LES
PROPHÈTES CÉVENOLS
CHAPITRE II
Pour comprendre les faits que nous
raconterons dans ce chapitre, il faut avoir une
idée vivante des atrocités que
subissaient les huguenots. Tous avaient sur la
terre étrangère des parents, des amis
et leurs pasteurs bien-aimés qu'ils ne
pouvaient plus revoir. Ils vivaient dans
l'insécurité la plus absolue, avec la
perspective chaque jour d'être
arrêtés et envoyés en prison ou
aux galères ou à la mort. Leurs
enfants leur étaient enlevés, leurs
foyers étaient mis au pillage par les
dragons. La pensée des souffrances de leurs
frères qui encombraient les cachots et
surtout les galères, étaient pour eux
une torture continuelle. Là, les saints qui
souffraient pour leur foi étaient
mélangés aux plus vils
scélérats qui les raillaient et les
offensaient par leurs propos obscènes. Si le
galérien protestant refusait de lever son
bonnet rouge pendant les offices de la messe, et
surtout à
l'élévation de
l'hostie, on lui administrait la bastonnade :
on l'étendait tout nu sur le plancher ;
deux hommes, quelquefois quatre, lui tenaient les
mains et les pieds, tandis que le Turc, le plus
fort qui fut sur la galère, armé
d'une corde goudronnée et trempée
dans l'eau de mer, frappait de toute sa force sur
le corps du patient. Sous la violence des coups, le
corps rebondissait, la chair se déchirait,
tout le dos ne formait plus qu'une plaie qu'on
lavait avec du sel et du vinaigre.
Les galériens étaient
enchaînés deux à deux sur les
bancs des galères et étaient
occupés au travail très
pénible de remuer de longues et lourdes
rames. Des surveillants, armés chacun d'un
nerf de boeuf, frappaient les épaules des
malheureux qui, à leur gré, ne
ramaient pas assez vite. La nuit comme le jour, les
forçats restaient sur leurs bancs sans
pouvoir changer de place, n'ayant d'autre abri
contre l'ardeur du soleil ou le froid de la nuit,
qu'une toile qu'on étendait au-dessus de
leurs têtes quand la galère
n'était pas en marche et que le vent ne
soufflait pas trop fort. C'était un
véritable enfer. Le coeur est rempli
d'indignation, en pensant à
de telles atrocités.
Ajoutez à cela les souffrances
supplémentaires que leur imposaient leurs
aumôniers catholiques pour essayer de les
convertir : conversations, abjurations,
prison, cachots, coups, jeûnes forcés,
travail double. On les obligeait à avoir des
poses ridicules et quelquefois indécentes.
On souffrait donc partout chez les protestants,
moralement et physiquement.
Quand les réformés
étaient sur leur lit de mort, ils refusaient
généralement de recevoir les
sacrements de l'Eglise romaine. Alors on fit une
loi qui condamnait aux galères à
perpétuité, ou à la
réclusion à vie, avec confiscation
des biens, les malades qui guériraient
après avoir repoussé le saint
viatique, et s'ils mouraient, on se vengeait sur
leurs cadavres qu'on faisait traîner sur la
claie et jeter à la voirie.
Les prisons regorgeaient ; les
galères étaient remplies. Ne sachant
plus que faire de tant de nouveaux forçats,
on en déporta un grand nombre en
Amérique, où ils périssaient
presque tous misérablement ; souvent on
les noyait en mer une heure ou deux après le
départ du navire.
Un ancien capitaine de la marine marchande,
Elie Neau, avait été envoyé au
bagne de Marseille pour avoir tenté de
s'expatrier.
Là, il devint missionnaire et
prédicateur. Il exhortait ses frères,
les consolait et leur servait de modèle.
« Je ne veux, écrivait-il à
son pasteur, réfugié en Hollande,
aucun mal à ceux qui m'ont attaché
à la chaîne. Au contraire, en pensant
me faire du mal, on m'a fait un grand bien, car je
conçois à présent que la
véritable liberté consiste à
être affranchi du
péché. »
L'aumônier catholique, irrité
de constater la sainte influence de Neau, le traita
de pestiféré, d'empoisonneur, et
déclara qu'il ne dirait plus la messe tant
que cet homme serait sur la galère. Elie
Neau fut donc enfermé dans un cachot de la
citadelle en 1694.
Il y resta quelques années,
privé de soleil, d'air, et souvent de
nourriture, couvert d'un sac, un bonnet de
galérien sur la tête, privé de
livres, même de livres catholiques ; et
cependant il écrivait à son
pasteur : « Si je vous disais
qu'à défaut de la lumière du
soleil de la nature, le
soleil de
la grâce fait briller ses divins rayons dans
nos coeurs (il avait deux compagnons dans son
cachot). »
Un jeune pasteur de 24 ans, Fuleran Rey, fut
vendu par un misérable et
arrêté dans la ville d'Anduze. Menaces
et promesses, pour le faire changer de religion, le
laissèrent insensible.
Quand on lui lut la sentence qui le
condamnait à être pendu, il dit :
« On me traite plus doucement qu'on n'a
traité mon Sauveur en me condamnant à
une mort si douce. Je m'étais
préparé à être rompu ou
à être brûlé. »
Et, levant les yeux au ciel, il rendit grâces
à Dieu.
Il voulait confesser sa foi du haut du
gibet. « Mais on craignit, dit Jurieu,
une prédication prononcée d'une telle
chaire et par un tel prédicateur, et l'on
avait disposé autour de la potence plusieurs
tambours auxquels on ordonna de battre tous
à la fois. »
Un autre martyr expira après dix-sept
ans de très dure captivité. Il
s'appelait Isaac Lefèvre, de
Châtel-Chinon, dans le Nivernais. Il
exerçait les fonctions d'avocat au Parlement
quand il fut condamné aux galères.
Les jésuites
essayèrent tout pour l'amener à
renier sa foi ; il fut inébranlable.
Écoutons-le nous faire le tableau de sa vie
de galérien :
« Un sous-argousin, qui
était ingénieux en malice, demanda
qu'on le laissât agir et qu'il savait bien
qu'il ferait plus que tous les missionnaires. On
lui donna tout pouvoir, excepté de me faire
mourir. Tous les jours, il cherchait des tourments
nouveaux ; tantôt, il me faisait faire
l'eau à tous les bancs de la
galère ; tantôt, il disait qu'on
m'avait donné quelque lettre, quoiqu'il
sût fort bien le contraire, ou que quelqu'un
m'avait parlé, le tout pour prendre occasion
de me battre, quoiqu'il m'eût fouillé
et pris tout ce qu'il avait trouvé sur moi,
argent et autre chose qui eût pu m'être
utile. Il me faisait aller avec une grosse
chaîne autour de moi, percer des barils
d'eau ; pour un qui tomba et qui fut rompu, il
me fit tellement battre par celui qu'il faisait
venir avec moi, que les gens qui le voyaient le
voulaient mener chez le major, pour le faire mettre
à la chaîne, de sorte qu'il ne voulut
plus venir. Après, il me faisait faire ce
que vous savez que l'on appelle bourrasque,
moi seul à tous les
quartiers, tant à la pompe
qu'autres, et de temps en temps il faisait voir
quelques taches au sous-comite afin de me faire
donner des coups de gourdin, et ils faisaient leur
possible pour me faire insulter par les
forçats pour tâcher de lasser ma
patience. Après quoi, voyant la patience que
Dieu, par sa grâce me donnait, ils
ôtèrent tous les forçats du
banc où j'étais, et ayant choisi les
Turcs et les Maures, les plus méchants
qu'ils purent trouver, ils les mirent autour de moi
afin de m'insulter ; mais, au contraire, tout
barbares qu'ils sont, ils usaient de plus
d'humanité envers moi que les autres ;
tantôt, ils me cherchaient des balustrades de
fer pour me les faire blanchir, et trouvant des
endroits où cela ne se pouvait ils prenaient
occasion de me battre.
