PORTRAIT POLITIQUE DES PAPES
(JUSQU'A
1822)
XIIe SIÈCLE.
PASCHAL II
CLXe PONTIFE. DE 1099 A 1118.
Fin du dix-huitième schisme.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Pascal_II
RAIGNIER, cardinal prêtre du titre de
Saint-Clément, fut élu pape le 3
août 1099, quinze jours après la mort
d'Urbain II.
Il prit le nom de Paschal II. Il eut le chagrin de
voir la continuation du schisme qui avait
commencé sous Grégoire VII, et enfin
le plaisir de le voir cesser. L'antipape
Clément III mourut l'an 1106. Ses partisans
choisirent immédiatement un autre pape
nommé Albert ; mais ceux de Paschal
parvinrent à s'emparer de lui le jour
même de son élection, et
l'enfermèrent à Saint-Laurent ;
les premiers lui donnèrent pour successeur
un certain Théodoric, qui n'exerça
les fonctions pontificales qu'environ quatre
mois : il fut surpris aussi par ses ennemis,
qui l'enfermèrent dans le monastère
de Cuba. Les partisans du premier antipape
élirent ensuite un nommé Maginulfe
qui passait pour prophète dans l'esprit de
quelques-uns, et que d'autres regardaient comme un
devin superstitieux. Celui-ci fut exilé et
mourut dans la misère ; on ne lui donna
point de successeur, parce qu'après la mort
de Henri IV, chaque jour on voyait diminuer le
nombre des dissidents qui, comme schismatiques,
avaient été frappés
d'excommunication : cette diminution avait
même commencé dès que Henri V,
son fils, eut usurpé le royaume d'Allemagne,
par le soulèvement du peuple, pour
opérer, disait-il, l'extinction du
schisme.
Ce même Henri IV se soumit à Paschal
qui n'eut pas pour lui les égards qu'il
méritait, car il écrivit partout pour
qu'on lui fît la guerre. Le clergé de
Liège se couvrit d'une gloire
éternelle en lui répondant entre
autres choses :
« Le pape Hildebrand fut l'auteur du
schisme, parce qu'il fut le premier pape qui
attaqua le diadème avec le glaive du
sacerdoce..... Si l'empereur est
hérétique, nous en sommes très
fâchés ; nous ne dirons rien
pour le défendre ; mais nous ajouterons
que, quand il le serait, nous obéirions
à ses ordres, persuadés que nos
péchés sont la cause de ce
malheur ; qu'il ne nous est pas permis
de prendre les armes contre lui, et que nous
devons nous borner à prier Dieu pour sa
conversion. Les rois que saint Paul nous ordonne de
servir n'étaient pas chrétiens.
Priez, nous dit-il, pour les mauvais princes si
vous voulez une vie tranquille. Cette conduite
serait vraiment apostolique, puisqu'elle serait
l'imitation de celle de l'apôtre ; mais,
pour nos péchés, le successeur des
apôtres, le pape, loin de demander à
Dieu la conversion du roi, qu'il appelle
hérétique, excite les peuples
à la guerre contre lui, et met des obstacles
à la tranquillité.
D'où le souverain pontife aurait-il donc
reçu le pouvoir de faire usage de
l'épée temporelle et du glaive
spirituel ? Le pape Grégoire Ier dit
que s'il eut voulu faire mourir les Lombards, leurs
rois et leurs ducs eussent
péri ; mais qu'il ne voulait pas
être la cause de la mort d'un seul
homme, parce qu'il craignait Dieu.
Les papes qui lui succédèrent
imitèrent cet exemple ; ils se
contentèrent du glaive spirituel
jusqu'à ce que le dernier pape Hildebrand,
Grégoire, s'armât militairement contre
l'empereur, et donnât à ses
successeurs l'exemple de faire la guerre.
