PORTRAIT POLITIQUE DES PAPES
(JUSQU'A
1822)
XIIe SIÈCLE. (Suite)
CÉLESTIN II
CLXVe PONTIFE. - DE 1143 A 1144.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Célestin_II
APRÈS la mort d'Innocent II, fut
élu pape, le 26 septembre 1143,
Guide, prêtre-cardinal du titre de
Saint-Marc.
On lui annonça son élection, en lui
donnant le nom de Célestin II, et
après un pontificat de cinq mois et treize
jours, il mourut le 9 mars 1144. C'est pendant ce
court espace de temps qu'il leva l'interdit que son
prédécesseur avait mis sur la France,
à cause de l'affaire relative à
l'archevêché de Bourges. Mais afin de
nous laisser un témoignage de l'esprit qui
dirigeait la chaire romaine, il se brouilla avec
Roger, roi de Sicile, parce que les conventions
qu'Innocent II avait faites avec ce monarque lui
parurent être peu avantageuses au
Saint-Siège. Mais il n'agissait ainsi que
pour faire parade de sa souveraineté directe
sur ce royaume, et pour avoir l'occasion d'arracher
plus d'argent de ce pays, lorsqu'on voudrait mettre
fin à ces différents par voie
d'accommodement.
L'une des maximes que les papes ont eu soin de se
transmettre l'un à l'autre, comme un droit
d'hérédité et de succession, a
été celle de reculer chaque jour les
bornes de leur pouvoir ; bien sûrs de
parvenir à leur but avec de la constance et
de la fermeté, parce que les idées
nouvelles, généralement
reçues, prêchées par les
prêtres et par les moines, consignées
dans les livres, et enseignées dans les
écoles, avaient jeté de si profondes
racines dans l'esprit des laïques, qu'ils
regardaient comme mauvais catholique, comme
hérétique, schismatique et ennemi de
l'Église, quiconque ne regardait pas les
bulles et brefs du pape comme une doctrine venue du
ciel, inspirée par Dieu ou par
Saint-Pierre.
C'est pourquoi, si le pape lançait une
excommunication ou un interdit pour
désobéissance, ou une opposition
à ses décrétales, ses agents
faisaient croire que c'était la faute du
réclamant ; et si par malheur il
survenait quelque calamité, comme la famine,
la peste, la guerre, ou quelque désordre
dans la nature, ils semaient partout l'opinion que
c'était là le châtiment que
Dieu infligeait aux rois et aux grands seigneurs,
pour les punir de leurs péchés et de
la persécution qu'ils faisaient
éprouver à la religion et à
l'Église, en refusant au vicaire de
Jésus-Christ, sur la terre,
l'obéissance qui lui est due.
Les langues n'offrent pas de termes assez
expressifs pour peindre et pour nombrer les maux
que cette doctrine produisit dans les royaumes
chrétiens de l'Europe ; pour dire
combien les papes en abusèrent pour leur
intérêt temporel, regardant avec
indifférence le dommage que causait à
la religion le scandale d'un interdit
général, de l'excommunication d'un
souverain, et celui qui était causé
par bien d'autres actions, qu'ils devaient et
pouvaient éviter, en se bornant à
l'objet pour lequel les souverains pontifes romains
furent institués comme centre
d'unité.
Les rois et les autres potentats se voyaient le
plus souvent forcés de céder à
l'injustice, malgré le préjudice
grave et réel qui en résultait pour
les nations qui étaient soumises à
leur souveraineté directe ou feudataire,
parce que les peuples mêmes, qui
étaient intéressés à
soutenir leur chef temporel, criaient contre lui,
poussés par des prêtres et des moines,
jusqu'au point de conspirer contre leur prince, de
le détrôner et de lui ôter la
vie, par fanatisme. Les papes savaient d'avance que
telles devaient être les conséquences
de leurs manoeuvres, c'est pourquoi ils
étaient sûrs de leur victoire.
LUCIUS II
CLXVIe PONTIFE. - DE 1144 A 1145.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Lucius_II
GÉRARD, chanoine régulier de
Sainte-Marie, prêtre cardinal du titre de
Sainte-Croix de Jérusalem, à Rome,
fut élu et couronné le 12 mars 1144
sous le nom de Lucius II, et mourut le 25
février 1145.
Les onze mois et demi pendant lesquels il
exerça les fonctions pontificales furent
pour lui un temps de chagrin et d'amertume.
Les habitants de Rome, excités par Arnaud de
Brescia, forcèrent Lucius à restaurer
l'antique sénat, à renoncer à
tout commandement séculier dans Rome et dans
le reste du territoire appelé patrimoine de
Saint-Pierre, et à se restreindre uniquement
à l'autorité spirituelle, comme les
souverains pontifes des premiers siècles. Il
eut recours à l'empereur Conrad III, afin
que ce souverain fît la guerre aux Romains,
qu'il appelait des rebelles. Il n'obtint point les
secours qu'il demandait. Mais si les papes avaient
été moins aveuglés par
l'esprit d'ambition, Lucius aurait vu qu'un
usurpateur des droits dont il s'agissait,
appartenant au souverain même auquel il
demandait ces secours, ne méritait pas
d'être écouté, et qu'on
fît aucune attention à sa demande.
Les injustices, l'abus de l'excommunication et de
la dispense du serment de fidélité,
qui avaient commencé sous l'ambitieux
Grégoire VII, et qui avaient
été continués par ses
successeurs jusqu'à Calixte II,
étaient le seul titre qu'eussent les papes
pour trois choses d'une très haute
importance, qu'ils possédaient
déjà.
La première les rend seigneurs
indépendant de Rome, quand tous les papes,
même Grégoire VII compris,
s'étaient rendus vassaux de l'empereur, en
lui faisant serment de fidélité et de
soumission.
La seconde leur donne la liberté
d'élire les souverains pontifes sans la
permission de l'empereur, de les ordonner ou de les
introniser sans attendre la confirmation
impériale, nonobstant la pratique contraire
mise en usage depuis Constantin, et observée
même sous des souverains
hérétiques, tels que Théodoric
et plusieurs autres.
La troisième assujettit les empereurs
à demander avec humilité la couronne
impériale aux papes, et à ne prendre
le titre d'empereur qu'après le
couronnement, et après leur avoir
prêté le serment de
fidélité.
