PORTRAIT POLITIQUE DES PAPES
(JUSQU'A
1822)
XIVe SIÈCLE. (Suite)
INNOCENT VI
CXCIXe PONTIFE. - De 1352 A 1362.
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ÉTIENNE D’ALBERT, né dans le
diocèse de Limoges, cardinal
évêque d'Ostie, et cinquième
pape d'Avignon, fut élevé à
cette dignité le 18 décembre 1352 et
prit le nom d'Innocent VI ; il mourut à
Avignon, le 12 septembre 1362, sans avoir jamais vu
son église.
Il est du petit nombre des papes de cette
époque dont la vie fut sans scandale ;
car, s'il travailla constamment à
l'élévation de sa famille, il eut du
moins le bonheur d'y rencontrer des hommes
instruits et d'une conduite
régulière. Il réforma quelques
abus sur les réserves apostoliques et les
droits ecclésiastiques.
Sous ce pontificat, des bandes redoutables de
brigands se mirent à désoler un grand
nombre de diocèses ; le vol, l'incendie
et les crimes de toute espèce marquaient
partout leur passage ; ils avaient pris le nom
de Tardvenus, et ils s'approchèrent
d'Avignon avec l'intention de surprendre la
ville où ils
espéraient trouver de grands trésors.
Innocent VI crut les arrêter en les
excommuniant ; mais ils se moquèrent de
ses anathèmes, et ils seraient entrés
dans la ville, si le marquis de Montferrat
n'eût trouvé un meilleur moyen de s'en
débarrasser. Il leur fit remettre une grosse
somme d'argent de la part du pape, et leur en
promit une seconde plus considérable,
à condition qu'ils n'entreraient pas dans la
ville, et qu'ils iraient en Italie faire la guerre
aux ennemis de l'Église qui s'étaient
révoltes sur plusieurs points de ce pays.
Ils promirent ce qu'on leur demandait, et ce
fléau alla ravager d'autres
provinces.
URBAIN V
CCe PONTIFE. - DE 1362 A 1370.
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GUILLAUME, né à Grisac en
Gévaudan, moine bénédictin et
abbé de Saint-Victor de Marseille, fut
élu pape dans le mois de septembre 1362,
quoiqu'il ne fût point encore cardinal. Il
avait quitté Avignon, et était
arrivé à Florence, d'où il
devait se rendre avec la qualité de Nonce,
dans le royaume de Naples. Les prières du
monarque français ne purent le retenir dans
le royaume, et il quitta Avignon, le 30
avril 1367, pour se rendre en Italie ; il
arriva à Rome, le 23 mai, et fit son
entrée publique dans cette ville, le 6
octobre suivant. On conçoit la joie des
Romains en revoyant le chef de l'Église,
après une absence qui avait duré
soixante ans.
Urbain revint cependant à Avignon et y
mourut le 19 décembre 1370. Quelques auteurs
prétendent que l'objet de son voyage avait
été de pacifier les
différends survenus entre les
rois de France et
d'Angleterre : mais, François
Pétrarque assure que ce n'était
là qu'un prétexte, et il faut
convenir que le pape pouvait facilement
réconcilier les deux souverains sans faire
ce long voyage.
Urbain V étant sorti un jour de
Saint-Jean-de-Latran pour se rendre en procession
au Vatican, évita le grand détour que
ses prédécesseurs avaient coutume de
faire pour ne pas voir le lieu où
s'était passé l'accident scandaleux
de la papesse Jeanne.
L'abbé Fleuri en conclut que l'on
commençait à ne voir qu'une fable
dans cette histoire ; j'avoue que je ne sens
pas la justesse de cette conclusion ; tout ce
qu'il est permis d'en induire, c'est qu'Urbain V
pensa qu'il était ridicule de tourner la
place, puisque cette précaution tendait
à prouver le fait, et que le plus sur moyen
d'en effacer le souvenir, était de s'en
moquer.
Urbain V tira du sancta-sanctorum les chefs
de Saint-Pierre et de Saint-Paul, et les
plaça sur des statues d'argent à
demi-corps ; celui de Saint-Pierre portait la
tiare avec les trois couronnes, ce qui à
fait croire à quelques historiens que ce
pape fut le premier qui en mit trois sur sa
tête. Il n'est pas certain néanmoins
qu'il y en eût alors plus de deux.
