nièce, à
Antoine Colone. Sa passion abusa de deux jeunes
gens envoyés à Rome par la reine
Anne, épouse du roi de France Louis XII.
Après être parvenu au pontificat, il
fut cruel, sanguinaire, féroce,
et plus propre à
être général d'armée,
que pasteur paisible de l'Église.
Il excita la guerre dans toute l'Europe, surtout
entre l'empereur d'Allemagne et les rois de France,
d'Espagne, d'Angleterre et de Naples : la
malheureuse Italie en fut le théâtre,
parce qu'il aspirait à y dominer seul. Il
lança des bulles d'excommunication contre
les rois de France et de Navarre et la
république de Venise, et mit en interdit
tous les domaines de ces puissances, pour des
querelles purement temporelles.
Il déclara schismatique le roi de Navarre,
Jean d'Albret, et le déposa de la couronne,
en autorisant tout prince catholique à
s'emparer de son royaume. L'abbé Fleuri ne
voulut jamais croire à l'existence de cette
bulle ; mais il serait forcé d'y croire
aujourd'hui, s'il vivait, puisqu'il pourrait lire
le texte de la publication, dans l'appendix de
l'Histoire d'Espagne, par Jean de Mariana,
imprimé à Valence, chez Montfort. Les
éditeurs auraient même pu y ajouter
d'autres preuves, s'ils eussent pris la peine de
lire les Actes capitulaires de l'église
cathédrale de Calahorra, qui mentionnent la
publication et l'affiche des copies à la
porte du Temple.
La conduite de Jules II, pendant son
pontificat, fut si opposée à celle
d'un successeur de Saint-Pierre, qu'en partant pour
faire la guerre à divers princes d'Italie,
il fit jeter dans le Tibre un
paquet de clefs, symbole des
clefs spirituelles, en disant :
« Puisque les clefs de
Saint-Pierre ne me servent de rien, je les jette,
et je saisis l'épée de
Saint-Paul. » En un mot, il permit au duc
d'Urbin d'assassiner le cardinal de Pavie en sa
présence.
Quoiqu'il eût promis avec serment, avant et
après son élévation au
trône pontifical, de convoquer un concile
général, pour réformer les
abus du chef et des membres de
l'Église, ce fut en vain qu'on le requit
plusieurs fois de le faire, en lui rappelant le
décret du concile de Constance, qui ordonne
d'en assembler un tous les dix ans. Sur son refus,
les cardinaux en convoquèrent un à
Pise, où ils suspendirent Jules de
l'exercice de la puissance pontificale, et ils en
seraient sans doute venus à le
déposer, si l'empereur Maximilien 1er, pour
ses intérêts particuliers, n'eût
changé de parti. Alors Jules convoqua un
autre concile à Rome, au couvent de
Saint-Jean-de-Latran : mais les
écrivains conviennent que ce fut avec des
intentions perfides, car il ne pensait à
rien moins qu'à réformer les abus
d'un pouvoir arbitraire, qui lui servait à
multiplier les malheurs de l’Italie.
Après avoir excommunié le roi de
France et son armée, le duc de Ferrare et
ceux qui lui donneraient du secours, les
Vénitiens et leurs alliés, il mourut
enfin, abhorré comme un monstre
féroce, guerrier, turbulent, sanguinaire, et
ennemi de la paix : aussi ne fut-il
regretté de personne.
LÉON X
CCXIXe PONTIFE. - DE 1513 A 1521.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Léon_X
JEAN DE MÉDICIS, né à
Florence, cardinal-diacre, fut élu pape
n'ayant que trente-six ans, le 11 mars 1513, et
mourut le 15 avril 1521.
On lui attribue la gloire d'avoir été
le restaurateur des lettres et du bon
goût : cet éloge serait plus
juste, si on l'en eût appelé seulement
le protecteur ; car on comptait
déjà, avant lui, de très
savants critiques, tels que Antoine de Lebrija, en
Espagne ; Désiré Érasme,
à Rotterdam, et d'autres dans
différents pays.
