PORTRAIT POLITIQUE DES PAPES
(JUSQU'A
1822)
XIIIe SIÈCLE.
HONORÉ III
CLXXVIIe PONTIFE. - DE 1216 A 1227.

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http://fr.wikipedia.org/wiki/Honorius_III
CENCIUS SABELLI, romain, cardinal prêtre,
fut élu pape le 18 juillet 1216, et mourut
le 18 mars 1227.
IL suivit le système de son
prédécesseur. Nous ferons
connaître quelques vérités
quoiqu'elles se rapportent à des
époques postérieures. Il convient de
savoir d'abord que tous les successeurs d'Innocent
III ont suivi la même marche, et que les
moyens qu'ils ont employés pour
réaliser leurs projets ambitieux, ne
présentent d'autre différence que
celle que devait produire leur caractère
personnel ou les circonstances dans lesquelles ils
se trouvaient. Car, à l'orgueil le plus
terrible succédait, suivant que
l'intérêt l'exigeait, une
humilité qui n'était que feinte, et
l'on peut dire que Rome dirigeait sa tactique sur
la connaissance qu'elle avait du caractère
personnel de chaque souverain et de l'état
de ses affaires politiques.
Honorius prit part à toutes celles de son
temps. À peine fut-il couronné, qu'il
fit en sorte que les souverains envoyassent des
hommes et de l'argent en Palestine, où la
puissance des Latins diminuait chaque jour à
proportion que l'ascendant des Mahométans
allait toujours croissant. Les papes étaient
intéressés à fomenter les
guerres de croisades pour conserver le royaume de
Jérusalem et ceux d'Asie, qui
étaient, pour Rome, une mine
inépuisable d'argent. Non-seulement celui
qui produisaient les ordinations de patriarches,
d'archevêques, et les doutes sur les
élections épiscopales allait grossir
les trésors du pontife ; mais encore
celui qui provenait des collectes
pécuniaires que l'on faisait en Europe, dans
l'intention de secourir les saints lieux,
était à sa disposition. Il
l'appliquait librement aux objets qui
étaient sa convenance ; comme, par
exemple, à l'achat de duchés ou de
comtés avec les terres et les seigneuries
dépendantes, pour quelqu'un de ses
frères, de ses neveux ou pour quelque
parent, afin que, parvenu à les faire
considérer comme des princes
séculiers d'Italie, il pût leur faire
contracter, par le mariage, des alliances avec des
familles souveraines ou liées de
parenté avec elles.
Le nombre des papes qui n'ont pas payé un
tribut à ce genre de vanité, est
très-petit, et le scandale des extorsions
papales auxquelles ce genre de vanité
donnait lieu était parvenu à un si
haut degré, que les contemporains
étaient réduits à trouver bon,
le pape qui ne volait pas les fonds
dépendants de son autorité, et qui ne
demandait pas de nouvelles contributions, sous de
vains prétextes, pour rendre ses neveux plus
grands, soit en biens, soit en dignités.
La mort de Jean, roi d'Angleterre, et la
minorité de son fils Henri III, qui lui
succéda, fournirent au pape Honoré,
l'occasion de diriger les affaires de ce
royaume : il donna tant de soins aux affaires
politiques, que l'administration du gouvernement de
Rome parut avoir fixé beaucoup moins son
attention ; il écrivait toujours comme
s'il eût été le souverain
direct de ce royaume, n'oubliant jamais de
qualifier le roi de tributaire du
Saint-Siège, et de se donner le titre de
protecteur. Il agissait ainsi pour pouvoir
commander en maître au roi d'Angleterre, en
le menaçant, lorsqu'il le jugerait
convenable à ses intérêts, de
punir sa désobéissance imaginaire,
soit par l'excommunication, soit en le
dépouillant de la dignité royale et
de la puissance souveraine, soit en déliant
les vassaux du serment de fidélité,
ou en leur interdisant toute communication avec
lui, même pour les choses les plus
nécessaires à la conservation de la
vie ; soit enfin en offrant le royaume aux
princes catholiques qui, en le recevant,
confesseront le tenir du Saint-Siège, se
déclareront tributaires et dépendants
de la volonté du pape qu'ils
reconnaîtront pour leur souverain direct,
possesseur des clefs de Saint-Pierre, vicaire de
Jésus-Christ, vice-Dieu sur terre, et
même Dieu, quant au pouvoir, (insolence
proclamée hérétique par le
droit canon, et qui sera une preuve
éternelle de l'infamie et de l'orgueil
pontifical.)