L'empereur Conrad III fut le maître d'aller
à Rome et d'y donner la loi. Jordan,
patricien et président du sénat, lui
avait écrit que tout ce qui venait d'avoir
lieu, avait été fait dans ses
intérêts ; de se rendre à
Rome, d'y fixer sa cour, et que de là il
gouvernerait l'empire avec un aussi absolu pouvoir
que les anciens empereurs romains.
Les malheurs de Henri IV et de Henri V
étaient encore présents à la
mémoire de Conrad ; il craignit d'en
attirer de semblables sur sa tête ; ses
craintes étaient d'autant plus
fondées que les opinions nouvelles
enchaînaient chaque jour davantage les
souverains temporels, et qu'il n'y avait de moyen
pour arracher les peuples à l'erreur que
celui de leur prêcher les
vérités contraires.
L'exécution de cette mesure
présentait à ses apôtres le
danger, je dirai même la certitude de se voir
condamnés comme hérétiques.
Mais le succès eut été
certain, si quelqu'un se fût donné la
peine d'offrir aux peuples une histoire
abrégée des papes, comme celle que je
lui présente aujourd'hui. Après
quelques heures de lecture, ils auraient eu sous
les yeux l'ordre dans lequel elles se sont
succédées les idées
adoptées par la cour de Rome pour avancer
pas à pas dans son système
d'usurpation. Celui qui aura lu cet ouvrage ne
pourra pas croire que les papes du douzième
siècle aient professé la même
religion et exercé le même pouvoir que
les douze premiers, antérieurs à
Victor Ier.
EUGÈNE III
CLXVIIe PONTIFE. DE 1145 A 1153.
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BERNARD De PISE, moine de Cîteaux de
Claraval, disciple de Saint-Bernard, abbé du
monastère de Saint-Anastase de Rome, fut
élu pape le 27 février 1145, et
ordonné le 4 mars. Il prit le nom
d'Eugène III.
Le patricien Jordan lui fit présenter
aussitôt les décrets du sénat,
afin qu'il s'y conformât, et qu'il
s'abstînt principalement, comme il avait
été convenu, d'exercer aucun pouvoir
temporel et de nommer le préfet à
Rome.
Le nouveau pontife sortit de la ville, et
lança une bulle tout-à-fait
opposée à ce qu'on lui proposait. Il
déclara nul tout ce qui avait
été fait par le patricien et le
sénat : cela causa une espèce de
guerre civile ou de parti, qui fut la source de
beaucoup de maux qui désolèrent Rome
pendant longtemps. Il employa les armes des
habitants de Tivoli pour soumettre les Romains.
Voilà un moine qui avait renoncé aux
grandeurs du siècle ; un souverain
pontife du Dieu de paix et d'humilité, qui,
les armes à la main contre ses propres
paroissiens, verse leur sang et est la cause de
mille maux pour conserver une domination
réprouvée par Jésus-Christ
dont il se dit le vicaire. Malgré cela, il
n'eût rien obtenu, s'il n'eût
été secondé par les
exhortations véhémentes de son
maître Saint-Bernard, qui lui donna dans
toute l'Europe une influence extraordinaire dans
toutes les affaires ecclésiastiques et
politiques de son temps.
Ce ne fut pas seulement dans les murs de Rome
qu'Eugène fit connaître l'ambition qui
le dominait ; il la fit encore paraître
en Portugal ; il expédia le titre de
roi au comte Alphonse Henri, sur la demande que lui
en firent les Portugais, mais il le rendit
tributaire du Saint-Siège, comme s'il lui
eût donné quelque chose qui lui
appartînt. Alphonse VIII de Castille, seul
souverain direct du Portugal, et dont le comte
Alphonse était le vassal, se plaignit avec
beaucoup de justice. Mais Eugène eut recours
alors à toutes ces ruses si connues, et
jamais mises eu oubli à Rome. Il lui
répondit qu'il n'avait eu aucune intention
de porter atteinte à ses droits de
souveraineté, comme s'il n'eût pu, au
moins, s'opposer à l'élévation
d'un comte vassal à la dignité de
roi. Il accorda au Castillan diverses grâces
ecclésiastiques de très mince
importance, pour faire preuve de bonne
volonté, et pour le porter à ne pas
revendiquer un titre qui comblait les voeux des
Portugais.
S'il eût appuyé le droit d'Alphonse
sur la volonté uniforme et
générale de la nation portugaise,
tout eût été bien ; mais
ces idées n'étaient pas celles du
douzième siècle.
Eugène accorda beaucoup d'exemptions de
juridiction contraires au bon ordre de la
discipline ecclésiastique, en soustrayant
quelques monastères de la puissance
épiscopale, quelques évêques de
la puissance métropolitaine, et quelques
archevêques de la primatiale.
Saint-Bernard affirme, dans un ouvrage qu'il
composa, qu'Eugène était
autorisé à faire tout cela, mais
qu'il ne faisait pas bien en usant de ce pouvoir,
à cause des grands inconvénients
qu'il présentait.
Saint-Bernard était éclairé,
mais on ne doit pas être surpris qu'il
pensât que les papes avaient ce
droit-là, puisqu'il était une
conséquence des fausses
décrétales antérieures au
pontificat du pape Sirice, à
l'authenticité desquelles tout le monde
croyait alors, sans que personne eût
l'idée d'élever le moindre doute
contre elles. Les exemptions accordées par
Eugène causèrent des
préjudices considérables, parce que
cet exemple fut imité par ses successeurs,
qui les multiplièrent à l'infini. Ils
bouleversèrent ainsi la hiérarchie
ecclésiastique, et le crime fut
encouragé par l'impunité.
Eugène mourut le 8 juillet 1153. Les moines
qui ont écrit son histoire parlent des
miracles opérés sur son tombeau. Ils
cherchent à faire croire que Dieu l'a
confirmé dans la place qu'ils lui ont
donnée parmi les saints ; mais ce n'est
là qu'une répétition de ce
qu'ils ont dit de presque tous les papes
postérieurs à Grégoire
VII.
J'ai oublié d'en prévenir le
lecteur ; mais je déclare que je tiens
tous ces miracles pour faux, parce que je ne crois
pas que la vie de ces pontifes ait
été sainte jusqu'à
l'héroïsme, et que je sais qu'ils
furent tous ambitieux jusqu'à
l'excès.
ANASTASE IV
CLXVIIIe PONTIFE. DE 1153 A 1154.