Mais, même quand il en serait ainsi, ces
éloges ne peuvent couvrir les
iniquités personnelles du pape, ni compenser
les maux que produisirent ses passions.
Étant cardinal, il montra une inclination
extrême pour la poésie, la musique,
les festins et tous les genres de plaisir ; et
s'il parvint au pontificat, ce ne fut que par
conspiration des jeunes cardinaux qui
désiraient et obtinrent un jeune
pape.
Les historiens complaisants de Rome disent qu'il
n'intervint aucune simonie dans cette
élection ; mais de la Mirandole, son
contemporain, dans son livre De fide et ordine
oredendi, où il examine la question si
les papes et les conciles peuvent errer, parle
ainsi de Léon X. « Nous nous
souvenons d'avoir eu et adoré un pontife qui
(ne croyant pas à l'existence de Dieu)
parvint au comble de l'infidélité. Il
en donnait bien la preuve, soit en achetant le
pontificat, soit dans la pratique
d'iniquités de toute espèce, car il
avoua devant quelques-uns de ses domestiques, que,
ni avant d'être pape, ni après,
il ne croyait à l'existence de
Dieu ».
C'est pour cela que l'auteur de la
Récusation du concile de Trente,
écrivit que Léon X, après
avoir dîné, fit disputer en sa
présence deux philosophes sur
l'immortalité de l'âme. Ils en
laissèrent la décision au souverain
pontife, qui leur dit : « Le
défenseur de l'immortalité a
donné des raisons nombreuses et très
agréables, mais celles de son adversaire me
paraissent plus fortes ».
Le savant Bembo, qui fut depuis cardinal,
voulut un jour, confidemment, lui persuader cette
proposition, en s'appuyant sur un texte de
l'Évangile.
Léon X en colère, lui dit :
« Quoi ! prétends-tu me
convaincre avec un texte de
contes ? »
En ajoutant à cela la vente des indulgences,
sous prétexte des frais de construction de
l'église de Saint-Pierre, nous ne devrons
pas faire le portrait politique
de Léon X, en nous
guidant sur le récit des bulles
pontificales, ni sur les éloges que la
crainte lui a prodigués dans Rome. Ses
oeuvres, sa conduite, et les témoignages
publics de sa magnificence toute mondaine, doivent
nous en fournir les couleurs.
Son ambition de commander à toute l'Italie,
et d'élever, comme il y réussit, la
famille des Médicis au rang des souverains
de l'Europe, le rendit l'instigateur injuste des
guerres qui firent répandre le sang humain
et appauvrirent l'Italie. Ce fut par les
mêmes motifs qu'il fomenta la guerre entre
Charles-Quint, empereur d'Allemagne, roi d'Espagne
et des Deux-Siciles, et François 1er, roi de
France ; et qu'il fut perfide dans ses
traités avec les deux monarques.
On a coutume de vanter beaucoup le zèle
qu'il manifesta pour la pureté de la
religion catholique contre Martin Luther et sa
secte. Je regarderais cet éloge comme juste,
si je voyais que Léon n'eût point
fourni matière aux déclamations de
Luther et des autres protestants, en
réformant sa cour ecclésiastique et
les règlements de la chancellerie,
conformément aux décrets des conciles
de Constance, de Bâle et de Pise. Au
contraire, il ne fit qu'irriter davantage ceux qui,
par dépit, en vinrent à attaquer le
dogme, et mirent, par là, les choses en pire
état, après les bulles de Léon
X contre Luther.
Quels sont les effets qu'à produits sa
conduite ?
Ce sont ceux que nous voyons en Angleterre, en
Suisse, en Saxe, en Bavière. en Hollande, en
Allemagne, en Wurtemberg, en
Hanovre, en Prusse. en Suède, en Dannemarck,
en Russie, dans les États-Unis
d'Amérique, et en divers autres pays
d'outre-mer subordonnés à ces
différentes puissances. Ainsi la religion
catholique romaine s'est trouvée
réduite à un tiers de l'Europe, sans
autre vrai motif que les abus de la cour de Rome,
auxquels Léon X n'a pas voulu
remédier, même au milieu de
l'orage.
