PORTRAIT POLITIQUE DES PAPES
(JUSQU'A
1822)
XVe SIÈCLE.
INNOCENT VII
CCIVe PONTIFE. DE 1404 A 1406.
Le schisme continue.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Innocent_VII
Le 17 du mois d'octobre 1404, les cardinaux
romains nommèrent pour succéder
à Boniface IX, Cosme Meliorati de Sulmona,
cardinal du titre de Sainte-Croix, qui fut
couronné le 11 novembre, et prit le nom
d'Innocent VII.
Avant de procéder à
l'élection, ils s'étaient
engagés par serment à travailler de
toutes leurs forces à l'extinction du
schisme, et celui qui était élu
devait même renoncer à la
papauté, si cette mesure, était
jugée nécessaire à la paix de
l'Église.
Innocent ne jouit que pendant deux ans de sa
dignité, et mourut le 6
novembre 1406. Il rejeta la
proposition d'une entrevue que son
compétiteur lui avait faite, et voulut qu'il
lui fût proposé d'autres moyens de
ramener le calme. Il convoqua un concile
général ; mais revînt
bientôt sur ses pas par la crainte que lui
inspira la politique des souverains.
Après avoir dépouillé Ladislas
du royaume de Naples, il prévit les suites
dangereuses que pouvait avoir ce coup
d'autorité, se réconcilia avec le
prince dépossédé et le nomma
gonfalonier de l'Église romaine. Il laissa
commettre de grandes fautes d'administration
à son neveu Louis Meliorati, qui fit
assassiner plusieurs Romains, membres du
consistoire, jusque dans le palais pontifical,
où le sénat les avait envoyés
pour y défendre les intérêts de
la ville.
Pendant que ces choses se passaient à Rome,
Benoît XIII protestait, à Avignon, de
son amour pour la paix ; mais sa conduite
répondait mal à ses discours, et son
opiniâtreté était toujours la
même : il continuait ses exactions sur
les églises de France, et inventait chaque
jour quelque nouveau moyen d'en obtenir de
l'argent.
Le roi de France, d'après l'avis de
l'université de Paris, résolut de
proposer un concile général, et ce
fut dans cet intervalle, qu'Innocent VII mourut
à Rome.
GRÉGOIRE XII
CCVe PONTIFE. - DE 1406 A 1409.
Le schisme continue.

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http://fr.wikipedia.org/wiki/Grégoire_XII
Les cardinaux romains, assemblés en
conclave le 23 novembre 1406, ne se
contentèrent pas de renouveler la promesse
et les conventions faites dans les élections
précédentes, ils convinrent aussi
que, pour éteindre le schisme, non seulement
le nouveau pape renoncerait à sa
dignité, si on le lui proposait, mais
encore, que les cardinaux se réuniraient
dans une seule assemblée pour le choix d'un
pape de l'Église universelle.
Le 30 du même mois, Ange Corrario, de
Venise, cardinal du titre de Saint-Marc, fut
élu successeur d'Innocent VII. Il prit le
nom de Grégoire XII, et ratifia
aussitôt l'engagement qu'il avait pris
d'abdiquer la papauté, si la proposition lui
en était faite par les cardinaux : il
était âgé de 70 ans, et passait
pour un homme de bien. Il
annonça lui-même au peuple romain
qu'il était prêt à remettre la
tiare pour assurer le repos de l'Église.
Cette conduite fut agréable à tout le
monde, et les membres du sacré
collège ne doutèrent plus que le
schisme ne fût sur le point de finir,
d'autant que Charles VI de France travaillait alors
de bonne foi à obtenir de Benoît XIII
le même sacrifice.