« Pendant un espace de temps, ils
croyaient me faire déplaisir de me prendre
le pain le matin, afin de me faire jeûner
jusqu'à une ou deux heures, et ils me le
découpaient en petits morceaux, afin que je
n'en pusse vendre. Tantôt, ils me mettaient
en couple pour la fatigue à porter des
cordages, ou à en faire avec d'autres, qui
leur promettaient de me faire
mourir ; mais Dieu m'avait muni de force pour
tout supporter avec vigueur, avec patience et
même avec joie, me trouvant heureux de
souffrir toutes ces choses pour l'amour de mon
Sauveur. Ceux qui voulaient me faire mourir, me
prièrent avant que la journée
fût passée, d'aller plus doucement, au
lieu que le matin ils se vantaient de me faire
succomber, m'estimant fort inégal à
eux à cet égard. Enfin, après
tout un jour favorable se présenta ;
comme nous faisions une tente, qu'ayant rompu deux
aiguilles et n'ayant pas de quoi en acheter
d'autres, le sous-comite me battit très
longtemps, le capitaine monta en galère, et
voulant savoir ce que c'était, je lui
demandai la grâce de lui parler en
particulier. Il m'écouta et fit cesser la
rigueur, faisant semblant de ne pas savoir ce qui
s'était passé auparavant. Il ordonna
de ne me plus traiter de la sorte, et de me rendre
quelque argent qu'on m'avait pris. Mais je suis
certain qu'il fit grand plaisir à celui qui
s'était vanté de me faire
obéir à ses volontés et de
m'obliger à changer de religion, parce que
je crois qu'il était plus las de me
tourmenter que moi de l'endurer.
« Si pendant le jour, mon corps
souffrait, de jour et de nuit mon coeur se
réjouissait en mon Sauveur. C'était
dans ces temps-là particulièrement
que mon âme se repaissait de cette manne
cachée et que mon Dieu me faisait
posséder une joie que le monde ne
connaît point, et que tous les jours, avec
les saints apôtres, je tressaillais de joie
d'avoir été jugé digne de
souffrir pour l'amour de mon Sauveur, qui faisait
sentir à mon coeur des consolations, qui,
avec des larmes de joie, me transportaient hors de
moi-même. »
Les prisons où étaient
jetés nos fidèles protestants
étaient d'une saleté repoussante.
L'air vicié qu'on y respirait en
était le plus grand supplice. Les rats, les
serpents même, sans compter des insectes
hideux, y pullulaient dans les
ténèbres. Plusieurs cachots
étaient le passage des latrines d'un
couvent, d'une ville on d'une voirie. Des
entrailles de bêtes pourrissaient sous les
créatures humaines.
Les prisons étant toutes remplies, on
entassa les protestants dans les hôpitaux.
Celui de Valence s'acquit une triste
célébrité. Un certain
Guichard, triste personnage, qui se fit
appeler seigneur
d'Hérapine, en devint le directeur. Son
premier soin fut de s'informer des cachots les plus
cruels de France, pour les imiter tous, en y
ajoutant des aggravations inouïes. Ayant
hôpital et prison, il faisait endosser aux
prisonniers les chemises sales, infectes,
sanglantes, tachées d'ulcères, des
malades. Ces pauvres prisonniers devenaient malades
eux-mêmes d'horreur et de
dégoût.
Dans cet hôpital, les femmes avaient
des femmes pour bourreaux, car d'Hérapine
avait remarqué qu'elles frappaient plus
vigoureusement que les hommes et que la vue du sang
avait le don de les irriter et de décupler
leur force.
Il était avare. Il espérait
nourrir tout son monde de coups de bâton et
il en donnait d'abondantes rations, mais quelques
patients mouraient. L'un d'eux, affamé,
s'était mangé deux doigts.
Les hôpitaux de Bordeaux et de
Marseille ne valaient guère mieux.
À la Tournelle de Paris, on
était aussi cruel. Aux soupirs, aux
gémissements des saints captifs dont le
monde n'était pas digne, répondaient
des averses effroyables de nerfs
de boeuf, données au
hasard dans les ténèbres.
Des femmes et des jeunes filles
étaient jetées dans des maisons de
correction dont l'atroce discipline était
moins désolante encore que la hideuse
société. Celles qui n'en mouraient
pas, de gouffre en gouffre, étaient
plongées dans l'Hôpital
général de Paris, ce cloaque affreux,
cette sentine de toutes les maladies, de tous les
vices, de tous les crimes.
« Dans cette succession de
douleurs, au fond des citadelles, couvents, chez
les Repenties, et jusque dans cette dernière
fosse, l'Hôpital, qui l'engloutissait, que
pensait-elle, cette femme, cette mère ?
Elle avait deux pensées : l'une qui la
relevait, c'était Dieu ; l'autre qui la
navrait, c'est ses enfants », dit
Michelet.
On enlevait les enfants à leurs
parents dès l'âge de cinq ans. On vit
des résistances terribles et indomptables.
Les petites Mirat, orphelines de huit à dix
ans, résistèrent douze années
de suite. Le roi finit par leur rendre la
liberté. Dans un couvent, des religieuses
eurent l'idée diabolique de châtier
devant des hommes les jeunes
filles de seize à vingt ans. Après
les avoir dévêtues, on les fouettait
avec des lanières armées de plomb.
Leurs cris épouvantables s'entendaient dans
la rue.
Pour comprendre tout ce qu'une
créature humaine peut souffrir, il faut lire
le terrible récit intitulé :
Les Larmes de Chambrun, pasteur d'Orange.
C'est trop navrant. Passons.
Et d'année en année, pendant
les trente ans qui précédèrent
la révocation de l'Édit de Nantes,
les cruautés augmentaient, et pendant les
quinze ans qui suivirent la révocation,
elles ne cessèrent de devenir toujours plus
inhumaines. Des français étaient les
ennemis jurés d'autres français doux
et pleins d'amour.
Quand des bourreaux et des assassins sans
entrailles torturaient ainsi depuis de longues
années un peuple de saints, peut-on
s'étonner que les hommes de ce peuple
sacré se soient levés pour
défendre leur foi, leur liberté,
leurs femmes, leurs enfants, leurs galériens
et leur propre vie ? Ce qui nous
étonne, c'est que le soulèvement des
Cévennes ne se soit pas
produit beaucoup plus tôt. Tous les efforts
de l'intendant Bâville ne
réussissaient pas à détruire
le protestantisme. C'est en vain qu'il
lançait ses dragons sur les
assemblées chrétiennes et que ceux-ci
amenaient de force dans les églises à
la queue de leurs chevaux ou à coups de plat
de sabre ceux qu'on avait fait prisonniers. C'est
en vain qu'il remplissait les cachots et les
bagnes. Le cruel intendant s'apercevait avec
désespoir qu'il est plus facile de
démolir les temples, de torturer les corps,
de sabrer les assemblées, que de dominer sur
des consciences et des coeurs prosternés
devant Dieu seul. Fatigués de se laisser
immoler comme des agneaux, les Cévenols vont
montrer qu'ils sont aussi des lions.