Le défenseur de l'Église de
Liège dit en voyant la lettre du pape
Paschal II au comte de Flandres, auquel il ordonne
de faire la guerre à l'empereur, pour la
rémission de ses
péchés : j'ai
particulièrement médité la
sainte écriture et tous ceux qui l'ont
interprétée, et je n'ai pas
trouvé un seul exemple d'un semblable
commandement. Hildebrand est le seul qui, ayant
enterré dans l'oubli les saints canons, ait
ordonné à la comtesse Matilde de
faire la guerre à l'empereur Henri, pour
obtenir de Dieu la rémission des
péchés de ce prince. Nous savons
que nul ne peut être condamné
ou absous sans examen ; cette
règle a été suivie
jusqu'à ce jour par l'Église romaine.
D'où vient donc cette maxime nouvelle qui
accorde aux pécheurs l'absolution sans
confession ni pénitence, et qui laissant
leurs fautes impunies, leur laisse la
liberté d'en commettre de nouvelles ?
Oh quelle porte l'on ouvre à la malice
des hommes ! »
Paschal II força l'empereur Henri IV
à abdiquer en faveur de son fils ; il
ne leva cependant pas les censures qu'il avait
lancées contre lui et contre les
évêques qui lui restaient
fidèles, et qui furent privés de
leurs mitres. L'empereur mourut le 7
août 1106 : l'évêque de
Liège l'enterra dans son
église : la fureur du pape et de ses
légats passa les bornes de
l'humanité, puisque, sans égard
à plusieurs soumissions que, dans les
dernières années de sa vie, Henri fit
à l'Église romaine et à son
pontife Paschal, ils ne se contentèrent pas
de le faire exhumer, mais Paschal II ordonna que le
cadavre, que son fils Henri V avait
transporté à Spire, fût
privé de la sépulture
ecclésiastique pendant cinq ans. Henri V
ayant fait le voyage de Rome, pour se faire
couronner empereur, soutint qu'il devait être
couronné sans perdre aucun des droits en
vertu desquels Charlemagne, son fils Louis le
Pieux et tous ses successeurs l'avaient
été. Il se passa des choses
scandaleuses ; mais enfin le pape y
consentit, et dit pendant la messe, en
divisant l'hostie :
« Ainsi que cette partie du corps de
Jésus-Christ est séparée de
l'autre, qu'ainsi soit séparé du
royaume du même Jésus-Christ celui qui
violera les conventions qui ont été
consenties. »
Tout cela se réduisait, quant à
l'empereur, à la restitution à
l'Église romaine, des villages et lieux qui
seraient en son pouvoir ; et quant au pape,
à laisser le droit d'investiture dans
l'état où il avait été
depuis Charlemagne, et à ordonner aux
évêques la restitution des seigneuries
des villages qu'ils avaient usurpées. Le
pape était peu libre alors, parce qu'il
était entouré des troupes de
l'empereur ; mais il ratifia le traité
à une époque où il jouissait
de toute sa liberté : cependant, par
l'instigation des cardinaux, il le viola, et
déclara dans une bulle qu'on le lui avait
arraché par la violence ; il
menaça l'empereur, s'il ne renonçait
aux investitures, de l'excommunier, de le
déclarer déchu du droit de
régner ; et de porter, par ses
exhortations, les princes et les
évêques à lui faire la guerre,
et à le dépouiller de son royaume. Il
mourut le 18 janvier 1118, sans avoir fait lever
l'excommunication qu'il avait fait lancer, par un
concile, contre l'empereur ; il invita les
cardinaux à faire régner entre eux la
plus grande union, et à se défier des
Allemands et des Guibertains ; il
désignait par ce dernier nom les partisans
du schisme qui venait de cesser, et que Guibert,
archevêque de Ravenne, avait fait
naître.