L'événement prouva que la vertu de
Grégoire XII n'était que de
l'hypocrisie, et une de ces vaines protestations,
ressource ordinaire des hommes ambitieux. Il
dissimula tant que le moment de tenir sa promesse
lui parut éloigné ; mais le
masque tomba, lorsqu'il fut impossible de cacher
plus longtemps ses desseins. Il déclara
plusieurs fois qu'il renoncerait à la
papauté, si Benoît en donnait
l'exemple le premier ; et celui-ci tint le
même langage à l'égard de
Grégoire. Il y eut de fortes raisons de
croire qu'ils s'étaient rendus coupables de
collusion pour se maintenir chacun sur leur
siège, pendant qu'ils se montraient d'accord
pour abdiquer, et divisés seulement sur la
question de savoir qui abdiquerait le premier.
Les cardinaux du parti de Grégoire surent
enfin à quoi s'en tenir sur son compte, et,
résolus de venir à bout de leur
dessein, ils écrivirent à ceux de
leurs collègues qui avaient nommé
Benoît XIII, au roi de France et à
d'autres souverains, qu'il leur semblait
indispensable de convoquer un
concile général où tous les
cardinaux s'assembleraient pour déposer en
même temps les deux papes.
Cette affaire offrait de grandes
difficultés : on parvint
néanmoins à convoquer un concile
général à Pise où, par
un décret solennel du 5 juillet 1409, Ange
Corrario ou Grégoire XII, et Pierre de Luna
ou Benoît XIII, furent déclarés
schismatiques, hérétiques, parjures,
auteurs d'un grand scandale pour l'Église,
incorrigibles et indignes de tout honneur et de
toute dignité : défense leur
était faite de se croire plus longtemps
chefs de l'Église, et il était
enjoint à tous les princes dont les
envoyés étaient présents au
concile, de même qu'à tous les autres,
en vertu de la sainte obéissance qu'ils
devaient à l'assemblée, de ne plus
reconnaître aucun des deux antagonistes,
attendu que le Saint-Siège devait être
considéré comme vacant,
jusqu'à ce que le concile eût
nommé un nouveau pape pour l'occuper.
La conduite de Benoît XIII avait
été si impolitique, que les cardinaux
des deux partis se réunirent pour faire
exécuter la résolution du concile. Ce
fut alors que le fougueux pontife fulmina une bulle
d'excommunication contre le roi de France ; et
contre ceux qui proposeraient des moyens de
conciliation pour mettre fin au schisme : la
manière dont elle fut publiée
était très offensante pour la
majesté royale, et Charles VI ayant
consulté l'université de Paris et les
universités des
autres parties du royaume,
ainsi qu'une assemblée nombreuse
d'évêques, de conseillers et de
jurisconsultes, défendit de
reconnaître à l'avenir Benoît
XIII, et donna ordre en même temps de
l'arrêter dans Avignon.
Le pape, prévenu du dessein formé
contre sa personne, quitta brusquement sa
résidence, et se réfugia à
Perpignan qui appartenait alors au roi d'Aragon.
Sur ces entrefaites, les cardinaux que l'orgueil,
la dureté, l'ambition
démesurée de ce pape, et la mauvaise
foi avec laquelle il traitait les affaires les plus
importantes de l'Église, avaient
entièrement éloignés de son
parti, profitèrent de ces circonstances pour
se réunir avec les cardinaux de
Grégoire au concile général de
Pise.
ALEXANDRE V
CCVIe PONTIFE. - DE 1409 A 1410.
Le schisme continue.
Le 26 juin 1409, le concile assemblé
à Pise, élut, pour pape
légitime, Pierre Filargio, religieux
franciscain, cardinal archevêque de Milan,
qui fut couronné le 7 juillet, et prit le
nom d'Alexandre V.
Le nouveau concile publia, le 10 janvier 1410, une
bulle par laquelle il confirmait la sentence et les
autres mesures du dernier concile.
Néanmoins, le schisme durait toujours, parce
que les deux papes déposés, loin de
se soumettre à la résolution du
concile et à la bulle d'Alexandre,
continuèrent de gouverner les Églises
qui les avaient reconnus ; Grégoire XII
s'établit d'abord à Aquilée,
sous la protection de Rupert, qui disputait
l'empire à Venceslas, et ensuite à
Gaëte, avec Ladislas, roi de Naples, pendant
que Benoît XIII
était à Perpignan, soutenu par
Martin, roi d'Aragon.
