PORTRAIT POLITIQUE DES PAPES
(JUSQU'A
1822)
IXe SIÈCLE. (Suite)
BENOIT III
CIVe PONTIFE. - De 855 A 858.
Dixième schisme.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Benoît_III
Si l'existence de la papesse Jeanne fournit une
preuve évidente que ce n'est point
l'Esprit-Saint, mais plutôt l'esprit
d'ambition qui dirige les élections
pontificales, la fréquence et la multitude
des schismes en est une autre preuve d'un genre
différent, puisque tous ont produit des
meurtres, des désordres, des parjures, des
faux témoignages, et beaucoup d'autres
péchés ou crimes.
Nous allons le voir de nouveau dans
l'élection de Benoît III.
Un certain Anastase, prêtre
déposé par le pape Léon IV,
dans un concile romain de l'année 853, avant
réuni un parti suffisant pour se faire
élire pape dans le tumulte et à
l'aide de beaucoup de violence, engagea à le
soutenir plusieurs nobles romains, ainsi que
l'ambassadeur même de Louis II, et forma le
dixième schisme de l'église romaine.
Les mois d'avril, mai, juin, juillet,
s'écoulèrent au milieu de ces
troubles. Enfin, Anastase ayant été
vaincu, Benoît l'emporta, et l'empereur ayant
envoyé sa confirmation, la
consécration eut lieu en septembre 855. Les
historiens ecclésiastiques de ce temps
croient dire beaucoup en répétant,
à la plupart des élections papales,
que l'un ne voulait pas accepter, qu'il
s'était caché, qu'il refusa sous
prétexte qu'il n'était pas digne, et
beaucoup d'autres choses semblables. Mais toutes
ces assertions sont nées de l'adulation.
Leur but était de plaire aux papes, et de
fortifier la croyance et un mensonge, auxquels les
papes étaient intéressés. Ces
ouvrages ne disent pas, bien qu'on le voit assez
par les faits, que tous, ou presque tous les papes
étaient dévorés d'une
extrême ambition, au grand dommage de la
religion catholique et au préjudice
immédiat des souverains temporels, des
nations qu'ils gouvernaient, et des
évêques placés par
l'Esprit-Saint, et non par le pape ou par
Saint-Pierre, comme pasteurs du troupeau
chrétien.
Ce qu'il y a de plus certain, c'est que
Benoît enrichit sa famille,
particulièrement Grégoire et
Étienne, ses frères, tous deux fils,
ainsi que lui, de Théophilacte, nomenclateur
de Rome ; Constantin et Constantine ses
neveux, fils de Grégoire, et qu'il maria sa
nièce au sénateur Georges. Tous ces
derniers unis à Formose, évêque
de Porto, formèrent ensuite, ainsi que nous
le verrons, une conjuration contre Jean VIII.
Benoît est le patriarche du népotisme
papal.
NICOLAS Ier
CVe PONTIFE. - DE 858 A 867.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Ier_(pape)
NICOLAS, diacre de Rome, fut consacré
pape le 24 avril 858, en présence, et avec
l'autorisation de l'empereur Louis II. On
prétend qu'il se cacha pour ne point
accepter le pontificat, et qu'il y fut
entraîné par force. J'ai
déjà déclaré que ces
prétendus refus si multipliés, ne me
semblaient mériter aucun crédit, et
étaient démentis par la conduite
postérieure de ces papes, qui avait
prouvé leur ambition illimitée, leur
orgueil insupportable, et leur désir
constant de tenir sous leurs pieds tous les autres
hommes.
L'empereur Louis III, qui se piquait plutôt
d'être un zélé catholique
soumis au successeur de Saint-Pierre, que le
souverain de l'empire d'Occident, accompagna
Nicolas à pied, tenant, pendant plus d'une
portée de flèche, la bride de son
cheval. On a coutume de citer ce trait, comme un
acte d'humilité de Louis le
bègue ; moi je n'y vois qu'une bassesse
indigne d'un empereur qui traite avec un vassal, et
capable d'ajouter un nouvel aliment à
l'orgueil du pontife. Cet orgueil fut assez
prouvé, dans la suite, par sa conduite avec
le même Louis, avec son frère
l'empereur et roi, Charles le chauve, avec son
neveu Lothaire, roi de Lorraine, avec les reines
Tiedbergue et Waldrade leurs épouses, avec
Michel, empereur de Constantinople, avec Hincmar,
archevêque de Reims, primat de France, avec
Gonthaire, archevêque de Cologne, Teugalde,
archevêque de Trêves, primat de la
Belgique, Haganon, évêque de Pergame,
Rolade, évêque de Soissons, Jean,
archevêque de Ravenne, et plusieurs autres
personnages.
