REMARQUES SUR
L'APOCALYPSE
CHAPITRE XI
Du moment que Dieu commence à agir
ouvertement à l'égard de la terre,
Israël entre naturellement en première
ligne, puis viennent les Gentils en connexion avec
lui.
(Deut. XXXII, 8, 9).
Nous avons eu les douze tribus dans la dispersion,
et un nombre déterminé d'entre elles,
scellé; mais ce sont la Judée et
Jérusalem qui forment surtout le premier
plan du tableau que nous voyons ici:
«Lève-toi,» est-il dit au
prophète, «et mesure le temple de Dieu,
et l'autel, et ceux qui y adorent.»
Ici, l'autel correspond clairement, je pense,
à l'autel d'airain; car l'autel d'or
était compris dans le temple. «Ceux qui
adorent» sont des personnes que
caractérise une position de proximité
avec Dieu. L'autel est l'expression d'un
accès véritable auprès de
Dieu, et ces personnes ont été
approchées de Lui. C'était le lieu de
l'holocauste qui marquait l'acceptation de
l'individu. Or, ceci nous montre que Dieu
reconnaît ici un certain nombre d'entre le
peuple sur la terre, comme capable de s'approcher
de Lui. «Mesure le temple» etc. indique
et détermine, je suppose, la portion que
Dieu s'appropriait pour Lui-même.
(Vers.
1.)
«Et jette dehors la cour qui est en dehors du
temple, et ne la mesure point, car elle a
été donnée aux nations, et ils
fouleront aux pieds la sainte cité
quarante-deux mois.»
(Vers. 2.)
Les Juifs sont reconnus de Dieu jusqu'à une
certaine mesure; et, comme conséquence, il
est parlé de leur ville comme de la sainte
cité, et des Gentils
comme de ceux qui la souillaient et la souillaient
aux pieds.
Mais il est important, avant d'aller plus loin, de
rechercher s'il est fait allusion en d'autres
portions de l'Écriture, à cette
période dénommée ici,
période de «quarante-deux
mois.»
On ne contestera pas qu'il y soit
référé en Daniel, le livre de
l'Ancien-Testament, qui correspond le plus à
l'Apocalypse du Nouveau. Là, nous trouvons
mentionnée une période de trois ans
et demi, appelée dans un langage mystique:
«Un temps, des temps et la moitié d'un
temps.»
Voyons
Dan. VII. Là, nous trouvons
les puissances Gentiles représentées
par des bêtes sauvages, qui ont partiellement
quelque ressemblance dans la nature. Il y a un lion, un
ours, et un léopard portant quatre ailes
pour exprimer la rapidité de conquêtes
qu'on verrait dans la puissance
représentée par cette bête; et
tout le monde sait que dans l'antiquité,
jamais empire ne s'étendit par de rapides
conquêtes comme l'empire grec sous Alexandre;
et plus que cela, il s'enracina
profondément, de telle sorte qu'à ce
jour même on en voit des restes qui, loin
d'apparaître comme exhumés, pour ainsi
dire, se montrent par des effets vivants. La
quatrième bête était d'un
caractère composé, différente
de tout ce qui a été vu auparavant.
Elle avait dix cornes sur sa tête; et
après ces dix au milieu d'elles - le
prophète vit une autre
petite corne qui montait. Cette dernière
prend la place de trois autres, et devient le grand
objet dont l'Esprit de Dieu est occupé; non
pas, sans doute, parce que quelque chose de bon s'y
rattache, mais à cause de sa mortelle
hostilité contre Dieu et contre son
peuple.
Daniel voit plus particulièrement cette
forme sous son caractère politique, et
l'Apocalypse la présente plutôt sous
son caractère politico-religieux. C'est avec
ce quatrième empire, la bête romaine,
et en relation avec les Juifs, qu'est donnée
la période de «un temps, des temps et
la moitié d'un temps.»
Ce n'est pas, semble-t-il, par une
légère aberration d'esprit qu'on se
refuse à appliquer ces passages à la
Judée pour les appliquer à Rome. Mais
la cause en est manifeste. Les hommes se sont
tellement occupés de controverse entre le
protestantisme et le papisme, qu'ils ont
naturellement cherché à
découvrir dans l'Écriture quelque
chose touchant le pape; et voyant qu'il s'y
trouvait un personnage plus méchant que tous
les autres, (l'Antichrist), ils en ont conclu que
l'Antichrist et le pape étaient un seul et
même individu. Or, il est vrai que l'un et
l'autre font jusqu'à un certain point des
choses pareilles. Mais en examinant les
Écritures, vous trouvez que l'Antichrist
prend place en Judée et en rapport avec le
peuple Juif, comme il n'est jamais arrivé
aupape de le faire. Je ne dis
pas que le pape ne puisse pas agir ainsi; mais il
est impossible d'appliquer pleinement et
exclusivement,au pape comme tel ce qui est dit de
l'Antichrist.
Il est un système à venir
d'iniquité, et à la tête de ce
système un personnage à venir, qui
s'élèvera contre Christ dans sa
gloire et ses droits juifs, et unira le pouvoir
politique à la prétention religieuse,
et cela dans la ville du grand Roi. Il y a
beaucoup d'antichrists, il est vrai, et l'on peut
avec raison regarder le pape comme l'un d'eux, mais
non pas comme l'Antichrist qui doit venir. Celui-ci
est réservé pour le temps qui
précédera immédiatement
l'apparition du ciel du Seigneur
Jésus-Christ. Il essaiera personnellement de
contrefaire le Seigneur Jésus et de
s'opposer à Lui, et il sera personnellement
renversé par Lui. On devrait être
préparé à cet
événement; mais on s'imagine, au
contraire, que le pape est le dernier antichrist,
et qu'il va tellement en
décrépissant, qu'il est bien
près de descendre dans la tombe. Mais la
Bible enseigne clairement que le
développement le plus affreux de
l'iniquité est encore à venir, et
que, lorsqu'il arrivera, il n'entraînera pas
seulement les pays papistes, mais aussi les pays
protestants, et les Juifs eux-mêmes dans ses
fatales
déceptions.
En
Dan. VII, il est dit de la petite
corne qu'elle proférera
de grandes paroles contre le Souverain, «et
détruira les saints du Souverain et pensera
de pouvoir changer les temps et la loi; et ils
seront livrés en sa main jusqu'à un
temps, des temps et une moitié de
temps.»
Or, il me paraît parfaitement clair que
«les temps et la loi» dont il est
question ici, sont ceux avec lesquels le
prophète Daniel était familier. Les
temps étaient liés aux
fêtes d'Israël, et les lois (Pluriel -
Vers,
ang.) avec l'ordre ou le rite juif.
Les «saints du Souverain» sont ceux que
connaissait le prophète, et auxquels il
portait intérêt; tout comme au
chap. XII, ce sont les enfants du
peuple auquel appartenait Daniel, qui sont compris
dans l'expression: «Les enfants de ton
peuple.» Ceci montre qu'il y aura un ennemi
particulier du peuple de Dieu en Judée,
lequel s'élèvera en ce
jour-là. Il se mêle des Juifs au
moment où ils commencent à être
jusqu'à un certain point reconnus de
Dieu.
Ce pouvoir inique détruit les saints du
Souverain et pense changer les temps et les lois,
lesquels seront livrés en sa main.
Ce ne sont pas les saints qui sont livrés
entre ses mains, car Dieu ne les abandonne jamais
à l'ennemi. Il pourra permettre qu'ils
soient tourmentés pour un temps, mais II ne
les abandonnera jamais.
Ce sont les temps et les lois qui sont ainsi mis
à sa disposition pour un temps,
parce que la nation n'est
pleinement reconnue que quand le Messie vient, et
jusque-là il s'agit seulement d'une
reconnaissance partielle de leur culte. Les temps
et les lois lui sont donc abandonnés pour
«un temps, et des temps et une moitié
de temps.» Il s'agit de la même
période dans les quarante-deux mois, qui
donnent exactement le même laps de temps, si
l'on admet que «un temps»
signifie une
année.
En
Daniel, chap. IX, vous avez une
autre désignation de temps, les fameuses
soixante-dix semaines. «Et après ces
soixante-dix semaines, le Messie sera
retranché et n'aura rien.»