Chacun des deux rebelles créa des cardinaux,
se composa une cour et ajouta, par cette confusion
de pouvoirs, de nouveaux maux à ceux qui
déchiraient depuis longtemps la religion et
l'Église. Rupert, Martin et Ladislas en
étayent les premiers auteurs, puisqu'il ne
tenait qu'à eux de mettre fin à la
division, en faisant arrêter et punir les
deux antipapes.
Il est hors de mon sujet de fixer l'attention de
mes lecteurs sur la conduite des princes que je
viens de nommer, puisque je n'écris que
l'histoire des papes. Je me borne donc à
faire remarquer ici combien il est étrange
de voir les partisans de la Cour de Rome soutenir
que la nomination des papes se fait sous
l'inspiration du Saint-Esprit, afin que
l'élu soit capable de gouverner
l'Église de Jésus-Christ.
Alexandre V mourut le 3 mai de cette année,
après un pontificat de dix mois et huit
jours, pendant lequel il n'avait cessé de
dire : Je devins pauvre, lorsque je fus
nommé cardinal ; aujourd'hui, assis sur
la chaire de Saint-Pierre, je ne suis qu'un
mendiant.
Ce règne si court fut rempli de mesures
extravagantes. Alexandre V excommunia et
déposa Ladislas, roi de Naples ; il
accorda, aux religieux franciscains, le droit de
prêcher et de confesser sans l'autorisation
des évêques et des curés, et de
recevoir des dîmes et des offrandes de ceux
qui voudraient leur en
faire.
Cette conduite indisposa contre lui le roi de
France et plusieurs autres princes, et Jean XXIII
révoqua bientôt tous ces
privilèges.
JEAN XXIII
CCVIIe PONTIFE. - DE 1410 A 1417.
Le schisme continue.
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Alexandre V étant mort à Bologne,
les cardinaux qui l'avaient accompagné dans
cette ville élurent pour son successeur,
Balthazar Cassa, d'une famille noble de
Naples, et cardinal diacre du titre de
Saint-Eustache, qui fut couronné sous le nom
de Jean XXIII.
Léonard d'Arezzo nous peint ce pape, dont il
fut le secrétaire, comme ayant eu plus de
goût et de talent pour le maniement des
affaires temporelles, que pour celles de
l'Église, et il l'accuse d'avoir
été fort libre dans ses moeurs. II
avait vécu publiquement avec une dame
Napolitaine qu'il avait enlevée à son
mari, et il était si
notoirement simoniaque, qu'il vendait, sans
discrétion, les bénéfices
ecclésiastiques à ceux qui en
offraient le plus. Pendant ses légations de
Bologne et de Milan, il avait fait des emprunts
forcés, et en avait gardé les
produits qui étaient immenses.
Platina assure qu'il acheta, au poids de l'or, les
suffrages des cardinaux pour être pape, en
leur recommandant, non de le nommer, mais de lui
présenter la robe pontificale pour la donner
à celui qui devait être
élu : à peine l'eut-il en son
pouvoir qu'il s'en affubla lui-même en
disant : C'est moi qui suis pape. Les
cardinaux fermèrent les yeux sur ce scandale
et confirmèrent son propre choix.
Il eut différents
démêlés avec Ladislas, roi de
Naples, dont la morale n'était pas moins
relâchée que la sienne : il
excommunia ce prince et lui ôta sa
couronne : mais bientôt après,
séduit par les offres d'argent de son
ennemi, il se réconcilia avec lui, et le
rétablit dans ses droits. Quelque temps
après, Rome tomba au pouvoir de Ladislas qui
la traita plus mal que les barbares du
cinquième siècle. Jean renouvela ses
anathèmes, et les représailles ne
cessèrent pas pendant toute la durée
de ce pontificat.