Il les traita tous avec un orgueil despotique. Il
donnait ses ordres aux rois et aux empereurs, comme
à ses esclaves, avec des expressions plus
dures, plus sévères, plus
audacieuses, et plus imprudentes, que jamais aucun
des papes ses prédécesseurs, n'aurait
osé le faire, même dans les occasions
où ils manifestèrent l'orgueil le
plus effréné, et le désir le
plus ardent de soutenir leur
supériorité.
Nicolas ne se contenta pas de ce qu'on
appelât à lui des décisions de
l'évêque métropolitain,
conformément à
l'interprétation injustement donnée
au concile de Sardes, sur le consentement de ceux
qui n'étaient point obligés à
y souscrire ; il étendit cet appel aux
décisions des membres du clergé et
des laïques de la plus basse classe,
s'autorisant, à cet égard, des
fausses décrétales
antésiriciennes, et alléguant qu'il
importait peu que ces décrétales se
trouvassent comprises ou non comprises dans les
collections des canons, conciles, et lettres
pontificales ; qu'il devait en être de
ces lois comme des ordonnances des empereurs non
comprises dans les codes, et auxquelles on
obéissait dès qu'on avait
connaissance de leur contenu. Il ne serait pas
facile de comprendre en peu de mots les attentats
produits par l'ambition, l'orgueil et le despotisme
du pape Nicolas, à en juger seulement par
ses lettres.
Quiconque les lira dans la collection qui en a
été faite, ou dans les extraits qu'on
en a donnés dans l'histoire
ecclésiastique, se convaincra
aisément de cette vérité. Un
seul trait peut toutefois le faire
apprécier. Dans le 71e canon du titre 96 de
la collection des canons, vulgairement
appelée le décret de Gratien,
se trouve certain fragment de la lettre
écrite par Nicolas à l'empereur
d'Orient Michel III. On y lit la phrase
suivante :
« Il est prouvé jusqu'à
l'évidence que le pontife ne peut être
ni absous, ni condamné par le pouvoir
séculier. Le pieux empereur Constantin ne
lui donnait-il pas le nom de Dieu ? et qui
oserait prétendre que Dieu peut être
jugé par les hommes ? »
Il n'est pas nécessaire d'en savoir bien
long pour conclure que si Nicolas croyait ce qu'il
écrivait, c'était un
hérétique, et dans son sens le plus
étendu, un impie blasphémateur de la
divinité, et que, s'il ne le croyait pas, il
ne présentait qu'une preuve insuffisante de
ce qu'il avançait. Quel ton, si on le
compare seulement avec celui que prenaient ses
prédécesseurs des quatrième,
cinquième et sixième
siècles ?
On ne doit pas trouver étonnant que
Gonthaire, archevêque de Cologne, lui ait
écrit à Rome, en son nom et au nom de
Teugalde, archevêque de Trêves, les
propositions suivantes qui devaient sans doute
l'irriter personnellement.
« Écoutez,
pape Nicolas ; nos collègues nous
ont envoyés pour vous consulter sur les
résolutions que nous avons prises dans
notre concile, et nous ont chargés de vous
faire part des autorités et des motifs qui
leur ont servi de règle. Notre but
était de connaître votre opinion et de
vous supplier humblement de nous éclairer,
bien décidés à suivre la
doctrine que vous nous démontreriez
être la meilleure ; mais voici
déjà trois semaines que nous
attendons votre réponse, et vous ne nous
en avez donné aucune
catégorique.
Vous vous êtes contenté de nous
dire en public que, d'après l'exposé
de notre mémoire, nous vous
paraissions excusables. Vous nous avez enfin
ordonné de comparaître en votre
présence ; nous l'avons fait sans
crainte, et au même instant les portes se
sont fermées sur nous, et nous nous sommes
vus entourés d'une troupe de prêtres
et de laïques.
De-là, sans convocation de concile, sans
examen canonique, sans accusateur, sans
témoins, sans nous convaincre par des
raisons claires, sans recevoir nos aveux, sans
l'appui et même à l'insu des autres
métropolitains, ou de nos
évêques suffragants ; vous avez
prétendu nous condamner à votre
gré, d'après les seules inspirations
de votre fureur tyrannique.
Mais nous, nous ne nous soumettons pas
à votre sentence maudite,
si éloignée de la charité
d'un père ou d'un frère : nous
la regardons comme un discours injurieux, nous vous
répudions vous-même de notre communion
comme un homme qui entretient des liaisons
avec les excommuniés, nous nous contentons
de la communion de nos frères,
rejetés par vous, quand votre hauteur et
votre arrogance vous en rendaient indigne.