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CONRAD, chanoine régulier de
Saint-Anastase de Veletri,
cardinal-évêque de Sabine, parent du
pape Honoré II, fut élu pape le 9
juillet 1153, et mourut le 2 décembre 1154,
sans nous laisser aucun témoignage certain
de son caractère public. Il avait
reçu le nom d'Anastase IV.
ADRIEN IV
CLXIXe PONTIFE. - DE 1154 A 1159.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Adrien_IV
NICOLAS, cardinal-évêque d'Albanie,
originaire d'Angleterre, fils d'un clerc qui se fit
ensuite moine, fut élu pape sous le nom
d'Adrien IV, le 3 décembre 1154, et mourut
le 1er septembre 1159.
Il prouva de mille manières, en diverses
occasions et circonstances, qu'il était
dominé du même esprit que ses
prédécesseurs. En 1155, il refusa
à Frédéric Barberousse de le
couronner empereur, parce que, dans son voyage de
Lombardie à Rome, il n'avait pas eu
l'humilité de mettre pied à terre le
premier, et de tenir l'étrier de Sa
Sainteté pour l'aider à descendre de
cheval. Frédéric dit qu'il
était prêt à faire tout ce
qu'auraient fait ses ancêtres. On lui fit
voir que l'empereur Lothaire avait servi
d'écuyer au pape, en menant par la bride,
à pied, et pendant un certain temps, le
cheval du souverain pontife. Ayant acquis la
certitude de cet acte d'humilité de la part
de Lothaire, Frédéric s'y soumit, et
toute l'armée lui vit parcourir la distance
d'un jet de pierre, en menant par la bride le
cheval sur lequel le pape était
monté.
Il apprit alors qu'il y avait dans le palais
pontifical un tableau fait par ordre des
papes ; qu'il représentait l'histoire
de cet événement, et Lothaire
à genoux, recevant la couronne. Au bas du
tableau on lisait cette inscription :
« Le roi Lothaire s'arrête à
la porte, et, après avoir reconnu par
serment les droits de Rome, il se constitue vassal
du pape, qui lui donne la
couronne. »
Frédéric lui fit voir quel orgueil
démesuré et mal fondé cette
conduite supposait ; que loin d'être le
vassal du pape, il était son souverain et
celui de Rome ; et que ni Constantin, ni
Charlemagne n'eussent point fait de donations s'ils
eussent pu prévoir l'abus auquel elles
donneraient lieu. Il lui cita celle de Constantin,
parce que tout le monde alors tenait pour
véritables les écrits qu'on
reconnaît aujourd'hui pour faux, comme les
décrétales antérieures au
pontificat du pape Sirice.
Le pape lui promit de faire disparaître
l'inscription du tableau ; et enfin,
après diverses occurrences, le couronnement
impérial eut lieu. Un court espace de temps
fut à peine écoulé que
l'orgueil pontifical ne put rien souffrir qui ne
portât le caractère de la plus aveugle
déférence à ses ordres ;
il se brouilla de nouveau avec l'empereur, et lui
écrivit des lettres dans lesquelles il le
menaçait de le détrôner, s'il
exigeait des évêques quelque
contribution.
Qu'ils renoncent, disait l'empereur avec raison,
aux seigneuries, aux fiefs et aux biens qu'ils ont
reçus de l'empire ; qu'ils se
contentent des dîmes, des oblations. et on ne
leur demandera rien ; mais s'ils exigent l'un,
ils doivent se soumettre à l'autre :
tout cela, et divers autres incidents analogues,
donnèrent lieu à une correspondance
dans laquelle Adrien manifesta autant d'orgueil et
d'ambition que l'homme sur lequel ces deux passions
aient jamais exercé le plus d'empire. Il
soutenait que la cérémonie qui
l'établissait ministre de la couronne
impériale, prouvait que le pape était
un donateur de l'empire. Il est impossible de
porter à un plus haut degré la folie
et l'orgueil. Des circonstances fâcheuses
furent la suite de tous ces différents.
Othon, comte palatin de Bavière, ôta
l'épée de son fourreau pour tuer le
cardinal légat, lorsqu'il entendit celui-ci
dire à l'empereur : De qui Votre
Majesté a-t-elle reçu, l'empire, si
ce n'est du pape ? Il l'eût
tué, sans doute, si Frédéric
ne fût parvenu à le calmer. Il lui fit
voir que la cérémonie de placer une
couronne n'est pas donner l'empire ; que
Charlemagne fit une faute en ne suivant pas
l'exemple des anciens empereurs, et que
par-là il nous aurait mis à l'abri
d'aussi impertinentes interprétations.
Cependant le pontife manqua à la promesse
qu'il avait faite d'effacer l'inscription du
tableau du couronnement de Lothaire.
Frédéric écrivit au
pape ; il imita, avec intention, le style des
lettres des empereurs romains aux souverains
pontifes, auxquels ils disaient tu as la
seconde personne du singulier, en employant pour
eux-mêmes la première du pluriel,
nous. Il voulait faire entendre à Adrien
qu'il n'était pas plus que Saint-Sylvestre,
et que lui, Frédéric, n'était
pas moins que Constantin. Il y eut de part et
d'autre des répliques virulentes ; et
Frédéric, dans les siennes, lui
prouva que sa puissance étant égale
à celle de Constantin, il pourrait bien le
réduire à la condition de
Saint-Sylvestre, avant la donation. Adrien eut
recours aux maximes romaines ; il suscita, par
des moyens cachés, la révolte dans la
ville de Milan et dans plusieurs autres communes de
la Lombardie. Les choses en étaient
là, lorsque la mort rendit nuls ses projets
orgueilleux.
Le même esprit dirigea les affaires de
Sicile. Après la mort du roi Roger, son fils
Guillaume lui succéda. Ce prince demanda au
pape la confirmation du titre de roi. Adrien eut
l'injustice de la lui refuser, parce qu'il
s'était emparé de quelques places
d'armes des États du pape. Guillaume,
désirant la paix, fit offrir par des
députés au-delà de ce
qu'Adrien eût pu imaginer, ainsi que ce pape
l'avoua lui-même ; mais,
entraîné par la majorité des
votes des cardinaux, il rejeta les propositions de
paix et voulut la guerre. Guillaume met en
déroute l'armée papale ; fait
prisonniers, le pape, plusieurs cardinaux et
évêques, et oblige enfin ce souverain
pontife à faire la paix à des
conditions moins avantageuses que celles qui
avaient été offertes
volontairement.
