PORTRAIT POLITIQUE DES PAPES
(JUSQU'A
1822)
XIIIe SIÈCLE. (Suite)
CLÉMENT IV
CLXXXIIIe PONTIFE. - DE 1264 A 1268.
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GUIDE FULCON, Français, natif de
San-Gilles, fut élu pape à
Pérouse, le 5 février 1265, sous
le nom de Clément IV, et mourut à
Viterbe, le 29 novembre 1268.
Il se trouva absent au moment de son
élection, et lorsqu'il l'apprit, il se
déguisa en moine de Saint-François
pour se rendre à Rome, se défiant des
embûches de Mainfroy, qui occupa le
trône de Sicile jusqu'à sa mort,
arrivée en 1266. Ce souverain pontife avait
été marié et veuf avant de
recevoir les ordres sacrés ; deux
filles, provenues de ce mariage, se firent
religieuses, après que leur père eut
été nommé pape.
Il continua la guerre contre Mainfroy, et
délivra, le 26 février 1265, la bulle
de concession du royaume des Deux-Siciles, à
Charles d'Anjou, conformément au
traité de son prédécesseur
Urbain, sans tenir aucun compte de la justice des
droits de Conradin, comme s'ils n'avaient pas
été reconnus par le
Saint-Siège, pendant le pontificat
d'Innocent IV. Ayant appris, au contraire, que les
Recteurs de l'empire pensaient à
l'élire roi des Romains, et qu'il projetait
de passer en Italie pour prendre possession du
royaume de Sicile, il lui écrivit, en lui
défendant de faire aucune démarche
pour l'un ou pour l'autre, sous peine
d'excommunication et de perdre le titre qu'il avait
de roi de Jérusalem.
Conradin eut raison de penser qu'il n'était
pas obligé d'obéir à un ordre
aussi injuste, et il se rendit avec son
armée à Rome, où Henri de
Castille, fils de Saint-Ferdinand (qui y
exerçait l'autorité civile en
qualité de sénateur), reçut
Conradin avec des honneurs presque égaux
à ceux que l'on a coutume de rendre aux
empereurs.
Le pape les excommunia tous les deux, et tous ceux
qui favoriseraient l'entreprise de Conradin ;
il le déclara déchu du titre de roi
de Jérusalem et du droit à tous les
fiefs impériaux dont il jouissait, inhabile
à obtenir aucune dignité
séculière, et mit en outre sous
l'interdit ecclésiastique les peuples qui
recevraient Conradin comme roi de Sicile. II fut
pourtant reçu presque partout où il
se présenta, malgré Clément
IV, qui le traitait d'homme de race maudite de
Dieu, descendant d'hérétiques,
schismatiques, ennemis de l'Église, et
indignes de la confiance des hommes.
Charles d'Anjou fit prisonnier son cousin
Frédéric, duc d'Autriche, Henri de
Castille le sénateur et beaucoup d'autres
chevaliers ; il eut l'inhumanité de
faire couper la tête par la main du bourreau,
sur un échafaud dressé dans la place
publique de Naples, à tous les prisonniers,
excepté au sénateur Henri, infant de
Castille.
L'abbé Fleuri dit que non seulement
Clément IV ne consentit pas à cette
injustice, mais même qu'il la reprocha au roi
Charles. Cependant, beaucoup de graves historiens
soutiennent le contraire ; il est certain
qu'il manifesta souvent un grand désir de
voir éteindre la famille impériale de
Souabe, et qu'il se montra ensuite très
satisfait que cela se fut effectué. Jamais,
surtout, il ne pourra se laver de la tache de
l'avoir injustement privé de l'usage de ses
droits de succession à la couronne de
Sicile, seulement par des passions
personnelles.
Pour moi, je le regarde comme l'auteur des guerres
sanglantes et désastreuses qui
désolèrent la Sicile, Naples et toute
l'Italie par suite de ses énormes
injustices ; et ses successeurs au pontificat
participèrent à ses fautes, comme
nous le verrons dans la suite.
Les écrivains romains le louèrent
pour sa modération, mais sans aucun
fondement, puisqu'outre les
événements de Sicile, qui prouvent le
contraire, il existe encore beaucoup d'autres
preuves de son emportement. Il soutint avec une
fermeté inflexible la résolution de
pourvoir à un archidiaconat de France, sous
le seul prétexte qu'il s'était
réservé la provision des
bénéfices ecclésiastiques qui
vaqueraient à la cour romaine ; et il
voulait faire croire que cette circonstance
s'était vérifiée, parce que la
vacance de l'archidiaconat provenait de la
promotion du précédent titulaire
à l'archevêché de Sens, dont
les bulles avaient été
expédiées par la cour de Rome. Le roi
Saint-Louis s'opposa à cette usurpation, et
soutint les droits du trône.