On remarqua dans ce pape combien forte avait
été l'impression que la nouvelle
doctrine du Grégoire VII avait faite sur
lui ; car l'empereur Henri V ayant voulu lui
faire représenter que Saint-Paul lui
défendait de se mêler des affaires
séculières, et à plus forte
raison de fomenter des guerres, il traita
d'hérétiques, d'ennemis de
l'Église tous ceux qui interprétaient
l'apôtre de la sorte. Ainsi la mauvaise
doctrine de Grégoire fut reçue comme
dogme par les papes qui lui
succédèrent ; et furent
dénoncés à l'inquisition,
comme hérétiques, tous ceux qui
refusaient aux papes le pouvoir indirect de
détrôner les souverains, soit en les
excommuniant, soit en déliant les sujets du
serment de fidélité et vasselage.
GÉLASE II
CLXIe PONTIFE. - DE 1118 A 1119.
Dix-neuvième schisme.
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JEAN DE GAETE, moine, fut élu pape le 25
janvier 1118.
Il était bénédictin comme tous
ses prédécesseurs du
demi-siècle antérieur. Il fut
élu clandestinement et dans un lieu non
consacré à cet usage, par l'intrigue
des cardinaux évêques d'Ostie, de
Porto, d'Albanie et de Sabinie. Cencio Frangipani,
sénateur et préfet de Rome, eut
connaissance que des personnes s'étaient
réunies sans autorisation
légale ; il se rendit dans cette
assemblée, avec de la force armée, et
emmena prisonniers l'élu et plusieurs
électeurs.
L'empereur Henri V désirait de vivre en paix
avec le pape parce qu'il se voyait en danger de
perdre la couronne et la vie par l'influence des
maximes nouvelles, propagées avec
rapidité dans tout le monde chrétien,
par les bénédictins et par les
évêques, tous attachés à
la doctrine monacale, puisque le plus grand nombre
de ceux-ci appartenait à l'ordre des
moines.
D'après ces considérations, et
quoiqu'on ne lui eût pas demandé la
permission d'élire un pape, il manda
à Cencio de mettre en liberté le
nouvel élu, et qu'il se rendrait en personne
à Rome. L'empereur s'y rendit en effet. Jean
de Gaëte (Gélase II étant
déjà élu) s'enfuit de Rome.
Henri l'engagea à revenir et à se
soumettre au concordat de Paschal II ; il lui
fit savoir qu'il reconnaîtrait son
élection et qu'il légaliserait par sa
présence l'ordination pontificale ;
mais que, s'il ne se rendait pas à son
invitation, il ferait procéder à
l'élection légale d'un autre pape
Gélase, ne consultant que l'esprit
orgueilleux et arrogant de ses
prédécesseurs et collatéraux,
ne voulut pas aller à Rome. L'empereur fit
élire, le 9 mars, pour souverain pontife,
Maurice de Bourdin, archevêque de
Braga, et légat du Saint-Siège
auprès de Henri V.
Cela produisit le dix-neuvième schisme.
Maurice fut intronisé sous le nom de
Grégoire VIII, et fut reconnu en
différents lieux, comme s'il eût
été un pape légitime,
quoiqu'il fût généralement
regardé comme antipape, parce que les
bénédictins étaient
répandus dans toutes les nations
chrétiennes pour diriger les esprits dans le
sens qui leur était indiqué par leurs
frères du même habit, résidants
à Rome et dont les principales
échelles de commerce politique
étaient les monastères de Mont-Cassin
en Italie, et de Cluny en France. C'est de
là que sortaient les émissaires qui
parcouraient la chrétienté de
l'Orient à l'Occident et du Nord
au Midi.
Gélase II excommunia l'antipape et
l'empereur. Il eut pu donner la paix à
l'Église en se contentant d'être ce
que furent non les douze premiers papes, ni ceux du
troisième siècle et des
siècles postérieurs au
huitième, mais ce que parvinrent à
être Léon III, Étienne IV, et
ses successeurs sous les règnes de
Charlemagne et de Louis le Pieux, et en
abandonnant aux empereurs les droits dont ceux-ci
eurent la jouissance. Mais rien de tout cela :
les nouvelles doctrines portaient que Rome ne
devait reconnaître d'autre souverain que le
pape ; qu'aucun roi ne pourrait prendre le
titre d'empereur romain, s'il ne recevait la
couronne impériale des mains du pape :
que celui-ci ne la donnerait qu'à deux
conditions.