Vous vous êtes condamné
vous-même, quand vous avez
lancé l'anathème contre ceux qui
ne se soumettaient pas aux préceptes dits
apostoliques, car vous avez été le
premier à les briser, lorsque vous avez
cherché à anéantir, autant
qu'il était en vous, les lois divines et les
sacrés canons, et à vous
éloigner du chemin suivi par les papes vos
prédécesseurs. »
Je ne nierai pas qu'il y ait dans ce fragment des
expressions vraiment outrageantes, et je
n'approuverai jamais le manque de respect à
un supérieur ; mais on s'expose
à l'insulte quand on agit comme le fit
Nicolas. Il excommunia l'empereur Michel, Lothaire,
roi de Lorraine, avec son épouse la reine
Valdrade, ainsi que plusieurs évêques
et archevêques ; il menaça des
mêmes foudres l'empereur d'Occident,
Charles-le-Chauve, en même temps roi de
France ; il se montra enfin
téméraire, imprudent et tout
opposé au portrait que font de lui les
historiens ecclésiastiques, pour flatter
Rome qu'ils craignent. Les faits seuls qu'ils
rapportent dans leurs propres histoires suffiraient
pour leur prouver qu'ils sont ou de mauvais
logiciens ou de lâches adulateurs.
Nicolas mourut enfin le 13 novembre 867. C'est le
dernier des papes dont Anastase le
bibliothécaire écrivit la vie ;
c'est le premier qui, d'après ce que
rapporte cet auteur, ait porté une couronne
sur sa mitre ou tiare. Cette circonstance ne laisse
pas que de prouver encore combien à chaque
règne, l'ambition pontificale faisait de
nouveaux progrès.
ADRIEN II
CVIe PONTIFE. DE 867 A 872.
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ADRIEN, prêtre titulaire de Saint-Marc de
Rome, fut élu pape, à l'âge de
76 ans, peu après la mort de son
prédécesseur, et fut consacré
le 14 décembre 867, en présence des
envoyés de l'empereur.
Les maximes ambitieuses de Rome poursuivaient leurs
progrès et devenaient chaque jour plus
exigeantes selon les circonstances.
Le vieil Adrien suivit les traces de son
prédécesseur. Il traita avec
iniquité le roi Charles-le-Chauve, Hincmar,
archevêque de Rheims, et tous ceux qui ne
voulaient pas adhérer aveuglement à
ses propositions. II protégeait en
même temps, sans examen, les hommes les plus
pervers de son temps, tels qu'étaient
Carloman, fils rebelle du roi Charles, et Hincmar,
évêque de Laon, neveu et ennemi de
l'autre Hincmar. Il fit tout son possible pour
que la couronne de Lorraine ne passât pas
à Charles à la mort du roi Lothaire,
mais bien à Louis, frère du
défunt. Il écrivit à cet effet
plusieurs lettres à Charles lui-même,
aux évêques, archevêques et
autres personnages influents.
Voyant que tout était inutile, il
menaça le roi de l'excommunier, et ordonna
aussitôt à Hincmar, archevêque
de Rheims, et à d'autres
évêques de se retirer de la communion
de Charles. Hincmar, dans la réponse qu'il
lui fit, chercha à lui prouver par les
autorités et par les doctrines
reçues, qu'il excédait ses pouvoirs,
qu'il allait au-delà des limites
fixées par les canons, en usant de moyens de
persuasion tout-à-fait contraires à
la paix et à la charité, et qui
d'ailleurs n'avaient jamais été
employés auparavant par les papes, auxquels
il n'appartenait pas de se mêler des affaires
temporelles du royaume. Il lui disait qu'il n'avait
pas le droit de se séparer de la communion
de son souverain, et lui citait en exemple les
saints papes et les saints évêques qui
avaient des liaisons avec des rois païens et
hérétiques, et n'auraient pas voulu,
à plus forte raison, se dérober
à l'autorité d'un roi si
catholique.
Ce monarque eut encore d'autres contestations avec
Adrien. Ce dernier, dans une autre lettre, se
plaignit de ce que Sa Majesté ne se montrait
pas docile à ses corrections. L'empereur,
entre autres choses lui répondit :
« Dans vos lettres
précédentes, vous me donnez les noms
de parjure, de tyran, de perfide dissipateur des
biens de l'église, sans toutefois chercher
à me convaincre de ce dont vous m'accusez.
Dans votre dernière, vous me reprochez
d'être un calomniateur, ce qui est un crime
selon l'écriture. Voudriez-vous donc que
dans des circonstances semblables à celles
où nous nous trouvons, je reçusse de
bon gré vos corrections ? Ne serait-ce
pas me reconnaître coupable et me rendre
indigne non-seulement des fonctions de souverain,
mais de la communion de l'église ?
Écrivez ce qui sied à votre
ministère et au mien, et nous
l'écouterons avec plaisir. Vos lettres
contiennent les clauses suivantes : Nous
voulons et ordonnons d'après notre
autorité apostolique que Hincmar de Laon se
rende à Rome et se présente devant
nous, sous la garantie de votre pouvoir.
Nous désirerions vivement savoir où
l'auteur de cette lettre peut avoir lu qu'un roi
obligé de punir les vicieux et de
sévir contre les délits, doit envoyer
à Rome le délinquant puni
provisoirement selon toutes les
règles ; surtout quand il appert
qu'avant sa déposition, le délinquant
a été convaincu dans trois conciles
d'avoir troublé l'ordre public, et
qu'après sa déposition il a
persévéré dans sa
désobéissance.