Il fut question de la réconciliation de
l'Église grecque, et plusieurs
prélats dirent, de vive voix et par
écrit, qu'ils se réuniraient à
l'Église romaine, s'ils ne craignaient les
exactions, les violences et les attentats que les
papes avaient coutume de commettre par suite de
leur ambition, de leur avarice et de leur orgueil.
L'empereur Michel Paléologue manifesta aussi
la défiance d'être
inquiété par les Latins qui
s'autorisaient de la faveur des papes.
Clément IV l'assura du contraire, et dans le
même temps on faisait dans son propre palais
un traité avec Baudouin, empereur des
Latins, et Charles d'Anjou, roi de Sicile, pour
reconquérir Constantinople et d'autres
villes. N'était-ce pas une perfidie bien
étrange dans un successeur de
Saint-Pierre ?
GRÉGOIRE X
CLXXXIVe PONTIFE. - DE 1268 A 1276.
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THÉOBAL DE VISCONTI, Italien, de
Plaisance, archidiacre de Liège,
résidant en Palestine, fut élu pape,
à Viterbe, le 1er septembre 1271, sous le
nom de Grégoire X, et mourut le 10 janvier
1276.
Pendant trois ans de vacance du Saint-Siège,
les cardinaux n'avaient pu s'accorder dans leur
choix. Saint-Bonaventure, l'un d'eux, personnage
d'une grande bonté sous tous les rapports,
voulant faire cesser ce scandale, leur persuada de
s'en remettre au choix de six cardinaux, en
s'obligeant à reconnaître pour
légitime souverain pontife celui qu'ils
éliraient. Il en résulta
l'élection de celui qui devait être
loin d'y penser, puisqu'il était en
Palestine. Le nouveau pape reconnut mieux que
personne les intrigues qui se passaient dans ces
sortes d'élections ; c'est du moins ce
qu'il démontra dans le second concile
général de Lyon, en 1274 (qui fut le
quatorzième des conciles
généraux delà
chrétienté), en ordonnant qu'au plus
tard dix jours après la mort du pape, les
cardinaux s'enfermassent dans la salle à
laquelle il donna le nom Conclave, en sorte qu'ils
n'eussent aucune communication de vive voix ni par
écrit avec personne du dehors ; qu'il
n'y eût qu'une seule salle pour tous, afin
que le jour et la nuit ils pussent se voir et
communiquer les uns avec autres, et qu'il n'y
eût point de conversations
particulières et secrètes ;
qu'on leur passât leur nourriture pour tous,
et que le pape fût élu dans l'espace
de trois jours ; que, dans le cas contraire,
on ne leur donnât plus qu'un seul mets
pendant cinq jours, et que si l'élection
n'était pas terminée dans ce
délai, on les nourrît avec du pain et
du vin jusqu'à ce qu'ils l'eussent
effectuée.
On arrêta encore, dans ce concile, diverses
autres mesures sur cet objet, et on en fit jurer
l'exécution par les cardinaux. Que les
écrivains vendus dans les derniers temps
à Rome, viennent maintenant nous dire que
l'élection pontificale est l'oeuvre de
l'influence directe du Saint-Esprit.
Grégoire X fut un homme de bonnes moeurs,
mais il ne put se détacher du système
de ses prédécesseurs sur les points
d'ambition relatifs à la tiare pontificale.
Il s'appropria le pouvoir de confirmer
l'élection du roi des Romains, en donnant
son approbation à celle de Rodolphe
d'Autriche, après la mort de Richard de
Cornouailles. Ceci fut d'autant plus injuste que
son droit étant éteint, il en
résultait la confirmation naturelle de
l'élection du roi de Castille qui restait
sans compétiteur. Grégoire s'excusa
en disant qu'Alphonse n'ayant pas été
couronné roi des Romains à
Aix-la-Chapelle, Sa Sainteté ne pouvait le
couronner empereur ; mais il lui fit
d'ailleurs diverses concessions pour le satisfaire
et l'engager à renoncer à ses
réclamations ; preuve que Sa
Sainteté reconnaissait la justice des
plaintes d'Alphonse qui, enfin, abandonna ses
prétentions pour complaire au pape et
pacifier l'empire.
En conséquence du même système,
Grégoire se mêla des affaires
politiques du gouvernement du Portugal, qu'il
qualifiait de tributaire du
Saint-Siège ; et il chicana le roi
Alphonse III sur quelques privilèges du
clergé et sur la juridiction
ecclésiastique ; il manifesta sur cette
matière les principes erronés de la
doctrine romaine, méconnus avant les temps
de Charlemagne même de Grégoire VII.
Il abusa aussi des censures contre Jacques 1er, roi
d'Aragon, qu'il excommunia parce qu'il ne voulait
pas renoncer à ses liaisons avec une dame
(soit concubine ou tout ce qu'on voudra),
chose si ordinaire et si fréquente qu'elle
ne scandalisait personne dans ces temps-là.