L'empereur Sigismond, qui avait à coeur de
faire cesser le schisme, parvint à faire
assembler un nouveau concile général
à Constance, où les ambassadeurs de
toutes les nations et des députés des
différentes Églises eurent ordre de
se rendre. L'accord fut entier
entre eux et les cardinaux, les
évêques et les docteurs de
l'assemblée ; et on y travailla avec
zèle, et utilement pour la
chrétienté.
On y fit le procès à Jean XXIII. Il
fut prouvé qu'il avait commis de grands
crimes, entre autres, celui de l'empoisonnement de
son prédécesseur Alexandre V. Le
décret de sa déposition fut
porté le 29 mai 1415.
Grégoire XII était
protégé par Ladislas, roi de Naples,
au commencement du pontificat de Jean XXIII ;
mais, lorsque celui-ci fut réconcilié
avec le monarque, Grégoire, craignant pour
sa personne, se retira à Rimini avec trois
cardinaux, et y vécut pendant trois ans sous
la protection du comte Malatesta qui était
souverain de cette ville. Quelque temps
après, il prit la résolution de
renoncer au pontificat, et chargea le comte son
protecteur de porter l'acte de son abdication au
concile de Constance. Cette mesure eut lieu le 4
juillet 1415, et Grégoire la ratifia
dans la suite. Il mourut à Rimini,
âgé de 92 ans, le 18 octobre 1417
Benoît XIII persista dans le schisme avec la
plus grande opiniâtreté, quoique tous
les princes de son parti l'eussent
abandonné, et que l'empereur Sigismond
eût fait lui-même le voyage de
Perpignan pour le ramener. Il se retira dans le
château de Péniscola, situé
près de la mer du royaume de Valence, sur
une langue de terre battue de trois
côtés par les flots. Le concile de
Constance adopta, le 26 juillet 1417, les
résolutions du concile de
Pise et en décréta de nouvelles, en
sorte que tout fut disposé pour
l'élection d'un nouveau pape.
MARTIN V
CCVIIIe PONTIFE. - DE 1417 A 1431
Fin du schisme.
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Le concile de Constance élut pour pape,
le 11 novembre 1417, Othon Colonne,
né à Rome, cardinal diacre, qui
fut reconnu sous le nom de Martin V, par les
envoyés des princes et des
Églises.
Jean XXIII renouvela son acte de soumission, et fut
se jeter aux pieds du nouveau pontife qui le
reçut avec bienveillance et l'admit comme
doyen dans le collège des cardinaux, avec le
droit de prendre place dans les consistoires
à côté du pape, sur un
siège moins élevé que le sien,
mais plus haut que celui des autres membres du
conseil. Jean XXIII mourut le 22 novembre 1419.
Rien ne fut capable de vaincre l’obstination
de Benoît XIII, à qui Sigismond et le
concile de Constance avaient envoyé une
ambassade pendant qu’il était
à Péniscola.
Il mourut dans sa retraite, le 1er juin 1424, et
telle était encore son
opiniâtreté dans le schisme, qu'il
ordonna, avant de mourir, aux deux cardinaux qui ne
l’avaient pas abandonné, de lui nommer
un successeur, lorsqu’il aurait les yeux
fermés.
Cette élection eût lieu en effet, et
elle tomba sur Gil Munoz, chanoine de Barcelone,
qui se nomma Clément VIII. Il se crut
investi des droits de la papauté jusqu'en
1429 ; il envoya alors sa renonciation, et se
soumît à Martin V, en lui
prêtant serment d'obéissance, sauf
quelques conventions qu'il obtint comme cardinal
évêque de Tortose, par l'entremise
d'Alphonse V, roi d'Aragon.
C'est ainsi que finit ce schisme qui avait
duré cinquante et un ans, et qui aurait fini
la première année, si
l’empereur Venceslas avait travaillé
avec autant de zèle que Sigismond a
l’éteindre.
Martin V promit, dans le concile de Constance, de
réformer les abus qui se commettaient
à Rome à l'égard des
réserves, des rentes viagères, des
expectatives, des pensions, des annates et des
autres exactions ; qui avaient appauvri
l'Europe pour satisfaire au luxe de la cour
romaine.