Nous sommes forcés de vous écrire que
nous autres rois de France, nés de famille
royale, nous n'avons pas joué jusqu'ici le
rôle de lieutenants d'évêques,
mais de souverains de notre pays ; car (ainsi
que le disent Saint-Léon et le concile
romain), c'est des empereurs et des rois
établis par Dieu pour commander sur la
terre, qu'est venue aux évêques la
permission de régler les affaires
conformément aux ordonnances souveraines.
Relisez les registres de vos
prédécesseurs, et vous verrez qu'ils
n'ont pas écrit aux nôtres comme
vous osez nous écrire ; ne songez
donc plus à nous écrire une
seconde fois avec des ordres ou des menaces
d'excommunication contraires à
l'écriture et aux canons, puisque,
suivant ce que dit Saint-Léon, le
privilège de Saint-Pierre subsistera tant
que subsistera sa justice.
D'où il suit que si l'on manque à
l'une, on détruit l'autre. Je vous
supplie enfin de ne plus envoyer ni à moi ni
aux évêques de mon royaume aucune
lettre semblable à vos
précédentes. Ce n'est qu'ainsi que
nous pouvons les respecter. »
Les évêques répondaient au pape
sur le même ton. Adrien apprit alors une
maxime que ses successeurs n'ont jamais
oubliée, c'est de fléchir pendant un
temps pour mieux réussir plus tard, quand
l'occasion s'en présente, sans crainte ni
honte de tomber dans des contradictions ; il
écrivit pour lui donner satisfaction, une
lettre pleine des flatteries les plus viles. Il
s'excusait de la dureté de ses
premières lettres, et ajoutait pour sa
propre infamie :
« Nous avons déjà appris de
plusieurs personnes vertueuses, et en
particulier de mon frère Actard, que
vous êtes le protecteur le plus
zélé et le plus religieux des
Églises, de telle manière qu'il n'y a
pas dans tout le royaume un seul temple ou un seul
monastère que vous n'ayez enrichi.
Nous savons aussi que votre désir est
de traiter de la même manière
l'Église de Saint-Pierre, et de la
défendre contre tous ses ennemis.
Prenez cette lettre et ne la communiquez
qu'à vos plus intimes confidents, et je
vous promets que si vous et moi nous survivons
à l'empereur, lors même qu'on
m'offrirait des charges d'or, je ne
reconnaîtrai que vous pour empereur
romain. Dès aujourd'hui le
clergé, le peuple et la noblesse de
Rome vous désirent pour chef, pour roi,
pour patrice, pour empereur et pour
défenseur
de l'Église. »
Adrien mourut peu de temps après avoir
écrit cette lettre en novembre 872, et
laissa après lui un nom
déshonoré par les deux extrêmes
opposés, l'orgueil dans le succès, la
bassesse dans le revers et l'intrigue dans tous les
temps ; mais cette conduite ne fut que trop
imitée depuis par ses successeurs. Je ne
dirai rien du mauvais exemple qu'il donna aussi en
absolvant l'empereur Louis d'une promesse faite au
duc de Bénévent dont il était
le prisonnier, afin de l'engager à le
remettre en liberté.
JEAN VIII
CVIIe PONTIFE. DE 872 A 882.
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http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_VIII_(pape)
JEAN, archidiacre de Rome, fut couronné
le 14 décembre 871, et mourut le 15
décembre 882. Il fut le VIIIe et non pas le
IXe de ce nom, tel qu'il aurait du être
nommé, si au lieu de rayer Jean
l'Anglican (la papesse Jeanne) du catalogue des
papes, et au lieu de défendre de le compter,
ou l'eût regardé comme un
véritable pape.
Jean VIII suivit les maximes de ses deux derniers
devanciers, et augmenta encore, s'il est possible,
les abus de la papauté en proportion de
l'ignorance générale de l'Europe,
d'une part, et du consentement donné de
l'autre à l'extension progressive des
idées romaines qui offraient les moyens de
recevoir sans examen le mensonge comme
vérité, et même de traiter
cette dernière comme une erreur et un
crime.
On ne peut lire les dix années du pontificat
de Jean VIII, sans remarquer une chaîne
d'abus criminels, et un désordre dans les
idées religieuses dû au désir
d'augmenter la domination temporelle et les
richesses du pape. Rome était
déjà le centre où venait
aboutir, après plusieurs détours,
tout l'argent du monde, partie pour la
consécration usurpée des
évêchés et
archevêchés ; partie pour les
continuelles demandes ecclésiastiques que
les fausses décrétales avaient
centuplées, en les représentant comme
aussi antiques que le christianisme ; une
autre provenant des donations des princes qui, en
opposition aux véritables
intérêts de leur dignité
suprême, accouraient aux papes en certains
cas, et alimentaient le serpent dont le venin
devait détruire leur propre
souveraineté ; une autre pour des
commutations de pénitences personnelles et
pécuniaires au bénéfice de
Saint-Pierre le Romain, invention des papes
semblables à ceux que nous avons
cités dans le neuvième
siècle ; et une autre partie enfin pour
les offrandes des pèlerins dont la feinte
vertu s'appuyait sur Rome, au moyen des joyaux d'or
et d'argent, des pierres précieuses et d'une
quantité immense d'argent qu'ils laissaient
dans leurs visites aux stations romaines.