Sur le point de mourir, Urbain protesta
solennellement que si, avant d'être pape, il
avait cru, dit, enseigné ou écrit
quelque chose de contraire à la sainte foi
catholique, il en faisait en ce moment la
rétractation la plus formelle, en se
soumettant à la
pénitence qui lui serait imposée par
l'Église. Son prédécesseur
avait fait une déclaration semblable, et,
comme l'histoire nous apprend que Jean XXII en
avait donné l'exemple, on doit en conclure
que les papes eux-mêmes ne se croyaient pas
infaillibles ; on sait d'ailleurs que
l'opinion de l'infaillibilité du pape est
beaucoup plus moderne.
Urbain V aima la paix autant que son
prédécesseur, et montra la même
sagesse. Si je voyais ces deux papes au nombre de
ceux que l'Église a canonisés,
j'applaudirais à cette mesure. Mais combien
de miracles n'a-t-on pas supposés, pour
accorder cet honneur à des pontifes
scandaleux, tyrans, perturbateurs, et dont les
passions cachées sous le manteau de la
religion ont couvert la terre de sang et de
calamités !
GRÉGOIRE XI
CCIe PONTIFE. - DE 1370 A 1378.
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PIERRE ROGER, neveu de Clément VI,
né comme lui près de Limoges,
cardinal diacre du titre de Sainte-Marie-Neuve, fut
élu pape à Avignon, et prit le nom de
Grégoire XI, le 30 décembre
1070 ; il fut le septième et le dernier
des papes légitimes qui tinrent leur cour
à Avignon.
Il transféra le siège pontifical
à Rome pour y faire sa résidence
ordinaire ; son entrée, qui eut lieu le
17 janvier 1377, c'est-à-dire,
soixante-treize ans après
l'établissement des papes de France, fut un
véritable triomphe à cause de
l'empressement avec lequel il fut reçu par
les Romains.
Cependant il songeait déjà à
retourner en France, lorsque la mort vint le
surprendre, le 27 mars 1378, et donner lieu au
grand schisme d'Occident ; cette nouvelle
calamité de l'Europe dura cinquante et un
ans, et fut produite par la funeste ambition des
papes, qui leur faisait croire qu'ils
étaient les évêques
oecuméniques,
c'est-à-dire universels, malgré la
déclaration contraire de
Saint-Grégoire-le-Grand ;
dominés par cette orgueilleuse
pensée, ils se considéraient non
comme les évêques de Rome, mais comme
ceux de l'Église universelle, et ils en
tiraient cette conséquence qu'ils ne
cessaient pas de résider dans leur
évêché, quoiqu'ils fussent
à Avignon.
Ce déplacement de la cour pontificale fut
cause que les sept papes élus en France
furent des Français, que la majorité
du sacré collège se trouva
composée de cardinaux de la même
nation, qu'Urbain V voulut goûter de nouveau
les délices d'Avignon, et que
Grégoire XI fut sur le point de
l'imiter ; delà aussi le chagrin que
causa aux cardinaux français
l'élection d'Urbain VI qui était
italien, et le parti qu'ils prirent de nommer, au
mépris de l'unité, un autre pape de
leur nation qui fut Clément VII ; de
là l'établissement de l'antipape
à Avignon même, le séjour
d'affection des cardinaux français ; de
là tous les efforts qui furent tentés
pour le faire reconnaître
en-deçà des monts et la durée
du scandale produite par le schisme que les princes
avaient intérêt de soutenir ; de
là enfin, une foule de malheurs spirituels
et temporels qui n'auraient pas eu lieu, si les
pontifes romains eussent respecté la
déclaration par laquelle
Saint-Grégoire le grand avait fait entendre
que l'évêque de Rome non seulement
n'est point l'évêque
oecuménique, mais ne peut jamais le devenir,
parce qu'il réunirait dans sa
personne l'épiscopat
tout entier, lequel appartient, suivant le texte de
l'Évangile, à tous les apôtres
en général et à chacun d'eux
en particulier ; doctrine d'autant plus
respectable qu'elle a été
professée par un des papes les plus
zélés pour les droits du
Saint-Siège, et les plus attentifs
à étendre son autorité,
à restreindre celle des patriarches, des
exarques, des primats et des métropolitains,
les seuls (hors les cas extraordinaires) avec
lesquels il eut eu jusqu'alors des relations
directes.