En outre, des mesures de cette nature, contre des
souverains, ne produisent que le mépris des
censures ; et c'est ce qui arriva.
Dans le concile de Lyon, dont nous avons
parlé, il réussit à
réunir l'Église grecque avec
l'Église latine, d'après les
désirs sincères de l'empereur Michel
Paléologue. Mais, comme les papes ne
changèrent point de système, l'union
dura peu. Si Grégoire eut renoncé aux
prérogatives usurpées par ses
prédécesseurs, peut-être cette
union eût-elle été
durable ; mais, bien loin de se contenter de
prendre connaissance des causes des particuliers,
par les patriarches de Constantinople, d'Alexandrie
et d'Antioche, il fit consentir que l'on pût
appeler à Rome de toutes les causes du vaste
territoire de l'empire d'Orient. Comme les Grecs en
sentaient les conséquences, ils furent
très fâchés de cette mesure, et
traitèrent les papes, les cardinaux et les
membres de la chancellerie romaine d'oiseaux de
rapine et de voleurs insatiables d'or.
Grégoire X reconnut, par des épreuves
continuelles et douloureuses, le mal qui
résultait de la multitude des instituts
réguliers. Innocent III l'avait senti de
même, et il avait, en conséquence,
décrété dans le concile de
Latran, en 1215, qu'on n'en admettrait plus de
nouveaux. Cependant il avait lui-même
contrevenu à cette disposition du concile en
approuvant, de vive voix, l'établissement
des Dominicains et des Franciscains ; et ses
successeurs, regardant avec indifférence ce
statut du concile, admirent d'autres ordres
réguliers.
Le concile de Lyon de 1274, annula leurs
approbations ; mais Grégoire X imita le
mauvais exemple d'Innocent et des autres papes, en
enseignant, par la pratique, la fausse doctrine de
se mettre au-dessus des conciles. Non content
d'excepter les Dominicains et les Franciscains, il
approuva encore ensuite la règle des
Servites et d'autres ordres. Les papes, ses
successeurs, ont fait si peu de cas du
décret du concile, que, de nos jours, il est
devenu impossible de savoir le nombre fixe des
différentes règles de moines et de
religieuses.
INNOCENT V
CLXXXVe PONTIFE. - EN 1276.
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PIERRE de Tarentaise, moine dominicain, cardinal
évêque d'Ostie, fut élu pape le
21 février 1276, sous le nom d'Innocent V,
et mourut le 22 juin de la même année,
sans laisser rien de remarquable sur son
pontificat.
ADRIEN V
CLXXXVIe PONTIFE. - EN 1276.
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Il en arriva de même de Otobon de Fieschi,
né à Gênes, cardinal diacre, du
titre de Saint-Adrien, élu pape le 11
juillet 1276, sous le nom d'Adrien V, et qui
mourut, avant d'être consacré, le 16
août de la même année.
JEAN XXI
CLXXXVIIe PONTIFE. - De 1276 A 1277.
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À la mort d'Adrien, les cardinaux
refusèrent d'accomplir la constitution du
concile à l'égard du conclave pour
les élections, en prétendant que Sa
Sainteté avait décrété
le contraire. Les habitants de Viterbe où
s'effectua la vacance, ne croyant point à la
dispense de la loi, s'attroupèrent
tumultueusement, et les forcèrent à
se renfermer au Conclave. Il en résulta, le
13 septembre 1276, l'élection de Pierre,
né en Portugal, cardinal évêque
de Scilo, qui fut couronné le 20 du
même mois sous le nom de Jean XXI ;
mais, quoiqu'il se promît une longue vie qui
lui avait été prédite par un
astrologue, il mourut le 17 mai de l'année
suivante, des blessures qu'il reçut par la
chute d'un édifice qu'il venait de faire
construire pour sa commodité.
Pendant le peu de temps qu'il occupa le
siège pontifical, il fit preuve d'un
caractère libre et ambitieux : libre,
parce qu'il publia une bulle qui dispensait les
cardinaux d'observer la constitution du concile de
Lyon pour le conclave des élections
papales : ambitieux, parce qu'il se mêla
dans les querelles de Philippe IV, dit le Bel, roi
de France, avec Pinache IV, dit le Brave, roi de
Castille, pour la succession à la couronne
Castillane ; ce qui ne le regardait en aucune
manière.
NICOLAS III
CLXXXVIIIe PONTIFE. - DE 1277 A 1280.
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JEAN GAÉTAN des Ursins, noble romain,
cardinal diacre , du titre de Saint-Nicolas, fut
élu pape à Viterbe le 25 novembre
1277, sous le nom de Nicolas III, et mourut
d'apoplexie le 22 août 1280.