L'ambition et l'avarice rendirent Jean VIII
menteur, perfide, faible, arrogant, orgueilleux,
bas, impie, cruel, hérétique ;
il plia à ses passions les paroles de
l'écriture, et fut tout, selon que les
circonstances le voulaient. Je me contenterai d'en
citer quelques traits.
En l'an 876, il reprocha aux évêques
de France de ne s'être pas armés. eux
et leurs sujets, pour s'opposer à
l'entrée de Louis le germanique dans les
états de son frère Charles-le-Chauve,
lorsque lui, Jean l'avait désapprouvé
et s'était offert pour médiateur. Il
leur cita à cet effet le témoignage
de Saint-Paul qui disait : Ne combattons
point contre la chair et le sang, mais bien contre
les princes et les puissances. Tout le monde
sait que dans cette phrase, Paul voulait parler des
princes et des puissances des
ténèbres, c'est-à-dire des
démons.
Il promit à Carloman, roi de Bavière,
de le faire empereur de Rome à la
première vacance qu'on s'attendait à
voir très prochaine, sous la condition qu'il
se soumettrait à ce qu'il lui plairait de
demander. Carloman consentit, mais il mourût
sans que le pape pût accomplir sa promesse.
Pendant la vacance précédente, il
avait intrigué pour que le clergé, la
noblesse et le peuple de Rome proclamassent
empereur Charles-le-Chauve. Jean le couronna
lui-même, et donna naissance à
l'opinion que les empereurs d'Occident recevaient
la couronne impériale de la main des papes,
comme si, en effet, les pontifes pouvaient faire
don de cette dignité.
Il excommunia Sergius, duc de Naples, parce qu'il
avait envoyé traiter de la paix avec les
Sarrasins qui avaient envahi ses états, et
combla d'éloges le cruel Athanase,
archevêque de Naples, pour la barbare et
inhumaine conspiration qu'il forma contre le duc
Sergius, son propre frère, auquel il fit
arracher les yeux sous le prétexte de le
punir de s'être
confédéré avec les
Sarrasins.
Le pape donnait des éloges à cette
conduite atroce, parce qu'il craignait que les
Sarrasins ne marchassent sur Rome, et qu'il voulait
les arrêter par la guerre qu'ils auraient
à soutenir contre Naples. Il eut même
l'ordre d'attribuer à une inspiration divine
cette horrible conduite ; le méchant
archevêque Athanase envoya à Rome
quelques prisonniers Sarrasins, et le pape, de
sang-froid, fit trancher la tête à
plusieurs. Cependant Athanase fit la paix peu de
temps après avec les Sarrasins, et le pape
se vit forcé d'en faire autant.
Après la mort de Saint-Ignace, patriarche de
Constantinople, il rétablit Photius sur son
siège, afin de faire sa cour à
l'empereur Basile, dont il voulait obtenir le
secours contre les Sarrasins. Il transgressa tout
ce qui avait été ordonné dans
le concile et dans les canons, et cela, pour un
schismatique excommunié et condamné
en divers conciles, pour un sectaire de
l'hérésie de ceux qui niaient que
l'Esprit-Saint procédât du Père
et du Fils, lorsqu'il savait de plus, que les
signatures des patriarches d'Alexandrie, d'Antioche
et de Jérusalem étaient fausses et
supposées.
Il écrivit au même Photius une lettre
dans laquelle il soutient l'erreur orientale sur
l'origine de l'Esprit-Saint et transige sur le
point principal, tout-à-fait en faveur de
Photius, auquel il dit :
Nous savons quelle mauvaise idée on vous a
donnée de notre Église et de
nous, et peut-être avec quelque apparence de
raison. Mais, avant d'avoir votre réponse,
je crois devoir vous dire au juste ce qui en
est.
Vous savez que votre commissaire m'ayant
consulté sur le symbole, il a vu que nous le
conservions tel que nous l'avions reçu, sans
y rien ajouter, mais sans y retrancher non
plus le mot filioque ; quiconque
se permettrait de le faire, mériterait
notre indignation. Aussi, déclarons-nous
maintenant, afin de vous donner des garanties
relativement à cet article qui a
causé tant de scandale dans l'Église,
que, non seulement, telle n'est point notre
manière de penser, mais que nous
regarderons comme des transgresseurs de la
parole de Dieu et des corrupteurs de
la doctrine de Jésus-Christ, des
apôtres et des pères qui nous ont
donné le symbole, ceux qui ont eu
l'insolence d'employer les premiers cette
expression, et nous les plaçons à
côté de Judas comme
détracteurs des membres de
Jésus-Christ.