Telle fut la conduite d'Honorius III dans les
affaires d'Angleterre, soit lorsqu'il traitait avec
ce pays, soit lorsqu'il voulait engager les rois de
France, Philippe Auguste et Louis VIII, à ne
pas continuer l'occupation du royaume d'Angleterre
antérieurement recommandée et
ordonnée par des bulles pontificales.
On découvre la même conduite et les
mêmes maximes dans les lettres et dans la
marche des affaires des rois d'Écosse, de
Hongrie, de Portugal, d'Aragon, de
Trébisonde, de Bulgarie, de Constantinople,
d'Italie, de Sicile et d'Allemagne, ainsi que dans
celles qui sont relatives aux croisades contre les
Albigeois, les Comtés de Provence, de Foix,
de Carcassonne, et les autres provinces de la
Gascogne. Il en agit de même à
l'égard de la Castille, lors de la mort du
roi Henri Ier et des prétentions d'Alphonse
IX, roi de Léon. Enfin, il fut partout le
même, parce que l'esprit était
toujours le même, quoique les moyens fussent
différents.
Le despotisme pontifical était parvenu
à sa dernière période dans les
affaires ecclésiastiques :
déjà tous les évêques
étaient devenus les esclaves de la cour de
Rome ; ils furent obligés de promettre
par serment qu'ils iraient visiter, une fois par
cinq ans, le tombeau des apôtres, et baiser
la pantoufle du pape. S'ils exécutaient
cette promesse, ils abandonnaient leur
diocèse à la direction d'un vicaire,
et ils dépensaient dans leur voyage, les
sommes qui eussent servi à secourir les
diocésains qui étaient dans la
misère : dans le cas contraire ils
avaient besoin d'une dispense du Pontife.
Voilà précisément ce qu'on
désirait à Rome ; on ne
l'accordait qu'à prix d'argent, de
manière que ces grandes concussions mirent
au grand jour l'iniquité dont ce serment
était l'objet. Quand déjà on
avait pourvu, pour ce qui concerne les
évêchés, à tout ce qui
paraissait convenable aux intérêts de
Rome, l'avarice et l'ambition lui
suggérèrent le projet de se
réserver des prébendes. Le pape
Honoré en demanda deux par église
cathédrale, et deux habits de moine par
monastère de l'empire Romain, du royaume de
France et de tous les autres de l'Europe.
On peut lire dans l'histoire ecclésiastique
de Fleuri, les puissantes réflexions par
lesquelles on prouve l'injustice du projet ;
mais si alors son exécution fut suspendue,
les successeurs d'Honoré l'étendirent
sur toutes les prébendes et sur tous les
bénéfices d'un rang inférieur.
Cet abus prévalut presque partout, jusqu'au
XVIIIe siècle. Il expédia des bulles
d'approbation aux ordres religieux de
Saint-Dominique, de Saint-François, de la
Mercy, et des Carmes. Son
prédécesseur avait déjà
approuvé de parole les deux premiers.
GRÉGOIRE IX
CLXXVIIIe PONTIFE. - DE 1227 A 1241.

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UGOLINI, natif d'Agnania, province de Campante,
cousin du pape Innocent III, cardinal
évêque d'Ostie, fut élu pape,
le 19 mars 1227, et mourut le 11 août
12.41.