Il fut ambitieux et avare au suprême
degré, sans considérer les moyens. Il
fit cardinaux un frère, deux neveux et
quelques autres parents, et les combla de
bénéfices ecclésiastiques, en
les dispensant de l'incompatibilité, afin
d'enrichir la famille des Ursins ; de sorte
qu'ils occupassent en Europe le rang de princes, et
qu'ils pussent obscurcir la race des Anibaldi, qui,
jusqu'alors les avait surpassés en
splendeur.
Son orgueil lui inspira le dessein de marier son
neveu Astolphe des Ursins avec une petite fille de
Charles d'Anjou, roi de Sicile. Ce dernier ne
voulut pas y consentir, disant que la
souveraineté des papes était purement
personnelle et de courte durée ;
qu'ainsi, elle ne couvrait pas
l'inégalité des familles. Nicolas,
depuis ce temps, en voulut beaucoup au roi, et lui
fit tout le mal qu'il put, mais avec dissimulation
et perfidie. Il protégea et excita
secrètement le projet de Pierre III, roi
d'Aragon, d'envahir la Sicile, à cause des
droits de la reine Constance, sa femme, fille de
Mainfroy ; ce qui s'effectua sous le
pontificat suivant. Il influença aussi,
auprès de l'empereur de Constantinople,
Michel Paléologue, pour l'irriter contre le
roi Charles, à qui ce prince refusa tout
secours pour l'aider à reconquérir la
ville et les provinces dont il avait
été question dans le traité
avec l'empereur Baudouin.
Il séduisit l'empereur Rodolphe pour qu'il
fit rendre au Saint-Siège tout ce qui
résultait des actes de donation du roi
Pépin, des empereurs Charlemagne, Louis Ier,
et Othon Ier, ainsi que de la comtesse Mathilde, en
y comprenant même ce que les papes n'avaient
jamais possédé. Afin de réunir
tous les pouvoirs, il priva le roi Charles des
dignités de sénateur de Rome et de
vicaire du Saint-Siège en Toscane ; il
dépouilla les Romains du droit que, par
concession des empereurs, ils avaient
conservé d'élire le gouverneur civil
de la ville, sous le nom de patrice dans
l'antiquité, et sous celui de
sénateur dans les temps modernes. Souvent le
peuple avait élu des princes puissants,
capables de le protéger contre les attentats
des papes et des cardinaux. Nicolas supprima
la charge de sénateur et ordonna que le
peuple ne pût élire aucun prince pour
président du sénat.
Abusant enfin de l'ascendant qu'il avait sur
l'esprit de l'empereur Rodolphe, il le fit
consentir à un projet enfanté par
l'ambitieux Nicolas, qui consistait à
partager l'empire en quatre royaumes : le
premier en Allemagne, héréditaire,
pour les descendants de Rodolphe ; le second
à Vienne en Dauphiné, pour ceux de
Clémence, fille de Rodolphe et femme de
Charles Martel, petit-fils de Charles, roi de
Sicile ; le troisième en Lombardie et
le quatrième en Toscane, pour deux neveux du
pape. La mort vint arrêter les progrès
de son ambition démesurée, mais
n'éteignit pas le souvenir du titre si bien
mérité de patriarche du
népotisme pontifical.
L'histoire nous a fait voir que, comme si
c'était une vertu digne de quelqu'un qui a
constamment à la bouche le nom de
prédécesseur du pauvre pêcheur
Saint-Pierre, presque tous les papes ont
imité Nicolas en créant leurs neveux
princes, quoiqu'ils fussent
plébéiens.
MARTIN IV
CLXXXIXe PONTIFE. - DE 1280 A 1285.
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AUSSITÔT après la mort
de Nicolas III, le roi Charles de Sicile
s'intrigua au-delà de ce qu'on peut
imaginer, pour faire élire un pape de son
parti. À la tête, était le
cardinal Anibaldi, opposé à celui des
Ursins, par qui il avait été
continuellement chagriné jusqu'alors.
L'affaire fut tellement embrouillée à
force d'intrigues de part et d'autre, qu'il se
passa six mois sans élire un pape, parce
qu'on ne se conforma pas à la constitution
du conclave.
Quand le roi Charles crut les choses bien
disposées, il excita sous-main, par des
manoeuvres secrètes, un soulèvement
dans Viterbe, contre les cardinaux. Les
séditieux les enfermèrent dans une
maison, et ne leur donnèrent pour aliments
que du pain et de l'eau, jusqu'à ce qu'ils
eussent fait une élection canonique, qui se
termina par la nomination de Simon de Brion,
Français, partisan du roi Charles,
cardinal-prêtre du titre de
Sainte-Cécile, sous le nom de Martin IV, le
22 février 1281.