Adrien IV agissait ainsi par système, et non
par ignorance, puisqu'il connaissait
très-bien quelle était l'opinion
générale que l'on avait en Europe de
l'esprit qui dirigeait les papes et les cardinaux,
et quelles étaient les conséquences
qui pouvaient en être la suite.
Jean de Sarisbury, aumônier de
l'archevêque de Cantorbery, compatriote,
condisciple, et ancien ami d'Adrien, fit
connaître à ce pontife, qui, en lui
demandant des renseignements, lui avait
donné l'ordre de ne pas lui cacher la
vérité, que l'Italie, la France,
l'Angleterre et l'Allemagne étaient
scandalisées de ce qui se passait à
Rome ; parce que tout le monde voyait que ce
n'était point l'esprit de Dieu qui dirigeait
cette cour, mais celui de l'orgueil, de l'ambition
et de l'avarice ; qu'on rendait esclaves et
pauvres les évêques et tous les
membres du clergé ; qu'on multipliait
les exemptions et les appellations pour attirer
à Rome tout l'argent de l'Europe ;
qu'en exigeant des choses injustes des
évêques, des abbés et des
archidiacres, on les autorisait à agir de
même à l'égard de leurs
inférieurs ; parce que tout le monde
savait qu'on obtenait tout à Rome avec de
l'argent ; que le pape ne faisait rien
gratuitement, et qu'ainsi le Saint-Siège
faisait un trafic des choses sacrées,
après avoir persécuté les
simoniaques dans toute l'Europe ; que les
cardinaux, les évêques et les autres
ecclésiastiques de Rome vivaient avec plus
de luxe, de mollesse et de scandale que les
laïques de tous les autres pays.
Votre Sainteté pourra s'assurer de la
vérité de tout ce que je viens de
dire, ajoutait Jean de Sarisbury, en interrogeant
le très-petit nombre d'hommes de bien qui
composent son clergé pontifical, et
particulièrement Guide Clément,
cardinal de Sainte-Potenciana ; Bernard de
Rennes, cardinal, diacre de Saint-Côme et de
Saint-Damien, et l'évêque de
Préneste : elle se convaincra que si
elle le voulait sérieusement, il lui serait
facile de porter un remède à tant de
maux. Cet exposé fit rire Adrien, qui lui
dit : qu'il lui savait bon gré de la
liberté avec laquelle il lui disait la
vérité ; mais Adrien ne
remédia à rien.
ALEXANDRE III
CLXXXe PONTIFE. - DE 1159 A 1181.
Vingt-unième schisme.
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ROLAND DEBANDINELLI, natif de Sena, cardinal du
titre de Saint-Marc, fut élu pape le 7
septembre 1159, sous le nom d'Alexandre III, et
mourut le 30 août 1181.
Son pontificat fut très agité et
très triste. Un schisme sanglant et qui dura
longtemps, produisit des guerres, des meurtres, des
destructions de villes, des ruines de familles, et
une infinité d'autres calamités.
Quelques électeurs proclamèrent
souverain pontife Oclavien, cardinal de
Sainte-Cécile, et lui donnèrent le
nom de Victor III. L'empereur
Frédéric Ier le reconnut pour
pape : mais tous les autres rois
chrétiens reconnurent le pape Alexandre.
L'antipape Victor mourut le 22 avril 1164 ;
ses partisans lui donnèrent pour successeur
Guide de Erema, cardinal de Saint-Calixte,
qu'ils nommèrent Paschal III. Ce
pontife, mort le 20 septembre 1168, eut pour
successeur Jean, abbé d'Estrume,
évêque élu d'Albanie : on
lui donna le nom de Calixte III.
L'empereur abandonna le schisme. Alors Jean
d'Estrume se réconcilia avec
l'Église, se soumit volontairement au
souverain pontife Alexandre III, renonça
à ses droits, et demanda son pardon le 29
août 1177. Ainsi finit le schisme. Cependant
quelques entêtés élurent alors
Landonius Sitinus dee Frangipani, qu'ils
nommèrent Innocent III ; mais
ayant été fait prisonnier, il fut
enfermé dans un monastère.
Le grand nombre de moyens dont on fit usage pendant
les dix-neuf ans que dura le schisme, prouvent avec
évidence que l'esprit d'ambition dirigeait
seul les élus, et présidait aux
élections. Il y aurait de la
témérité à soutenir,
à la vue de pareils désordres, que le
Saint-Esprit daigne accorder son inspiration
directe à l'Église romaine. II me
semble que celui qui soutiendrait une telle
absurdité pourrait être comparé
à celui qui imputerait au Saint-Esprit les
péchés sans nombre que l'on commet
dans ces circonstances, et les calamités qui
en sont la suite : ce qui serait un
blasphème, une impiété. Car si
le Saint-Esprit se séparait de sa
manière ordinaire de gouverner
l'univers ; c'est-à-dire, s'il ne
laissait pas les causes secondes produire
naturellement leurs effets, il est à croire
qu'il n'agirait de cette sorte que pour porter
l'homme à la vertu, au bien, et pour le
détourner du crime et le soustraire au
malheur.
Alexandre, de son côté, donna des
preuves de son ambition, l'an 1167. On lui dit que,
si pour le bien de la paix, il voulait renoncer
à ses droits, l'empereur engagerait Paschal
III à renoncer aux siens ; qu'on
procéderait ensuite, loin de tout esprit de
division, à une nouvelle élection
pontificale, qui ne présenterait plus le
caractère du doute. Mais Alexandre ne voulut
pas y consentir. Il avait déjà
donné des preuves de cette ambition, l'an
1159, lorsque l'empereur convoqua un concile pour
examiner les élections, et déclarer
quel était le véritable pape. Victor
III s'y rendit ; mais Alexandre s'y refusa en
disant que ce serait ranger dans la
catégorie des droits douteux, un droit
certain ; que personne au monde n'avait
autorité pour terminer ce différent,
parce que les laïques étaient sans
autorité ecclésiastique, et que les
évêques du concile étaient
inférieurs en juridiction. Une telle
extravagance et de pareilles subtilités
étaient l'oeuvre de cet esprit d'ambition
qui le dominait ; car, s'il eut voulu se
rendre à la simple vérité, il
eut trouvé, dans les archives de Rome, des
actes qui démontrent que l'empereur
Honorius, en 418, avait décidé
la question du schisme en déclarant
Eulalius antipape, et Boniface,
véritable souverain pontife ; et que
quatre-vingts ans après, Théodoric,
roi d'Italie, quoique hérétique, et
reconnu pour tel, termina une querelle semblable,
en donnant l'ordre à Laurence et à
Symmaque de se rendre à Ravenne, où
il décida que le premier devait être
reconnu pour souverain pontife, et qu'on devait
regarder le dernier comme antipape.