Au reste, si Grégoire XI ne fut point aussi
pacifique qu'Innocent VI et qu'Urbain V, on ne peut
du moins lui reprocher d'avoir mis le trouble et la
division dans l'Église, comme l'avaient fait
les autres papes Avignonnais.
Il est vrai qu'il déclara la guerre aux
Visconti de Milan et à quelques autres
seigneurs, lorsqu'il vit que les excommunications
restaient sans effet ; mais une sage politique
le porta à la terminer promptement. On peut
le blâmer avec plus de raison de la conduite
qu'il tint avec Wiclef ; sa
sévérité irrita ce novateur,
et rendit toute réconciliation
impossible.
URBAIN VI
CCIIe PONTIFE. - DE 1378 A 1389.
Vingt-troisième schisme.
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Voici arrivés à l'époque
où les plus grands scandales devaient
prouver aux hommes de bonne foi, combien il
était téméraire de
prétendre que c'est le Saint-Esprit
lui-même qui, pour l'édification des
fidèles, dirige l'élection des chefs
de son église. S'il en était ainsi,
jamais il n'y aurait de schisme parmi les
catholiques, et tous les papes seraient plus saints
et meilleurs les uns que les autres. Comme nous
voyons le contraire, il est impossible de
défendre le système que je combats,
sans accuser le Saint-Esprit de manquer de
puissance, de sagesse et de bonté, ce qui
serait un blasphème plein
d'hérésie.
À la mort de Grégoire XI, il y avait
vingt-trois cardinaux, six à Avignon, un en
Toscane et seize à Rome. Le choix du nouveau
pape dépendait de ces
derniers qui entrèrent dans le conclave, le
17 avril 1078. Douze étaient Français
et pouvaient faire tomber leurs suffrages sur un
cardinal de leur nation ; mais ils se
divisèrent ; les cardinaux gascons
voulaient choisir un pape parmi eux, et les autres
en proposaient un de leurs provinces, pendant que
les quatre cardinaux d'Italie songeaient à
nommer un italien.
Le peuple se mutina et vint entourer le conclave en
criant : Nous demandons un pape gui soit
romain. Il est certain que ce mouvement pouvait
devenir funeste aux électeurs, si le choix
ne tombait pas sur un cardinal d'Italie : en
effet, ils ne crurent pas que le danger eût
cessé, quoiqu'ils eussent nommé un
Napolitain, et ils firent annoncer aux
séditieux que François Tebaldeschi,
cardinal de Saint-Pierre, et romain, venait
d'être nommé, quoique le
véritable élu fût
Barthélemi Prignani, archevêque de
Bari, dans le royaume de Naples. La
vérité ne fut connue que lorsqu'on
put croire qu'il n'y avait plus aucun danger
à l'annoncer.
La consécration du nouveau pape (Urbain VI),
se fit le 18, et le 19, les cardinaux en
informèrent leurs collègues absents.
Mais l'orgueil du chef qu'ils venaient de se donner
leur parut bientôt si insupportable, qu'ils
quittèrent Rome vers le milieu du mois de
mai, pour se retirer à Anagni, dans la
Campanie, et ensuite à Fondi, où les
onze cardinaux italiens se réunirent aux
douze français. Ils adressèrent de
là une circulaire à toutes les
Églises catholiques,
dénonçant comme nulle
l'élection du nouveau pape, ainsi que tous
les actes subséquents, comme leur ayant
été extorqués par les menaces
d'une mort presque certaine, dont ils
n'étaient délivrés que depuis
qu'ils avaient quitté Rome pour recouvrer
leur indépendance.
Ils sommèrent ensuite plusieurs fois Urbain
VI d'abdiquer la tiare, parce qu'ils allaient
procéder à une nouvelle
élection, et qu'il était de son
devoir de prévenir un nouveau schisme. Le
pape motiva son refus sur la
légitimité des suffrages qui
l'avaient élevé au trône
pontifical, en sorte que, le 21 septembre suivant,
les cardinaux réunis à Fondi,
élurent à sa place Robert de Ginebre,
membre du conclave : cette élection fut
annoncée aux cardinaux absents, qui
l'approuvèrent, et Robert fut
couronné le 31 octobre, sous le nom de
Clément VII : il fixa quelque temps
après, sa résidence à
Avignon.