La première que l'empereur lui ferait
serment de fidélité ; qu'il
consentirait à être excommunié
s'il devenait parjure, et par conséquent
à être déclaré
schismatique, hérétique, ennemi de
l'Église, et à voir ses vassaux
dégagés de la fidélité
jurée.
La seconde condition était que l'empereur
renoncerait aux investitures, quoique
possédées par ses
prédécesseurs, depuis Charlemagne,
avec l'approbation du Saint-Siège.
Qu'on compare cette doctrine à celle des
anciens papes, et l'on verra clairement ce que l'on
peut obtenir par la persévérance qui
suit sans relâche le même
système. Le pape Victor, au milieu des
persécutions des empereurs idolâtres
et vers le commencement du troisième
siècle, forma le projet d'obtenir quelque
autorité hors de Rome : ses successeurs
n'abandonnèrent jamais ce
système ; dès qu'ils
étaient parvenus à faire
reconnaître la légitimité sur
un article, ils ne permettaient plus qu'elle
fût mise en question ; elle servait au
contraire de prétexte pour ce qu'ils avaient
le dessein de proposer sur d'autres points.
C'est en ne s'écartant point de cette ligne,
que les papes parvinrent à faire de
l'église un gouvernement monarchique ;
Arrivés là et ne pouvant plus
étendre leur pouvoir de ce
côté, on aspira à la
souveraineté temporelle. On eut
regardé cela dans le septième
siècle comme une chose impossible à
prévoir, à plus forte raison dans le
troisième, et cependant le succès
couronna cette entreprise. Le roi Pépin et
Charlemagne, son fils, en furent la principale
cause, en imprimant aux papes un caractère
tout-à-fait contraire à celui qui
leur convient.
Gélase II mourut dans le couvent de Cluny,
le 29 janvier 1119. Son orgueil et son ambition
furent cause qu'il laissa l'Église en proie
au schisme.
CALIXTE II
CLXIle PONTIFE. - DE 1119 A 1124
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GUIDE, archevêque de Vienne, en France,
fils et frère des comtes de Bourgogne, fut
élu pape à Cluny, le 1er
février 1119, et mourut le 13
décembre 1124.
Il mit fin au schisme de l'antipape Grégoire
VII l'an 1121. Mais il déshonora cet heureux
résultat par une action barbare.
S'étant rendu maître de la personne de
Maurice, il le fit promener monté sur un
chameau, couvert d'une peau de boeuf
ensanglantée, imitation ironique du manteau
d'écarlate dont on couvrait ordinairement
les papes nouvellement élus ; le visage
tourné vers la queue du chameau, Maurice la
tenait dans ses mains, en guise de bride ;
c'est dans cet état qu'il fut promené
dans les rues de Rome, en butte à tous les
opprobres, à tous les outrages, et à
toutes les attaques de la populace, que quelques
individus avaient soulevée pour qu'elle se
portât à de si coupables
excès.
Il fallait avoir un coeur de roche, ou
doublé de bronze pour infliger un tel
châtiment à un vénérable
vieillard qui avait été primat de
Lusitanie, légat et serviteur
zélé du Saint-Siège,
jusqu'à l'époque du couronnement de
l'empereur Henri IV, père de Henri V.
Calixte II effaça en partie la tache
déshonorante dont il s'était
couvert ; il s'accorda avec ce dernier
souverain, puisqu'enfin, après tant de
guerres, d'homicides, de calamités publiques
et privées, il se décida à
absoudre l'empereur Henri V de l'excommunication,
et à lui accorder de nouveau les
investitures des évêchés et des
abbayes, pourvu qu'elles ne se fissent point comme
précédemment, par les signes de
l'anneau et du bâton pastoral, mais bien par
le moyen d'une petite baguette droite ou du sceptre
impérial, afin d'éviter le danger
d'une interprétation qui pourrait tendre
à faire croire qu'il accordait un pouvoir
ecclésiastique.