Le schisme ayant cessé, Alexandre III
célébra le onzième concile
général à Saint-Jean-de-Latran
de Rome. On voit par les décrets qui y
furent rendus quelle extension on avait
déjà donnée à la
juridiction ecclésiastique, aux exemptions
du clergé et à la puissance
pontificale. Tout cela était contraire
à la doctrine des conciles
généraux du quatrième
siècle et des siècles suivants :
car, celui qui voudra comparer les décrets
et les canons du concile général de
Latran, sous Alexandre III, avec ceux des conciles
généraux de Nicée, de
Constantinople, de Calcédoine et
d'Éphèse, pourra croire que les
ministres de la religion, dont il est parlé
dans ces quatre derniers conciles, sont
essentiellement différents de ceux dont il
est question dans celui-ci ; qu'Alexandre III
diffère encore plus des papes d'alors ;
que les évêques sont mille fois
au-dessous de ceux qui vivaient aux époques
des quatre conciles ; et que les souverains
temporels sont d'une condition différente et
sont très-inférieurs à leurs
ancêtres.
On ne s'opposa pas à tous ces abus, d'abord
parce que la donation supposée de Constantin
et les fausses décrétales,
antérieures au pontificat du pape Sirice,
avaient tourné toutes les têtes, car
on considérait comme coutume primitive de
l'Église, ce qui n'était qu'une
invention postérieure au siècle de
Charlemagne : en second lieu, parce que les
Romains fins et persévérants,
aidés par les moines répandus sur
toute la surface du monde chrétien, avaient
travaillé à avancer toujours vers
l'exécution du projet qui flattait leur
ambition. Ils voulaient convertir le gouvernement
ecclésiastique en une monarchie papale, et
soumettre les souverains temporels à leur
volonté, en faisant usage du pouvoir
indirect de l'excommunication et de la dispense des
obligations imposées par
la fidélité jurée.
Un des décrets du concile fixa le mode des
élections pontificales, afin d'éviter
les schismes. Il donne déjà, comme
établi, le droit de choisir seulement aux
cardinaux, et il ordonne que, si une personne ne
réunit pas la totalité des suffrages,
la réunion des deux tiers est de rigueur
pour qu'on doive et qu'on puisse la
reconnaître canoniquement élue. Pour
tout ce qui concerne le dernier schisme, toutes les
ordinations faites par les trois antipapes sont
déclarées nulles, ainsi que les
aliénations de biens de l'Église. On
ne dit point que les autres actes de la puissance
pontificale soient frappés de
nullité, et, c'est là-dessus, sans
doute, qu'est fondé le culte que quelques
églises rendent à l'empereur
Charlemagne, qu'on qualifie de Saint, quoiqu'il
n'ait été canonisé par aucun
pape. On célèbre sa fête le 28
janvier, sans autre preuve de sa sainteté
que ce qui suit :
L'empereur Othon III fit reconnaître, l'an
1000, le tombeau de l'empereur Charlemagne, dans la
ville d'Aix-la-Chapelle. Il paraît que son
corps fut trouvé bien conservé
quoiqu'il fut enterré depuis cent
quatre-vingts ans. Des moines répandirent la
nouvelle qu'il avait fait des miracles. L'empereur
Frédéric 1er, ayant tenu une
diète générale de l'empire
dans la même ville, le jour de Pâques
de l'an 1165, fit exhumer, le 29 décembre,
le corps de Charlemagne, pour s'occuper de sa
canonisation, suivant la bulle d'or rendue par ce
prince le 8 janvier 1166. Un auteur contemporain
ajoute que Frédéric fit mettre le
corps de Charlemagne dans une urne d'or enrichie de
pierres précieuses ; que
l'archevêque de Cologne éleva au rang
des saints que l'Église offre à la
vénération des fidèles, ce
souverain qui, jusqu'alors, n'avait obtenu, le jour
de son anniversaire, que des messes et des
prières pour le repos de son
âme ; et que tout fut approuvé
par Paschal III, antipape, qui mourut le 20
septembre 1168.
On voit par-là et par la date de la bulle
d'or de l'empereur, avec quelle
légèreté on traitait les
affaires de cette importance. En effet, une des
choses les plus choquantes dans le christianisme,
c'est cette déclaration qui signale comme
vertueuse, jusqu'à l'héroïsme,
la vie d'un souverain qui épousa plusieurs
femmes, qui en répudia quelques-unes, qui
vécut publiquement avec un certain nombre de
concubines, desquelles il eut plusieurs enfants
bâtards ; qui usurpa, par le droit du
plus fort, les royaumes d'Italie, de Saxe, de
Bavière et plusieurs autres ; qui
inventa une nouvelle manière de
prêcher l'Évangile, tout-à-fait
contraire à celle de
Jésus-Christ ; qui la fit
exécuter en Saxe où ses ordres firent
couler des torrents de sang.
Enfin, on lit dans les histoires écrites par
ses adulateurs et par son fils Louis 1er dit
le Pieux, que Charlemagne commit un nombre
de mauvaises actions qui prouvent que ce prince fut
cruel, injuste, inique et sanguinaire.
Quelle foi devons-nous ajouter aux canonisations,
si nous réfléchissons sur celle de
Charlemagne, puisqu'il est certain qu'Alexandre III
ne la déclara pas nulle ? Le silence
qu'il garda à cet égard ne peut pas
être attribué à un oubli de sa
part, puisqu'il se réserva
expressément toutes les affaires de ce
genre, en déclarant qu'on devait
considérer celle-ci comme une des affaires
qu'on appelle majeures, et qui, sous ce
rapport appartiennent au Saint-Siège. Il n'y
a pas de doute qu'on ne doive les considérer
comme des affaires d'une haute importance, à
cause du danger qu'on court de proposer au peuple
chrétien, comme un héros de
sainteté digne d'être imité et
d'être honoré d'un culte religieux, un
individu que Dieu aurait, peut-être,
condamné aux flammes éternelles.
Malgré cela, on a fait, à des
époques postérieures, à Rome,
d'autres canonisations qu'on eut mieux fait de
supprimer pour ne pas fournir des armes aux
hérétiques, aux schismatiques et aux
ennemis de l'Église romaine.