(Vers. 26. - Vrai sens de l'original)
c'est-à-dire qu'après soixante-neuf
des soixante-dix semaines, le Messie est
retranché. Alors, pour cause de ce
retranchement, une interruption a lieu.
Toutes les semaines ne sont pas
écoulées. Il eu reste une - la
dernière - à accomplir, laquelle est
tenue séparée, comme un anneau
arraché à la chaîne qui
précède. Vous remarquerez
qu'après la mort du Messie le conducteur, il
est fait allusion à un autre conducteur
encore à venir, lequel est évidemment
un conducteur ennemi, un conducteur de la nation
romaine, La grande méprise dans laquelle
plusieurs sont tombés, c'est que ce
conducteur était Titus, qui vint et prit la
ville de Jérusalem: mais il n'en est point
ainsi. Le verset
n'établit pas que le
conducteur détruirait, etc.; mais «le
peuple du conducteur qui viendra détruira la
ville et le sanctuaire,» et c'est ce qu'ils
ont fait.
Les Romains vinrent sous ce général.
Mais lorsqu'il est dit: «Le peuple du
conducteur qui viendra,» cela me donne
clairement à entendre qu'un certain grand
conducteur viendrait après, un conducteur en
rapport avec l'empire romain. Son peuple devait
venir le premier, ce qu'il a fait sous Titus: plus
tard, le conducteur lui-même vient, ce que je
crois être encore futur. Car remarquez bien
que la destruction passée de la ville et du
sanctuaire, n'est
pas du tout comprise dans le cours des
soixante-dix semaines. Elle a lieu dans
l'intervalle qui sépare la
soixante-neuvième de la
soixante-dixième semaine. Il y a eu, pour
ainsi dire, une chaîne de soixante-neuf
semaines donnée jusqu'à la mort de
Christ; elle fut rompue alors. Il y avait un anneau
important, la soixante-dixième semaine. Que
devient cet anneau?
Le dernier verset le reprend, et il en ressort
assez clairement que cette soixante-dixième
semaine a affaire, non point avec Christ, mais avec
l'Antichrist, qui sera manifestement en rapport
avec l'empire romain, et aussi avec les Juifs.
Observez que, au
26ème verset, après
les soixante-deux semaines ajoutées aux sept
qui les précèdent,
c'est-à-dire après que le Messie est
retranché, il n'est plus
fait mention des semaines. Dans ce qui vient
ensuite nous n'avons pas de date, jusqu'à ce
que nous arrivions au
vers. 27; preuve que ce qui survient
n'est pas compté comme faisant partie de la
suite continue des semaines.
«Et la fin en sera avec débordement, et
les désolations sont
déterminées jusqu'à la fin de
la guerre.» La ville et le sanctuaire ont
été depuis longtemps détruits;
mais les désolations durent
«jusqu'à la fin,» et elles se
poursuivent encore.
Jusqu'à ces derniers temps, de tous les
peuples de la terre, un Juif avait le plus de
difficulté à entrer dans le pays. Il
survient un changement dans les dispositions des
nations envers Israël; cela je l'admets. Les
Gentils en partie semblent oublier que le Juif est
sous un jugement spécial de Dieu. Sans doute
ce n'est pas une excuse pour traiter ce peuple avec
dureté, mais c'est une raison grave pour
laquelle les hommes ne devraient pas se mêler
politiquement de lui. Pour le Juif, se
mêler ainsi avec les Gentils est une sorte
d'apostasie; et pour les Gentils, c'est
mépriser le jugement de Dieu et l'attirer
éventuellement sur eux. On découvrira
que Dieu ne peut pas sanctionner une semblable
union. Je crois que lorsque les Gentils auront
abandonné toute idée de
particularité concernant les Juifs, la main
de Dieu confondra leurs
desseins, et qu'Il interviendra pour manifester son
peuple distinctement et séparément de
tous les autres, par le jugement d'abord et par la
bénédiction ensuite.
Lorsque tout semblera tranquille et en
prospérité, Dieu annulera ce que
l'homme croit faire, car Il n'a pas rejeté
Israël à toujours. Les Juifs peuvent
avoir abandonné Dieu et s'être
amalgamés avec les Gentils, mais Dieu
n'oublie jamais qu'Il a choisi les pères et
qu'Il a fait des promesses pour les enfants. Il est
vrai que les Juifs ont pris la
responsabilité d'être son peuple et
ont misérablement manqué à
remplir leur obligation; mais Dieu ne faillira pas
à accomplir son dessein.
Lorsque les mariniers gentils avaient Jonas dans
leur navire, Dieu résolut de l'en faire
sortir, et s'ils ne l'eussent pas jeté dans
la mer, Dieu aurait brisé leur navire pour
en tirer son prophète et l'avoir à
Lui-même et à son oeuvre. Ainsi en
sera-t-il au jour qui approche rapidement. En
examinant
Ésaïe XVIII, nous voyons
qu'il doit y avoir une restauration partielle
d'Israël par le pouvoir gentil, principalement
au moyen d'une certaine puissance maritime
«qui envoie par mer des ambassadeurs,
etc.» Ils pourront ramener une partie des
Juifs dans leur terre, mais les Juifs seront encore
en état de rébellion et
«d'incrédulité. Lorsque tout
paraît florissant, soudain il survient une
ruine de la part de Dieu: et,
qui plus est, Dieu permettra que l'ancienne
inimitié des Gentils contre les Juifs, se
réveille, ainsi qu'il est écrit:
«Les oiseaux de proie seront sur eux tout le
long de l'été, et toutes les
bêtes du pays y passeront leur hiver,» -
c'est-à-dire que toute sorte d'impitoyable
haine leur sera montrée.
Ils sont le corps mort, et là où est
le corps mort, là se rassemblent les aigles.
Les Gentils qui auront d'abord paru si
bienveillants à leur égard s'en
éloigneront de nouveau et s'uniront une fois
encore dans le but de les écraser. Et quelle
sera la fin de tout cela? Les Gentils étant
revenus à leur vieille haine contre les
Juifs, Dieu épousera la cause de son peuple.
Dieu s'abstient tandis que l'homme s'en mêle;
mais lorsqu'une immense armée monte contre
Israël, en ce temps-là même sera
présentée à l'Éternel
des armées l'offrande d'un peuple
dispersé et pillé, et de la part
d'une nation terrible dès son origine.
(Vers,
ang.) Dieu se fera présent à
Lui-même si je puis ainsi parler, de son
Israël si longtemps dispersé et
persécuté.
Ce qui précède fera voir combien il
est naturel que nous ayons dans l'Apocalypse une
réorganisation de la constitution et du
culte juifs après l'enlèvement de
l'Église au ciel et avant l'apparition de
Christ.
Nous y voyons un petit résidu, au milieu de
la masse qui devait être
livrée aux Gentils. Pendant
quarante-deux mois la sainte cité sera
foulée aux pieds. Le Seigneur permet qu'une
certaine période aille s'écoulant
pour ce qui regarde «les plusieurs;» mais
Il mesure pour Lui-même le temple et l'autel,
et ceux qui y adorent. Il se pourrait que ce
résidu fût égorgé, mais
toutefois Il l'apprécie.
A l'époque où une partie des Juifs
sont ainsi dans leur propre terre, mais à
laquelle Israël comme ensemble n'est pas
encore entièrement ramené par Dieu,
à cette époque viendra le conducteur
Romain prédit, lequel «confirmera (non
pas l'alliance,
mais) une alliance avec les plusieurs pour une
semaine.»
Je sais que quelques-uns appliquent ceci à
Christ; mais le Seigneur n'a jamais traité
d'alliance pour une semaine ou sept ans. Il est
impossible d'appliquer légitimement ces mots
à une alliance que le Seigneur ait jamais
établie, bien moins encore à une
alliance établie après sa mort.
«L'alliance éternelle» est
évidemment le contraste et non
l'accomplissement de cette alliance établie
pour une semaine. Plusieurs interprètent
ainsi le passage de
Dan. IX, 27; mais ceux qui le
font, oublient qu'au verset
précédent, Christ a été
vu comme
«retranché.»
«Au milieu de la semaine il fera cesser le
sacrifice et l'oblation; puis, à cause de la
protection des abominations, il y aura
un désolateur,
etc.»