Depuis cet événement,
l'Église catholique eut deux chefs, sans
qu'on pût savoir avec certitude quel
était le légitime. En effet, d'un
côté, il était incontestable
que l'élection d'Urbain VI n'avait pas
été libre, et de l'autre, elle
paraissait ratifiée et renouvelée par
les actes nombreux d'administration signés
par les cardinaux, et qui semblaient appartenir
à des temps où toute crainte avait
cessé. Cette double circonstance fut cause
que les nations catholiques se divisèrent,
ainsi que les cardinaux, eu deux partis, les unes
par intérêt, et les autres par
opinion.
L'empire d'Allemagne et le royaume de Naples
avaient des raisons politiques pour
reconnaître Urbain. La France
s'intéressait pour Clément Vil, et
l'Angleterre, par opposition au système de
sa rivale, avec qui elle était
continuellement en guerre, se décida pour le
premier. Il était de l'intérêt
de l'Aragon de se soumettre à Clément
VII, à cause du voisinage du comtat
Venaissin ; les mêmes motifs agissaient
également sur la Navarre, dont une
partie était soumise à la France.
La Castille prit le parti d'attendre jusqu'à
ce qu'on fût mieux instruit de la
vérité. Quelque temps après,
Pierre de Luna, cardinal aragonais, l'un de ceux
qui avaient élu Clément VII,
l'emporta et entraîna la Sicile,
l'Écosse et l'île de Chypre dans son
parti.
On était si embarrassé pour
distinguer la véritable élection
canonique, que les opinions se trouvèrent
partagées, non seulement dans chaque
royaume, mais jusque dans chaque couvent, et dans
le sein de chaque famille. On trouve même
dans les deux partis des hommes que l'Église
a canonisés. Sainte Catherine de Sienne,
religieuse de l'ordre de Saint-Dominique, qui
jouait alors un rôle bien supérieur
à celui que son sexe semblait permettre,
écrivit en faveur d'Urbain VI ; et
Saint-Vincent Ferrier, religieux du même
institut, qui n'est pas moins célèbre
que cette sainte, pour ses miracles et ses
révélations, se soumit à
Clément VII. Cette division eut encore lieu
dans beaucoup d'autres ordres
monastiques.
Le fanatisme enfanta la fureur et les
persécutions. L'envie d'augmenter les forces
de leur parti, engagea les deux papes à
tolérer et même à commettre
respectivement de grandes injustices.
Des guerres scandaleuses, auxquelles on croyait
devoir donner la religion pour motif,
armèrent les deux compétiteurs l'un
contre l'autre, et comme on ne pouvait les soutenir
sans argent, Urbain et Clément
accablèrent d'impôts et d'exactions
les Églises ; et les prêtres qui
s'étaient déclarés leurs
partisans, vendirent les ornements, et jusqu'aux
vases sacrés, et engagèrent les
biens-fonds et les rentes perpétuelles des
communautés ecclésiastiques.
Les suites de cette guerre insensée
plongèrent pour cinquante ans l'Europe dans
la misère et les calamités de toute
espèce ; et cependant il n'y a pas de
philosophe chrétien qui ne reconnaisse
qu'elle était sans motif, et qu'il eût
suffi, pour la faire cesser, que les souverains ne
mêlassent pas, les intérêts
imaginaires de leur politique avec ceux de la
religion.
Si chaque prince eût adopté pour
maxime de faire administrer l'Église de sa
nation par un patriarche ou un primat, jusqu'au
moment où les cardinaux se seraient
accordés à rejeter l'un et à
reconnaître l'autre, et de ne leur fournir ni
hommes ni argent, bientôt on eût vu les
deux partis dans la nécessité de
renoncer à leurs prétentions, et de
consentir à la mesure d'une troisième
élection »
Je place Urbain VI dans la succession des papes,
pour me conformer à l'ordre
numérique, parce qu'il fut élu le
premier, et que cet usage s'est depuis introduit et
a été consacré dans
l'histoire ; mais il n'en faut pas conclure
que je préfère sa cause à
celle de Clément, puisque le concile
général de Constance ne se crut point
assez éclairé pour prononcer sur la
question, et prit le parti de les obliger l'un et
l'autre à abdiquer, sous peine d'être
déchus de leur droit.