Ce souverain pontife montra autant et même
plus d'ambition, d'avarice et d'orgueil que son
cousin Innocent. L'expérience de ce
pontificat, de ceux qui
précédèrent depuis
Grégoire VII, et des suivants jusqu'à
Clément XIII, vers le milieu du
dix-huitième siècle, nous
démontre d'une manière historique et
presque mathématique, que la domination
temporelle occupait beaucoup plus l'esprit des
papes que la direction spirituelle de
l'Église catholique, quelques efforts que
l'on fit pour couvrir tout du prétexte de la
religion en abusant du texte tronqué de
l'Écriture qu'on interprétait avec la
plus grande violence, et que méchamment on
appliquait à contre sens : que l'abus
de la nouvelle doctrine de lancer d'office
l'excommunication contre les rois, de délier
les vassaux du serment de fidélité,
de susciter des guerres temporelles contre les
souverains, sous le prétexte qu'ils
méprisaient les armes spirituelles de
l'excommunication, de les déclarer
hérétiques, schismatiques et ennemis
de l'Église ; car cet abus troubla
l'ordre civil en Europe.
Ces deux causes et l'insatiable soif de l'or
contrarièrent tellement la paix, qu'on ne
peut pas être surpris en voyant tant de
nations se séparer de l'Église
romaine, depuis l'époque où l'on vit
paraître la secte de Valdo, jusqu'à
celle qui vit naître celle des Calvinistes.
C'est en vain que les écrivains Romains du
XVIe siècle et des deux siècles
suivants ont fait des efforts pour dénaturer
certains faits, et en démentir
d'autres ; ceux que l'on avoue, sont en si
grand nombre et d'une telle nature, qu'il est
impossible de disculper même les papes,
à plus forte raison les cardinaux, les
évêques et les ecclésiastiques
de la cour de Rome.
Grégoire IX excommunia et déposa
l'empereur Frédéric II, parce qu'il
n'accomplissait pas, disait-il, le voeu qu'il avait
fait d'aller combattre en Palestine. Ce fut en vain
que ce prince lui prouva qu'une maladie très
grave l'en avait empêché, alors ce
souverain part pour l'Asie, et lorsqu'il arrachait
au Soudan les villes de Jérusalem, de
Bethléem, de Nazaret et plusieurs autres,
Grégoire ordonne au patriarche de
Jérusalem, aux grand-maîtres des
ordres Teutonique, des Templiers et de Saint-Jean,
de /'abandonner et de le persécuter parce
qu'il était excommunié, et qu'il
était parti sans la permission du pape.
Grégoire ne s'arrêta pas à
cette injustice ; il souleva les peuples de la
Lombardie et de la Sicile, il les porta à la
révolte, il pervertit le roi Jean de
Brena, qui avait perdu le trône de
Jérusalem, et qui était gendre du
même Frédéric. Il lui propose
de se mettre à la tête des
rebelles ; Jean accepte la proposition, et au
nom du pape, il fait la guerre à son
beau-père ; il brûle les villes,
les villages ; il souffre que les troupes de
Sa Sainteté violent les couvents de
religieuses, qu'ils abusent de celles-ci, qu'ils
commettent toutes les iniquités que
l'imagination pourrait inventer.
Frédéric revient de la Palestine, il
fait la conquête de ses états, qui lui
avaient été enlevés pendant
son absence, il réduit le pape à
sentir l'urgence d'une réconciliation pour
ne pas se voir prisonnier et pour éviter sa
perte. Grégoire absout l'empereur des
censures ecclésiastiques, et fait
amitié avec lui ; mais, quelque temps
après, il l'engagea à revenir
à la Terre-Sainte, et n'ayant pu l'obtenir,
il protège ouvertement les Lombards
nouvellement soulevés, en leurs fournissant
des secours en armes et en argent,
Frédéric se voyant insulté,
prend les armes contre le pape et les
rebelles ; la victoire se déclare pour
lui ; il s'empare de l'île de Sardaigne,
où il place, pour roi, Hensius, son
fils naturel.