LUCIUS III
CLXXIe PONTIFE . - De 1181 A 1185.
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UBALDE, natif de Lucques en Toscane,
évêque d'Ostie, cardinal du titre de
Sainte-Praxedes, fut élu pape le 1er
septembre 1181, sous le nom de Lucius III,
et mourut à Vérone le 31 juillet
1185.
L'entreprise qu'il fit de supprimer les consuls
à Rome, fut cause que les habitants se
révoltèrent, et qu'il ne put habiter
la ville. Il montra dans cette affaire beaucoup
d'ambition, puisqu'il voulait enlever au peuple le
peu qui lui restait de son antique liberté
contre le despotisme.
Son orgueil irrita tellement les Romains, qu'il fut
la cause des cruautés qu'ils
commirent : dans leur fureur, ils
coupèrent les oreilles et arrachèrent
les yeux à beaucoup de prêtres qui
avaient embrassé le parti du pape ; ils
empoisonnèrent les eaux que devaient boire
les troupes Allemandes que Frédéric
avait envoyées pour apaiser le tumulte. Si
Lucius eut eu la modération qui convenait au
successeur de Saint-Pierre et des douze premiers
papes, il eut évité tant de
périls, et tant de malheurs, en laissant aux
habitants de Rome toutes les libertés
compatibles avec la soumission qui aurait pour base
l'amour des peuples : elle est plus durable
que celle qu'on obtient par la crainte, et elle
doit lui être
préférée.
Lucius avait d'autant moins raison, que ses
prédécesseurs, malgré leur
ambition, avaient laissé subsister ces
coutumes qu'il jura d'abolir. Cela produisit un mal
considérable dans toute la
chrétienté, parce que, privé
des revenus de Rome, il demanda des subsides
extraordinaires aux rois et au clergé
catholiques, pour se maintenir dans la possession
de son autorité. Cette démarche mit
aussi au grand jour l'avarice pontificale ;
mais le clergé d'Angleterre jugea qu'il ne
lui convenait pas de payer directement une
contribution au pape : il crut que, si l'on
ouvrait la porte à cet abus, les papes ne
manqueraient pas, dans beaucoup d'autres
circonstances, de répéter
auprès ; de lui les mêmes
demandes de subsides ; c'est pourquoi il
s'adressa au roi, et pria Sa Majesté
d'accorder au souverain pontife les sommes qu'elle
jugerait convenable, et le clergé promit au
roi qu'il ne tarderait pas à en
opérer le remboursement.
En 1184, il célébra un concile
à Vérone, auquel l'empereur assista.
Parmi les décrets favorables aux exemptions
des prêtres contre les laïques, et
à la puissance pontificale contre les droits
diocésains des évêques, on doit
particulièrement remarquer celui qui
prépara l'établissement de
l'épouvantable tribunal de l'inquisition,
que le pape Innocent III ne tarda pas à
organiser.
Il annonça l'existence de différentes
sectes d'hérétiques,
particulièrement de celle des Catares
ou Patarins ; celle des
Humiliés ou Pauvres de
Lyon ; des Passagins ou
Josephistes, et celle des Arnaudins.
Il ordonna que ceux qui seraient convaincus
d'hérésie (s'ils n'abjuraient entre
les mains de l'évêque) fussent
livrés à la justice
séculière, pour être punis
selon les lois ; que ceux qui seraient
soupçonnés d'hérésie
(s'ils ne prouvaient pas leur innocence) fissent
aussi abjuration, et qu'on leur fit connaître
que, dans le cas de récidive, ils ne
seraient admis à aucune justification, mais
qu'ils seraient livrés de suite aux
tribunaux séculiers, et que leurs biens
seraient confisqués II ordonna que la
publication de ce décret eût lieu, et
fût renouvelée, par les
évêques, les jours de fête
solennelle, et toutes les fois que cela
paraîtrait convenable : que les
évêques par eux-mêmes, ou par
l'intermédiaire des archidiacres, ou de
toute autre personne digne de leur confiance,
fissent la visite, une ou deux fois par an, des
communes où l'opinion publique et les bruits
généralement répandus
annonceraient l'existence de personnes
soupçonnées d'hérésie,
afin de prendre (des informations auprès de
trois ou quatre témoins dignes de foi, sur
l'existence de sociétés
secrètes et de personnes suspectes.
Il leur était ordonné d'engager tous
les habitants à promettre par serment de
dénoncer à l'évêque, ou
à son archidiacre, le nom des
hérétiques, ou des personnes
soupçonnées
d'hérésie ; d'annoncer à
ceux qui se refuseraient à faire cette
promesse, qu'ils seront réputés
hérétiques, et que la preuve de leur
hérésie serait acquise par ce seul
refus.
Le même ordre portait que les barons, comtes,
gouverneurs, et consuls d'une commune quelconque,
promettraient aussi par serment de donner aux
évêques tous les secours qu'ils
croiraient devoir leur demander, pour
persécuter et punir les
hérétiques et leurs complices, sous
peine de se voir privés de leurs
dignités et magistratures, d'être
déclarés inhabiles à en
exercer aucune autre, d'être frappés,
eux d'excommunication personnelle, et leurs terres
seigneuriales d'un interdit ; que la ville qui
oserait, après avoir été
reprise par l'évêque, s'opposer
à l'exécution de ce décret, ou
à quelqu'une de ses parties, perdrait son
titre de ville épiscopale ; que les
fauteurs de tout hérétique seraient
notés d'infamie perpétuelle, comme
tels, déclarés inhabiles à
exercer l'état d'avocat, à être
entendus en témoignage, et à remplir
aucune fonction publique ; que les exempts
enfin étaient, en ce point, à la
disposition des évêques qui devaient
être considérés comme
délégués du
Saint-Siège.
Ceux que l'on désigne, dans ce
décret, par pauvres de Lyon, sont les
mêmes que ceux qui étaient connus sous
le nom de Vaudoins, du nom de Pierre
Valdo un des principaux sectaires qui
prêchait la doctrine
évangélique, et la mettait en
même temps en pratique. On le vit vendre tous
ses biens, qui étaient considérables,
et en distribuer la valeur aux pauvres qui se
soumettaient à suivre l'Évangile,
conformément à
l'interprétation que lui et ses compagnons
en donnaient.