Ici nous avons des événements
subséquents d'une nature tout-à-fait
différente. On demandera: «Quand et
comment devons-nous supposer qu'aura lieu cette
cessation du sacrifice et de l'oblation? Qui, et
d'où, est ce personnage qui les fait cesser?
Le Messie, le conducteur», et le
«conducteur qui viendra,» sont-ils la
même personne ou sont-ils deux personnes
différentes?
Par rapport au Messie, l'histoire se clôt au
verset 26. «Le peuple» de
ce conducteur qui viendra, était l'ennemi
d'Israël, sujet d'une puissance contraire, et
non pas le peuple du Messie. Au
verset
27 le conducteur, dont l'arrivée est
annoncée par le
verset 26, est venu lui-même;
et c'est lui qui confirme une alliance avec
«les plusieurs,» ou la masse des Juifs,
pour une semaine; mais à la moitié de
la semaine, il fera cesser le sacrifice et
l'oblation, et à cause de la protection des
abominations, etc.
Le langage peut sembler quelque peu obscur, mais ce
qui est bien clair, c'est qu'il doit se trouver
après la mort de Christ un certain
conducteur - un Prince Romain - dont le peuple vint
d'abord causer une désolation depuis
longtemps accomplie; après quoi, lui-même
survient enfin. Au moment où il paraît
sur la scène, commence la dernière
semaine de Daniel. Cette interruption entre la
soixante- neuvième et la
soixante-dixième semaines
semblera peut-être étrange, et l'on
demandera peut-être: Comment se pourrait-il
qu'il y eût une semblable lacune? Mais le
fait n'est pas sans précédent.
En principe, la même chose se présente
en Luc IV, lorsque le Seigneur lit dans
le prophète Ésaïe. La portion
lue est la description de son ministère
personnel, en
Ésaïe LXI, 1, 2.
«L'Esprit du Seigneur est sur moi... Il m'a
envoyé pour guérir ceux qui ont le
coeur froissé... pour publier l'an
agréable du Seigneur.» «Et il
ploya le livre.»
Il n'acheva pas le passage. Pourquoi? Parce que, si
l'on peut ainsi répondre avec
révérence, le reste, c'est-
à-dire «le jour de la vengeance de
notre Dieu,» était l'affaire de la
prophétie. Proclamer l'an agréable du
Seigneur, est ce que Christ a fait à sa
première venue; mais ce temps-là
n'était pas le jour de la vengeance du
Seigneur; -- de telle sorte que le Christianisme
tout entier et la vocation de l'Église ont
pris place entre l'an agréable du Seigneur
et le jour de la vengeance. Lorsque Christ vint en
humiliation et en amour, c'était l'an
agréable du Seigneur: c'est pourquoi il
ploya le livre; mais le jour de la vengeance est
différé jusqu'à ce que le
Seigneur revienne en
gloire.
Il en est de même en Daniel: les
soixante-neuf semaines courent jusqu'à ce
que le Messie soit retranché, puis nous
avons une lacune
évidente. La destruction de Jérusalem
n'est pas comprise dans le cours des soixante-neuf
semaines, et avec non moins d'évidence ne
saurait être placée dans le cours de
la soixante-dixième. Car, si vous entendez
que la dernière semaine commence à la
mort du Messie, elle vous donnerait sept ans
seulement, au lieu que Jérusalem ne fut
prise que quarante ans après la mort de
Christ (1). La
soixante-dixième semaine n'a rien à
faire avec ce siège, et, de fait, les
guerres et les désolations eurent lieu avant
que nous arrivions à la
soixante-dixième semaine, qui n'est
citée qu'au dernier
verset.
Dans le dernier ou
27me verset, il y aune alliance
confirmée. Est-ce que Titus ou tout autre
prince romain confirma jamais une alliance avec les
Juifs pour une semaine? Et de plus, il est dit:
«A la moitié de la semaine il fera
cesser le sacrifice et
l'oblation.»
Cela montre qu'il y aura un renouvellement de
service religieux dans Jérusalem au dernier
jour. Le sacrifice et l'oblation auront
été rétablis, et ce
conducteur, malgré l'alliance traitée
avec eux, met fin à tout. Et puis,
après? Les abominations, c'est-à-dire
l'idolâtrie, sont publiquement
établies et protégées. Elles
seront introduites jusque dans le sanctuaire
même, ce qui ne fut pas le cas lors de la
destruction de Jérusalem. Il y eut alors
beaucoup d'effroyable méchanceté,
toute sorte d'autres crimes et d'excès, mais
pas d'idolâtrie. Ici, au contraire, il est
insinué que l'idolâtrie sera
ouvertement tolérée jusque dans le
temple. Cela ne répond pas à la prise
de la ville par Titus, ni à la mort du
Seigneur Jésus-Christ; car à ce
temps-là l'esprit immonde de
l'idolâtrie avait quitté la nation,
qui, depuis l'époque de la captivité
babylonienne, - à en excepter la profanation
d'Antiochus, - s'était gardée pure de
telles abominations, et, en ce sens, se trouvait
«vide, balayée et ornée.»
Mais nous savons que l'esprit immonde doit revenir
en plus grande force que jamais.
(Matt. XII, 45). La
chrétienté et le judaïsme
contribueront, chacun de son côté,
à produire la dernière forme du mal -
l'antichristianisme. Vous vous rappelez que les
Pharisiens accusaient le Seigneur, lorsqu'il
était sur la terre, de faire ses miracles
par la puissance de Satan et la
signification de la parabole qui leur est ici
présentée, est réellement
l'histoire d'Israël lui-même.
Le vieil esprit immonde s'en était
allé; le peuple ou ses conducteurs
étaient remplis de zèle pour leurs
ordonnances. Et que dit le Seigneur? que le vieil
esprit immonde, depuis longtemps parti,
reviendrait. Et quand il reviendra, il prendra avec
lui sept autres esprits plus méchants que
lui-même. Les Juifs tomberont dans
l'idolâtrie en s'unissant avec
l'antichristianisme, et leur dernier état
sera pire que le premier. Comparez aussi
Esa. LXV,
LXVI.
Mais revenons à l'Apocalypse. Nous avons
constaté en Israël cet état de
choses, savoir: la nation partiellement reconnue de
la part de Dieu, et le culte s'exerçant,
bien que la profession extérieure soit
livrée à l'oppression des Gentils. Et
remarquez que le Seigneur dit: «Et je donnerai
puissance à mes deux témoins, et ils
prophétiseront mille deux cent soixante
jours, revêtus de sacs».
(Vers. 3). Que le Seigneur fasse
mention d'eux par le nombre de jours qu'ils passent
ici-bas plutôt que par un nombre de
quarante-deux mois, - semble indiquer la valeur
qu'Il attache à leur témoignage. Il
l'apprécie, pour ainsi dire, autant qu'Il le
peut. Il n'en donne pas la somme, comme lorsqu'Il
parle de la bête
(Chap. XIII, 5). Avec une tendre
sollicitude, Il parle du temps par
les jours, comme s'il les
comptait tous un par un.
«Ils prophétiseront mille deux cent et
soixante jours, revêtus de sacs» - un
témoignage rendu dans la tribulation. Ce
n'est pas le christianisme, ni l'état de
choses qui subsistera après l'apparition du
Messie en gloire; mais c'est un temps de transition
entre l'enlèvement de l'Église et sa
venue du ciel avec le Seigneur Jésus-Christ-
le temps où l'homme aura ramené
Israël dans sa terre, alors que la masse du
peuple sera complètement impropre à
entrer en relation avec Dieu. Il y a un petit
résidu de croyants, il y a un culte, il y a
enfin un témoignage prophétique, mais
un témoignage prophétique
évidemment juif dans son
caractère.
En Zacharie, bien qu'il soit fait mention de deux
oliviers, il n'y a pourtant qu'un chandelier
(Zach. IV, 11); ici, il y a deux
chandeliers parce qu'il y a deux
témoins,
qui prophétisent touchant la manifestation
de la gloire terrestre sans toutefois l'introduire
personnellement. Ce qui signifie que ce n'est pas
l'ordre régulier de Dieu, mais une preuve
que ses yeux sont en bien sur son peuple, avant que
soit manifestée la plénitude de la
bénédiction.