Grégoire excommunie de nouveau
Frédéric ; il le déclare
déchu de la couronne impériale ;
il offre l'empire à Saint-Louis, roi de
France, pour son frère Robert, comte
d'Artois. Le saint monarque lui répondit
qu'il regardait la déchéance de
Frédéric comme injuste ; qu'il
ne lui reconnaissait pas de pouvoir pour la
prononcer, et encore moins pour disposer de ses
états. Le monarque français ajouta
à cela beaucoup d'autres déclarations
qui méritent d'être lues.
Les électeurs ecclésiastiques, les
archevêques de Mayence, de Trêves, de
Cologne, les électeurs séculiers, le
comte palatin du Rhin comme sénéchal
de l'empire, le duc de Saxe comme maréchal,
le marquis de Brandebourg comme premier
valet-de-chambre, et le roi de Bohême comme
échanson, écrivirent tous au pape
dans le même sens, et en des termes
très expressifs.
Frédéric marcha à la
tête d'une armée ; en même
temps il publia plusieurs manifestes contre
Grégoire et contre ses attentats ; il
disait que l'orgueil, l'ambition, l'arrogance, la
colère, les vengeances et les mauvaises
intentions de ce pape, toutes contraires à
la doctrine de Jésus-Christ et à
l'exemple de Saint-Pierre, l'avaient rendu indigne
d'être le chef de la religion
catholique ; il exhortait tous les princes
chrétiens à châtier avec
rigueur ce pontife, à redouter les attentats
de la cour de Rome contre tout roi qui ne se
rendait point l'esclave du pape, et à se
mettre en garde contre ces dangers, en
réduisant les pouvoirs pontificaux aux
objets spirituels, et ne permettant en aucune
manière que les papes se mêlassent des
affaires temporelles.
L'empereur s'approcha de Rome ; on lui fit des
propositions de paix, et pendant les
négociations, Grégoire mourut,
abhorré des Romains qui s'étaient
révoltés deux fois contre les
vexations et les abus de pouvoir de celui qui se
disait le serviteur des serviteurs de Dieu,
lorsqu'en même temps, par
l'intermédiaire des moines dominicains et
franciscains, il vendait, dans toute la
chrétienté, les indulgences et les
dispenses du voeu d'aller faire la guerre en
Palestine. Tout cela se faisait au grand scandale
de ceux qui étaient encore restés les
partisans sincères du pouvoir pontifical.
Enfin, il exigeait du clergé la
dixième partie de son revenu, sous le titre
de Frais de Croisades.
CÉLESTIN IV
CLXXIXe PONTIFE. - EN 1241.
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GODEFROI DE CHATILLON, né à Milan,
moine de l'ordre de Citeaux, cardinal,
évêque de Sabine, fut élu pape
à la fin d'octobre 1241, sous le nom de
Célestin IV, et mourut le 17 novembre
suivant.
On a soupçonné qu'il avait
été empoisonné par Roman,
cardinal de Saint-Ange, évêque de
Porto, qui avait eu quatre suffrages, et qui ne
passait pas pour scrupuleux.
INNOCENT IV
CLXXXe PONTIFE. - DE 1241 A 1254.
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SINIBALDE DE FIESCHI, né à
Gênes, cardinal du titre de Saint-Laurent,
fut élu pape à Anagni, le 25 juin
1243, sous le nom d'Innocent IV, après une
vacance d'un an et plus de sept mois, sans compter
le temps précédent, attribué
à Célestin IV.