Dès le douzième siècle, les
séparations de l'Église romaine
commencèrent par les Vaudois, et furent
suivies par les Albigeois, les Wiclefistes, les
Hussites, et par tant d'autres jusqu'à
Luther. Toutes fondaient leur source sur les
désordres, l'ambition, l'avarice et le
despotisme des papes, attachés au
système de Grégoire VII, à la
fin du onzième siècle. Toutes
publiaient que Rome était changée en
Babylone, et le pape en antéchrist. Tous les
hommes pieux réclamaient respectueusement la
réforme des abus, afin d'ôter aux
hérétiques tout prétexte de se
séparer de l'Église. Les conciles de
Constance et de Bâle s'occupèrent
sérieusement de cet objet. Les papes
cependant avaient méprisé
l'exécution des décrets, et ne
pensaient qu'à accroître leur grandeur
temporelle.
Je crois donc que Léon X est l'auteur de
tout ce que nous voyons. S'il eût
été ce qu'il devait être, il
aurait reconnu que le moine Martin Luther, dans le
principe, avait raison de déclamer
contre la vente des indulgences,
et, jaloux d'éviter les funestes
conséquences ultérieures, il aurait
changé de système, en revenant, du
moins pour gouverner l'Église, au mode en
usage dans la première moitié du
onzième siècle, s'il n'eût pas
voulu, comme cela devait être, revenir
à celui des quatrième et
cinquième siècles, à
l'égard des souverains temporels, ou
à celui des premier et deuxième,
à l'égard des évêques et
des affaires ecclésiastiques. Luther,
Calvin, Zwingle, Oecolampade, Melancthon,
Bucère et tant d'autres dissidents du
seizième siècle fussent restés
unis à l'Église : les Hussites
de Bohême et des autres pays se seraient
réconciliés ; les Russes et tous
les Grecs ne se seraient pas désunis, et les
rois des monarchies protestantes n'auraient pas eu
d'intérêt à former des
Églises séparées de Rome.
Que les papes, enfin, soient tels que les douze
premiers, et il n'y aura pas de souverain, de
nation, ni de patriarche, qui aient de la
répugnance à reconnaître la
primatie de Rome, réduite dans les vraies
limites des livres canoniques du Nouveau-Testament,
des quatre premiers conciles
généraux, et de l'histoire
ecclésiastique des six premiers
siècles.
ADRIEN VI
CCXXe PONTIFE. - De 1522 A 1523.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Adrien_VI
ADRIEN FLORENTÉ, né à
Utrecht, cardinal, évêque de Tortose,
inquisiteur général d'Espagne, et
précepteur de l'empereur Charles-Quint, fut
élu pape pendant qu'il était en
Espagne, le 9 janvier 1522. Il ne changea pas son
nom, chose sans exemple depuis un grand nombre de
siècles auparavant, et qu'on s'imaginait
être obligé de faire.
Amédée, duc de Savoie, avait voulu
conserver le sien, lorsqu'il fut élu pape
par le concile de Bâle, pendant la vie
d'Eugène IV ; on lui dit que cela ne
pouvait pas être, puisque Jésus-Christ
avait voulu appeler Pierre celui qui
auparavant se nommait Simon.
Adrien VI mourut le 24 septembre 1523. Quelques-uns
ont soupçonné qu'il avait
été empoisonné : ce qui
n'est pas incroyable, parce que, dans son court
pontificat, il manifesta l'intention de
réformer les abus de la cour romaine ;
et cela suffisait pour lui faire
beaucoup d'ennemis puissants cl audacieux.