De tout temps il y a eu des écrivains
fanatiques de bonne foi, qui ont cru aux miracles
supposés ; mais il n'a jamais
manqué non plus de propagateurs de fausses
merveilles, par mauvaise foi et par esprit de
parti. Je fais cette observation, parce qu'il y a
un auteur contemporain qui dit que la
sainteté de Martin IV a été
prouvée par des miracles
opérés sur son tombeau, dans le
couvent des Franciscains de Perouse, où il
fut enterré à sa mort, qui arriva le
28 mars 1285. Non-seulement je regarde ces miracles
comme supposés, mais même tout ce que
l'on raconte des vertus de ce pape, qui ne parvint
à cette dignité que par de mauvais
moyens, pour favoriser Charles d'Anjou, son
compatriote et son protecteur, et qui ne fit que de
continuelles injustices et alla au-delà de
ce qu'il pouvait pour lui témoigner sa
reconnaissance.
Son imprudence n'eut point de bornes. L'empereur de
Constantinople, Michel Paléologue, lui
envoya deux ambassadeurs pour régler
quelques points qui manquaient au complément
de l'union de l'Église grecque avec
l'Église latine. Martin, sachant que Charles
de Sicile haïssait l'empereur, et qu'il
projetait de reconquérir Constantinople,
refusa de les recevoir, et excommunia l'empereur
Michel, disant que son projet d'union
n'était qu'une feinte. Ce souverain, qui non
seulement avait agi de bonne foi sur ce point, mais
qui, même par cette raison, se trouvait en
butte à la haine des archevêques, des
évêques, des abbés et de tout
le reste du clergé, tomba malade et mourut
bientôt. Son fils, l'empereur Andronie,
révoqua l'union des deux Églises, et
rétablit l'ancien système
d'indépendance. L'imprudence injuste et
téméraire de Martin IV ne fut-elle
pas la véritable cause du
rétablissement du schisme ?
Il n'y en eut pas moins dans sa conduite envers les
habitants des villes de Messine, de Palerme, et des
autres villes du royaume de Sicile : car,
voyant qu'il n'avait pas voulu écouter leurs
députés, ni recevoir leurs excuses,
ils se donnèrent au roi Pierre III
d'Aragon ; et leur secours contre Charles
d'Anjou lui facilita beaucoup la conquête de
la Sicile. Il excommunia le roi d'Aragon et ses
adhérents, et mit en interdit tous les lieux
qui le recevraient ; mais il n'obtint
par-là que le mépris des censures,
car les évêques et les prêtres
séculiers et réguliers
continuèrent à célébrer
les offices divins comme auparavant, se moquant du
pape et de ses excommunications, qu'ils
qualifiaient de rage impuissante. Il
déclara Pierre déchu de la couronne
d'Aragon, donna son royaume à Charles,
second fils du roi de France Philippe III, dit
le Hardi, et imposa des tributs en faveur du
Saint-Siège, dont il disait que le royaume
était feudataire. Il publia une croisade
contre Pierre III et ses adhérents, et
engagea Philippe à faire passer une
armée en Catalogne, pour en faire la
conquête. La mort l'enleva avant que la
guerre fût terminée : Pierre y
obtenait triomphes sur triomphes contre les
Français, malgré les
excommunications ; et il demeura enfin roi de
Sicile par le droit de sa femme, et roi d'Aragon
par le droit qui lui appartenait.
Il répondit à Édouard Ier, roi
d'Angleterre, qui demanda le dixième des
revenus ecclésiastiques, pour aller à
la Terre-Sainte, qu'il commençât par
se préparer pour le voyage, et qu'alors il
les lui donnerait, mais pas auparavant, dans la
crainte qu'il n'en fît un autre usage ;
et lui-même, en même temps,
dépensait dans la guerre contre le roi
d'Aragon les dîmes qu'il avait reçues
en Sardaigne, en Hongrie, en Suède, en
Dannemarck, en Esclavonie et en Pologne, pour aller
au secours de la Palestine. Il refuse à
Alphonse X, roi de Castille, les secours qu'il lui
demande contre les rebelles de son royaume, et il
lance seulement une nouvelle excommunication
inutile, se réjouissant
intérieurement de cette guerre civile, qui
empêchait la couronne de Castille de secourir
Pierre en Aragon. Tel est le saint dont on
préconise les miracles, et dont la
canonisation, jointe à tant d'autres
semblables, faites par quelques papes, a
donné lieu à un grand nombre de
critiques d'examiner impartialement chacune en
particulier.
HONORÉ IV
CXCe PONTIFE. - DE 1285 A 1287.
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JAQUES SABELLI, noble romain, cardinal-diacre,
fut élu pape à Pérouse, le 2
avril 1285, et mourut le 3 du même mois
1287.
Il fut beaucoup plus modéré que son
prédécesseur, dont il n'abandonna pas
le système, mais il le suivit du moins sans
acharnement. Il excommunia cependant Jacques Ier,
roi de Sicile, et Alphonse III, roi d'Aragon, fils
de Pierre III, parce qu'ils ne voulaient pas se
désister de leur entreprise sur la
Sicile : ils ne voulaient pas non plus rendre
la liberté à Charles II, roi de
Naples, fils de Charles Ier d'Anjou, qu'ils
retenaient prisonnier à Barcelone. Il
désapprouva aussi le traité où
ce prisonnier avait consenti la cession du royaume
de Sicile en faveur de Jacques Ier, pour prix de sa
rançon ; mais il admit pourtant les
ambassadeurs d'Alphonse d'Aragon, pour la suite des
négociations, dans le cours desquelles la
mort l'enleva.