Lorsque l'empereur Frédéric apprit
son élection, il s'écria :
« J'ai perdu un ami dans la personne du
cardinal Sinibalde ; car à
présent qu'il est pape, il sera mon
ennemi. »
Il en arriva ainsi, et à un tel
degré, que Grégoire IX pourrait
être traité de modéré,
en comparaison d'Innocent IV. Tout en feignant de
vouloir la paix, il persécuta
Frédéric, et prononça
même contre lui, dans le concile de Lyon, une
sentence formelle de déposition de l'empire
d'Allemagne et du royaume des Deux-Siciles.
Ce concile fut le premier, en l'année 1245,
et il est compté pour le treizième
concile général de la
chrétienté, quoique dans la
réalité, il ne mérite pas ce
titre. Après cette proposition, il fit ses
efforts pour faire élire roi d'Allemagne,
Guillaume, comte de Hollande, malgré que
Conrad, fils de Frédéric, eût
été couronné roi des Romains,
dès l'année 1237.
Cette imprudence du pape produisit des schismes et
des guerres civiles sanglantes en Allemagne, en
Italie, et à Naples. Il tenta d'allumer le
feu de la discorde dans les royaumes de France,
d'Angleterre et autres puissances, en les excitant
à prendre parti contre
Frédéric ; mais Saint-Louis et
les autres rois s'y refusèrent constamment.
Un des chefs d'accusation contre l'empereur
était de traiter avec les Sarrazins, et
pourtant Innocent, pour assouvir sa rage, commit
l'inconséquence d'écrire
lui-même au sultan d'Égypte de ne pas
se fier à Frédéric, et
d'abandonner son parti. Cette démarche
infâme eut pour résultat, bien
mérité, que le monarque musulman
l'accabla de reproches insultants et très
justes, en lui répondant entre autres
choses :
« Nous avons reçu votre lettre, et
entendu votre envoyé, qui nous a
parlé au nom de Jésus-Christ, que
nous connaissons mieux que vous, et nous
honorons plus que vous. »
Telle était la cour du pape Innocent, qu'il
ne put rester à Rome où il
était resté, ni à
Gènes, sa patrie, par les mêmes
motifs, ni dans toute l'Italie, par crainte de
l'empereur. St.-Louis, roi de France, Henri III
d'Angleterre, et Jacques Ier d'Aragon lui
refusèrent la permission de résider
dans leurs états, dans la crainte des
dépenses et des usurpations ; ce qui
fit qu'il se fixa à Lyon, dont les
archevêques étaient souverains. Le
résultat confirma la réalité
des défiances des trois monarques, car les
Lyonnais mêmes ne purent supporter les
excès et les abus de la cour
pontificale.
L'abbé Fleuri a publié des fragments
de lettres et des clauses de manifestes de
l'empereur Frédéric, qui
démontrent évidemment que les
malheurs de l'Europe proviennent de ce qu'on a
retiré les papes et le clergé de
l'état d'humilité et de
pauvreté où ils étaient
autrefois :
« Alors, dit-il, le pontife romain,
les évêques et les prêtres
soutenaient les sceptres par leurs prières
et leurs vertus : maintenant ils les
détruisent par l'abus de leurs richesses et
de leur autorité.
Enfin, les critiques modernes du
dix-neuvième siècle ne peuvent
avancer des vérités plus claires que
ce qu'a dit Frédéric.
Le pape, voyant enfin que l'empereur triomphait
malgré tous ses efforts, poussa l'infamie
jusqu'à consentir (si même ce ne fut
pas par son ordre), à ce qu'on
cherchât les moyens de l'empoisonner. On
gagna un médecin, et ce fut par hasard que
Frédéric en eut connaissance, peu
d'instants avant de recevoir la boisson qu'on lui
administrait sous le nom de médecine. La
mort de quelques-uns de ses enfants et d'autres
chagrins continuels causèrent enfin la mort
de l'empereur. L'archevêque de Palerme lui
donna l'absolution avant qu'il fût mort, et
lui fit des funérailles pompeuses. Mais
Innocent, portant sa colère au-delà
même des bornes de la vie, réprimanda
sévèrement l'archevêque, et
prétendit qu'il avait encouru
l'excommunication, pour avoir absous sans sa
permission ; comme s'il pouvait y avoir des
réserves au moment de la mort.