«Et si quelqu'un veut leur nuire, le feu sort
de leur bouche et dévore leurs ennemis; et
si quelqu'un veut leur nuire il faut qu'il soit
ainsi mis à mort»
(vers. 5).
Voilà ce qui montre que
ce n'était pas un témoignage
proprement chrétien, ni les fruits qui y
répondent pratiquement. C'était la
chose même que le Fils ne voulut pas faire
lorsqu'il était sur la terre
(excepté, naturellement, dans le sens
figuré de
Luc XII, 49) et au sujet de laquelle
il censura fortement Jacques et Jean, qui la
désiraient
(Luc IX, 54, 55). Ici, au contraire,
le feu sort de la bouche des témoins, et
dévore leurs ennemis - A chose parfaitement
juste quand Dieu va prendre le caractère de
Juge sur la terre. Mais ce n'est pas maintenant que
le Seigneur prend ce caractère. Il sauve les
pécheurs, ou autrement déploie la
plénitude de la grâce; et aussi
longtemps qu'il agit ainsi, Il ne peut demander que
son peuple soit le dépositaire d'une
puissance terrestre. C'est pourquoi les miracles de
ses serviteurs, durant ce temps de la manifestation
de sa grâce, n'ont pas un caractère de
destruction. Le Seigneur pourrait agir aujourd'hui
- dans un cas de péché - comme Il
agit envers les saints de Corinthe: je ne vois pas
pourquoi Il ne pourrait pas ainsi agir en tout
temps. - Mais ce serait une chose
étrangère au christianisme et
contraire à tout ce qu'il respire, qu'un
saint, parce qu'il aurait subi de la part d'un
autre une méchante opposition,
désirât à celui-ci la mort ou
quelque malheur. Le christianisme fait voir que la
victoire que la grâce nous
fait remporter, c'est de montrer de l'amour et de
la bonté à son ennemi. Ce peut
être là amasser des charbons de feu
sur sa tête; mais telle est la manière
de faire du Seigneur: surmonter le mal par le
bien.
Cependant, c'est le Seigneur qui sanctionne ici la
puissance de destruction qui accompagne le
témoignage de ces témoins juifs; car
il dit: «Je donnerai puissance à mes
deux témoins... Et si quelqu'un veut leur
nuire, il faut qu'il soit ainsi mis à
mort.»
Voilà ce qu'Il entendait qu'ils fissent - et
ce qui, évidemment, était fait selon
la pensée de Dieu. Cela indique une
condition différente de celle du
chrétien, qui est appelé à
souffrir sans résister. Il s'agit de la fin
du siècle, alors que le Christianisme aura
fait son oeuvre, et que le Seigneur recommencera
d'agir envers les Juifs. De plus, le
ministère et les miracles de ces
témoins sont de la même nature que le
ministère et les miracles accomplis par
Moïse et par Elie. C'est ainsi qu'ils ont
«pouvoir sur les eaux pour les changer en sang
et pour frapper la terre de toutes sortes de
plaies,» comme au temps de Moïse; et
qu'ils ont le pouvoir de fermer le ciel, afin qu'il
ne pleuve pas durant les jours de leur
prophétie, «comme au temps
d'Élie.
(Vers. 6.)
Et effectivement, ce que l'on verra dans ces temps
coïncide en plusieurs manières avec ce
que l'on a vu aux temps de
Moïse et d'Élie. Il y avait alors
de l'idolâtrie en Israël, et un
témoignage remarquable de la part
d'Élie contre elle. Dieu Lui-même
châtiait son peuple - les cieux au-dessus
d'eux étaient comme de l'airain. Ainsi en
arrivera-t-il de nouveau.
Celui qui, dans ce temps-là, tiendra en main
les destinées d'Israël sera un apostat
qui admettra et imposera l'idolâtrie. En
outre, Israël sera trouvé assujetti
à l'autorité gentile, comme il
l'était aux jours de Moïse: -
néanmoins, il y aura un petit résidu
mis à part pour Dieu. Mais quoique ces deux
témoins soient gardés pendant un
certain temps par des miracles, toutefois
dès que les jours sont achevés, il ne
leur reste, pour ainsi dire, plus du tout de
puissance. La bête qui monte de l'abîme
leur fait la guerre, et ils sont tués comme
d'autres hommes. «Et leurs corps seront
étendus sur la grande place de la ville, qui
est appelée spirituellement Sodome et
Égypte, où aussi leur Seigneur a
été crucifié».
(Verset 8).
Il est de toute évidence que cette ville est
Jérusalem. Plusieurs pensent que c'est Rome,
parce que, comme je l'ai dit ci-devant, les
protestants sont absorbés et
influencés par leur controverse avec le
papisme. Lorsqu'il est question des droits de Dieu
sur la terre, Il attache autant
d'intérêt que possible à son
peuple d'Israël. Mais pourquoi
l'Écriture est-elle si
brève au sujet du papisme? Parce que Dieu ne
reconnaît jamais son église pour un
peuple terrestre. La politique, les aspirations,
les intérêts de ce monde font assez
bien l'affaire de ceux qui n'ont de portion qu'en
la terre et se passent fort bien d'intrus. Mais
rivaliser avec les pots de terre est au-dessous de
ceux qui sont nés du
ciel.
Nous voici maintenant, dans ce chapitre, à
Jérusalem, le centre des dispensations et du
témoignage de Dieu, et de l'opposition qui
monte de l'abîme. Le grand adversaire du
peuple d'Israël y est clairement nommé
pour la première fois dans l'Apocalypse:
«la
Bête», absolument comme si vous
aviez déjà connaissance de toute son
histoire. C'est une remarquable puissance, qui ne
monte pas simplement de la mer, comme au
chap. XIII, mais qui, comme au
chap. XVII, est dite «monter de
l'abîme».
Cet empire ne monte pas de la terre, symbole d'un
gouvernement stable, comme la seconde bête du
chap. XIII, 11; ni seulement de la
mer, qui figure une condition
révolutionnaire incertaine. Dans ce passage
est ajouté ce trait caractéristique
vraiment extraordinaire et effrayant, qu'elle monte
de l'abîme.
Satan a directement à faire avec ce dernier état. Les hommes ont de temps à autre
caressé le projet de former un vaste empire
universel. Charlemagne en fit l'essai, mais il
échoua. Il ne
posséda jamais l'ancien empire romain. Et
plusieurs se rappellent un autre personnage qui eut
la même chose au coeur, mais qui, lui aussi,
échoua et mourut dans un triste exil. Mais
le moment se hâte où ce plan
même sera réalisé.
Dans les autres empires, il y a toujours eu un
gouvernement suprême de la providence de
Dieu. Dieu était par-dessus tous,
réclamant de son peuple soumission envers
les autorités qui existent, quels que soient
les éléments dont elles sont
formées. Le chrétien ne doit pas se
mêler de ce qui les regarde, mais il doit les
reconnaître et leur payer tribut. Mais il est
un empire qui va être formé et qui
sera aussi complètement sous le pouvoir
immédiat de Satan, que tous les autres
empires ont été sous la providence
immédiate de Dieu; et Dieu retirera les
soins et le frein sous lesquels Il a jusqu'ici
gardé les royaumes du monde, et permettra
que tout mûrisse pour un chef soumis à
Satan. C'est donc bien justement que cet empire est
dit monter de
l'abîme.
Cela s'accorde avec ce que nous avons en Daniel. Le
personnage qui se mêlera des affaires des
Juifs d'une façon particulière
(chap. VII, 25;
IX, 27) est la Bête romaine,
le conducteur de ce même empire qu'en son
dernier état Dieu ne reconnaît plus.
Lorsque Jésus naquit, le quatrième
empire ou l'empire romain,
existait, et Dieu prit avantage de ses
décrets pour introduire l'héritier de
David à Bethléem.
C'est cette même «Bête» qui
était là. En
Apocalypse XVII, il est
écrit: «La Bête qui était
et n'est pas, et va monter de l'abîme.»
(Vers. 8.)
Faites attention à ce trait important que
Daniel ne donne pas et que Jean fournit. Celui-ci
expose trois conditions successives de l'empire
romain.
Cet empire existait au temps de Jean - puis il
devait cesser d'exister - et, en dernier lieu,
monter de l'abîme, une influence satanique
toute particulière se rattachant à sa
condition finale.