Mais j'ai lieu de croire que savant comme
vous l'êtes, vous devez savoir combien
il est difficile d'amener les autres
évêques à cette manière
de penser et de changer un style d'une telle
importance, quand il a été
consolidé par l'habitude de tant
d'années. D'après ce motif, nous
croyons qu'on ne doit ordonner à
personne de supprimer du symbole la parole qui
y a été ajoutée, et
qu'il convient plutôt d'user de douceur
et de prudence en exhortant peu à peu
les autres à renoncer à leurs
blasphèmes.
Ainsi donc, ceux qui nous accusent de
complicité dans de pareils
sentiments ne disent pas la
vérité, Tout ce qu'ils
doivent dire, c'est qu'ici même,
à Rome, il y a des gens qui emploient
cette formule. Vous devez donc travailler
d'accord avec nous pour attirer, par
la douceur, ceux qui se sont
éloignés du chemin de la
vérité. »
D'après cette lettre, il parait
évident que Jean regardait comme une erreur
et comme un blasphème l'addition de
filioque, introduite dans le symbole,
approuvée et déclarée
dogmatique par les conciles oecuméniques et
particuliers ; tant l'esprit d'ambition le
dominait.
Le pape fut, toutefois, très-malheureux
parce que sa fausse politique l'exposait à
de continuels dangers dont il se tira rarement
bien. On dit même qu'il perdit la vie par les
mains des parents du pape Benoît III, unis
dans une conjuration avec Formose,
évêque de Porto, pour
l'intérêt de Martin, dont nous allons
parler, et pour plusieurs autres motifs.
MARTIN II
CVIIIe PONTIFE. - DE 882 A 884.
MARTIN fut consacré pape vers la fin
de décembre 882, et mourut en mai 884.
Platina dit, sur de bons fondements tirés
des écrivains anciens, qu'il acquit le
pontificat par de mauvais moyens. D'autres auteurs
indiquent ces moyens, et disent qu'il eut part
à la mort de Jean, avant le terme
fixé par la nature, et qu'il gagna, par de
l'argent et des promesses, les suffrages des
électeurs. Le temps et les
événements postérieurs
fortifient assez cette croyance,
particulièrement si l'on tourne les yeux
vers cette foule de papes vomis de l'enfer et
capables d'anéantir la foi catholique, si la
foi dépendait des personnes qui occupent le
siège de Saint-Pierre. Tous, en effet, ou
presque tous, ont donné des preuves d'un
athéisme pratique, et ont laissé de
fortes raisons de croire qu'ils en professaient
intérieurement la théorie.
ADRIEN III
CIXe PONTIFE. DE 884 A 885.
Image provenant de:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Adrien_III
AGAPITHE fut élu pape vers la fin de mai
884, et, quoiqu'il y eut déjà eu un
souverain pontife de son nom, il prit, sans que
nous en puissions assigner la raison, celui
d'Adrien. Il mourut en septembre 885. On lui
attribue deux décrets qui prouvent cet
esprit d'ambition et d'orgueil naturel aux papes,
au lieu de cet esprit d'humilité dont leurs
adulateurs les louent. Le premier de ces
décrets porte qu'à l'avenir on
n'aurait plus besoin de la confirmation
impériale pour l'élection d'un
pontife, attendu que l'élection libre du
clergé, de la noblesse et du peuple de Rome
doivent suffire. Le second déclare
qu'à la première vacance, la couronne
impériale d'Occident sera annexée au
royaume d'Italie, ce qui n'eut pas lieu.
ÉTIENNE V
CXe PONTIFE. - DE 885 A 891.
Image provenant de:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Étienne_V_(pape)
ÉTIENNE, prêtre titulaire des
quatre Saints couronnés, fut élu pape
vers la fin de septembre 885, et mourut le 7
août 891.
Il ne demanda point la confirmation
impériale. L'empereur Charles III, dit le
Gros, s'en plaignit. Étienne lui envoya la
preuve qu'il avait été
consacré d'après le vote unanime de
trente évêques, de tous les
prêtres, de tous les diacres titulaires ou
cardinaux, du clergé inférieur et des
magistrats de la ville agissant au nom du peuple.
Charles se désista de ses plaintes. En 887
il fut dépouillé de l'empire. Guidon,
duc de Spolette, et Béranger, roi d'Italie,
y aspirèrent. Guidon l'emporta par le
secours du pape Étienne.