Mais cette sage réforme n'eut point lieu, et
Martin toléra tous ses désordres qui
s’étaient introduits avant et
après le schisme. Il
conserva aussi l'usage d'excommunier les peuples et
les princes, pour des objets purement
temporels.
Alphonse V, roi d'Aragon, fut le premier qu'il
frappa des anathèmes de l'Église,
pour avoir occupé quelques villes du royaume
de Naples, en qualité de fils adoptif et
d'héritier reconnu de la reine Jeanne II,
parce que Martin V protégeait Louis d'Anjou,
qui ne put réussir néanmoins à
enlever ce royaume à son ennemi.
Martin V ne montra pas moins d'indifférence
que ses prédécesseurs pour
l'importante affaire de la réunion de
l'Église grecque et de l'Église
latine, sans autre motif si ce n'est que l'empereur
de Constantinople, Manuel Paléologue,
exigeait que l'accord n'eût lieu que pour ce
qui concernait la foi, la morale et la discipline
universelle, et qu'il ne fût pas question de
soumettre les Églises grecques et leurs
revenus aux charges que les papes avaient
imposées d'eux-mêmes aux
Églises latines.
L'empereur avait aussi demandé qu'il
fût tenu un concile général
à Constantinople. On sait que depuis le
temps de Charlemagne, jamais les papes n'ont voulu
accorder une pareille demande, parce qu'à
une si grande distance, il leur eût
été impossible d'influer sur les
décisions de cette assemblée.
Un refus formel eut annoncé, de la part du
pape, peu de zèle pour le salut des
âmes. Martin répondit qu'il
était prêt à se concerter avec
l'empereur pour cette importante affaire, s'il
voulait fournir à la
dépense des prélats latins qui se
rendraient au concile. Il n'ignorait pas que Manuel
Paléologue était hors d'état
de remplir cette condition, et c'est ce qui
l'engagea à lui faire une semblable
réponse. Personne néanmoins n'y fut
trompé. Chacun cherchait autrefois à
se maintenir ; la différence entre
Constantinople, Constance, Bâle, Florence,
Trente et plusieurs autres villes n'était
pas de nature à inspirer une
prétention aussi odieuse.
Les historiens les plus sensés conviennent
que le projet de l'empereur d'Orient causait de la
méfiance à Martin V. Celui-ci mourut
le 21 février 1431.
EUGÈNE IV
CCIXe PONTIFE. - DE 1431 A 1447.
Vingt-quatrième et dernier schisme.
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GABRIEL Condolmeri, né à Venise,
cardinal évêque de Sienne, fut
élu pape le 3 mars 1431, et couronné
sous le nom d'Eugène IV.
Les premiers actes de son gouvernement
annoncèrent un homme dominé par les
passions les plus violentes. Il commença par
persécuter la famille des Colonne, qui
était celle de son
prédécesseur, sous prétexte
qu'ils s'étaient appropriés de grands
trésors que Martin V leur avait, disait-on,
laissés en mourant.
L'espoir de trouver des complices parmi les
serviteurs de ce pape, le porta à les
traiter d'une manière si cruelle, qu'il en
mourut plus de cent. Il se fit remettre par les
Colonne, plus de cent mille florins d'or, pour la
paix qu'il leur accorda après la plus
violente et la plus longue tyrannie.
Eugène convoqua un nouveau concile à
Bâle, d'après les
dispositions de celui de Constance ; mais,
à peine y eut-on commencé à
s'occuper de la réforme de la cour de Rome,
qu'il prit cette assemblée en
aversion, et expédia des bulles pour la
dissoudre.
Sa politique ne permettant pas qu'il en fût
tenu hors de l'Italie, parce qu'il lui était
moins facile d'y être le maître par ses
agents, il indiqua pour cette réunion,
Bologne, Pavie, Ferrare, Florence et Rome. Elle eut
bientôt lieu en effet à Ferrare, et
fut ensuite transférée à
Florence.