La Bête qui «n'est pas»
décrit exactement l'état actuel de
non-existence de l'empire. Les Goths et les
Vandales se sont jetés sur lui et l'ont
amené à sa ruine. Depuis lors, les
hommes n'ont pas été capables de le
réorganiser, parce que Dieu avait une autre
pensée. Dieu a déclaré dans sa
Parole qu'il serait réorganisé, non
par l'homme, mais par la puissance de Satan. La
source de son existence viendra d'en-bas. Combien
tout cela n'est-il pas remarquable! Nous avons eu
le déclin et la chute de l'empire romain;
mais il est une chose qu'aucun historien ne pouvait
signaler, que la prophétie seule signale et
pouvait signaler, savoir: la
restauration de l'empire romain.
Puissions-nous la voir, cette chose, non point
comme étant sur la
terre, mais comme
regardant du ciel à la terre.
Je crois que ceux qui, aujourd'hui, rejettent
l'Évangile, seront entraînés,
s'ils vivent encore, dans les terribles
déceptions de ce jour-là. Ils
recevront la marque de la Bête à leur
front ou à leur main droite: ils adoreront
son image - et il est écrit par Dieu que
ceux qui le feront, seront tourmentés dans
le feu éternel.
Le monde pourra s'imaginer, à cause du
surcroît de grandeur, de
prospérité et de luxe qui existera
alors ou préalablement, que le
millénium est arrivé; mais ce sera le
millénium de Satan. Tel est le sort
réservé à ces pays-ci; car
c'est une partie du juste jugement de Dieu que
là ou l'Évangile aura
été prêché et où
le monde, en fait peu de cas
jusqu'à tolérer l'idolâtrie
dans un but politique, Dieu retire la
lumière et y envoie une énergie
d'erreur.
Et c'est alors que Satan produira l'homme de
péché. Tout cela est d'une importance
pratique immense.
On peut demander: «A quoi bon pour nous de
savoir cela, si, comme chrétiens, nous
devons être enlevés auparavant?»
Parler ainsi, c'est dédaigner ce qu'il a plu
à Dieu de nous révéler.
Lorsque Dieu lui annonça d'avance la
destruction de Sodome, Abraham ne dit pas: «En
quoi cela me regarde-t-il?» Dieu aime que nos
coeurs débordent en louange et en gratitude
à cause de sa grâce et de son
amour pour nos âmes; mais
Il nous fait part aussi de la triste
destinée qui attend le monde et il
réveille l'esprit d'intercession pour les
saints infidèles qui peuvent s'y trouver
mêlés.
Je ferai cette remarque quant aux deux
témoins, qu'il n'y a pas absolument
nécessité de les considérer
comme étant deux personnes; il se pourrait
qu'ils fussent deux cent ou plus. Ils sont
présentés comme deux témoins
(que ce soit littéralement ou non), parce
que c'est un principe divin que «par la bouche
de deux ou de trois témoins toute parole
sera établie.»
Dieu offrait un témoignage suffisant.
«Ceux- ci» soutenaient les droits de
Christ relativement à la terre, ils
soutenaient qu'Il était «le Seigneur de
la terre,» et c'est ce qui excitait l'ennemi.
La «bête» ne se serait peut-
être pas autant souciée d'eux s'ils
eussent dit: «le Seigneur du ciel», mais
ils réclamaient la terre, non pour
eux-mêmes, mais pour Lui, et c'est ce que les
hommes ne supporteront pas.
L'incrédulité aime de jouir
actuellement, et tout ce qui y met obstacle et
produit du malaise dans la conscience, est haï
et mal venu. Aussi, lorsque le témoignage
est achevé et que les témoins sont
renversés, ce n'est pas seulement la
bête, mais les deux grandes catégories
de l'espèce humaine qui sont
affectées de leur chute, «Et ceux
d'entre les peuples et les tribus et les langues et
les nations voient leurs corps morts
durant trois jours et demi, et
ils ne permettent point que leurs corps morts
soient mis dans les sépulcres. Et ceux qui
habitent sur la terre se réjouissent... et
s'enverront etc.
(vers. 9. 10).
Ce n'est pas là la première ni la
seule fois que nous trouvons cette distinction
établie entre «les peuples, et tribus,
et langues, et nations», et «ceux qui
habitent sur la terre.» Cette dernière
expression ne désigne pas seulement des
hommes sur la terre, elle a une portée
morale et désigne ceux qui ont
essentiellement leurs pensées aux choses de
la terre, ceux qui par le coeur et par la vie, ne
s'élèvent pas au-dessus de la
terre.
Les corps morts des témoins sont
étendus sur la grande place de la ville, et
ceux d'entre les peuples et tribus et nations les y
voient trois jours et demi, et ne permettent pas
qu'ils soient mis dans des sépulcres.
Voilà qui était assez mauvais, comme
exprimant là malice de l'homme contre ceux
qui rendaient témoignage pour Dieu. Mais
«ceux qui habitent sur la terre, vont beaucoup
plus loin; car de leur part il y a des
réjouissances positives; ils
s'égaient et s'envoient des présents
les uns aux autres. Et pourquoi tout cela?
«Parce que ces deux prophètes,»
est-il écrit, «tourmentaient ceux qui
habitent sur la terre.»
La distinction que j'établis ici n'est pas
purement imaginaire, ou fondée sur un seul
passage. Vous trouverez la même chose
en plusieurs autres. Ainsi,
chap. XIV, 6, où l'on voit
l'inverse de ce que nous avons ici, il est dit:
«Et je vis un autre ange volant par le milieu
du ciel, ayant l'évangile éternel,
afin de l'annoncer à ceux qui habitent sur
la terre et à toute nation et tribu et
langue et peuple.»
Dans notre passage, nous avons premièrement
la masse des peuples Gentils qui manifestent leur
méchanceté envers les deux
témoins en ne permettant pas que leurs corps
morts soient ensevelis. Mais il y a une
réjouissance spéciale de la part de
ceux qui demeurent sur la terre, ou qui ont leurs
pensées aux choses de la terre.
Au
chapitre XIV, au contraire, Dieu
envoie un message solennel, l'évangile
éternel. Et par qui commence-t-il? Par les
plus mauvais, «ceux qui demeurent sur la
terre» tous
kathêmenous
littéralement «qui sont assis,» ce
qui me semble plus fort que tous
katoikountas-;
puis ensuite le message s'étend aux hommes
en général. Et après examen
vous trouverez la même distinction
confirmée par d'autres passages. En d'autres
termes, «demeurer sur la terre» n'est pas
seulement une vague description de la position
extérieure des hommes, c'est aussi
l'expression d'une condition
morale.
Mais revenons à notre sujet - Dieu
intervient. «Et après les trois jours
et demi, l'esprit de vie venant de Dieu entra en
eux; et ils se tinrent sur leurs
pieds et une grande crainte s'empara de ceux qui
les voyaient. Et ils (2)
ouïrent une grande voix qui
venait du ciel leur disant: Montez ici. Et ils
montèrent au ciel dans la nuée, et
leurs ennemis les virent.»
(Vers. 11-12)
Ce n'est pas simplement «dans une
nuée,» comme le porte le texte
reçu, mais dans la nuée.» Je
pense qu'il s'agit de la nuée que l'on voit
au commencement du
chap. X,
enveloppant l'ange puissant. Ce fut la nuée
- emblème spécial et connu de la
présence de Jéhovah - qui
reçut les témoins, et démontra
ainsi que leur Seigneur, le Seigneur du ciel aussi
bien que de la terre, était pour eux. Ils
montèrent au ciel à la face
même de leurs ennemis. «Et à
cette heure-là, il se fit un grand
tremblement de terre, et la deuxième partie
de la ville tomba et sept mille noms d'hommes
furent tués dans le tremblement de terre, et
les autres furent épouvantés et
donnèrent gloire au Dieu du ciel.»
Avant d'aller plus loin, je dirai un mot sur la
distinction remarquable qui se rencontre en ce
verset même. Les témoins rendaient
témoignage au Seigneurde
la terre; mais ceux qui furent
épouvantés en voyant de quelle
manière la cause de ses serviteurs martyrs
était vengée, donnèrent gloire
au Dieu du ciel.