Frédéric, en outre, avait fait son
testament, où il recommandait à ses
enfants d'être soumis à la sainte
Église romaine. Ils se conduisirent
ainsi ; mais Innocent forma la
résolution d'empêcher la famille
impériale de régner en Allemagne,
à Naples, en Italie, ni en Sardaigne, en
disant que c'était une race de rebelles
à l'Église ; comme si l'orgueil
et l'ambition des papes pouvaient s'identifier avec
la sainteté de l'Église.
On ne peut se figurer les intrigues qu'il employa
contre le fils de Frédéric,
Conrad ; et après la mort de ce roi, en
1254, il feignit de prendre sous sa protection
Conradin, son fils, encore enfant, afin de
régner lui-même sous son nom, à
Naples et en Sicile : il se fit en effet
proclamer régent du royaume, mais ce fut
là même que la mort vint arrêter
ses projets ambitieux.
Les écrivains romains font de grands
éloges d'Innocent IV, et son épitaphe
dictée par les flatteurs, offre
matière ; mais l'histoire de sa
conduite et de ses procédés est
scandaleuse, et n'admet point d'excuse. C'est pour
cela que nous ne devons pas nous étonner
qu'outre les Vaudois et les Albigeois, il naquit en
Saxe, en 1248, une nouvelle secte
d'hérétiques qui disaient que
le pape était hérétique, et
tant d'autres choses contre le dogme catholique du
sacerdoce et ses pouvoirs spirituels ;
personne ne se serait avisé d'attaquer la
puissance spirituelle, si l'on n'eût pas
reconnu ses abus et les mauvaises
conséquences que produisait son
mélange avec le temporel.
On raconte d'Innocent IV certain trait digne de
mémoire. Sa Sainteté reçut une
grosse somme d'argent en présence de
Saint-Thomas-d'Aquin. et lui dit :
« Vous voyez que je ne puis pas
dire comme Saint-Pierre, que je n'ai pas
d'argent. Saint-Thomas lui
répondit : Cela est vrai,
mais aussi les miracles du successeur de
Saint-Pierre ne font pas marcher les
paralytiques, comme on les vit marcher
alors. »
Nous remarquerons que vers l'an 1780, à
l'occasion de quelques fouilles, on
découvrit le corps de l'empereur
Frédéric II, et quoiqu'il se
fût écoulé plus de cinq cents
ans depuis qu'il avait été
enterré, on le trouva sans aucune trace de
corruption : cet événement
appela l'attention, et fui inséré
dans les gazettes de l'Europe : ceci peut
donner matière à quelques
réflexions critiques.
ALEXANDRE IV
CLXXXIe PONTIFE, DE 1254 A 1261.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_IV_(pape)
RENAUD, neveu de Grégoire IX, cardinal,
évêque d'Ostie, fut élu pape
à Naples, le 12 décembre 1254, sous
le nombre d'Alexandre IV, et mourut à
Viterbe, le 25 mai 1261.
Il suivit les traces de son oncle et de ses
prédécesseurs. Après avoir
excommunié Mainfroy, roi de Sicile, fils de
Frédéric II, il le persécuta,
et excita contre lui des guerres sanglantes, en
faisant prêcher une croisade, de même
que si c'eût été contre les
Sarrazins de la Palestine.
Il attaqua la puissance civile du sénat de
Rome, et se fit un si grand nombre d'ennemis dans
cette ville, qu'il fut obligé de fuir pour
éviter la mort.
Il troubla la paix intérieure de ses
serviteurs mêmes, en essayant de
réunir en un seul, cinq couvents de moines
de Saint-Augustin et de Saint-Guillaume.