Les prêtres étaient
désespérés de la
résistance des protestants. « La
religion est perdue, s'écriaient-ils, elle
périra si l'on n'y porte pas un prompt
remède. »
Ce cri de détresse fut entendu par un
archiprêtre de Mende, qui, depuis quelques
années, s'efforçait, avec des moines,
et par les pires moyens, de
ramener les Cévenols dans le bercail de
l'Eglise romaine. Bâville lui avait
adressé vocation en le nommant surintendant
des missions des Cévennes. Personne
n'inspirait plus de terreur que ce prêtre
cruel entre les cruels. De Mende où il
habitait généralement, il parcourait
toute la contrée, semant partout
l'épouvante et l'effroi. Bientôt il
transporta sa résidence dans le manoir du
Pont-de-Montvert. C'est dans les caves humides et
profondes de cette prison que l'archiprêtre
travaillait à sa manière à la
conversion des huguenots que les dragons ou les
prêtres lui amenaient. Jour et nuit ses
agents étaient à la recherche des
assemblées. Du Chayla était d'une
cruauté inouïe. Jamais bourreau ne le
surpassa dans l'art de torturer. Il avait
inventé un supplice qui obligeait ses
victimes à dormir debout, les pieds
serrés dans une grosse poutre qui les
faisaient horriblement souffrir. C'était sa
façon de faire le catéchisme et de
travailler au salut des âmes. Il arrachait
à ses catéchumènes, avec des
pincettes, les poils de la barbe et les sourcils,
leur mettait des charbons ardents dans les mains et
les obligeait à les tenir fermées
jusqu'à ce qu'ils fussent éteints.
Quand ce moyen ne réussissait pas à
convertir ses patients, il entourait leurs mains
avec du coton imbibé d'huile ou de graisse
et les faisait brûler jusqu'à ce que
les doigts fussent ouverts ou rongés par les
flammes jusqu'aux os. Leurs cris lamentables le
trouvaient absolument insensible ; le monstre
riait (1).
En juillet 1701, quelques protestants
craignant de tomber entre les mains de Du Chayla,
résolurent de s'expatrier. Il leur
était très dur de quitter leur
patrimoine et leurs chères montagnes. C'est
en versant bien des larmes qu'ils dirent adieu
à la maison qui les avait vus naître.
La caravane se mit en marche pour Genève,
sous la conduite d'un muletier nommé Massip.
Quelques heures après son départ,
elle tomba dans une embuscade et fut conduite
à l'archiprêtre, qui jeta les hommes
dans ses caves du Pont-de-Montvert et dirigea les
femmes vers Mende. Parmi ces dernières, se
trouvaient les deux demoiselles Sexti, de Moissac,
qui appartenaient à une
excellente famille de la région.
En apprenant l'arrestation des fugitifs,
leurs parents éplorés coururent se
jeter aux pieds de Du Chayla. Toutes les offres
faites pour le rachat des prisonniers le
laissèrent insensible. Les femmes allaient
être rasées et enfermées, les
hommes passeraient leur vie aux galères, le
muletier Massip aurait le gibet pour lot.
Le 23 juillet, une assemblée
nombreuse eut lieu sur le Bouget. Les parents et
les amis des prisonniers étaient là.
Ils réclamèrent en termes touchants,
l'assistance de leurs frères pour les aider
à délivrer les captifs. Les
prophètes Esprit Séguier, Abraham
Mazel et Salomon Couderc étaient
présents. Leurs yeux lançaient des
éclairs et des paroles terribles sortaient
de leurs lèvres. Dans un discours
émouvant, Esprit Séguier
déplora les infortunes des victimes de
l'archiprêtre. Il allait finir quand tout
à coup sa figure s'illumina comme celle des
anciens prophètes d'Israël, quand ils
saisissaient l'épée,
« Dieu, s'écria-t-il d'une voix
inspirée, m'ordonne de prendre les armes, de
délivrer mes frères captifs et
d'exterminer le prêtre de Moloch. »
L'assemblée frissonna,
partagée qu'elle était entre
l'indignation et la terreur.
Salomon Couderc affirma avoir reçu de
l'Esprit l'ordre de faire la guerre aux
prêtres.
C'était au tour d'Abraham Mazel de
prendre la parole. Il se leva et dit :
« J'ai eu naguère une
vision : Je vis de grands boeufs noirs et gras
qui broutaient l'herbe d'un jardin ; et une
voix me cria : « Abraham, chasse ces
boeufs. Alors je les chassai. Or, selon que
l'Esprit me l'a révélé depuis,
ce jardin c'est l'Eglise de Dieu, les boeufs noirs
qui le dévastent, ce sont les prêtres,
et la voix qui me parlait, c'est l'Éternel,
m'ordonnant de les expulser des
Cévennes. »
En entendant Abraham Mazel,
l'assemblée crut entendre la voix de Dieu
lui-même. « Marchez, dit-elle aux
trois prophètes, nous vous
suivrons. »
Esprit Séguier avait tracé un
tableau effrayant des souffrances que Du Chayla
imposait à ses victimes. Il n'eut pas de
peine à recruter une cinquantaine de
conjurés pour aller au Pont-de-Montvert.
Parmi eux, se trouvaient Périer, le
fiancé d'une des demoiselles Sexti, qu'il
devait épouser sur la terre
étrangère. Une
vingtaine d'entre eux, avaient des armes à
feu, les autres portaient des haches et des faux.
Séguier se mit à leur tête. En
entrant dans le bourg, ils entonnèrent le
chant du psaume soixante-huit. Ils se rendirent
directement à la maison de l'abbé Du
Chayla, qu'ils entourèrent. Ils
demandèrent les prisonniers, en
déclarant que s'ils étaient remis
paisiblement en liberté, nul désordre
ne serait commis. Il était dix heures du
soir, l'archiprêtre donna l'ordre à
ses gardes de tirer. Deux de nos gens, dit
Cavalier, furent tués sur place et quelques
autres blessés.
Indignés et remplis de douleur
à la vue des cadavres de leurs
frères, les Cévenols se jettent sur
la maison, enfoncent la porte à coups de
hache et arrivent auprès des pauvres
prisonniers qui ne pouvaient se tenir debout, les
os de leurs jambes étant
écrasés.
À l'aspect de ces infortunés
qui portent sur leurs corps les marques de la
cruauté de Du Chayla, l'indignation des
libérateurs éclate :
« l'archiprêtre !
l'archiprêtre ! »
s'écrient-ils d'une voix terrible et
menaçante. Du Chayla,
épouvanté, comprend le péril
qui le menace. Voyant que
ses
gens barrent la montée d'escalier aux
assaillants, il leur donne sa
bénédiction. Tout à coup,
Esprit Séguier crie aux
conjurés : « Enfants de
Dieu ! À bas les armes, brûlons
dans sa maison le prêtre et les satellites de
Bahal. »
Bientôt l'incendie fait des ravages.