Ce pontife, dont les vertus sont
représentées avec les couleurs les
plus agréables, manifesta bien l'esprit
d'ambition inhérent à sa place, en
promulguant le quatrième canon de la
distinction dix-neuf du décret de
Gratien, dans lequel il disait :
« Attendu que l'Église Romaine est
le miroir et l'exemple de toutes les autres,
celles-ci sont obligées d'observer pour
toujours et sans aucune excuse, ses
règlements et ses
ordonnances. »
Si par l'Église Romaine on doit entendre ses
chefs postérieurs aux deux premiers
siècles du christianisme, ce miroir et cet
exemple seraient un miroir et un exemple d'orgueil
et d'ambition.
Étienne se mêla aussi aux affaires
temporelles de France par l'expédition de
certaine bulle dans laquelle il excommuniait tous
ceux qui, sans être de la famille royale de
Charlemagne, usurperaient la couronne de
France ; mais les Français ne tinrent
aucun compte de la bulle ; ils élurent,
pour roi, Eudes, fils de Robert-le-Fort, et
abandonnèrent Charles-le-Simple, qui ne
régna qu'après la mort d'Eudes.
FORMOSE
CXIe PONTIFE. DE 891 A 896.
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FORMOSE, évêque de Porto, fut
élu pape le 19 septembre 891 et mourut,
à ce qu'on croit, à peu près
vers le 15 avril 896.
Il fallait qu'il fût très vieux,
puisque déjà en 866 le pape Nicolas
Ier l'avait envoyé en qualité de
nonce à la cour du roi des Bulgares.
Jean VIII l'avait excommunié, et l'avait
privé de son évêché,
comme coupable d'avoir trempé dans une
conspiration contre sa personne et contre celle de
l'empereur.
Martin II l'avait absout et
réintégré dans son
évêché. De là, il passa
à celui de Rome. C'est lui qui donna le
premier l'exemple d'une semblable translation, qui
fut l'occasion et le prétexte, si ce ne fut
même le motif, des scandales et des
désordres que nous verrons ensuite dans les
portraits de ses successeurs.
En 892, il couronna empereur Lambert, duc de
Spolette. Les intérêts de la
domination civile produisirent, entre eux deux, de
violentes querelles, et en 896 il donna un rival
à Lambert, en couronnant Arnolphe, fils
naturel de Carloman, roi de Bavière. Il sut
si bien tirer parti des circonstances que, quand le
peuple romain lui jura fidélité en
qualité d'empereur, il fit ajouter dans
l'acte la clause, sans préjudice de la
fidélité promise au pape Formose.
Après la mort de ce dernier, d'horribles
événements se
succédèrent relativement à sa
mémoire et à son cadavre. Nous en
dirons quelques mots plus loin.
BONIFACE VI
CXIIe PONTIFE. En 896.
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BONIFACE, prêtre de Rome, fils d'Adrien,
fut élu pape par une faction, par des moyens
illégitimes ; Sa conduite était
si opposée à celle qu'on devait
attendre d'un pontife, qu'il avait
été dans sa jeunesse
déposé du sous-diaconat. La faveur le
fit rentrer dans le clergé et l'éleva
jusqu'à la prêtrise.
Quelques auteurs disent qu'il fut aussi
déposé de cet ordre où ses
talents pour l'intrigue l'avaient fait monter. Il
ne régna que quinze jours.
Plusieurs écrivains rapportent qu'il fut
immolé par une autre faction contraire
à la sienne. Le concile de Ravenne, tenu
l'an..., avait déterminé qu'on ne le
compterait pas parmi les papes, parce que son
élection avait été nulle,
injuste et scandaleuse. L'opinion commune l'a
emporté, et on l'a compté comme pape,
parce qu'il n'est pas constant qu'il y ait eu de
schisme. Le cardinal Baronius dit être
honteux de reconnaître, parmi les successeurs
de Saint-Pierre, Boniface et presque tous ceux qui
vont le suivre pendant plus d'un siècle.
ÉTIENNE VI
CXIIIe PONTIFE. - DE 896 A 897.
Depuis le dixième schisme, produit par
Anastase et le pape Benoît III, Rome avait
continué d'être divisée en deux
factions, toutes les deux puissantes et
acharnées à l'envi l'une de
l'autre.
L'une était composée des parents du
pape Benoît, et l'autre des protecteurs et
parents de l'antipape Anastase. La première
eut le dessus dans les élections de Nicolas
Ier et d'Adrien II ; la dernière dans
celle de Jean VIII. Il est vraisemblable
qu'Anastase était mort au commencement des
troubles, puisqu'on ne voit plus reparaître
son nom dans les querelles qui suivirent. Le parti
de Benoît III ne put supporter avec
indifférence l'ascendant que venait de
prendre le parti contraire, et quand il se crut
assez puissant, il assassina Jean VIII et
élut Martin II ; ce dernier mourut de
mort violente. Je ne sais à quelle faction
appartenaient les papes Adrien III et
Étienne V, mais nous allons voir que le
même parti qui avait vaincu dans
l'élection de Benoît III et de Martin
II, aussi bien que dans celle du pape Formose, fut
vaincu dans celles de Boniface VI et
d'Étienne VI.