Ceux-là ne purent supporter patiemment,
même après sa mort, qu'Adrien,
écrivant à la diète
impériale de Nuremberg, sur les affaires de
la religion troublée par Luther,
avouât que les fautes des prélats
étaient cause que Dieu avait permis cette
persécution contre son Église, et
qu'il promît d'imiter Jésus-Christ,
qui, pour corriger le peuple, avait commencé
par le temple : « Nous savons,
disait-il, que, même sur le
Saint-Siège, il s'est commis pendant
longtemps des choses abominables, des abus dans les
affaires spirituelles, des excès dans les
mesures, enfin des perversités de toute
espèce. Lorsque la tête est malade, il
n'est pas étonnant que les membres se
ressentent de la contagion, le mal passe des
souverains pontifes aux prélats
inférieurs. Pour ce qui nous regarde,
disait-il à son légat, tu promettras
que nous emploierons tout notre zèle pour
réformer d'abord notre cour, comme
étant la source d'où est
émané tout le mal ; car, ayant
produit par son mauvais exemple, tous les vices et
tous les désordres des autres
prélats, il est juste qu'elle influe par sa
bonne conduite sur la réforme des
inférieurs. Nous allons nous livrer à
cette entreprise, avec toute l'efficacité
à laquelle nous nous croyons obligés,
d'autant plus que nous voyons le désir
ardent que témoigne toute la
chrétienté pour cette
réforme. »
Ce dessein ne pouvait plaire aux Romains ;
Palavicino même, dans son histoire du concile
de Trente, s'est permis de flatter les papes, en
leur disant qu'Adrien VI fut un imprudent de
confesser, avec une candeur excessive, ce qui
pouvait dénigrer la conduite des papes. Ne
nous étonnons donc pas si sa mort fut si
prompte ; il était dans l'ordre
d'anticiper sa déposition définitive
du pontificat.
Étant inquisiteur général en
Espagne, il adopta la doctrine d'un de ses
inquisiteurs subalternes, qu'il eut dû
rétracter étant pape, et qu'il ne
rétracta pas. Albertino, inquisiteur de
Mayorque, qui fut ensuite évêque de
Pati en Sicile, soutint que l'on pouvait et que
l'on devait révéler le secret de la
confession sacramentale, quant au fond de l'objet
qu'on y avait déclaré, pourvu que
l'on cachât le nom de celui qui l'avait
confessé, et si l'usage de cette
révélation pouvait éviter le
mal du prochain. On défendit cette doctrine,
à l'occasion de la révélation
d'un projet d'assassiner un
inquisiteur.
CLÉMENT VII
CCXXIe PONTIFE. - DE 1523 A 1534.
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JULES DE MÉDICIS, cousin - germain du
pape Léon X, fils naturel de Julien de
Médicis, fut légitimé et fait
cardinal par son cousin, et aussi archevêque
de Florence. Le conclave l'élut souverain
pontife le 19 novembre 1523, et il mourut le 26
septembre 1334.
II fut encore plus ambitieux que son cousin, et
n'épargna aucun effort jusqu'à ce
qu'il eût réussi à
élever sa famille au rang des souverains. Il
obtint de Charles-Quint le grand-duché de
Toscane pour Côme de Médicis, et le
mariage de Marguerite d'Autriche, fille naturelle
de Charles, avec Alexandre, bâtard de Laurent
de Médicis, en le nommant duc de Florence.
Il obtint ensuite que Catherine de Médicis,
fille légitime du même Laurent,
épousât Henri II, roi de France. Tout
cela fut le fruit de ses intrigues.
Il accrut notablement le nombre des
ecclésiastiques, en approuvant l'institut
des chanoines réguliers
barnabites, et celui des capucins. Obligé de
montrer des dispositions apparentes pour la
réforme, il envoya un légat à
la diète de Nuremberg ; mais il trompa
tous les princes d'Allemagne, en proposant
seulement la réforme des abus du
clergé du second ordre, mais très peu
la réforme des abus de l'ordre
supérieur, et aucun de ceux de la cour de
Rome, et traitant d'hérétiques tous
ceux qui murmuraient contre les papes et le
Saint-Siège. Les membres de la diète
furent très mécontents d'une conduite
aussi opposée aux intérêts de
la religion catholique, dont la situation empira
dès ce moment, et les partisans de la
religion réformée s'accrurent
considérablement en diminuant les sujets
spirituels de celle de Rome.