NICOLAS IV
CXCIe PONTIFE. - DE 1287 A 1292.
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JÉRÔME, né à Ascoli,
ex-général de l'ordre de
Saint-François d'Assise,
cardinal-évêque de Palestine, fut
élu pape le 15 février 1288,
après huit mois de vacances du
Saint-Siège, à cause des discordes
des cardinaux, et mourut le 4 avril 1292. Il
manifesta le même esprit que ses
prédécesseurs dans les affaires
d'Aragon et de Sicile. À la mort d'Alphonse
IV, roi d'Aragon, son frère Jacques II lui
ayant succédé, il renouvela les
excommunications et les interdits ; mais les
Aragonais et les Siciliens les
méprisèrent et ne voulurent pas
reconnaître Charles II, roi de Naples, pour
souverain de l'île.
Ce fut sous le pontificat de ce pape, que l'on
acheva de perdre la Palestine ; et les lettres
sans nombre qu'il écrivit partout pour
tenter de nouvelles entreprises en Orient, furent
inutiles. Rome perdit par-là une mine
d'or ; mais l'Europe y gagna l'augmentation de
sa population.
CÉLESTIN V
CXCIIe PONTIFE. - De 1292 A 1294.
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APRÈS la mort de Nicolas IV, il se passa
deux ans, trois mois et quelques jours, sans que
onze cardinaux pussent se mettre d'accord entre eux
pour élire un pape, parce qu'ils
n'observèrent pas la constitution du concile
de Lyon. Quelle plus grande preuve de l'ambition de
huit cardinaux au moins parmi les onze ?
Charles II, roi de Naples, et son fils, Charles
Martel, roi titulaire de Hongrie, leur firent des
représentations et les exhortèrent
à la concorde. Il y eut à ce sujet de
graves contestations entre Charles II et le
cardinal Gaétan, qui devint depuis si
célèbre lorsqu'il fut pape, sous le
nom de Boniface VIII. Enfin, après une
conversation accidentelle du cardinal
Napoléon des Ursins, Pierre Moron fut
élu souverain pontife le 5 juillet 1294. Le
nouveau pape prit le nom de Célestin V,
parce qu'il était fondateur de la
congrégation des Célestins, sous la
règle de Saint-Benoît, et avec des
constitutions particulières.
Aussitôt qu'il fut consacré, il
renouvela la constitution du concile de Lyon sur le
conclave des élections pontificales, en
révoquant les bulles de ses
prédécesseurs, qui en avaient
donné dispense : par-là, il
gêna beaucoup les cardinaux, qui
désiraient plus de liberté pour leurs
intrigues.
Aujourd'hui, il est révéré
comme saint, sous le nom de Saint-Pierre
Célestin, et c'est peut-être le seul
saint véritable qu'il y ait eu depuis
longtemps parmi les papes. Du moins la critique la
plus sévère n'a pu entacher la
droiture de ses intentions.
Sa vie privée atteste en sa faveur, et
surtout sa renonciation à la dignité
de souverain pontife, dont il était en
possession paisible. Il l'effectua le 13
décembre de la même année,
après avoir approuvé un traité
de paix pour la Sicile, entre Charles II, roi de
Naples, et Jacques II, roi d'Aragon. Il mourut en
odeur de sainteté, le 19 mai 1296, mais
prisonnier dans le château de Fumona et
gardé à vue par ordre de Boniface son
successeur, qui ensuite le canonisa comme saint.
À peine il assista à ses
funérailles, mais avec tant de joie que les
auteurs de l'art de vérifier les
dates (qui sont pourtant très pieux),
ont dit avec raison que Boniface imita en cela les
tyrans de Rome, qui accordaient les honneurs de
l'apothéose aux mêmes empereurs qu'ils
venaient d'assassiner. Ceci fait allusion aux
moyens iniques qu'employa Boniface pour engager
Célestin à renoncer à la
tiare.
BONIFACE VIII
CXCIIIe PONTIFE. - DE 1294 A 1303.
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BENOÎT GAÉTAN, né à
Agnani, cardinal du titre de Saint-Sylvestre, fut
élu pape le 15 décembre 1294, sous le
nom de Boniface VIII, et mourut le 11 octobre
1303.