Ce barbare, indigne d'être compté, je
ne dis pas parmi les pontifes, mais parmi les
hommes, convoqua un concile de prêtres et
d'évêques de sa faction. Il fit
exhumer le cadavre du pape Formose et le fit
apporter dans la salle du conseil ; il
l'interrogea, lui disant : Pourquoi,
évêque de Porto, as-tu
abandonné ton diocèse et as-tu
usurpé dans ton ambition celui de
Rome ? Il répéta trois fois
cette demande, et le cadavre ne répondant
pas, il condamna à une infamie
perpétuelle le nom de Formose, il
déclara nuls tous les actes de son
pontificat et il consacra de nouveau les
évêques, prêtres et diacres
consacrés par celui-ci ; fit couper au
cadavre les trois doigts avec lesquels il avait
donné la bénédiction papale,
et lui fit trancher la tête qu'il ordonna de
jeter dans le Tibre. La faction contraire ne
pouvant supporter une si horrible conduite, forma
peu de temps après une conjuration contre
Étienne, qui fut jeté en prison,
chargé de chaînes, et
étouffé enfin par la main du
bourreau. Son exécrable pontificat dura
depuis le 20 août 896 jusqu'au mois de juin
897.
ROMAIN
CXIVe PONTIFE. - EN 897.
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Peu après la mort du pape Étienne
VI, par la main du bourreau, la faction de
Benoît III triompha dans l'élection de
Romain. Ce dernier déclara nulles et
criminelles les mesures prises par son
prédécesseur immédiat, et
rétablit la réputation et la bonne
mémoire de Formose. Il mourut bientôt
après et n'occupa le siège pontifical
que quatre mois.
THÉODORE II
CXVe PONTIFE. - EN 898
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La même faction de Benoît III
parvint aussi à faire nommer
Théodore. La consécration de ce pape
se fit en présence des députés
de l'empereur Lambert. Il réhabilita tous
les évêques, prêtres et diacres
déposés par Étienne VI.
Quelques pécheurs ayant retrouvé les
morceaux du cadavre du pape Formose, il les fit
enterrer en grande solennité. Tout cela fut
exécuté pendant les vingt jours qu'il
survécut à sa consécration.
JEAN IX
CXVIe PONTIFE. - DE 898 A 900.
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L'Élection que la mort de Théodore
laissait à faire, présentait tout le
germe d'un schisme. Le parti d'Anastase avait
réuni un grand nombre de suffrages en faveur
du prêtre Sergius, issu d'une famille noble,
très considéré et
appuyé de toute l'influence d'Adalbert,
marquis de Toscane. La faction de Benoît III
l'emporta cependant et proclama souverain pontife
Jean IX, diacre, moine de l'ordre de
Saint-Benoît, homme aussi prudent que le
réclamait l'état des choses. Sergius,
banni de Rome, se retira en Toscane où il
resta sept ans. Jean consacré en juillet
898, mourut le 30 novembre 900 et ne se
départit jamais de la bonté qu'il
avait montrée dans l'origine.
Il y eut à cette époque un concile
à Rome, relativement aux affaires de
Formose. Entre autres résolutions, on
mentionna celle de condamner les décisions
du pape Étienne VI. Plusieurs
évêques qui se trouvaient
présents et avaient signé,
demandèrent excuse et assurèrent
qu'ils y avaient été forcés.
On convoqua aussitôt un second concile
à Ravenne, auquel assista l'empereur
Lambert. Mais il est bon de rappeler ici le ton
employé dans le premier concile par ce pape
si prudent et si bien digne de servir de
modèle.
« La sainte Église romaine a
beaucoup souffert par la mort violente des papes,
qui se sont fait consacrer sans en avoir
informé l'empereur, ou sans attendre,
malgré les canons, l'arrivée des
commissaires impériaux, qui auraient pu
arrêter les progrès du
désordre. Pour empêcher à
l'avenir de pareils malheurs, nous voulons que
dorénavant le pape soit élu dans une
assemblée des évêques et de
tout le clergé, sur une demande du
sénat et du peuple, et consacré
ensuite solennellement en présence des
commissaires impériaux, sans que personne
ose demander de nouveaux serments. Ainsi on mettra
fin au scandale, et on cessera de violer la justice
du souverain. »
Si cette disposition eût toujours
été observée, on n'aurait
point achevé de couper les derniers freins
de la subordination due par les papes aux
empereurs. Mais il y eut bien peu de papes aussi
bons que Jean IX. Sergius, son compétiteur,
qui parvint même ensuite à être
pape, chercha à introduire l'opinion
contraire dans une épitaphe ; mais
personne n'ajouta foi à ses calomnies.
Jean, digne par ses oeuvres d'être
canonisé, ne le fut pas, bien qu'il fut bien
supérieur à certains papes
canonisés, qui n'avaient pas la
dixième partie de ses vertus.
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