Les pères du concile de Bâle lui
représentèrent que, lorsqu'un concile
général avait été
régulièrement convoqué, il
n'était plus au pouvoir du pape de le
dissoudre ni de restreindre ses pouvoirs, attendu
que tout le corps mystique de l'Église s'y
trouvait représenté ; que le
pape n'en était qu'un simple membre,
obligé comme les autres, malgré sa
qualité de premier et de principal, au
respect et à l'obéissance à
l'égard du corps tout entier ; que
Jésus-Christ avait voulu nous l'apprendre en
disant à Saint-Pierre, au sujet de la
correction fraternelle que, si un frère la
méprisait en particulier en présence
de témoins, l'avis devait en être
donné à l'Église.
Que, d'après cette doctrine, le concile
général de Constance, reconnu par
tout le monde chrétien, et par le pape
lui-même, comme oecuménique et
légitime, avait déclaré que
tout concile général,
régulièrement assemblé, et
représentant l'Église catholique,
était infaillible par l'assistance du
Saint-Esprit, et supérieur
au pape qui était et
devait lui être soumis pour les
décisions dogmatiques, l'extinction des
schismes et la réforme des abus
généraux de la cour romaine, qui
intéressaient toute la
chrétienté.
La division augmenta entre le pape et le
concile ; celui-ci cita Eugène à
comparaître en personne ou par ses
légats, afin de répondre aux
accusations que son opiniâtreté
à vouloir dissoudre le concile, avaient fait
porter contre lui comme parjure, rebelle au
décret de réforme, quoiqu'il
fût un de ceux qui en avaient reconnu la
nécessité au concile de Constance,
qu'il eût juré d'y travailler de
toutes ses forces, et qu'il eût
approuvé la convocation de celui de
Bâle pour la réforme de
l'Église, dans son chef et dans ses
membres.
L'empereur obtint plusieurs fois la prolongation du
terme accordé au pape ; mais celui-ci
n'en ayant pas profité pour obéir au
concile, les Pères eurent recours aux avis
et aux communications, et
décrétèrent qu'on passerait
outre, si ces moyens étaient sans effet.
Le pape persistant dans son refus, le concile
l'ajourna de nouveau, mais toujours inutilement, en
sorte qu'il fût suspendu de l'exercice du
pontificat, et enfin, après plusieurs autres
citations inutiles, déposé le 22 juin
1439.
Le 5 novembre, le concile nomma pour son
successeur, Amédée, duc de Savoie,
qui vivait dans la retraite la plus profonde, avec
une grande réputation de sainteté. Il
fut couronné à Bâle, le 24
juillet 1440, sous le nom de Félix V.
Ici commence un nouveau schisme,
lorsqu'à peine on voit finir celui qui
divisait l'Église depuis cinquante et un
ans.
Quoiqu'en disent les partisans de la cour de Rome,
il n'y a, ni ne peut y avoir de doute fondé
sur la validité et la justice de la partie
du jugement du concile de Bâle, qui
déclare le pape Eugène digne
d'être déposé, comme
prévaricateur, perfide, parjure et fauteur
de schisme.
Elle était valide, le concile de Bâle
ayant le droit de prononcer, comme celui de
Constantinople l'avait reconnu,
déclaré et pratiqué
lui-même ; elle était juste,
parce que les vices d'Eugène IV, qui
l'avaient motivée, ne pouvaient être
révoqués en doute.
Ce pape devait approuver et reconnaître les
décrets de l'assemblée concernant la
réforme de l'Église, dans son chef et
dans ses membres, non seulement parce qu'il l'avait
promis et juré, mais encore parce qu'il
était urgent d'y mettre promptement la main,
les Bohémiens, disciples, de Jean Huss,
n'ayant depuis quelque temps attaqué la
religion catholique que sur les points relatifs
à la puissance du pape et à l'abus
qu'on en faisait, pour compromettre les
libertés et les biens des Églises et
de leurs ministres.