Clément VII fortifia donc l'oeuvre de son
cousin Léon X, contre le catholicisme, par
les mêmes motifs de préférer
l'agrandissement temporel des papes aux soins
spirituels des successeurs de
Saint-Pierre.
PAUL III
CCXXIIe PONTIFE. - DE 1534 A 1549.
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ALEXANDRE FARNÈSE, né à
Rome, cardinal évêque d'Ostie, doyen
du collège des cardinaux, fut élu
pape le 13 octobre 1534, à l'âge de
soixante-huit ans, sous le nom de Paul III, et
mourut le 10 novembre 1549.
Dans un ouvrage imprimé à Paris en
1591, par Eustache Vignon, sous ce titre :
État de l'Église dans le cours des
siècles, depuis les apôtres
jusqu'à nos jours, il est dit
qu'Alexandre VI l'avait fait cardinal en
récompense de ce qu'il lui avait
cédé pour maîtresse sa soeur
Julie Farnèse.
Pendant son cardinalat, il se déguisa pour
contracter un mariage, nul et de mauvaise foi de
son côté, avec une dame de Bologne
à laquelle il persuada qu'il était
séculier, libre et majordome du cardinal
légat. Il eut d'elle deux enfants
sacrilèges, Pierre-Louis et Constance.
Le fils fut depuis duc de Parme par la faveur du
souverain pontife son
père, et c'est le tronc
de la maison Farnèse, alliée depuis
le pontificat de Paul, à toutes les maisons
souveraines de l'Europe. Constance épousa
Bosion-Sforce, qui, au rapport de quelques
historiens, mourut empoisonné par son
beau-père. Cela n'est pas sans
vraisemblance, si tout ce qu'on lui impute est
certain.
On l'accuse d'avoir fait mourir sa propre
mère par le poison, d'avoir eu sa fille
Constance pour maîtresse, d'avoir vécu
en concubinage avec sa soeur, et fait mourir un
fils qu'elle avait eu, et ensuite elle-même,
par des motifs de jalousie, ainsi que pour avoir
son héritage que lui avait laissé son
fils décédé avant elle.
Tous ces crimes horribles, et d'autres encore, sont
racontés dans cet ouvrage ; mais, quand
il n'y aurait de certain qu'une partie de ces
faits, cela suffit pour faire regarder Paul III
comme le monstre le plus affreux de son temps.
La donation de Parme et Plaisance, faite en faveur
de son fils Pierre-Louis, avait besoin d'être
confirmée par l'empereur, comme fiefs
dépendants de Milan. Il y eut, à ce
sujet, de grandes contestations, mais enfin on leva
les difficultés en mariant Octave
Farnèse, fils de Pierre-Louis, petit-fils du
pape, avec Marguerite d'Autriche, fille de
Charles-Quint et veuve d'Alexandre de
Médicis, duc de Florence. Après
beaucoup de différends avec la cour de
France, on y mit fin par le mariage d'Horace
Farnèse, duc de Castro, bâtard de
Pierre-Louis et petit-fils du pape, avec Diane
d'Angoulême, fille bâtarde dit roi
Henri II
II persécuta les luthériens et les
autres sectateurs de l'Église
réformée, en excitant l'empereur et
les rois de France et d'Espagne à les punir
de la peine capitale du feu, abandonnant ainsi les
maximes du caractère sacerdotal.
N'eût-il pas dû préférer
d'ôter les prétextes, l'occasion et la
source de toutes ces prétendues
réformes ? Mais, loin de s'occuper
à détruire les abus de Rome, il les
autorisa d'avantage par son mauvais exemple
personnel et politique.
Voulant cependant persuader le contraire, il
chargea quatre cardinaux et cinq prélats de
proposer les points qui leur paraîtraient
nécessaires. Cette commission s'exprima avec
une clarté admirable. Tous les abus, les
vices et les crimes de la cour pontificale furent
présentés, et leur réforme,
comme le seul moyen d'empêcher les
progrès de l'hérésie. Paul
parut d'abord vouloir s'y conformer, mais ensuite
il agit en sens contraire, sous prétexte,
selon le rapport de Palavicino, qu'il serait
déshonorant pour le Saint-Siège de
confesser tant d'iniquités.