Quelle sottise ! Qu'on ne pense pas que
Calixte et les cardinaux aient cédé
par générosité, ce ne fut que
par intérêt, et pour des avantages
très-considérables. Les
évêques de tout l'empire
possédaient des terres seigneuriales et
plusieurs autres droits appelés
régales ; quelques-uns leur
provenaient des concessions et de la munificence
impériales, et un très grand nombre
d'usurpations faites aux époques des guerres
féodales. Quand les papes voulaient
s'emparer des investitures, les empereurs
revendiquaient les fiefs et les régales.
Les papes Grégoire VII, Victor III, Urbain
II, Paschal II, Gélase II et ce même
Calixte II, avaient proposé cette
disposition. Les évêques, dès
qu'ils en furent instruits, s'agitèrent et
représentèrent que tout était
perdu pour eux si on les réduisait au seul
pouvoir spirituel et si on les privait de la
représentation civile, dans les
diètes et dans les autres
assemblées.
D'un autre côté, la comtesse Matilde
étant morte, Henri voulait revendiquer pour
l'empire la seigneurie de Toscane, les villes de
Ferare, de Mantoue et plusieurs autres terres,
comme étant des fiefs séparés
du royaume d'Italie et desquels, d'après les
lois féodales, Matilde n'avait pu librement
disposer. Henri prétendait aussi aux biens
libres de la comtesse, en sa qualité de plus
proche parent, puisqu'elle était la cousine
de l'empereur Henri IV, son père.
D'un autre côté, Matilde, sous le
pontificat de Grégoire VII, avait
donné à l'Église romaine la
propriété de tous ses biens
après sa mort, et ratifié cette
donation sous le pontificat d'Urbain II :
c'est le point sur lequel les papes s'appuyaient
pour rendre cet acte valable, sans exception des
seigneuries féodales. Calixte II, en se
relâchant de ses prétentions dans la
fameuse dispute des investitures, obtenait donc
réellement tous les biens allodiaux de la
comtesse, et avait l'espoir d'obtenir de l'empereur
les biens féodaux, comme effectivement cela
arriva en grande partie. On voit, par cette
histoire, comme l'on trouve, même dans les
bonnes actions des papes, la preuve de cet esprit
d'ambition, d'avarice et d'orgueil qui dirigeait la
chaire pontificale.
HONORÉ II
CLXIIIe PONTIFE. - DE 1124 A 1130
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L'Élection de ce pape, connu auparavant
sous le nom de Lambert de Fagnani,
évêque d'Ostie, est un
témoignage bien évident qu'elle est
loin d'avoir été faite sous
l'influence directe du Saint-Esprit, et qu'elle fut
l'ouvrage des passions humaines, mues par
l'ambition de commander. À peine Calixte II
fut mort, que Pierre de Léon,
père d'un cardinal du même nom,
Léon Frangipani, et plusieurs autres
sénateurs et consuls convinrent qu'on ne
s'occuperait pas de l'élection d'un
successeur jusqu'au troisième jour.
Frangipani avait forgé dans sa tête
une certaine intrigue, pour faire élire
Lambert, évêque d'Ostie, quoique le
peuple demandât à grands cris que
Saxon de Agnani, cardinal du titre de
Saint-Étienne-du-Mont-Cenis, fut élu
pape. Frangipani, pour parvenir à son but,
feignit de partager le même désir. Il
fit dire aussitôt, et en particulier,
à l'aumônier de chaque cardinal, de se
rendre de très-grand matin à
Saint-Jean-de-Latran, et de porter avec eux le
manteau rouge, bien caché sous leur
vêtement noir.