Eugène IV mourut le 23 février 1447
avec la consolation de voir le concile de
Bâle dissous, et persuadé que le
schisme allait finir puisqu'on lui avait
annoncé que la haute vertu de Félix V
ne lui permettrait pas de faire attendre longtemps
sa renonciation ; il se passa néanmoins
plus de deux ans avant qu'elle ne fût
signée.
Les Romains et les auteurs qui portent leurs
préventions dans l'étude de
l'histoire, prennent sujet, pour faire
l'éloge d'Eugène IV, de ce qu'il dit
quand il fut à son lit de mort. Mais c'est
par leurs actions, bien plus que par leurs paroles,
que les hommes doivent être jugés.
Les auteurs de l'Art de vérifier les
dates, avouent qu'Eugène commit des
fautes énormes sous son pontificat. Il ne
put pardonner aux membres du conclave qui n'avaient
pas voté pour lui, et il leur ôta le
chapeau de cardinal.
Fleuri convient qu'il préféra
l'agrandissement de sa famille à la paix de
l'Église. Il prodigua les richesses à
son neveu par des voies illicites et même
très criminelles. Il fut cause que les
Romains se révoltèrent contre
l'administration tyrannique de ce neveu, et il ne
put imputer qu’à lui-même, la
nécessité où il se vit de
s'enfuir de Rome, déguisé en moine,
pour échapper à la mort.
Si Eugène IV eût été le
prince séculier d'une seule ville, nous
dirions qu'il fut un très méchant
prince ; mais il semble que parce qu'il fut
pape, nous soyons obligés d'en parler
autrement.
NICOLAS V
CCXe PONTIFE. - DE 1447 A 1455.
Fin du vingt-quatrième schisme.
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À la mort d'Eugène IV, les
cardinaux élurent pour lui succéder
Thomas de Sarzane, cardinal
évêque de Bologne, né à
Luni, en Toscane.
Cette cérémonie eut lieu le 16 mars,
et le nouveau pape prit le nom de Nicolas V.
Le roi de France eut beaucoup de part à
l'extinction du schisme ; mais la conduite de
Nicolas fut très généreuse, et
mérite, à cet égard, les plus
grands éloges.
Il accorda tout ce qui lui fut demandé, et
Félix, de son côté, fit son
abdication le 9 du mois d'avril 1449 après
avoir approuvé et confirmé le concile
de Bâle.
Il reçut le titre de légat a
latere perpétuel en Savoie, avec
prééminence de place et de voix sur
tous les cardinaux. Ceux qu'il avait nommés,
conservèrent leur dignité, comme tous
les prélats qui avaient suivi son parti, et
l'on rétablit ceux qui avaient
été destitués par
Eugène IV.
Tous les actes du pontificat de Félix furent
confirmés et ceux d'Eugène
frappés de nullité, en ce qui
concernait les évêques et les autres
membres du concile de Bâle ; enfin,
Nicolas V prouva qu'il était au-dessus de
toutes les considérations personnelles,
lorsqu'il s'agissait du bien et de
l'intérêt de l'Église.
Son caractère pacifique facilita la
réunion de l'Église grecque et de
l'Église latine. Après la prise de
Constantinople, en 1453, il offrit un asile
à tous les savants de la Grèce qui se
réfugiaient en Italie : cette
circonstance le mit en état d'enrichir la
bibliothèque du Vatican d'un grand nombre de
manuscrits précieux, et il fit traduire en
latin les ouvrages des Pères Grecs qui
n'avaient pas encore été
traduits.
Sa protection s'étendit sur tous les hommes
de lettres et sur tous les artistes qu'il chargea
d'exécuter de nombreux ouvrages dans les
palais, les églises et les autres grands
édifices de la capitale du monde
chrétien ; en un mot, Nicolas V est
placé avec raison parmi les plus saints et
les meilleurs papes que l'Église ait eus, et
cependant on n'a jamais pensé à le
canoniser. Quel a été le motif de
cette indifférence ? est-ce parce qu'il
ne songea point à agrandir la puissance du
Saint-Siège par les guerres et les
excommunications ?
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