Plusieurs écrivains l'accusent d'avoir
beaucoup intrigué pour déterminer son
prédécesseur à renoncer
à la tiare, et quelques-uns même lui
attribuent sa mort pour se délivrer
d'inquiétude. Son orgueil, son ambition et
son avarice n'eurent point de bornes, et il
paraît difficile d'en trouver un autre plus
hardi à abuser de l'Écriture-Sainte,
pour justifier ses attentats. Il en vint à
déclarer comme dogmatique, en trois bulles,
la nouvelle opinion qu'il appartient de droit aux
papes de donner et d'ôter les royaumes, de
résoudre les disputes sur les
prétentions à la couronne, et de se
servir des moyens spirituels et temporels pour
faire exécuter leurs résolutions.
À peine y eut-il un seul pays catholique
où il ne prétendît pas exercer
ce droit de haute souveraineté divine sur
les monarques. Il se gouverna sur ce point avec
tant d'arbitraire, qu'il s'inquiétait peu de
paraître inconséquent lorsqu'il lui
convenait de varier sa conduite selon les
circonstances politiques qui survenaient.
À la mort de l'empereur Rodolphe, les
suffrages des électeurs se
partagèrent entre Adolphe, comte de Nassau,
et Albert d'Autriche, fils de l'empereur
défunt. Il en résulta la guerre
civile et des maux énormes. Les
électeurs désirant y mettre fin,
voulurent se réunir, annuler
l'élection de l'un des deux, et voter tous
en faveur de l'autre. Boniface s'y opposa sous
peine d'excommunication, en disant que lui seul
avait pouvoir à ce sujet, et qu'il donnerait
l'empire à qui bon lui semblerait, et
même à un autre que les deux
compétiteurs.
Il les cita à comparaître devant le
Saint-Siège pour alléguer leurs
droits respectifs. Adolphe étant mort
pendant la guerre, le pape imputa l'homicide
à Albert et l'excommunia. Les
électeurs voulaient le reconnaître
pour roi des Romains, et Boniface les en
empêcha. Dans la suite, étant survenu
de grandes altercations avec le roi de France, il
changea de conduite ; et, après avoir
absous Albert, il le reconnut pour légitime
roi des Romains, mais en l'obligeant à
confesser que les papes avaient le droit
annoncé dans ses bulles, et à
confirmer aussi les anciennes donations dont nous
avons déjà parlé.
Il excommunia Fadrique d'Aragon, frère de
Jacques II, roi d'Aragon, parce qu'il retenait le
royaume de Sicile. Il le déclara inhabile
à posséder aucune dignité, et
renouvela l'interdit général sur
l'île ; mais les habitants,
méprisant cette mesure, élurent et
proclamèrent Fadrique pour leur roi, en
publiant qu'ils ne voulaient pas se soumettre
à Charles, roi de Naples, Les circonstances
ayant changé, par ses querelles avec le roi
de France Philippe IV, dit le Bel, il
n'hésita pas à faire la paix avec
Fadrique, à l'absoudre et à lever
l'interdit, pourvu qu'il se reconnût
tributaire du Saint-Siège, et qu'il lui
fournît des secours contre ses ennemis.
Il avait excommunié Jacques II, roi
d'Aragon, et mis l'interdit sur son royaume, ce que
les Aragonais n'avaient pas non plus
observé. Par suite de sa même
détermination, non seulement il donna
l'absolution à Jacques, mais il le fit
encore gonfalonier, ou
capitaine-général du
Saint-Siège, et lui donna les îles de
Sardaigne et de Corse, sous la condition de porter
du secours aux papes et de se reconnaître
vassal et tributaire de Rome.
Il excommunia Éric VIII, roi de Danemarck,
parce qu'il avait fait arrêter
l'archevêque de Lunden, et par-là, il
troubla pour longtemps la tranquillité
intérieure de ce royaume.
II fulmina l'excommunication contre Édouard
1er, roi d'Angleterre, pour avoir revendiqué
le royaume d'Écosse qui était son
feudataire ; et il entreprît de
persuader que l'Écosse était une
propriété directe des papes, et
qu'eux seuls avaient droit de disposer de la
couronne.
Il ne suffit point à Édouard de
prouver par des documents authentiques, que
l'Écosse était un démembrement
de l'Angleterre, et que cette vérité
avait été reconnue par plusieurs rois
Écossais. Boniface n'était pas homme
à céder à des raisonnements,
mais seulement à la nécessité,
et c'est ce qu'il fit seulement lorsqu'il se trouva
menacé par la France.
Il excommunia Venceslas IV, roi de Bohême, et
son fils Venceslas V, parce que ce dernier accepta
le royaume de Hongrie, où il était
appelé par les Hongrois, à qui
Boniface voulait donner pour roi Charles-Robert,
petit-fils de Charles II, roi de Naples. Il y
excita la guerre civile qui se termina en faveur de
Venceslas, mais après mille calamités
de toute espèce, causées par
l'ambitieux pontife.