Chaque aumônier crut que le cardinal, son
protecteur, était nommé pape, parce
qu'on a la coutume de couvrir de suite le nouvel
élu du manteau rouge, qui est un signe de
supériorité, et de lui baiser les
pieds. Les évêques et les cardinaux se
réunirent de très bonne heure dans la
chapelle de Saint-Pancrace. Le cardinal diacre
Jonatas, du consentement unanime de tous les
membres, proclama élu
Théobatd, cardinal, prêtre de
Sainte-Anastase, et le nomma Célestin
pape, en le couvrant du manteau rouge. Tous les
assistants commencèrent aussitôt
à chanter le Te Deum laudamus.
Fagnani, un de ceux qui s'étaient
assemblés dans ce même lieu, chantait
aussi : on avait à peine chanté
la moitié du Te Deum, que Robert Frangipani
s'écria, en disant : C'est Lambert,
évêque d'Ostie qui est pape, et
à l'instant même, plusieurs personnes
de son parti le revêtirent du manteau rouge,
près de l'oratoire de Saint-Sylvestre. Cela
occasionna un grand tumulte ; mais
Théobald renonça de suite à
ses droits, pour éviter le schisme ;
tous les autres acquiescèrent à
l'élection de Lambert, et le
nommèrent Honoré II. Le pape,
ayant manifesté quelques jours après,
qu'il n'était pas satisfait de la
manière dont sa nomination avait
été faite, tous les cardinaux se
réunirent, et, dans cette assemblée,
où régna la plus grande
tranquillité, le pape fut
réélu à l'unanimité, et
fut adoré comme on adore toujours le nouvel
élu.
Il n'est pas nécessaire d'approfondir
beaucoup cette affaire, pour y reconnaître
l'ouvrage de la faction de Frangipani, laquelle
suppose un haut degré d'ambition dans
Honoré II, qui ne tarda pas à donner
des preuves qu'il était animé de
l'esprit du siècle de ses
prédécesseurs, à l'occasion de
la mort de Guillaume, duc de Apulia et de Calabre,
décédé sans enfants. Son oncle
Roger, duc de Sicile, se croyant son
héritier légitime, prit donc
aussitôt possession des biens de Guillaume,
en rendit témoignage au nouveau pape, en lui
envoyant des présents et le serment de
fidélité. Mais Honoré
dédaigna l'ambassade, et lui fit
formellement la guerre, ayant pour auxiliaires le
prince de Capoue et plusieurs autres potentats.
Roger dispersa l'armée qu'on avait
envoyée contre lui et réduisit le
pape à la nécessité de mendier
la paix, après avoir affiché une rage
impuissante et indigne du souverain pontife du
christianisme. Il mourut le 14 février 1130.
INNOCENT II
CLXIVe PONTIFE. DE 1130 A 1143.
Vingtième schisme.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Innocent_II
Les événements qui eurent lieu
à la mort de Honoré II, nous offrent
de nouvelles preuves du mauvais esprit qui
présidait à Rome aux élections
pontificales. Les cardinaux présents
à la maladie du pape, dans le
monastère de Saint-André,
cachèrent sa mort, élurent
clandestinement pour successeur,
Grégoire, cardinal de Saint-Ange,
auquel ils donnèrent le nom de Innocent
II. Dès que l'on eût connaissance
de cette mort, tous les cardinaux, les
évêques, le reste du clergé, la
noblesse, et les principaux personnages du peuple
se réunirent et choisirent pour souverain
pontife Pierre de Léon,
prêtre-cardinal du titre de Sainte-Marie, de
l'autre rive du Tibre ; il fut nommé
Anaclet II.
Ce schisme dura jusqu'à 1138, et eut
duré plus longtemps sans la mort
d'Anaclet ; car, quoique ses partisans eussent
élu, pour le remplacer, Grégoire,
prêtre-cardinal, qu'ils avaient appelé
Victor II, celui et tous ceux qui avaient
concouru à sa nomination,
préférant la paix à la guerre,
renoncèrent volontairement à leurs
droits.