Il convoqua enfin, malgré lui, le concile de
Trente, parce que les excuses et les
prétextes vinrent à lui
manquer : mais, craignant que de la
réunion de tant de prélats hors de
l'État pontifical, il pût
résulter des décrets
désagréables aux papes pour la
diminution de la puissance usurpée contre
les décisions du concile de Constance, il
n'eut point de repos qu'il ne l'eût
transféré à
Bologne.
Alors l'empereur et les évêques
allemands et espagnols s'opposèrent à
la translation, protestèrent, et le concile
fut suspendu.
Peut-il y avoir une preuve plus claire que l'objet
principal n'en était ci le dogme ni la
morale ? Sur ces deux points les
évêques auraient
décrété de même à
Trente qu'à Bologne. Sa défiance
n'était donc que pour ce qui regardait la
discipline.
Cette dernière partie empira beaucoup sous
le Gouvernement de Paul III, car, en 1536, il
inventa la fameuse bulle appelée in cena
domini, parce qu'elle se publiait tous les ans
le jeudi-saint, jour de la cène de
Notre-Seigneur. Son objet était de fulminer
des excommunications et d'autres censures contre
tous ceux qui faisaient quelque chose de contraire
à ce que les papes appelaient les
prérogatives et les droits du
Saint-Siège. Presque tous les souverains
réclamèrent contre cette bulle par
mille protestations, mais on n'en continua pas
moins la publication, et Pie V, Paul V et Urbain
VIII, y ajoutèrent encore des articles.
Clément XIV en supprima enfin la
publication.
On ne peut dire tout le mal que causa cette bulle,
car presque tous les livres d'abrégés
de théologie morale lui sont
postérieurs. Par cette raison les auteurs
embrouillèrent la doctrine de l'absolution
des péchés, réservée
aux papes ; et, quoique cette bulle ne se
publie plus, les professeurs de morale suivent ses
principes et ses conséquences comme
auparavant.
Ce fut le 27 septembre 1540, que Paul approuva
l'institut des jésuites, malgré les
grandes contrariétés
qu'éprouva Saint-Ignace de Loyola son
fondateur. Personne n'ignore les
conséquences que produisit
l'établissement de ces prêtres
réguliers, supprimés depuis par
Clément XIV. Il ne faut pas s'étonner
que Paul III les ait admis, ni que Pie VII les
rétablisse maintenant, si nous
réfléchissons qu'ils font un
quatrième voeu de plus que les autres
réguliers, et qui n'est rien moins que
d'obéir, que de suivre et d'exécuter
en tout les volontés
pontificales.
JULES III
CCXXIIIe PONTIFE. - DE 1549 A 1555.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_III
JEAN-MARIE DEL MONTE, né à Rome,
cardinal du titre de Saint-Vital, fut élu
pape le 8 février 1550, sous le nom de Jules
III, et mourut le 23 mars 1555.
Plusieurs historiens contemporains assurent que,
non seulement il était sodomiste, mais
encore qu'il promut son complice au cardinalat en
lui conférant son propre titre de
Saint-Vital, et en consentant que le favori
s'appelât cardinal del Monte, nom que
Jules avait porté lui-même.
Le nouveau dignitaire manquait de tout
mérite ecclésiastique, et dans le
service de la maison il n'avait d'autre emploi
public que celui de prendre soin d'un singe avec
lequel le pape avait coutume de s'amuser.
Jules fut si peu circonspect et si
immodéré sur ce vice, que les
pasquinades contre Jupiter et Ganimède se
multiplièrent journellement à Rome.