Il feignit de l'impartialité pour
l'élection de l'empire d'Allemagne, tandis
que, sous main, par des moyens cachés et
artificieux, il protégea fortement Richard,
roi d'Angleterre, qui n'avait été
élu que très illégalement par
l'archevêque de Cologne et le comte palatin,
tandis qu'en même temps il refusait son appui
à Alphonse, roi de Castille, à qui
les archevêques de Trêves et de
Mayence, le roi de Bohême, le duc de Saxe et
le marquis de Brandebourg avaient donné
leurs suffrages, selon les lois impériales
qui regardent cet objet. Ce fut un service qu'il
rendit au royaume de Castille, dont la
réunion de l'empire sur la tête de son
roi aurait fait le malheur, ainsi qu'il en arriva
depuis, sous le règne de
Charles-Quint ; mais cela ne diminue en rien
la perfidie d'Alexandre.
URBAIN IV
CLXXXIIe PONTIFE. - DE 1261 A 1264.
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JACQUES PANTALEON DE COURT-PALAIS,
Français, né à Troyes,
patriarche de Jérusalem, fut élu
pape, le 29 août 1261, sous le nom d'Urbain
IV, dans la ville de Viterbe, où il se
trouvait par hasard avec neuf cardinaux, au moment
de la mort de son prédécesseur.
Les trois mois de vacance s'étaient
écoulés en conférences
continuelles, pour s'accorder sur le choix d'un des
électeurs, sans pouvoir y parvenir : ce
qui prouve que chacun d'eux prétendait
à la tiare pontificale. Ils pensèrent
alors à élire un étranger.
Pourra-t-on croire que l'Esprit-Saint dirigeait,
dans cette occasion, les suffrages des neuf
cardinaux du sacré collège qu'on
nomme apostolique ?
Urbain suivit le système qu'il trouva
établi dans son Église ; il
renouvela l'excommunication et la guerre en Sicile
contre Mainfroy ; il chercha à
empêcher le mariage du roi d'Aragon, Pierre
III, avec Constance, fille de Mainfroy, dans la
crainte qu'il ne prétendit au droit de
succéder à la couronne de
Sicile ; ce qui arriva en effet. Urbain offrit
cette couronne à Saint-Louis pour un de ses
fils, mais le saint roi la refusa, en disant, avec
raison, que cela était contraire aux droits
de Conradin, fils de Conrad, et petit-fils de
l'empereur Frédéric.
Alors le pape, ne considérant que ses
projets ambitieux, regarda comme destitué de
droit ce même Conradin, qu'Innocent IV avait
pris sous sa protection, et offrit le trône
de Sicile à Charles de France, duc d'Anjou
et de Provence. Charles, moins scrupuleux que son
frère Saint-Louis, accepta, et mena une
armée contre Conradin, à qui il
ôta la vie et la couronne à la suite
de divers événements.
Les électeurs de l'empire d'Allemagne,
voyant la prolongation de la guerre civile, et
regardant comme nulles les élections de
l'anglais Richard et du castillan Alphonse,
pensèrent à élire un nouveau
roi des Romains. Ils se proposaient de choisir
Conradin, dernier rejeton de la ligne masculine de
la maison de Souabe, qui avait gouverné
l'empire pendant si longtemps : mais Urbain,
fidèle au système de tous les papes,
abandonna les apparences de l'impartialité,
et ne négligea rien pour éviter cette
élection. Un de ses moyens fut d'inspirer
sous main qu'on le nommât juge du doute
juridique, sur les droits d'Alphonse et de Richard,
et l'intrigue fut bien conduite, parce que les
pontifes romains étaient
déjà maîtres dans cet art,
où ils ont continué à
exceller.
Urbain cita les deux compétiteurs à
comparaître devant lui, mais la mort le priva
de prononcer sur ce procès, en le mettant au
tombeau le 2 octobre 1264, après avoir
exaspéré par ses exactions et ses
violences et excité des troubles continuels
parmi les habitants de Rome et d'Orbiette,
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