Urbain fut un méchant homme, orgueilleux, et
d'une imprudence extrême. Son audace et ses
procédés violents à
l'égard des cardinaux, dès qu'il se
crut véritablement pape, furent la seule
cause de ce schisme violent. S'il n'avait pas
irrité le sacré collège par sa
rudesse, les cardinaux ne se fussent point
séparés de lui. Rien de plus cruel
que sa sévérité à
l'égard de l'évêque
d'Aquilée et de cinq cardinaux qu'il avait
nommés. Sur le simple soupçon d'un
complot tramé contre sa personne, mais dont
il lui fut impossible d'acquérir la moindre
preuve, il les fit mettre à la question, et
assista lui-même aux tourments de ces
malheureuses créatures, qui
protestèrent jusqu'à la mort, de leur
innocence, et citèrent au tribunal de Dieu
leur impitoyable bourreau.
Il dépouilla la reine Jeanne de son royaume
de Naples, parce qu'elle avait abandonné son
parti pour celui de Clément, et il le donna
à Charles III de la
Paix, duc de Durazzo, arrière-petit-fils
du côté paternel de Charles II, le
Boiteux ; mais, après en avoir
séparé la principauté de
Capoue, le duché d'Amalfi, et d'autres
terres, pour les donner à son propre neveu
François Prignani.
Ce prince de nouvelle date arracha d'un couvent de
Sainte-Claire, de Naples, une religieuse jeune,
belle, et d'une famille distinguée ; il
la tint enfermée dans son palais pendant
plusieurs jours, et, après avoir assouvi sur
elle son infâme brutalité, il la
renvoya dans son couvent. Des réclamations
furent adressées à Urbain, qui
était alors à Naples ; mais, au
lieu de punir d'une manière exemplaire le
coupable, il répondit qu'il fallait passer
quelque chose à sa jeunesse : ce
prétendu jeune homme avait plus de quarante
ans ; il fut cependant arrêté par
ordre de Charles, et convaincu d'avoir
exercé la plus grande violence sur sa
victime. Les juges prononcèrent contre lui
la peine de mort. Le pape réclama contre ce
jugement, prétendant que le roi ne pouvait
faire mourir personne sans la permission du
Saint-Siège, attendu que la
souveraineté du royaume de Naples
appartenait au pape.
Telle fut la tournure que prit ce honteux
procès, que non seulement le coupable
évita le châtiment qu'il avait
mérité, mais qu'il parvint à
épouser une princesse du sang du roi.
Celui-ci mourut quelque temps après, et
laissa la couronne à son fils Ladislas.
Urbain fit difficulté de le
reconnaître, et
déclara qu'il voulait gouverner
lui-même, comme roi, le royaume de
Naples ; il fit prêcher une croisade
contre Clément, et excommunia ses partisans
avec plus de rigueur que ceux qui auraient fait
d'un crucifix l'objet de leurs outrages.
Ce barbare pontife mourut le 18 octobre 1389,
après onze ans et demi d'un gouvernement
déshonoré par mille cruautés,
et sans qu'un seul chrétien
témoignât le moindre regret de cet
événement.
Si Clément VII se montra moins cruel que son
compétiteur, il poussa beaucoup plus loin
l'avarice. Il ne connut aucune borne dans le
système de concussion qu'il exerça
sur les Églises et la partie du
clergé qui l'avait reconnu pour
légitime. Évêchés,
abbayes, dignités, canonicats,
prébendes, chapellenies, pensions sur
bénéfices et autres revenus
ecclésiastiques, tout fut mis à
l'encan et vendu comme une simple
marchandise : ce temps est celui des
réserves, des expectatives, des
délégations viagères, des
divisions des titres pour multiplier les annates,
des acquisitions ab intestat des biens des
évêques, des vacances, et d'une foule
d'autres moyens d'exactions, inconnus avant cette
malheureuse époque.
Pour juger des ressources que cette honteuse
simonie procura à la cause de Clément
VII, il suffit d'observer qu'après avoir
soutenu plusieurs guerres ruineuses, il restait
encore dans le fisc de Rome trois cent mille
écus d'or lorsqu'il mourut. Cet
événement eut lieu
le 16 septembre 1394, à la suite d'un
accès de colère que lui causa la
nouvelle que l'université de Paris venait de
se plaindre au roi de France que Clément
ruinait les études dans son royaume par
toutes ses exactions et les autres abus qui s'y
commettaient en son nom.