Dans ce jour-là, il sera plus facile aux
hommes de reconnaître Dieu en haut d'une
façon vague, que de le reconnaître
Seigneur de la terre, s'occupant Lui-même de
ce que les hommes font ici-bas. En reconnaissant
Dieu de la première manière, on peut
ne le voir que comme un Dieu à distance;
quoique, dans ce sens plus élevé je
puisse le connaître comme Celui qui est
descendu ici-bas afin de me donner une part avec
Lui en haut. Ainsi donc, Dieu dans le ciel est ou
extrêmement près des siens, où
à grande distance pour ceux qui ne sont
travaillés que par cette terreur
passagère.
L'homme du monde peut bien supporter la
pensée d'un Dieu éloigné de
lui; et c'est précisément ce que nous
avons ici. Les hommes étaient alarmés
par les choses qui approchaient. Mais le
témoignage n'était pas reçu,
il n'y avait pas de conversion. C'est devant le
Seigneur de la terre que les hommes auraient
dû fléchir. Ils donnent gloire au
Seigneur du ciel: mais c'est trop tard, ils sont
tués dans le tremblement de terre:
«sept mille noms d'hommes,» comme on doit
le rendre
littéralement.
Avant tout nous avons vu le résidu au milieu
des Juifs au dernier jour, occupé à
rendre culte à Dieu.
Après cela, nous avons les témoins
qui sont loin de présenter de la part de
Dieu ce qu'Il manifeste aujourd'hui, mais qui
soutiennent ses droits par rapport à
l'avenir, comme l'implique naturellement la
prophétie.
Ici, je puis faire une autre remarque. Il se
rencontre dans l'Apocalypse une expression qui a
été souvent mal comprise: «Le
témoignage de Jésus est l'esprit de
prophétie.» Cette expression ne veut
pas dire que toute la prophétie se rapporte
au Seigneur Jésus- Christ (ce qui pourtant
est vrai dans un certain sens), mais que le
témoignage de Jésus contenu dans ce
livre, -ce dont Jésus témoigne dans
ce livre - est l'esprit de prophétie. C'est
le Saint-Esprit comme il nous est montré
tout le long du livre; non pas amenant les
âmes en communion actuelle avec le Seigneur
Jésus-Christ dans le ciel, mais communiquant
ce qu'il doit faire bientôt. Eux, les
témoins, soutenaient les droits de Christ
par rapport à la terre. Quoi que les hommes
en pussent dire, c'est au Seigneur que la terre
appartenait, et Il viendrait bientôt ratifier
leur
témoignage.
La fin du chapitre renferme une troisième
chose. Outre une position sacerdotale, et puis un
témoignage prophétique, il y a la
venue du royaume.
La trompette sonne. Et maintenant il ne s'agit
plus, comme dans le cas des témoins, d'une
proclamation environnée
de puissance miraculeuse; cela avait pris fin: leur
sang avait scellé leur oeuvre. Mais s'il
semble que la Bête a joué une partie
facile en les mettant à mort, Dieu dirige
l'attention vers un autre point: «Le
septième ange sonna de la trompette, et il y
eut dans le ciel de grandes voix» etc.
Voilà la proclamation d'un royaume,
qui toutefois n'est pas entendue sur la terre, mais
dans le ciel; et aussitôt que cette
proclamation a eu lieu, ceux qui ont la
pensée de Christ, «les vingt-quatre
anciens qui étaient assis devant Dieu sur
leurs trônes, tombèrent sur leurs
faces et rendirent hommage à Dieu.»
Je désire ajouter un mot sur ce
verset 15. La manière dont on
l'a rendu, l'a beaucoup affaibli dans sa
forme.» «Les royaumes de ce monde sont
devenus les royaumes de notre Seigneur et de son
Christ.»
(vers.
ang.). En voici la véritable force:
«Le royaume du monde de notre Seigneur et de
son Christ est venu.» A mon avis, cette forme
donne au verset une signification bien
différente et un poids bien plus grand.
C'est le royaume
du monde; et pourquoi? Parce que ce livre,
dès le commencement, nous a fait voir qu'il
y avait un royaume d'un ordre tout à fait
différent. Au
chap. I, Jean parlait de lui comme
d'un «frère qui participe avec vous
à l'affliction, au
règne
et à la
patience de Jésus-Christ.»
Ainsi, là existe le royaume (ou
règne) de Christ, et
pourtant il est caractérisé ou du
moins accompagné d'affliction et de
patience. Mais ici, l'ange introduit le royaume du
Seigneur et de son Christ, par rapport à ce
monde.
Ci- devant, il s'agissait d'un royaume connu
seulement de la foi et réclamant de la
patience - d'une chose que, par conséquent,
le monde ne voudrait pas croire. Parlez-lui d'un
royaume dont les sujets souffrent, et où
Christ permet qu'ils souffrent au lieu de faire
valoir ses droits! Et c'est là, exactement,
ce par quoi les enfants de Dieu ont
été appelés à passer
depuis ce jour jusqu'à
présent.
Mais permettez-moi de dire que ceci montre
l'extrême erreur dans laquelle sont nombre de
personnes pieuses qui pensent qu'il est tout
à fait juste de se servir de la puissance
terrestre en cherchant à établir la
cause de Christ. Pour ne considérer que le
Puritanisme, sans parler du Romanisme, ses
partisans ont complètement oublié que
le royaume de Christ est actuellement un royaume de
patience et non d'autorité. Ils se sont
figurés que parce que leur cause
était juste, au moins à ce qu'ils
croyaient, il ne convenait pas qu'ils souffrissent;
au lieu que la chose même sur laquelle Dieu
insiste, est que, parce que le monde a tort et que
ses enfants ont raison, il leur faut par
conséquent souffrir. De là, Pierre
rend ce témoignage: «Si en faisant bien
vous souffrez, et que vous
l'enduriez, cela est digne de
louange devant Dieu.»
Là. vous avez évidemment la grande
conséquence morale du royaume de Christ dans
les choses pratiques: un chrétien
fidèle n'est pas
«souffleté» parce qu'il fait mal,
mais parce qu'il fait bien. Et pourtant il y
a, même parmi le peuple de Dieu, quelque
chose comme être souffleté, pour avoir
mal marché. (Quelle fut l'épreuve de
Lot? Et quelle fut l'épreuve d'Abraham?
Celle-ci avait pour but de prouver qu'Abraham
était fidèle; mais celle de Lot
provenait de ce qu'il était
infidèle.
Ce n'est pas qu'Abraham ait toujours
été fidèle envers Dieu; mais
chez lui l'infidélité était
l'exception, au lieu que je crains bien qu'elle ne
fut trop souvent la règle chez le pauvre
Lot. Lot était sans doute, plus heureux dans
ses circonstances extérieures. Il
était à la porte de la ville, nous
est-il rapporté, siégeant là
où il n'aurait pas dû, bien que ce
soit là où la chair aime à se
trouver. Nous ne devons pas supposer pourtant qu'il
fut entraîné dans
l'impiété du corps politique au
milieu duquel il demeurait. Sans nul doute il
pouvait fort bien leur faire des reproches à
l'égard du mal qu'ils commettaient, mais
pour autant qu'il s'agissait de Dieu, il occupait
une placé de déshonneur, tout en ne
participant pas au péché ouvert, si
l'on ne pense qu'à sa conduite morale. Par
la miséricorde de Dieu il fut
délivré, mais il le fut
ignominieusement. Ses beaux-fils
restèrent derrière; sa femme fut
faite un monument durable de sa folie et de son
péché.
C'est un autre genre d'affliction qu'Abraham
expérimenta, l'affliction d'un homme qui
connaissait Dieu et qui était sorti à
sa parole. Nous voyons des manquements en Abraham,
comme, par exemple, en
Gen. XII et
XX. Mais cependant quoiqu'il y eut
de faux pas, Abraham fut, si nous
considérons l'esprit de sa marche dans son
ensemble, un homme béni de Dieu au plus haut
point, et un modèle de foi pour tous, ainsi
que Dieu le place devant nous en
Héb. XI et ailleurs.
Il connut l'épreuve, parce qu'il fut
fidèle à Dieu et à son appel,
Lot connut l'épreuve, parce qu'il voulut
saisir quelque jouissance présente, une
place dans le monde. Et quelle fut l'issue? Un
ébranlement frappe le monde, et Lot en est
atteint: tout ce en quoi il avait placé ses
affections est balayé, et ne lui est rendu
que par le secours opportun d'Abraham pour
être perdu à tout jamais lorsque le
jugement vient fondre sur Sodome.