Certes, si dans ces débats il n'eut
été question que d'un simple
évêché, je pense qu'Innocent
eût perdu son procès ; mais il
eut le bonheur d'être protégé
de Saint-Bernard, abbé de Clairveaux, de
l'ordre de Citeau, qui le fit reconnaître en
France, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, et
par conséquent dans tout le reste de
l'Europe, à l'exception du royaume de
Sicile, de la Calabre, de l'Apulie, de Capoue et
des autres états, qui formaient alors le
royaume de Naples. Au reste, toute élection
clandestine, faite par une réunion sans
chef, sans convocation préalable,
assemblée par qui n'a pas le droit de
convocation, à moins que celui-là ne
soit président ou vice-président de
la corporation, a été, est, et sera
nulle dans tous les temps, suivant les lois
naturelles de toute société.
Sans doute on réparera cette nullité
par un consentement subséquent :
l'histoire nous dira que le Saint-Esprit
n'intervint pas avec ses divines inspirations, mais
bien l'esprit infernal de l'ambition, qui, au grand
préjudice de la religion catholique et de sa
morale, apporta parmi nous la mort et
les guerres, les haines, les
inimitiés, les persécutions
personnelles, et tous ces autres grands maux de
l'âme et du corps.
Quand Innocent II fut bien affermi sur son
trône pontifical, il célébra
à Rome, l'an 1139, un concile
général, qui fut le dixième
concile de cet ordre, en comptant celui de
Nicée pour le septième, et le second
de l'an 867 ; celui de Constantinople, de l'an
869, pour le huitième ; et pour le
neuvième, celui de Saint-Jean-de-Latran,
premier concile général réuni
en Occident, en 1123, par le pape Calixte II.
Plus de mille évêques
assistèrent au concile dont nous nous
occupons maintenant.
Le pape Innocent II y proposa une doctrine nouvelle
et fausse sur le pouvoir pontifical, concernant les
évêchés, mais doctrine qui se
généralisa peu à peu, et qui
finit par être mise en pratique comme
vraie.
« Vous savez, leur dit-il, que Rome est
la capitale du monde ; que c'est
là qu'on reçoit les
dignités ecclésiastiques, avec
la permission du pontife romain, comme par
droit de fief, de manière qu'on ne peut les
posséder légitimement sans
autorisation. »
On n'aurait pas cru qu'il eût
été possible de porter le scandale
jusqu'au point de faire considérer comme
fiefs du pape les emplois
ecclésiastiques ; mais
l'expérience nous fit voir qu'une doctrine
aussi fausse prévalut, qu'on y crut comme a
un axiome canonique, et que de là naquit la
coutume de donner aux emplois
ecclésiastiques le nom de
bénéfices, parce que c'est
ainsi que l'on appelait les fiefs, lorsque la
concession qu'on en faisait était
viagère, et sans aucun caractère
d'hérédité. Il est inutile que
je m'occupe à prouver la fausseté de
cette doctrine.
Qu'il me suffise de dire que même alors, la
puissance pontificale n'intervenait que dans la
consécration des métropolitains,
jamais dans l'élection des
évêques, à moins que le
concours de quelques circonstances ne motivât
le recours au Saint-Siège ;
l'intervention de la puissance pontificale
était inutile dans la collation des
dignités d'abbé, d'archidiacre,
d'archiprêtre et de plusieurs autres du
second ordre ; bien moins encore dans celle
des canonicats et bénéfices
inférieurs. Les voyages d'Innocent II et de
ses prédécesseurs, depuis
Grégoire VII, fournirent au premier
l'occasion de prendre connaissance de quelques
affaires particulières ; il mit tout
à profit dans ses usurpations, qui furent
toujours croissantes avec une progression
remarquable, depuis le concile de
Saint-Jean-de-Latran.