C'est en vain que Du Chayla se réfugie avec
ses prêtres et ses capucins dans un cabinet
voûté, sous les combles ; les
flammes le suivirent et l'atteignirent. Il saisit
alors des draps de lit tordus et mouillés et
il se laissa glisser, ainsi que ses gens dans le
jardin du manoir. Peut-être aurait-il pu se
sauver si, dans sa précipitation, il ne
s'était cassé une cuisse en
tombant.
Cependant les Cévenols cherchent en
vain l'archiprêtre. Ils commencent à
craindre que leur proie ne leur ait
échappé. Le prêtre ! le
prêtre ! entend-on crier tout autour du
manoir. Du Chayla était caché dans un
coin, attendant la fin de l'orage. Il ne songeait
pas à faire le moindre bruit. Tout à
coup, à la faveur de l'incendie, les
conjurés l'aperçoivent, poussent des
cris de joie et se précipitent vers lui, en
criant : Le voilà ! le
voilà !
Le malheureux archiprêtre,
entouré de ses victimes, est dans une
horrible position. Il demande grâce.
« Si je suis damné, leur dit-il,
voulez-vous aussi vous damner ? »
Les armes se lèvent contre lui, mais
personne n'ose le frapper. Tout à coup, la
voix de Séguier se fait entendre :
« Point de grâce,
s'écrie-t-il, l'Esprit de Dieu veut qu'il
meure. »
Un acte nouveau du drame qui se joue va
avoir lieu. On s'empare de Du Chayla et ou le
conduit sur la place publique. Séguier lui
annonce qu'il va mourir et lui donne le premier
coup. Ce fut le commencement d'une scène
saisissante et peut-être unique dans
l'histoire. Les conjurés s'approchent tour
à tour de l'archiprêtre et le frappant
- Voilà, dit l'un, pour mon frère que
tu as envoyé aux galères ;
voilà, dit l'autre, pour ma mère
morte de chagrin ; voilà, dit celui-ci,
pour mon père traîné sur la
claie ; voilà, dit celui-là,
pour mon ami que tu as assassiné ;
voilà, dit un jeune homme, pour ma
fiancée que tu as
martyrisée. » Cinquante-trois
Cévenols défilent ainsi devant Du
Chayla en lui laissant sur le corps la marque de
leur poignard. L'intendant, le cuisinier et
quelques soldats périrent
aussi. À la prière des prisonniers,
on épargna un domestique et un soldat qui
les avaient traités avec
humanité.
Ainsi mourut le monstre qui avait fait de sa
maison un enfer de souffrances et de tortures.
Implacable persécuteur, plus dur que
l'acier, jamais un sentiment de compassion n'avait
ému son coeur. Ce qu'il faisait depuis des
années, il aurait sans doute continué
à le faire pendant d'autres années.
C'est vrai. Pourtant, sans les condamner, les
Cévenols auraient été plus
semblables à Jésus-Christ en
pardonnant à leur bourreau. L'apôtre
Paul, rempli d'une grande tristesse et ayant dans
le coeur un chagrin continuel, souhaitant
même pour sauver ses ennemis, d'être
fait lui-même anathème et
séparé de Christ, est beaucoup plus
près du coeur de son Sauveur que
Séguier. - Mais alors, direz-vous, que
valent les prophéties de
Séguier ? - La prophétie, dans
la bouche de nos chrétiens cévenols,
n'implique pas l'infaillibilité. C'est ce
que nous essayerons de montrer à la fin de
ce volume. Toutefois, nous dirons avec F. Puaux:
« Du Chayla eut le sort qu'il
méritait : nous
nous
trompons ; c'était trop d'honneur pour
lui de tomber sous les cinquante-trois coups de
poignard des conjurés ; il ne
méritait que la corde d'un bourreau ou la
casaque d'un forçat. Sa mort tragique ne
nous le rend pas intéressant, et ce
prêtre que l'évêque
Fléchier a eu l'audace d'appeler un saint
martyr, nous fait l'effet d'une bête sauvage
dont les chasseurs ont débarrassé la
contrée ».
La mort de Du Chayla est le commencement de la
guerre des Camisards. Tout un peuple va se lever
pour revendiquer le droit de pouvoir adorer Dieu
tel que les Évangiles nous le font
connaître.
Avant de commencer le récit si
palpitant d'intérêt de cette guerre de
libération, écoutons un fragment de
la déposition faite à Londres en
1707, sur la foi du serment, par, Abraham
Mazel :
« Quelque temps avant que j'eusse
reçu par l'Esprit l'ordre positif et
redoublé de prendre les armes, je songeai
que je voyais dans un jardin de grands boeufs noirs
fort gras, qui broutaient les
plantes du jardin. Une personne me dit de chasser
ces boeufs, mais je refusai de le faire ;
cependant, la même personne ayant fait
instance, je les chassai. Fort peu de temps
après, je reçus une inspiration, dans
laquelle il me fut dit que le jardin était
l'Eglise, que les gros boeufs noirs étaient
les prêtres qui le dévoraient, et que
je serais appelé à mettre en fuite
ces sortes d'hommes.
À quelques jours de là,
l'Esprit m'avertit de me préparer à
prendre les armes pour la cause de Dieu. Cet
avertissement fut suivi de quelques autres
pareils ; et comme je parlais assez haut dans
l'extase, les uns, qui voyaient ma faiblesse, ou
pour mieux dire mon néant,
étaient comme scandalisés de cet
ordre inconcevable, et les autres, plus humbles, se
contentaient de lever les yeux au ciel. Dans ces
réitérations il n'y avait
jusque-là qu'une déclaration
générale. Esprit Séguier et
Salomon Couderc, deux de nos principaux
inspirés (qui ont été
brûlés vifs), eurent des
avertissements conformes aux miens, et quelques
autres en eurent aussi. Enfin, le dimanche 21
juillet 1702, comme nous étions dans une
assemblée, proche de la
montagne de Lauzère, l'Esprit me saisit et
m'ordonna en m'agitant beaucoup de prendre les
armes sans aucun retardement et d'aller
délivrer ceux de nos frères que les
persécuteurs détenaient prisonniers
au Pont-de-Montvert. (Ils étaient dans le
château de M. Dandré, que
l'abbé Du Chayla occupait). Je ne dois pas
dissimuler que j'avais été fort
surpris, aussi bien que les autres, par les
premiers avertissements que j'avais reçus
sur ce sujet ; car, qui étais-je, moi,
pauvre créature ? je n'étais
rien du tout, à juger humainement. Mais
l'apôtre Paul nous dit que Dieu choisit
quelquefois les choses folles de ce monde et les
choses faibles pour rendre confuses les sages et
les fortes.
Aussitôt donc que l'ordre
d'obéir promptement m'eut été
donné, je ne balançai plus à
me mettre en devoir de l'exécuter. Ceux qui
avaient reçu le même avertissement que
moi mirent ensemble la main à l'oeuvre.
Esprit, Salomon, Soulanges, Mazaurie et quelques
autres s'en allèrent en grande hâte,
l'un ici, l'autre là, chercher des ouvriers.