BONIFACE IX
CCIIIe PONTIFE. DE 1589 A 1404.
Le schisme continue.
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PIERRE TOMACELLI, cardinal de Naples, fut
élu pape par quatorze cardinaux qui avaient
soutenu Urbain VI. Il fut intronisé sept
jours après, c'est-à-dire, le 11
novembre 1389. Sa tiare portait les trois
couronnes ; cet usage paraît avoir
été inconnu avant lui, dans cette
cérémonie, et donna lieu de penser
combien il y aurait d'ambition et de vanité
dans le système du nouveau pape. Il prit le
nom de Boniface IX, comme s'il eut voulu
annoncer, par-là, la
conformité de ses vues avec celles de son
compatriote Boniface VIII. Il étendit et
perpétua le système du tribut
indirect des annales ecclésiastiques,
c'est-à-dire, le revenu d'une année
de chaque titre ecclésiastique dont il
signait la provision. Cette dépense des
titulaires, jointe aux frais de l'expédition
des bulles et de la prise de possession, a
constitué débiteurs et rendu
insolvables, dans tous les temps, une multitude de
prêtres morts peu de temps après
l'arrivée de leurs provisions.
L'année 1400 était celle du
Jubilé : Rome vit arriver dans ses murs
une foule innombrable d'étrangers qui ne
reconnaissaient cependant que Benoît XIII
successeur de Clément, mais qui se
conformaient, en prenant part au Jubilé,
à la bulle de ce pape qui avait aussi
publié cette solennité à
Avignon.
Boniface eut l'imprudence de souffrir qu'ils
fussent maltraités et pillés,
conduite aussi impolitique qu'injuste, qui lui fit
perdre l'occasion favorable d'acquérir un
grand nombre de partisans, et lui attira de
nouveaux ennemis.
Il afficha la simonie en vendant les
bénéfices ecclésiastiques
à ceux qui lui en donnaient le plus
d'argent, et les indulgences du Jubilé aux
chrétiens qui voulaient les gagner sans
faire le voyage de Rome.
L'empereur, le roi d'Angleterre et celui de France
lui ayant proposé d'abdiquer la tiare pour
donner la paix à l'Église, pendant
que Benoît XIII
renonceraitaussi à ses
prétentions, il rejeta cette proposition et
opposa à ces principes une résistance
opiniâtre.
Enfin, ce pape mourut de colère, comme son
prédécesseur, le 1er octobre 1404,
à la suite des discussions qui
s'engagèrent entre lui et les
délégués de Benoît qui
étaient venus lui proposer en son nom
d'avoir une entrevue avec lui dans la ville qu'il
aurait désignée, afin de mettre fin
au schisme qui affligeait l'Église.
Ces députés accusèrent
Boniface de simonie, et le dépit qu'il en
eut alluma sa bile et lui causa une fièvre
ardente qui l'emporta en peu de jours.
Clément VII mourut sous le pontificat de
Boniface IX, et les cardinaux de son parti
élurent à Avignon, le 28 septembre,
Pierre de Luna, né en Aragon d'une
très grande famille : il prit le nom de
Benoît XIII. Les cardinaux avaient
juré dans le conclave que l'élection
qu'ils allaient faire serait sans préjudice
des moyens qu'on pourrait imaginer pour
détruire le schisme, et la renonciation au
pontificat était de ce nombre. Mais,
quelques efforts que fissent les princes qui
avaient reconnu Benoît XIII et ceux qui
appuyaient Boniface IX, il fut impossible d'obtenir
son abdication ; il fonda son refus sur tous
les prétextes que l'ambition peut
alléguer, et qui pouvaient faire croire
qu'il travaillait sérieusement à
mettre fin aux maux de l'Église. Cependant,
sa conduite et celle de
Boniface prouvaient qu'ils n'avaient pas moins
d'envie de régner l'un que l'autre.
Benoît XIII vit nommer et mourir plusieurs
papes ses compétiteurs, et cette
circonstance nous obligera d'en parler encore
plusieurs fois.
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