Venceslas citait par hasard dans ses lettres le
royaume de Pologne, qu'il occupa en effet dans la
suite ; et cette citation seule fut un motif
pour que Boniface se crut maître de le donner
à qui bon lui semblerait ;
d'après cela il ordonna que Venceslas et
tous ceux qui prétendaient à cette
couronne, eussent à comparaître devant
le Saint-Siège, pour y exposer leurs droits
respectifs.
En Castille il fit un chose avantageuse, parce
qu'elle lui valut beaucoup d'argent; mais si nous
devions nous régir par les règles de
droit, sa détermination ne pouvait avoir
aucune validité.
Pinache IV, dit le brave, était mort
excommunié, et sa veuve, la reine Marie,
l'était aussi, parce qu'elle n'avait pas
voulu se séparer, quoique les papes
précédents eussent
déclaré son mariage nul par un
empêchement dirimant de parenté. Alors
il déclara ses enfants légitimes, et,
par ce moyen, Ferdinand IV s'affermit sur le
trône, contre l'infant de la Cerda,
prétendant à la couronne en vertu du
droit d'aînesse de son père.
Pouvait-il sortir quelque chose de bon d'un homme
aussi méchant? car il le fut encore dans
cette occasion ; soit parce qu'on ne peut valider
le mariage d'un mort ; soit parce qu'il n'avait pas
le pouvoir de légitimer pour des
dignités temporelles, et encore moins au
préjudice des droits d'un tiers; soit parce
qu'il le fit à prix d'argent, en vendant
l'usage de son autorité pontificale.
Il déposa Jacques Colone et Pierre Colone
son neveu, de la dignité de cardinal et des
autres bénéfices qu'ils
possédaient, et il les excommunia ainsi que
leur parents, qu'il dépouilla de leurs fiefs
et de leurs biens, seulement parce qu'ils
s'opposèrent à son despotisme
à l'occasion d'objets relatifs à
l'empire et au parti des Gibelins qu'ils suivaient
contre les Guelfes. Ce fut par ce motif que la
famille des Colone découvrit beaucoup
de crimes de Boniface, y compris
celui de concubinage, et d'avoir donné le
jour à plusieurs enfants.
Rien n'est comparable à ses discordes avec
le roi de France, qui commencèrent à
l'occasion de l'arrestation de
l'évêque de Pamiers, ordonnée
par Philippe-le-Bel, pour crime de conspiration.
Boniface s'étant déclaré juge
du roi, dans toute espèce d'affaires
indistinctement, et traitant
d'hérétiques tous ceux qui ne
reconnaissaient pas la doctrine de
détrôner les rois, reçut la
réponse que tous les souverains devaient
faire dans de semblables occasions. Boniface
excommunia Philippe et ses adhérents. Le roi
convoqua l'assemblée générale
des prélats et des barons du royaume, et
plusieurs d'entre eux réclamèrent un
concile général pour déposer
Boniface, en offrant de prouver quelques chefs
d'accusation très graves, surtout le crime
de simonie, et diverses hérésies
contre des articles de foi ; et de plus, sa vie
très déréglée et un
usage tyrannique et cruel de son pouvoir au
préjudice de la religion et de tous les
royaumes- chrétiens.
Guillaume de Nogaret, ne s'en tenant pas aux
paroles, s'empara de Boniface dans Agnani sa
patrie, pour lui faire signer une bulle de
convocation du concile général. Il ne
put exécuter son projet, faute de l'avoir
transporté ailleurs, parce que ses
compatriotes le retirèrent de ses mains et
le conduisirent à Rome. La rage et la fureur
de Boniface lui causèrent une fièvre
si violente, qu'elle le mit au tombeau, sans revoir
Rome. En l'année 1605 on
retrouva son corps sans être corrompu. Ceux
qui croient que cette circonstance est une preuve
de sainteté, peuvent se tromper, en la
trouvant dans ce pape qui fut un tison infernal de
discorde de tout le monde chrétien, et qui
n'a laissé que de mauvais exemples indignes
d'être imités.
Le pape Clément V intenta un procès
à sa mémoire, d'après les
instances du Roi de France et de ceux qui l'avaient
accusé pendant sa vie. Beaucoup de
témoins affirmèrent avoir entendu
Boniface dire que l'âme mourait avec le
corps, que le monde était éternel,
que toutes les religions étaient
égales, que la simonie n'était pas un
péché, et d'autres propositions
hérétiques.
Le pape put obtenir du roi qu'il se
désistât de son accusation; il
craignit qu'en déclarant Boniface
hérétique, il en
résultât des conséquences
contre lui-même , si les actes pontificaux
étaient déclarés nuls, et
entre autres les nominations des cardinaux qui
avaient élu Clément. Ainsi il mit fin
à l'instance contre Boniface. L'inquisition
condamne comme hérétiques des gens
vivants ou morts avec bien moins de preuves que la
centième partie de celles qu'il y eut contre
Boniface. Pour moi, je le regarde comme
matérialiste.
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