Nous nous donnâmes rendez-vous pour le
lendemain soir, et nous nous rencontrâmes
avec nos enrôlés, au
nombre d'environ quarante,
au
lieu marqué. Nous n'avions que quelques
épées, des faulx, de vieilles
hallebardes, et peut-être vingt fusils ou
pistolets ; mais le Dieu des armées
était notre force. Nous nous mîmes
tous en prière ; et plusieurs
reçurent commandement de l'Esprit d'entrer
dans le bourg (le Pont-de-Montvert), à nuit
close, en chantant des psaumes, et d'aller
droit au château pour délivrer nos
frères. Je laisse diverses circonstances
qu'il ne faudrait pas oublier si l'on
écrivait au long cette histoire, pour dire
que, malgré les injures et la
résistance de l'abbé Du Chayla, grand
massacreur de pauvres innocents, nous
enlevâmes les prisonniers, et entre autres le
frère Massip, qui est présentement
ici, à Lausanne, avec nous. On l'avait
resserré dans une posture si
gênée, les jambes passées entre
deux poutres, qu'il ne pouvait ni se coucher, ni se
lever. Après cette expédition, nous
demandâmes (par ordre) de parler à
l'abbé, et il fit feu sur nous, car il avait
quelques soldats et quelques domestiques ;
mais il ne trouva pas son compte dans cette
résistance. Le château fut
réduit en cendres et même d'une
manière miraculeuse. Et le
persécuteur, voulant se sauver, se
précipita, et puis fut forcé, par un
coup de la vengeance du Ciel, de mettre une
dernière fin à ses
cruautés.
« Les vainqueurs, au nom du
Seigneur, passèrent le reste de la nuit
à chanter ses louanges, et à lui
rendre des actions de grâces pour le
succès qu'il avait donné à la
première entreprise de ses serviteurs. Et au
point du jour, nous nous retirâmes, en
chantant toujours, entre les mêmes montagnes,
dont nous étions partis le jour
précédent.
« Le bruit de ces premiers
exploits ayant été répandu, la
troupe grossit en fort peu de temps ; et il
s'en forma d'autres, à l'envi, en divers
endroits du pays ; le tout étant
approuvé et conduit par le concours des
inspirations qu'il plaisait à Dieu de nous
envoyer.
« Je dirai ici, par occasion, que
notre nombre n'a jamais été si grand
que la plupart du monde se l'est imaginé.
J'ai peine à croire que nos diverses troupes
ensemble aient jamais monté jusqu'à
deux mille hommes, et plusieurs d'entre nous
n'avaient pour armes que des pierres et des
bâtons. Aussi, lorsque M. C., auteur de
l'histoire des dernières
révolutions de la
principauté d'Orange, conclut des
considérations qu'il fait, qu'il fallait que
notre nombre fût fort considérable, il
raisonne assez conséquemment, mais il n'est
pas informé du fait, comme il le
déclare lui-même. « Qui
aurait empêché le Maréchal de
Montrevel dit cet auteur, après avoir
désarmé les protestants des villes,
d'aller bloquer les mécontents dans leurs
bois avec toutes ses troupes, et de les obliger
à mettre bas les armes, ou à
périr de misère ? Pourquoi
aurait-on vu, au milieu de l'hiver, plus de
quarante mille bourgeois sous les armes, pour
veiller à leur propre sûreté,
dans le temps qu'on avait, dans le coeur du pays,
une armée complète à opposer
à ces mécontents ? »
À parler humainement, cela est bien
dit ; la lumière naturelle doit
conclure ainsi. Mais M. C. voudra bien qu'on lui
dise ici que ceux qui lui ont fourni des
mémoires, ne lui ont pas donné la
clé du mystère. Il est vrai, nos
ennemis étaient en grand nombre, et nous,
nous n'étions qu'une. petite poignée
de gens. Ils avaient des chevaux et des chariots,
de l'or, des armes et des forteresses ; et
nous, on le sait, ces secours nous manquaient.
Mais, je l'ai déjà dit,
l'Éternel des armées était
notre force. Que toute la terre le sache,
c'est Dieu, Dieu lui-même, son conseil et son
bras qui ont opéré ce que l'esprit de
l'homme ne saurait comprendre.
« Il aurait été
à souhaiter aussi que l'auteur dont je
parle, et que je suis fort éloigné de
vouloir offenser, eût eu de plus
particulières informations touchant la
manière dont il a plu à Dieu de nous
mettre les armes à la main ; car les
choses se sont passées comme elles ont
été ci-dessus racontées. Et il
n'y a homme vivant à qui il appartienne de
contester cette
vérité. »
Ce témoignage d'un homme
respecté de tous ceux qui l'ont connu, amis
et ennemis, méritait d'être entendu.
Après le meurtre commis sur Du Chayla,
Esprit Séguier se rendit avec ses compagnons
chez un autre prêtre qui était le
délégué de
l'archiprêtre. Il le trouvèrent au
lit, le fusillèrent et
brûlèrent sa cure. De là, ils
se rendirent au château de La Devèze,
où ils savaient que se trouvaient deux ou
trois prêtres ; ils
les cernèrent en demandant
qu'on leur livrât des armes. Le seigneur et
les prêtres leur répondirent en tirant
sur eux. Alors Esprit Séguier mit le feu au
château. Les protestants de la région
le désapprouvèrent, car ils
redoutaient des représailles.
L'intendant Bâville, le grand ennemi
des protestants, lui rend justice. Il
écrivait le 4 août 1702, à
Chamillart, les lignes suivantes qui sont
remarquables : « Il n'y a point
d'étrangers parmi ces gens-là, ce
n'était qu'un petit nombre de vagabonds,
nés dans le pays, que le fanatisme avait
rassemblés. Il est certain même que
leur dessein n'était pas d'abord de faire
les meurtres et incendies qu'ils ont commis. Ils
voulaient sauver un d'entre eux qui était
malheureusement prisonnier dans la même
maison où était l'abbé Du
Chayla. Un de ses valets tira un coup de fusil et
en tua un ; cela les irrita et, étant
entrés en fureur, ils tuèrent
l'abbé Du Chayla. Ce même mouvement
les porta à assassiner deux curés les
plus voisins. Ils ne voulaient aussi que prendre
des armes dans le château du sieur de
Ladevèze, mais celui-ci ayant tiré et
tué un d'entre eux ils
brûlèrent sa maison. »
Cette lettre de Bâville écrite
après une sérieuse enquête,
montre que les Camisards n'avaient absolument pas
prémédité le meurtre de
l'abbé Du Chayla.
En apprenant ce qui s'était
passé au Pont-de-Montvert, Bâville et
le comte de Broglio, à la tête de deux
mille hommes bien armés se mirent à
la poursuite du prophète. Le comte de
Broglio était aidé du colonel de
Mirail et du capitaine Poul. Ce dernier
était la terreur des Cévenols ;
ce fut lui qui s'empara de Séguier.
L'apostat Brueys raconte la conversation de
Poul avec Séguier :
- Maintenant que je te tiens, lui dit le
terrible capitaine, comment t'attends-tu à
être traité par moi ?
- Comme je t'aurais traité
toi-même, répondit froidement le
prophète.
Son procès ne fut pas long : les
juges le condamnèrent à mort.
L'arrêt portait que Séguier aurait le
poing coupé et qu'il serait
brûlé vif dans le lieu même
où il avait donné le signal de la
mort de Du Chayla.