L'exemple de Valdo était une
sévère critique de la richesse du
clergé et du luxe de la cour de Rome. C'est
pourquoi des catholiques sages et savants du
douzième siècle et des siècles
suivants pensèrent que l'ambition, l'avarice
et l'orgueil des papes et du clergé romain
furent et sont la cause et la véritable
origine de toutes les sectes qu'on a vu
naître, depuis cette époque, en
Europe, et se séparer de l'Église
romaine, qu'elles regardent comme pervertie par les
actions scandaleuses de ses chefs ; et certes,
les vices de la cour de Rome qu'elles
désignent par le nom de nouvelle Babylone,
et qu'elles appellent la cour de
l'antéchrist, leur en a fourni l'occasion.
Cela n'eût pas eu lieu, si les papes eussent
marché sur les traces des douze premiers
pontifes.
URBAIN III
CLXXIIe PONTIFE. - De 1185 A 1187.
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HUBERT CRIBELI, natif et archevêque de
Milan, cardinal du titre de Saint-Laurent, fut
élu pape le 25 novembre 1185, sous le nom de
Urbain III. Il mourut à Ferrare le 10
octobre 1187.
La mort arrêta la marche rapide de son
ambition, de son orgueil et de son avarice. Il
avait débuté dans cette
carrière aux dépens de la paix de
l'empire et de l'Italie ; car, quoiqu'on lui
eût représenté les maux que
causaient la conduite et le système qu'il
avait adoptés, il avait pris la
résolution d'excommunier l'empereur
Frédéric Ier. La mort seule l'en
empêcha. Les évêques d'Allemagne
réunis à Geilehausen, lui
écrivirent : ils le suppliaient
d'éviter une démarche qui serait la
cause de tant de maux. La lettre qu'ils lui
adressèrent, prouve que le pontife avait
suscité la révolte de Crémone,
et qu'il travaillait au soulèvement de
plusieurs autres villes de l'Italie ;
qu'Urbain avait violé le concordat relatif
au droit d'investiture, en consacrant
l'archevêque de Trêves, avant que
l'empereur l'eût mis en possession de
l'archevêché, et avant qu'il eut
prêté à ce souverain le serment
de fidélité pour les fiefs
impériaux ; qu'il conserva la
possession de Milan, malgré les
règles établies, et qu'il
exerçait sans cesse des exactions dans son
diocèse et dans les suffragants, ce qui
appauvrissait les églises des terres de
l'empire.
Le pape reçut cette lettre à
Vérone, et, transporté de
colère, il voulut excommunier l'empereur et
ceux qui le protégeaient. Les habitants de
Vérone lui représentèrent
qu'il devait s'abstenir d'un tel acte, dont le
résultat pourrait être à
craindre, puisqu'ils étaient les bons
serviteurs de l'empereur. Il se retira à
Ferrare, où la mort mit fin à ses
projets.
GRÉGOIRE VIII
CLXXIIIe PONTIFE. EN 1187.
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ALBERT, natif de Bénévent,
cardinal chancelier, fut élu pape le 20
octobre 1187, sous le nom de Grégoire
VIII ; il mourut le 17 décembre de la
même année. Dans ce court espace de
temps, il chercha à enflammer les esprits,
pour entreprendre une nouvelle guerre de croisade
en faveur du royaume de Jérusalem. Telle
était la manie religieuse de ce
siècle.
CLÉMENT III
CLXXIVe PONTIFE. DE 1187 A 1191.

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PAUL ESCOLATI, natif de Rome, cardinal
évêque de Palestrine, fut élu
pape à Pise le 19 décembre 1187 ,
sous le nom de Clément III, et mourut le 27
mars 1191.
Il fit la paix avec les Romains qui étaient
en guerre avec le Saint-Siège depuis 1144,
relativement au droit de la puissance temporelle.
Mais, pour le revendiquer, il consentit à
une condition cruelle qui lui fut imposée
par le sénat ; savoir, qu'il
sacrifierait les habitants de Tusculum et de
Tivoli à la vengeance des Romains,
parce qu'ils avaient pris les armes pour aider les
papes ses prédécesseurs à
subjuguer le sénat. En acceptant cette
condition, Clément démentit son nom,
et accrédita, autant qu'il soit possible de
l'imaginer, son ambition de commander dans Rome. Il
soumit immédiatement au Saint-Siège,
les églises du royaume
d'Écosse : et cette mesure qu'il venait
de prendre, il la vendit au roi comme une faveur,
afin que les évêques ne pussent pas
excommunier le roi comme il le craignait :
mais, dans la réalité, tout
l'avantage était pour le Saint-Siège,
qui voulait exercer les fonctions de
métropolitain.
Pour se faire une idée de corruption et
d'avarice de la cour de Rome, il suffit de
connaître la convention faite depuis avec
Richard, roi d'Angleterre. Il se plaignit, par
l'intermédiaire du cardinal Octavien,
évêque d'Ostie, de ce qu'on avait
reçu, au nom du pape, sept cents marcs
d'argent, pour la consécration de
l'évêque du Mans, quinze cents pour la
légation de l'évêque d'Eli, et
une certaine somme énorme pour
empêcher la déposition d'Elie de
Meaumort, évêque de Bordeaux,
accusé par son clergé. Il est
impossible, disait le roi, de supporter plus
longtemps une simonie aussi horrible que celle
qu'on exerce à Rome.
CÉLESTIN III
CLXXVe PONTIFE. DE 1191 A 1198.
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JACINTE BOBOCARDI, cardinal diacre, du titre de
Sainte-Marie de Cosmedin, fut élu pape le 30
mars 1191, sous le nom de Célestin III, et
mourut le 8 janvier 1198, à l'âge de
quatre-vingt-deux ans.
Il livra aux Romains le village de Tusculum,
en exécution du traité de son
prédécesseur. Il prévoyait que
les Romains avaient le projet d'exercer de cruelles
vengeances : cela eut lieu en effet, car ils
brûlèrent presque tous les habitants.
On frissonne d'horreur, lorsqu'on apprend que c'est
le souverain pontife de la religion
d'humilité, de douceur et de paix, qui livra
ces malheureux à la mort. Roger de Hobeden,
historien anglais et contemporain, rapporte que
Célestin en procédant au couronnement
de l'empereur, renversa d'un coup de pied la
couronne impériale, afin qu'un cardinal,
après l'avoir ramassée, la
donnât au roi des Romains. Si ce récit
est conforme à la vérité,
l'orgueil était parvenu à son comble
chez le successeur des papes qui se trouvaient
très-honorés lorsque les empereurs,
fils et petits-fils de Constantin, les admettaient
dans leurs palais à leur présenter
leurs hommages respectueux.