En dernier lieu, une sombre tache de honte reste
empreinte sur cet homme, et il lui faut apprendre
amèrement qu'une voie mondaine est pour le
croyant une voie où la peine et les
désappointements sont fréquents, une
voie qui, si elle assure une affliction
présente quand on y persévère,
laisse également derrière elle la
semence de la misère et les
fruits de la honte. Si nous
sommes véritablement des enfants de Dieu, il
nous faut passer par l'un ou par l'autre de ces
genres de souffrances: ou par la souffrance qui
vient sur le monde, si nous sommes infidèles
à Dieu; ou par les souffrances de Christ, si
nous confessons son
nom.
Ainsi donc, le septième ange donne le signal
de la fin de cette mystérieuse forme du
royaume. Les voix célestes proclament que le
royaume de ce monde est devenu celui du Seigneur et
de son Christ. Au lieu d'avoir un royaume ouvert
seulement à la foi, et que nul
n'apprécie sinon le croyant - un royaume
dont la portion terrestre est dans la tribulation
et l'attente du Seigneur, seule place que puisse
maintenant prendre l'espérance - au lieu de
cela, nous avons un changement complet.
Dieu ne permettra pas que le monde soit plus
longtemps le camp, le lieu de parade et de plaisir
de Satan. Et lorsque sonne la septième
trompette, il est annoncé que ce royaume du
monde de notre Seigneur est venu. Si l'on objecte
que le Seigneur Lui-même déclare, en
Jean XVIII, que son royaume n'est
pas de ce monde, je répondrai que ceci
dépasse la vérité. Ce monde
n'est jamais la
source du
royaume de Christ, mais n'est-il pas destiné
à en être la sphère? Le monde
n'était pas son royaume alors, mais cela
prouve-t-il qu'il ne doive pas
être son royaume en
quelque temps à venir où il combattra
avec ses serviteurs, mais d'une manière bien
différente de celle d'aujourd'hui?
Ici, vous avez cette parole positive de Dieu, que
le royaume du monde de notre Seigneur et de son
Christ est venu. La souveraineté sur
l'univers est transférée au Seigneur
Jésus: «Et il régnera aux
siècles des siècles.» Sans doute
il faut prendre la phrase «aux siècles
des siècles» en connexion avec le sujet
tout entier. Lorsqu'il est question de
l'éternité, il faut la prendre dans
son extension pleine et illimitée; mais ici
elle ne peut que signifier: «à
toujours», dans le sens de: aussi longtemps
que durera le monde. Et je sens, bien que ce ne
soit pas la plus brillante pensée dont nos
âmes puissent jouir par rapport à
l'avenir, que le fait que le Seigneur Jésus
doit prendre possession du monde, communique un
grand repos au coeur au milieu de la confusion
actuelle.
Cela élève au-dessus de l'esprit du
présent; parce que si je sais que la place
de l'Église n'est pas ici-bas, mais que je
suis maintenant dans le
règne et la patience de
Jésus-Christ, je n'aurai pas besoin
d'honneur ou d'autorité dans ce monde. Une
bien meilleure place nous est destinée dans
le ciel, et les saints qui se trouveront sur la
terre lorsque le Seigneur apparaîtra et que
nous apparaîtrons avec Lui en gloire, seront
dans une position de
sujets.
Mais quelle est la position de ceux qui sont dans
le règne et la patience du Christ
Jésus? Nous ne serons pas simplement des
sujets de Christ lorsqu'il viendra ainsi, mais
des rois, régnant avec Lui.
Dès maintenant même, ceux qui sont
rejetés pour Christ, sont des rois
rejetés. Ils ne chantent pas seulement:
«A lui qui nous aime,» mais encore:
«qui nous a faits rois et sacrificateurs pour
son Dieu et
Père.»
Le Seigneur possédera un royaume
approprié à la terre, mais les Juifs
ne sont pas destinés à être
rois. Ils occuperont sur la terre une place
très-honorée; mais lors même
que la nation sera convertie à Dieu, ils ne
jouiront pas de cette proximité qui
appartient à toute âme, juive ou
gentile, qui croit en Christ maintenant.
Notre portion peut paraître à
l'incrédulité une portion
éprouvante, et en effet elle est
éprouvante pour le temps présent.
Mais le Seigneur Jésus a le premier
foulé le sentier et connu la souffrance
comme nul autre ne le pouvait. Il l'a
traversée tout entière, et quand Il
viendra prendre le royaume, Il assignera une place
à chacun de ceux qui auront souffert pour
Lui. Ils seront comme les compagnons intimes de
David lorsqu'il parvint au trône. Il y a
David dans la caverne d'Hadullam, et David
pourchassé dans les montagnes par Saül;
mais dans toutes ces
circonstances, c'était la
foi de David, comme moyen, qui avait allumé
la flamme dans leurs coeurs, ils avaient saisi le
ton de l'âme de David; et, bien qu'il leur
fallût endurer la tribulation pour un temps,
et qu'il se trouvât beaucoup de fous dans le
genre de Nabal qui accusait David d'être un
serviteur débandé d'avec son
maître, cependant David, tout susceptible
qu'il était et prompt à ceindre son
épée à la cuisse, accepte la
parole même d'un vase plus faible, et prend
une meilleure place, celle de la grâce - la
place où le bien se pratique, où l'on
peut souffrir pour le bien et endurer patiemment la
souffrance.
(1 Sam. XXV).
Et bientôt après vient le trône.
Et puis ensuite?
Les pauvres persécutés qui avaient
connu le sentier de la souffrance, et qui avaient
partagé les tribulations de David au jour de
son rejet, allaient maintenant partager ses
honneurs. Où était Jonathan en ce
jour-là? Il est vrai que son coeur
s'était attaché à David, mais
sa foi ne fut pas en état de supporter
l'épreuve. Et quelle en fut la
conséquence? Il tomba en la montagne de
Guilboah avec son misérable père; et
celui dont le coeur aurait volontiers donné
la première place à David, et qui
s'était déjà
dépouillé pour l'amour de David,
maintenant tombe avec le monde avec lequel il
était extérieurement resté
jusqu'à la fin. C'est ainsi que, quelle que
soit notre affection pour
Christ, si nous restons dans une fausse position
mondaine, ce ne sera jamais à notre honneur
dans le jour de Christ, auquel ceux qui souffrent
régneront avec Lui. Puissions- nous attendre
ce royaume avec des coeurs exercés par la
vérité!
On trouve beaucoup de personnes qui n'aiment pas a
entendre parler du royaume de Christ, faisant
profession de préférer quelque chose
qui touche davantage aux besoins immédiats
de l'âme. Mais Dieu ne saurait-il pas ce qui
nous fait besoin? Ce dont nous avons le plus
besoin, c'est d'avoir confiance, non pas en
nous-mêmes, mais au Dieu vivant. Tout en
donnant toujours la première et la
dernière place à la croix de Christ,
puissions-nous ne pas oublier que son royaume
vient!
Si la croix est le seul fondement du repos pour le
pécheur, c'est le royaume qui réjouit
et encourage le chrétien dans son sentier de
foi et de patience. Ceux qui suivaient David dans
ses souffrances, étaient bien, où
qu'ils allassent, séparés de tout le
monde d'alentour. Ils étaient
rassemblés de toutes les conditions et de
tous les pays; mais entourer David et participer
aux pensées et aux desseins de Dieu envers
lui, voilà ce qui les soutenait. Bien que
Dieu ait oint le Seigneur Jésus-Christ pour
cela même, Il n'a cependant pas encore pris
possession du royaume dans le sens de ce
«royaume du monde»
dont j'ai parlé.
Rejeté et crucifié, Il est
monté en haut, et nous l'attendons tout en
souffrant patiemment. Mais le jour approche
rapidement, où ce ne sera plus la
tribulation et la patience, mais la puissance et la
gloire. Toutes choses seront assujetties à
Christ, et il régnera aux siècles des
siècles.
Lorsque cette nouvelle est annoncée dans le
ciel, les vingt-quatre anciens se lèvent de
leurs trônes.