Devant ses juges, le condamné fut
admirable de calme et de fierté sauvage.
- Votre nom, lui demanda le
président.
- Séguier.
- Pourquoi vous appelle-t-on
Esprit ?
- Parce que l'Esprit de Dieu est avec
moi.
- Votre domicile ?
- Au désert ; et bientôt
au ciel.
- Demandez pardon au roi.
- Nous n'avons d'autre Roi que
l'Éternel.
- N'avez-vous pas au moins des remords de
vos crimes ?
- Mon âme est un jardin plein
d'ombrages et de fontaines.
Le prophète fut dans sa mort ce qu'il
avait été dans sa vie : fort et
sublime. Sur son bûcher, il vit tomber sa
main sous le tranchant de l'épée
comme si c'eût été celle d'un
étranger. Du milieu des flammes, sa figure
s'illumina : « Frères,
s'écria-t-il, attendez et espérez en
l'Éternel. Le Carmel désolé
reverdira et le Liban solitaire refleurira comme
une rose. »
Après cette exécution et celle
de trois autres camisards, le comte de Broglio se
montra cruel et traître. Il
publia une proclamation qui accordait un plein
pardon à tous ceux qui étaient
compris dans le meurtre de l'abbé Du Chayla,
à condition qu'ils mettent bas les armes et
rentrent de suite dans leurs demeures, sinon qu'ils
seraient considérés comme rebelles.
C'était un mensonge et une perfidie. Tous
ceux qui furent assez crédules pour rentrer
dans leurs maisons furent pris et pendus devant
leur propre porte.
Les survivants s'enfuirent, poursuivis de
forêts en forêts et de montagnes en
montagnes par la milice de Broglio. Ils n'avaient
que quelques armes et plusieurs ne savaient
même pas se servir d'un fusil. Pendant une
dizaine de jours, leur consternation fut grande.
Ils passaient leur temps en réunions de
prière. « Vraiment, dit Cavalier,
jamais marin, dans la tempête, ne pria avec
plus de ferveur que nous. » Ces pauvres
gens n'avaient rien à manger, car les
troupes royales avaient pillé le pays.
Ils étaient fort embarrassés
sur ce qu'ils devaient faire pour sauver leur vie.
Fallait-il s'exiler ou se transporter dans une
autre partie de la France ? Salomon Couderc
fut d'avis de rester dans les
Cévennes. Cinq jours plus tard, Laporte,
homme expérimenté et brave, vint les
rejoindre. Il donna à ses coreligionnaires
le même conseil que Salomon Couderc. Abraham
Mazel parla dans le même sens.
« Pourquoi irions-nous chercher un asile
sur la terre étrangère,
s'écria Laporte ; celle-ci n'est-elle
pas à nous ? Où dorment nos
pères, n'avons-nous pas le droit d'avoir nos
tombeaux ? Délivrons nos frères
opprimés. Nous n'avons pas d'armes,
l'Éternel nous en donnera. Nous sommes peu
nombreux, il nous enverra du renfort. S'il faut
mourir, mieux vaut périr par
l'épée que par la corde du
bourreau. »
Ces paroles courageuses trouvèrent de
l'écho dans le coeur de la poignée
d'hommes qui entourait Laporte.
- « Sois notre chef, c'est la
volonté de Dieu, lui dirent-ils, et ils le
nommèrent à l'unanimité leur
général en lui jurant
fidélité.
- « L'Éternel, leur dit
Laporte, est témoin de vos promesses. Je
suis votre chef. » Il prit le titre de
colonel des Enfants de Dieu et nomma son camp le
Camp de l'Éternel.
Une première armée de trente
soldats
inexpérimentés,
n'ayant pas appris l'art de la guerre était
formée. Ces hommes de foi allaient lutter
contre de nombreuses milices et des armées
aguerries. Et pourtant, malgré leur
faiblesse, ils allaient transporter des montagnes.
C'est qu'ils défendaient à la fois la
vie et la liberté de leurs femmes et de
leurs enfants. Leur cause était juste et
sainte. Ils voulaient rester fidèles
à Dieu ; il leur fallait donc obtenir
la liberté de conscience. Ces héros
nous ont conquis au prix de sacrifices inouïs
le droit sacré entre tous d'adorer Dieu au
grand soleil de la liberté.
Laporte se mit immédiatement à
l'oeuvre. Le soir même de son
élection, il désarmait les villages
catholiques de Fraissinet et de Mandagout. C'est
ainsi qu'il procura à sa petite troupe des
fusils et des balles. Quelques jours après,
du renfort lui arrivait.
Un jeune garçon forestier, Castanet,
descendait de la montagne avec douze hommes et
s'unissait avec eux à Laporte. Le meurtre
d'un protestant innocent, du Cailar,
Bousanquet, roué vif
à Nîmes le 7 septembre 1702, jeta la
terreur dans le pays et amena d'autres recrues
à la petite armée qui s'éleva
bientôt à soixante hommes, avec
lesquels la fameuse guerre des Camisards
commença.
Le capitaine Poul, à la tête
d'une brillante armée, rencontra Laporte
dans une petite plaine appelée
« le Champ-Domergue ». De part
et d'autre le choc fut brillant ; on se battit
courageusement. On dit que les troupes royales
commencèrent à apprécier ce
jour-là ceux qu'elles méprisaient
auparavant. Toutefois, Laporte, estimant sa troupe
trop faible, donna le signal de la retraite. Le
capitaine Poul n'osa pas le poursuivre.
Pendant que Laporte se mesurait avec Poul,
Castanet et un jeune Cévenol, nommé
Roland, qui joua un très grand rôle
comme chef, vengeaient leurs compagnons mis
à mort par Bâville, en incendiant des
églises et des presbytères.
Irrité de tant d'audace, Bâville
frappait sans miséricorde des protestants
inoffensifs et envoyait ainsi à son insu des
recrues à Laporte.
La réputation de celui-ci
grandissait. Poul en était jaloux. Il se mit
à le poursuivre avec un
acharnement extraordinaire. Le 22 octobre, il le
rencontra, grâce à un traître,
du côté de Sainte-Croix et il prit ses
dispositions pour l'envelopper pendant que Laporte
prenait les siennes pour lui échapper. Les
Camisards mal armés, avaient, pour comble de
malheur, des armes hors de service à cause
d'une pluie torrentielle qui venait de tomber.
Trois coups de feu seulement partirent et
tuèrent trois hommes. Poul voyant l'avantage
qu'il avait sur son ennemi, donna l'ordre à
ses soldats de fondre sur les Cévenols et de
leur tirer dessus à bout portant. Laporte
comprit la manoeuvre de Poul et ordonna à sa
troupe de se retirer derrière des rochers,
mais lui-même fut atteint d'un coup de fusil
et il tomba mort au milieu des siens qui prirent la
fuite.
Ainsi mourut, à l'âge de
quarante-cinq ans, après deux mois et demi
de commandement, le premier chef de l'insurrection
cévenole.
Poul fit couper la tête à
Laporte et à huit autres Camisards.
Après avoir promené ces huit
têtes dans les principales villes des
Cévennes, il les fit clouer sur le pont
d'Anduze le 25 octobre. Elles furent ensuite
portées à
Bâville, qui les fit exposer à
l'Esplanade, de Montpellier.