On eut soin aussi de faire des lois contre les
laïques possesseurs des dîmes ;
elles en ordonnaient, sous peine d'excommunication,
la restitution aux églises auxquelles elles
appartenaient ; et ce qui, au premier
coup-d'oeil, vous paraît aujourd'hui
très juste, ne l'était pas alors, et
ne pouvait l'être, si l'affaire eût
été examinée dans une
assemblée mixte, en présence des rois
et des grands seigneurs de leur royaume. Plusieurs
possesseurs de dîmes avaient peuplé
leurs propres domaines, ils y avaient
attaché des prêtres pour le culte
catholique et pour la conduite spirituelle des
laboureurs et de leur famille. Ils assignaient une
dotation au temple et à ses ministres :
dans cet état des choses, le titre, en vertu
duquel ils percevaient la dîme sur leurs
propres terres, est incontestable et conforme
à ce qui fut décidé dans le
septième siècle, dans le concile
espagnol de Mérida.
Les prêtres cherchaient à
éviter les pensions alimentaires qu'on leur
assignait en argent : voilà la
véritable cause des déclamations
contre les possesseurs du droit décimal. On
commença à abuser du texte de la loi
hébraïque, pour prouver que
l'obligation des laboureurs de payer la dîme,
et le droit des ministres de l'autel de la
percevoir, étaient des préceptes de
la loi divine, sans distinguer entre celle des
Hébreux, qui est éteinte, et celle
des chrétiens, qui est fondée sur des
maximes différentes.
Dans cette même année 1109, le pape
Innocent fit la guerre à Roger, parce qu'il
avait embrassé le parti de l'antipape
Anaclet II, et parce qu'il avait reçu de sa
main le titre de roi de Sicile, au lieu de celui de
duc-comte qu'il possédait
précédemment. Innocent fut fait
prisonnier de guerre. Roger le traita mieux que le
pontife ne pouvait l'espérer, à cause
de sa conduite envers lui ; et, par bonheur,
le pape sut se montrer reconnaissant ; il
publia une bulle, dans laquelle il confirmait, dans
Robert, le titre de roi de Sicile, feudataire du
Saint-Siège, sans faire mention de celui que
lui avait accordé Anaclet. D'où vient
donc aux papes le droit de créer les
rois ? L'Église romaine même
chante le contraire dans l'hymne de la fête
de l'Épiphanie. Mais tel était le
bouleversement général des
idées européennes, qu'on ne
reçut aucun scandale d'un exemple aussi
scandaleux. Rendons-en grâce à
Pépin et à Charlemagne son fils qui
firent naître de si funestes maximes, en
mettant dans les mains d'un prêtre souverain
un pouvoir mixte, sans en prévoir les
conséquences.
Le même Innocent osa nommer à
l'évêché de Bourges en France,
avant qu'il eût été
procédé à aucune
élection. Le roi Louis VII fut justement
irrité de la violation du droit qu'il avait,
et qui, jusqu'alors, ne lui avait pas
été contesté, de donner son
consentement à la nomination à un
emploi dont le possesseur devait être un des
grands personnages de son royaume. Il jura qu'il ne
permettrait pas que celui qui avait
été élu par le pape,
entrât en possession, et il autorisa les
électeurs à en nommer un autre qui
fut digne de sa confiance.
Le pape, furieux du parti que le roi avait pris,
mit tous les états de ce souverain en
interdit : Saint-Bernard écrivit,
à ce sujet, diverses lettres ; ce
qu'elles expriment, joint à celles de
plusieurs autres personnages, prouve clairement que
Suger, abbé du monastère de
Saint-Denis, et premier ministre du roi, veillait,
comme il le devait, à la conservation des
droits du souverain ; mais elles prouvent
aussi que Saint-Bernard et le plus grand nombre des
évêques et des membres du
clergé étaient tellement imbus des
nouvelles idées qu'ils regardaient le roi
comme le persécuteur de l'Église, et
qu'ils lui en donnèrent le nom. Innocent II
mourut le 24 septembre 1143.
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