(Vers. 16.)
Quelle douceur dans cet acte! Auparavant, lorsque
la gloire était attribuée à
Dieu, ou lorsque l'Agneau paraissait sur la
scène, ils se jetaient sur leurs faces
devant Lui. Ils étaient prêts pour
tout ce qui exaltait la Divinité! S'il
s'agit du Créateur
(chap. IV), ils se prosternent devant
Celui qui est assis sur le trône; ou s'il
s'agit de l'Agneau, immolé quand il est sur
le point de dévoiler les secrets de l'avenir
(chap. V), ils tombent sur leurs
faces devant Lui et le proclament
digne.
De même ici la dernière trompette
sonne, «le royaume du monde de notre Seigneur
et de son Christ» est annoncé, et
incontinent les vingt-quatre anciens tombent sur
leurs faces et rendent grâces de ce qu'il a
pris sa grande puissance et est entré dans
son règne.
Mais ce fait, il est vrai, n'a pas lieu sans
beaucoup de douleur pour les hommes coupables, car
il faut que l'épée du jugement
nettoie le chemin afin que le sceptre de
la justice ait libre cours.
«Les nations se sont irritées, et ta
colère est venue, etc.» Mais ils savent
bien que s'il faut que l'homme tombe avec fracas,
il sera toutefois exalté de la seule
manière qui soit vraie et durable dans le
royaume de notre Seigneur et de son Oint. Et, en
conséquence, ils rendent grâces au
Seigneur Dieu Tout-Puissant «qui es, et qui
étais (et qui viens)»
vers. 17.
Je demande la permission d'omettre la
dernière partie: «et qui viens» -
non pas d'après une conjecture (parce que
conjecturer sur l'Écriture, c'est de la
présomption), mais en vertu de ce que
maintiennent les meilleures autorités
critiques touchant la Parole de Dieu. Le dernier
membre: «et qui viens» a
été introduit dans le but de faire
concorder la phrase avec d'autres passages
où elle se trouve
contenue.
Vous pouvez vous rappeler que dans le
chapitre premier, la salutation est
ainsi conçue: «Grâce et paix vous
soient de la part de Celui qui est, qui
était, et qui vient.»
Chacune de ces trois parties est de Dieu. Elles
affirment qu'il est Jéhovah, Celui qui est,
qui était et qui vient; en un mot, ces trois
titres sont la traduction en grec du nom de
Jéhovah - nom qui signifie: Celui qui est
toujours le même.
La même chose est
répétée
chap. I, 8; - seulement, là,
ce n'est pas la salutation de Jean aux
Églises, mais la parole
directe de Dieu Lui-même: «Moi, je suis
l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu,
qui est, et qui était et qui vient, le
Tout-Puissant» - paroles qui désignent
l'invariable continuité de son
Être.
Au
chap. IV se trouve une petite
différence avec l'ordre donné dans
les passages précédents, et cela
tout-à-fait à propos. «Saint,
saint, saint, Seigneur Dieu Tout-Puissant, qui
étais, qui es et qui viens.» Ici ce
n'est pas: «qui es et qui étais,»
mais «qui étais et qui es.»
Ce changement peut paraître sans importance,
mais il a bien sa signification. Au
chap. I, l'emphase repose sur les
mots «qui
est,»
parce que Dieu se présente comme Celui qui
exista de toute éternité.
L'expression: «qui était» semble
venir la première au
chap. IV, parce que les animaux (qui
avaient été les instruments des
jugements de Dieu dans les dispensations
passées, comme ils le seront dans les
futures,) regardent au passé, et, par
conséquent, n'appuient pas sur le «qui
es» mais commencent par ce que Dieu a
été dans tous les temps
antérieurs.
En premier lieu, ils se trouvent au jardin d'Eden;
ensuite ils forment une sorte de
représentation judiciaire de la puissance de
Dieu dans le tabernacle et dans le temple; puis,
finalement, on les voit en action à
l'époque où Jérusalem fut
balayée et où le jugement de Dieu
tombe sur Israël.
En conséquence, dans le passage qui nous
occupe, ces animaux, qui avaient été
les témoins des voies de Dieu dans tout le
passé, commencent par déclarer que
Dieu
«était»
pour démontrer la perfection de son
Être, telle, si l'on peut ainsi dire, qu'elle
avait été déployée
historiquement.
Au
chap. XI il y a omission des mots:
«et qui viens,» parce que c'est la venue
du royaume du monde de notre Seigneur qui est ici
célébrée, de sorte qu'il n'est
pas besoin d'y ajouter quelque chose: Avant qu'il
entrât dans son règne, ces paroles
étaient bien appropriées; mais ici,
elles conviendraient difficilement.
Comme j'ai trouvé que les meilleures
autorités rejettent ces mots, il est
parfaitement légitime de montrer comment la
meilleure traduction est en harmonie avec la
vérité de Dieu dans le passage
même. La signification générale
du verset suivant
(18) est claire. «Les nations se
sont irritées, et ta colère est
venue, et le temps des morts pour être
jugés, etc.,» - toutes choses qui
devaient recevoir exécution ci-après.
C'est en quelque sorte une vue qui embrasse tout ce
qui aurait lieu à partir du commencement du
royaume, alors que les divers genres de corruption
seront jugés, et durant le millénium,
jusqu'à «la fin,» où tout
jugement se terminera. Les trois grandes
pensées de ce chapitre sont donc, ainsi que
nous l'avons vu, le culte sacerdotal
(vers. 1); puis un
témoignage prophétique
(vers. 3-14); et enfin, le royaume
annoncé dans le ciel comme venu
(vers. 15). Le Seigneur veuille que
nos coeurs, amenés dans la jouissance de
tels privilèges, soient avec Christ,
non-seulement à cause de la
bénédiction, mais pour l'amour de
Lui-même. Christ vaut mieux que toutes les
bénédictions qui viennent de Lui; et
nous ne jouirons jamais de ce qu'il donne, que dans
la proportion où nous jouirons de Lui-même.
Vers. 19. Je crois que l'ouverture
du temple dans le ciel marque une nouvelle partie
du livre, et que, par conséquent, ce fait
est moins en rapport avec ce qui
précède qu'avec ce qui suit; car il
est clair que les >versets
précédents
(15 à 18) ont rendu la voix de
la dernière trompette, et annoncé les
conséquences du fait que Dieu prend sa
grande puissance et entre dans son règne -
non pas le gouvernement de l'homme seulement, mais
la puissance de Dieu se manifestant d'une
façon entièrement nouvelle. Il a
fourni des exemples de sa puissance, mais pas en
rapport avec Christ, au temps où Il
combattait avec son peuple et renversait les
Cananéens. Mais lorsque cette puissance
s'exerçait au milieu d'un Israël
coupable et en chute, et n'ayant pas son Messie,
souvent Il lui fallait agir contre le peuple
lui-même et non contre ses ennemis seulement,
parce que Dieu ne peut jamais
traiter alliance avec le péché. Mais
maintenant, au temps de la dernière
trompette, c'est le royaume de Dieu et de son
Christ qui est venu.
Or, voilà ce qu'attendent la terre et le
Seigneur Lui- même, car Il attend
«jusqu'à ce que ses ennemis soient mis
pour son marche-pied.»
Alors la scène tout entière sera
changée ici- bas. Il viendra pour
exécuter une colère aussi terrible
que sa patience aura été divine, et
l'effet en sera que «lorsque tes jugements
sont en la terre, les habitants de la terre
habitable apprendront la justice.» Il y aura
la présence du Seigneur Jésus et
l'absence de Satan; il y aura, non-seulement
l'exécution de la colère sur les
vivants, mais aussi le jugement des morts à
la fin. Et ces choses paraissent devoir être
rangées sous la même trompette.
Tout est anticipé, du commencement à
la fin du royaume, toutes les grandes
manifestations de la gloire divine dans l'exercice
de la puissance et sur les vivants et sur les
morts. Et là se termine, évidemment,
ce sujet, car le temple de Dieu ouvert dans le ciel
(vers. 19) introduit une autre
vision, entièrement différente, qui
n'a pas particulièrement rapport avec
l'action de Dieu dans son royaume: d'abord et avant
tout, c'est le temple qui paraît devant nous.
FIN DU PREMIER VOLUME.
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