Pour décourager les soldats
cévenols, Bâville obligeait tous les
villages à se fortifier et à recevoir
garnison. Les églises et les
presbytères devenaient des forts où
les soldats passaient la nuit pour aller combattre
le jour. C'est pour cette raison que les
Cévenols brûlaient les églises.
« Qui était le plus coupable, dit
un chef camisard, de ceux qui faisaient des maisons
de prières des maisons de voleurs, ou de
ceux qui, pour cette raison, les
détruisaient, de ceux qui changèrent
en fort des églises qu'ils regardaient comme
saintes, ou de ceux, qui les jugeant
idolâtres, les brûlèrent ?
Que tout homme impartial juge et surtout qu'il
remarque que jamais nous n'avons touché
à une église où il n'y avait
pas de garnison, ni rien emporté de ce
qu'elle contenait. »

À cette époque, il y avait
à Genève, un jeune
réfugié, dont le coeur était
resté dans ses Cévennes. Le mal du
pays s'était emparé de lui. Ce jeune
homme s'appelait Jean Cavalier.
Il était né le 28 novembre 1681,
à Ribaute, près d'Anduze. Valet de
berger pendant sa première jeunesse, puis
apprenti boulanger à Anduze, il avait
quitté son pays pour échapper aux
persécutions. Sur la terre
étrangère, il travaillait de ses
mains pour gagner sa vie.
Comme tous les enfants protestants, il avait
été contraint de fréquenter
pendant six ans l'école catholique. Son
père assistait à la messe, mais sa
mère, fidèle huguenote, très
versée dans la connaissance des Saintes
Écritures, l'instruisait dans la
vérité et lui montrait les erreurs du
papisme ; elle discutait même avec les
prêtres et souvent elle les confondait.
Toutes ces instructions se gravaient
profondément dans l'esprit et l'âme du
jeune Cavalier. Chaque vérité de nos
Livres saints se burinait en caractères
ineffaçables dans son coeur. Tout ce que les
prêtres catholiques avaient fait pour le
convertir au romanisme n'avait réussi
qu'à lui en donner l'horreur. Un jour, il
refusa d'aller à la messe ; en
même temps, il déclara à son
maître d'école qu'il ne croyait pas un
mot de ce qu'il lui avait enseigné
concernant la religion.
L'instituteur fut scandalisé et le
père de Cavalier effrayé.
« Tu me perdras, dit-il à son
enfant, va à la messe, je te
l'ordonne. » La mère encouragea
son fils à être fidèle à
la Vérité et elle le conduisit
secrètement aux assemblées du
désert où il eut la joie d'entendre
le grand Brousson. Sa jeune imagination en fut
vivement impressionnée. Comme beaucoup
d'autres enfants cévenols, il eut des
inspirations, il reçut l'esprit de
prophétie, et ses premières paroles
d'exhortation furent une condamnation du
romanisme.
Pour échapper au bagne ou à la
mort, tout en restant fidèle à
Jésus-Christ, il partit pour Genève.
Le besoin de revoir ses parents et ses
chères montagnes, devait le ramener dans les
Cévennes.
Un jour, à Genève, il
rencontra le guide qui l'avait conduit dans la
ville du refuge et il l'interrogea. -
« Ton père, lui dit le guide, est
dans la prison de Carcassonne, ta mère dans
la tour de Constance. « Ces nouvelles
remplirent le jeune exilé de tristesse.
Consterné, il se mit à jeûner
et a prier, en demandant à Dieu de lui
révéler sa volonté.
Le premier juin 1702, âgé de
vingt ans et demi, il quittait la Suisse et
arrivait bientôt à Ribaute, où
il eut la joie de trouver ses parents. Cette joie
fut courte. Au moment où il les pressait sur
son coeur, la cloche de l'église romaine
appelait les fidèles à la messe et
ses parents se disposaient à s'y rendre. Ils
avaient obtenu leur libération au prix d'une
abjuration.
La douleur de Cavalier fut grande. Avec
autorité et douceur, il leur reprocha
d'avoir abandonné la foi de leurs
ancêtres quand lui bravait la mort pour venir
les sauver.
En l'écoutant, son père et sa
mère étaient émus. Il leur
parlait tellement comme leur conscience. Il leur
apparaissait comme un prophète de Dieu venu
pour les ramener dans le chemin de la
fidélité. Éclairés,
réveillés, ils prirent la
résolution, non seulement de ne pas assister
à la messe ce jour-là, mais de rester
toujours, coûte que coûte,
fidèles au Seigneur.
À partir de ce moment, Cavalier fut
tourmenté par le besoin de travailler
à la délivrance de ses
coreligionnaires. Possédé par cet
esprit étrange et mystérieux qui
avait déjà saisi
tant de personnes, il avait des inspirations et des
révélations. Vers la fin d'octobre
1702, il rencontra quelques jeunes gens dans une
assemblée religieuse ; il leur proposa
de prendre les armes. Dix-huit acceptèrent.
Ils auraient perdu courage avant de commencer
à agir, si Cavalier ne leur avait pas
communiqué son ardeur et sa foi. Ils se
trouvaient si faibles, si peu nombreux, et ils
n'avaient pas d'armes surtout ! Comment se
battre dans de telles conditions ! -
Le courageux Cévenol les invite
à le suivre. Il se rend avec eux chez un
prêtre qui possède des armes en
abondance. Arrivés au pont d'Anduze, leurs
regards s'arrêtent sur cinq poteaux où
douze têtes étaient clouées.
Dans ce nombre, ils reconnaissent celle de Laporte.
Cette vue, qui aurait pu les décourager,
fait d'eux des héros. Ils poursuivent leur
route, arrivent à dix heures du soir dans le
petit village de Saint-Martin, près de
Durfort, entrent dans le presbytère,
s'emparent des armes nombreuses qui s'y trouvent et
se retirent sans avoir touché à la
personne du prêtre.
La guerre va donc continuer ;
Bâville s'est lourdement
trompé en annonçant à Louis
XIV, qu'avec la mort de Laporte, tout était
fini. Tout commençait.
Un neveu de Laporte, qui prit le nom de
Roland, fut proclamé général
des Enfants de Dieu, à la mort de son oncle.
Il avait réellement toutes les
qualités d'un chef : hardi et prudent,
d'une rare prévoyance, d'un courage à
toute épreuve, sans regard en
arrière, décidé à vivre
ou à mourir pour la noble cause de
Jésus-Christ ; moins brillant que
Cavalier, mais possédant des qualités
plus solides et un caractère plus ferme,
Roland fut le chef idéal des croyants,
auxquels il donna, dans ces temps si difficiles,
l'exemple de toutes les vertus.
À côté de lui, nous
trouvons Jean Cavalier qui eut à un haut
degré l'art d'enthousiasmer ses soldats, de
s'en faire aimer et de relever leur courage.
Abdias Maurel, un autre chef, plus connu
sous le nom de Catinat, était né au
Cailar. Indigné de l'apostasie du baron de
Saint-Come qui persécutait ses anciens
coreligionnaires, il l'avait tué. D'une
grande force corporelle et d'une grande douceur, il
avait beaucoup moins
d'intelligence et de grandeur d'âme que
Roland et Cavalier.
Son collègue Ravanel lui est
inférieur moralement. « Il est
maigre, trapu, noir, à mufle de boule-dogue.