Il excommunia Léopold, duc d'Autriche, et
mit ses États en interdit, parce qu'il avait
fait prisonnier Richard, roi d'Angleterre, lorsque
celui-ci revenait de la Palestine. L'action de
Léopold pouvait être
répréhensible ; mais celle de
Célestin fut un abus de pouvoir spirituel
dicté par l'ambition de soumettre à
la puissance pontificale toutes les affaires,
même les plus extraordinaires et les plus
étrangères à la juridiction du
Saint-Siège. Il excommunia aussi l'empereur
Henri VI, pour la même cause. Celui-ci mourut
peu de temps après ; le pape
défendit qu'on l'enterrât en terre
sainte, et ne leva cette défense que
lorsqu'on eut restitué au roi Richard tout
ce que ce souverain avait payé pour sa
rançon ; outre cela, Sa Sainteté
exigea pour elle et pour ses cardinaux, mille marcs
d'argent. Il paraît que la simonie
n'était défendue qu'à ceux qui
n'étaient pas Romains.
INNOCENT III
CLXXVIe PONTIFE. - DE 1198 A 1216.
Image provenant de:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Innocent_III
LOTHAIRE, de la famille des comtes de
Ségni, cardinal diacre, du titre de
Saint-Serge et de Saint-Bacus, fut élu pape
le 8 janvier 1198, sous le nom d'Innocent III, et
mourut le 17 juillet 1216.
Ce pape fut un de ceux qui honorèrent le
plus la chaire pontificale par leurs talents et
leur profonde instruction ; il fut aussi un de
ceux qui commirent les plus grandes et les plus
nombreuses usurpations de pouvoirs
ecclésiastiques et séculiers, en
abusant de l'opinion que l'Europe avait
généralement adoptée
relativement à la puissance pontificale.
On ne croirait pas que les souverains temporels ont
toléré les excès d'Innocent
III en matière de juridiction si les
histoires originales, si les bulles mêmes et
leurs effets permanents ne déposaient en
faveur de la vérité des faits. Il est
difficile de faire, en peu de mots, l'exposé
de tout les attentats de ce pape orgueilleux et
avare, double et perfide, ambitieux et abusant sans
cesse des textes de l'Écriture. Il suffira
de savoir qu'à force d'excommunications,
d'interdits, de dépositions et de dispenses
de serment, il entretint la guerre, pendant les
dix-huit années de son pontificat, dans tout
le monde et particulièrement en Allemagne,
en Italie, en France, en Angleterre, à
Constantinople, à Nice, en Bulgarie,
à Naples, à Genève,
à Venise, et dans la Palestine.
Il n'y avait ni roi ni duc, ni comte ni baron, ni
archevêque ni évêque, ni
abbé, qui n'éprouvassent les effets
de sa rage très-souvent impuissante et de
ses excommunications. Il s'attribua le droit de
décider lequel des trois élus
à l'empire avait le droit d'être
nommé empereur, et il finit par les
excommunier tous les trois ainsi que les princes
qui venaient à la suite.
Philippe Auguste et Louis VIII de France, Jean
d'Angleterre et Pierre d'Aragon, ainsi que les
chevaliers des trois royaumes, étaient en
butte, à chaque instant, aux interdits et
aux excommunications.
Le souverain anglais fut déposé avec
tant de rigueur, qu'Innocent III voyant que les
vassaux lui obéissaient, quoiqu'il les
eût dispensés de l'obligation du
serment, leur ordonna de se révolter contre
leur maître, sous peine d'excommunication.
Malgré cela, Jean fut
réintégré et comble
d'éloges aussitôt qu'il eût
rendu son royaume tributaire du Saint-Siège,
et qu'il s'en fût déclaré
vassal.
Il commit mille injustices pour donner de
l'éclat à sa famille, et pour
élever son frère Richard au rang de
souverain. Il envoyait des légats partout,
à tout instant, et pour n'importe quel
motif : ils étaient chargés
d'arranger les affaires auxquelles donnaient lieu
les exactions monstrueuses dont ils se rendaient
coupables pour enrichir leur propre famille et
celle du pape. Il multiplia avec excès les
corporations intéressées à la
propagation des nouvelles doctrines de
Grégoire VII, avec les augmentations
postérieures. Aussi, approuva-t-il
verbalement ou par écrit, les instituts des
Trinitaires, des Carmélites, des
Dominicains, des Franciscains, de plusieurs autres
ordres, et de certaines congrégations qui
furent autant d'autres troupes auxiliaires pour
appuyer les maximes romaines.
Il convoqua le quatrième concile
général de Latran, qui fut le
douzième des conciles généraux
du christianisme ; il rendit un grand nombre
de décrets sur les choses nouvelles dans la
discipline et dans le gouvernement
ecclésiastique, et dont quelques-unes eurent
des suites fatales ; il institua le tribunal
de l'inquisition contre les
hérétiques et les suspects
d'hérésie. Ce tribunal a
sacrifié dans la chrétienté
plusieurs millions d'individus. Ce pontife suscita
et fomenta des guerres entre les princes
chrétiens ; la religion en était
le prétexte. Il fut l'apologiste des
détestables maximes de Charlemagne en Saxe.
Enfin, on ne peut lire sans scandale l'histoire de
ce pontificat, par l'abbé Fleury,
malgré que celui-ci ait cherché,
à cause de son caractère de
prêtre, à peindre les objets avec les
couleurs les moins désagréables pour
Rome.
Sainte-Lutgarde, religieuse de l'ordre de
Cîteaux, et contemporaine d'Innocent III,
raconte que ce pape lui apparut entouré de
flammes ; qu'elle l'interrogea, et qu'il lui
fut répondu que trois choses l'auraient fait
condamner aux flammes éternelles, si,
à l'heure de sa mort, la Sainte-Vierge ne
lui eût accordé la grâce d'avoir
une contrition sincère de ses
péchés ; mais qu'il était
condamné à brûler de ce feu
jusqu'au jour du jugement dernier. Thomas de
Cantimprato qui vivait à cette
époque, dit que Sainte-Lutgarde lui raconta
tout cela, et qu'elle lui désigna les trois
choses, mais qu'il jugeait convenable de les taire
par respect pour la dignité d'un souverain
pontife.
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