Jean de la Casa, archevêque
de Bénévent, en
vînt au point de composer un poème
latin, où il passait en revue les grands
personnages qui, chez toutes les nations et dans
différents siècles, avaient
préféré le vice sodomite
à celui du sexe féminin, et les
motifs sur lesquels ils fondaient cette
préférence. Cet ouvrage fut
dédié au pape ; et, quoique
l'auteur eût l'apparence de traiter ce
plaisir comme un vice, il le peignait cependant
sous des couleurs si agréables que Jules en
accepta la dédicace, de même qui si
c'eût été un traité
dogmatique bien écrit contre Luther.
Le cardinal Paul Vergio a publié la
chronique scandaleuse de ces
événements. Onuphre Panvinio, Papire
Masson, le président de Thou et autres
auteurs très graves, en racontent
suffisamment pour que l'on sache que Jules III,
pendant son pontificat, en a scandalisé
d'autres que le roi d'Angleterre Henri VIII.
Il ne fut pas non plus exempt du vice de
népotisme, car il favorisa de
préférence ses parents, et il obtint
de Côme de Médicis, grand duc de
Toscane, la nomination de son frère Baudouin
au marquisat del Monte de Saint-Séverin.
Continuant les excès de ses
prédécesseurs, il lança les
censures contre le roi de France Henri II, parce
que ce prince favorisait le duc de Parme, et il
l'excommunia avec menace de mettre son royaume en
interdit. Il est vrai qu'il fut obligé de
rétrograder, parce que Henri ordonna
qu'aucun Français n'eût recours
à Rome, et qu'il s'adressât seulement
aux évêques
diocésains, et il défendit en
même temps, sous des peines
sévères, l'extraction de l'argent. Ce
serait bien là le vrai moyen de
réformer la cour de Rome, sans attendre que
les papes la réforment d'eux-mêmes,
car jamais on n'y parviendra d'une autre
manière.
La translation du concile à Bologne n'ayant
pu produire l'effet qu'en attendait son
prédécesseur, Jules le convoqua de
nouveau à Trente. Après quelques
sessions, il en suspendit encore la continuation,
sous prétexte de la guerre qui
s'était élevée entre les
princes chrétiens ; mais, dans la
réalité, ce fut dans la crainte que
les prélats ne prissent quelques
décisions contre les abus de la cour de
Rome, puisque quelques-uns proposaient
déjà de traiter certains points qui
démontraient assez quelle était
l'opinion générale. Il mourut enfin
détesté de tout le monde, et
même des Romains qui diffamèrent sa
mémoire dans les termes les plus
méchants.
MARCEL II
CCXXIVe PONTIFE. EN 1555.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_II
MARCEL CERVINO, né à Rome,
cardinal prêtre du titre de Sainte-Croix, fut
élu pape le 9 avril 1555, en conservant son
nom, et mourut le 30 des mêmes mois et an,
après trois semaines seulement de
pontificat.
Plusieurs écrivains manifestent le
soupçon qu'on se servit du poison pour lui
ôter la vie.
Je regarde cela comme très vraisemblable,
d'autant qu'il est constant qu'à peine
parvenu à la papauté, il laissa voir
un esprit vigoureux et un ferme dessein de
réformer la cour, à quelque prix que
ce fût, afin que les ennemis de
l'Église romaine n'eussent rien à lui
reprocher avec réalité.
L'entreprise était vaste et presque
impraticable ; mais ceux qui étaient
intéressés à la continuation
des abus, pensèrent que Marcel agirait de
bonne foi et conformément à ses
discours, parce qu'il
s'était toujours montré bon, juste et
zélé pour la gloire véritable
de l'Église. Ils ne voulurent pas s'exposer
à perdre les occasions de profiter de leur
escroquerie et de leurs intrigues sous le voile
hypocrite de la religion et de la décence du
Saint-Siège.
Par malheur, l'art de préparer les poisons
de mille manières était plus connu et
plus souvent mis en pratique à Rome que dans
tout le reste du monde. Palavicino confesse la
difficulté de réformer les abus, et
le pape Marcel, qui le savait, s'écria un
jour en frappant sur la table : « Je
ne vois pas de moyen que les papes soient
sauvés. »
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