Il a trente ans. » Sa haine des
prêtres et des dogmes catholiques,
était implacable. Il avait un courage qui ne
pouvait pas être surpassé.
Nicolas Joanny est un vrai chef. Sa prudence
et son intelligence en font un homme hors ligne aux
heures décisives. Il voit juste et il agit
rapidement.
Castanet était un vrai
huguenot ; il connaissait admirablement la
Bible. Il fut bon chef et encore meilleur
prédicateur.
Salomon Couderc et Abraham Mazel se
partageaient le commandement d'une compagnie.
Hommes supérieurs par les dons de
l'intelligence et les qualités
morales ; c'est d'eux surtout qu'on peut dire
que s'ils furent d'excellents chefs, ils furent par
dessus tout de vrais prophètes et de
puissants orateurs.
Pendant deux ans, ces chefs avec leurs
troupes petites, mal armées et pauvres, vont
tenir tête à trois
généraux : le duc de Broglio,
beau-frère de Bâville, le
Maréchal de Montrevel et
le Maréchal de Villars. Comment des bergers
ignorants ont-ils pu tenir contre des
généraux savants et
expérimentés qui commandaient de
fortes armées ?
L'un des témoins de ces temps
héroïques répond à notre
question :
« Il faudrait de gros livres, dit
Elie Marion, dans le Théâtre
sacré des Cévennes, pour contenir
l'histoire de toutes les merveilles que Dieu a
opérées par le mystère des
inspirations qu'il lui a plu de nous envoyer. Je
puis protester devant lui, qu'à parler
généralement, elles ont
été nos lois et nos guides. Et
j'ajouterai, avec vérité, que
lorsqu'il nous est arrivé des
disgrâces, ça été pour
n'avoir pas obéi ponctuellement à ce
qu'elles nous avaient commandé, ou pour
avoir fait quelque entreprise sans leur ordre.
« Ce sont nos inspirations qui
nous ont mis au coeur de quitter nos proches et ce
que nous avions de plus cher au monde, pour suivre
Jésus-Christ et pour faire la guerre
à Satan et à ses compagnons. Ce sont
elles qui ont donné à nos vrais
inspirés le zèle de Dieu et de la
religion pure, l'horreur pour l'idolâtrie et
pour l'impiété, l'esprit d'union,
de charité, de
réconciliation et d'amour fraternel qui
régnait parmi nous ; le mépris
pour les vanités du siècle et pour
les richesses iniques ; car l'Esprit nous a
défendu le pillage, et nos soldats ont
quelquefois réduit des trésors en
cendres, avec l'or et l'argent des temples des
idoles, sans vouloir profiter de cet interdit.
Notre devoir était de détruire les
ennemis de Dieu, non de nous enrichir de leurs
dépouilles. Et nos persécuteurs ont
diverses fois éprouvé que les
promesses qu'ils nous ont faites des avantages
mondains n'ont point été capables de
nous tenter non plus.
« Ça été
uniquement par les inspirations et par le
redoublement de leurs ordres, que nous avons
commencé notre sainte guerre. Un petit
nombre de jeunes gens simples, sans
éducation et sans expérience,
comment auraient-ils fait tant de choses, s'ils
n'avaient pas eu le secours du Ciel ? Nous
n'avions ni force ni conseil, mais nos inspirations
étaient notre recours et notre appui.
« Ce sont elles seules qui ont
élu nos chefs et qui les ont conduits. Elles
ont été notre discipline militaire.
Elles nous ont appris à
essuyer le premier feu de
nos
ennemis à genoux, et de les attaquer en
chantant des psaumes, pour porter la terreur
dans leur âme. Elles ont changé nos
agneaux en lions et leur ont fait faire des
exploits glorieux. Et quand il est arrivé
que quelques-uns de nos frères ont
répandu leur sang, soit dans les batailles,
soit dans le martyre, nous n'avons point
lamenté sur eux. Nos inspirations ne nous
ont permis de pleurer que pour nos
péchés et pour la désolation
de Jérusalem. Et je ne ferai pas de
difficulté de dire ici que lorsque Dieu
retira ma mère en sa grâce, il
m'ordonna d'essuyer mes larmes et m'assura qu'elle
reposait en son sein.
« Ce sont nos inspirations qui
nous ont suscités, nous, la faiblesse
même, pour mettre un frein puissant
à une armée de plus de vingt mille
hommes d'élite, et pour empêcher
que ces troupes ne fortifiassent le grand et
général ennemi, dans le lieu
où la Providence avait ordonné qu'il
reçut le premier coup mortel.
« Ces heureuses inspirations ont
attiré dans le sein de nos églises
plusieurs prosélytes d'entre les adorateurs
de la Bête, qui ont
toujours été
fidèles depuis. Elles ont animé nos
prédicateurs et leur ont fait
proférer avec abondance des paroles qui
repaissaient solidement nos âmes.
« Elles ont banni la tristesse de
nos coeurs au milieu des plus grands périls,
aussi bien que dans les déserts et les trous
des rochers, quand le froid et la faim nous
pressaient ou nous menaçaient.
« Nos plus pesantes croix ne nous
étaient que des fardeaux légers,
à cause de cette intime communication que
Dieu nous permettait d'avoir avec lui, nous
soulageait et nous consolait. Elle était
notre sûreté et notre bonheur.
« Nos inspirations nous ont fait
délivrer plusieurs prisonniers de nos
frères, reconnaître et convaincre des
traîtres, éviter des embûches,
découvrir des complots et frapper à
mort des persécuteurs.
« Si les inspirations de l'Esprit
saint nous ont fait remporter des victoires sur nos
ennemis par l'épée, elles ont fait
bien plus glorieusement triompher nos martyrs sur
les échafauds. C'est là que le
Tout-Puissant a fait des choses grandes. C'est
là le terrible creuset
où la vérité et la
fidélité des saints inspirés
ont été éprouvées. Les
paroles excellentes de consolation et les cantiques
de réjouissance du grand nombre de ces
bienheureux martyrs, lors même qu'ils avaient
les os brisés sur les roues, ou que les
flammes avaient déjà
dévoré leur chair, ont
été, sans doute, de grands
témoignages que leurs inspirations
descendaient de l'Auteur de tout don parfait.
« Ce sont enfin ces dons
précieux de la grâce qui nous font
bénir en tout temps et en tout lieu, ceux
qui nous haïssent sans cause, en même
temps que nous déplorons leur aveuglement.
Quelques-uns de nos frères qui priaient
autrefois pour nous, devenus plus injustes et plus
cruels que nos ennemis, nous outragent et nous
maudissent. Mais nos inspirations nous consolent et
nous font désirer qu'ils se convertissent
afin qu'ils vivent.
« Je n'oublierai point une autre
preuve indubitable de la sainteté des
inspirations qu'il a plu à Dieu de nous
honorer. C'est qu'une infinité de fois
certaines choses nous ont été
précisément déclarées
avec des circonstances
très particulières ; et des
ordres nous ayant été en même
temps donnés pour l'exécution, tout
s'est exactement rencontré, et tout a
réussi selon la vérité de
l'avertissement divin. »
Nous n'ajoutons aucun commentaire à
ce témoignage si touchant et si noble. Les
chapitres suivants montreront par des faits qu'il
n'est pas exagéré.
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