Le
Ministère de la
Guérison
ou
MIRACLES
DE GUÉRISON
À
TRAVERS LES SIÈCLES
CHAPITRE IV
TÉMOIGNAGE DES THÉOLOGIENS
Si nous admettons avec les historiens de
l'Eglise que depuis la fin du troisième
siècle les miracles y ont été
moins fréquents, nous devons
reconnaître pourtant que dans tous les
âges suivants, il s'est trouvé des
fidèles qui ont témoigné de
l'existence de miracles opérés
ça et là. Nous en appelons à
ce que rapportent divers théologiens qui,
non contents de défendre la doctrine de la
continuation des miracles, ont pu appuyer ce qu'ils
en disaient en citant des exemples dignes de
foi.
Saint Augustin, au Ve siècle,
dans l'un des chapitres de De civitate Dei,
nous montrent clairement qu'il se ralliait à
la doctrine de la perpétuité des
miracles. Voici ce qu'il dit :
« Quant aux miracles qui ont
été faits pour amener le monde
à croire en Christ, et qui ne cessent de se
produire encore parmi les croyants... »
Et il énumère tout au long plusieurs
miracles, principalement des miracles
de guérison, qu'il tenait
pour avoir eu lieu de son temps et dont il avait eu
plus ou moins connaissance. » Il vivait
dans un temps où la superstition
commençait à obscurcir
l'Eglise ; aussi les récits de miracles
qu'il nous fait sont-ils parfois entachés
des superstitions du temps :
« Encore à
présent, il se fait des miracles en
Son Nom, soit par les sacrements, soit par la
prière, et aussi sur les tombes des saints,
mais ils n'acquièrent pas la même
renommée que les anciens miracles. Le saint
Livre qui devait faire connaître ceux-ci et
qui en a répandu de tous côtés
le souvenir, leur donne une place dans la
mémoire de tous les hommes, tandis que les
miracles plus récents ne sont guère
connus que dans la ville ou le voisinage
immédiat des endroits où ils ont eu
lieu. »
Dans le même chapitre il appuie par un
exemple ce qu'il vient de dire. Nous donnons ici un
abrégé de ce récit qui est
très étendu, aussi bien que
très touchant et plein de naturel. Il
raconte la guérison d'Innocentius,
chrétien sincère et de haut rang,
habitant Carthage. Atteint d'une pénible
maladie, il avait subi plusieurs opérations
sans résultat. Alexandrinus,
célèbre chirurgien, avait
déclaré qu'il n'y avait plus d'espoir
de guérison à moins
qu'on ne tentât une nouvelle opération
qui fut décidée pour le lendemain. La
veille au soir, plusieurs des principaux de
l'Eglise étaient venus le voir ; il les
pria d'assister à cette opération,
craignant qu'elle n'amenât sa mort.
« Parmi ceux qui étaient
présents, » dit saint Augustin,
« se trouvait l'évêque
Aurélius, actuellement seul survivant. C'est
un homme dont on ne peut parler qu'avec
éloge et respect. Souvent lorsque plus tard
nous nous entretenions ensemble des oeuvres
merveilleuses de Dieu, nous nous sommes
rappelé ce qui se passa ce jour-là et
je sais qu'il a conservé le souvenir intact
de ce que je raconte ici. »
Voici le reste du récit tel que
l'a écrit saint Augustin :
« Nous nous mîmes
à genoux pour prier, comme nous l'avions
fait d'autres fois. Lui aussi se sentit
poussé à s'agenouiller, comme si
quelqu'un l'eût forcément jeté
à terre et il se mit à prier. Avec
quelle ferveur, quelle émotion il pria
alors, avec quel torrent de larmes, quelle
agitation de tout le corps ! Sa respiration
même semblait suspendue par ses soupirs et
ses sanglots. Je ne sais si les autres
gardèrent assez de sang-froid pour pouvoir
prier. Quant à moi, je ne le pus pas. Je ne
pus dire que ces mots au dedans de
moi : Seigneur,
quelle
prière de tes enfants exauceras-tu, si ce
n'est celle-ci ? car on eût dit
qu'il allait perdre la vie en priant ainsi. Nous
nous relevâmes; et après la
bénédiction de l'évêque,
nous quittâmes le malade en lui promettant
d'être avec lui le lendemain et l'exhortant
à être calme.
« Le moment redouté
arrive. Les serviteurs de Dieu se réunissent
autour du malade. Les chirurgiens entrent aussi. On
prépare tout ce que requiert la
circonstance, et à la terreur de tous, on
sort les terribles instruments de chirurgie. Ceux
des assistants, qui ont le plus d'autorité,
cherchent à soutenir et fortifier le patient
par des paroles d'encouragement. On le place dans
la position convenable pour l'opération, et
le chirurgien, son instrument à la main,
inspecte le siège du mal. Il regarde, palpe,
examine de toute façon et finit par
déclarer que le mal est parfaitement
guéri. Aussitôt éclatent de
toute part la joie, les louanges, les actions de
grâces adressées au Dieu tout puissant
et miséricordieux. Impossible de
décrire cette scène émouvante,
toute de joie et de larmes. »
En lisant avec soin ces lignes, on verra
qu'outre le témoignage rendu ici par
l'auteur, tout concourt à prouver
l'authenticité de ce miracle. Tous les
détails donnés
montrent clairement qu'il
croit
lui-même à la guérison
accordée à la prière de la
foi.
Martin Luther dont les prières
remportaient de telles victoires, qu'on disait de
lui : Il obtient de Dieu tout ce qu'il veut,
serait sans doute un bon avocat de cette cause s'il
avait à la défendre. Et nous savons
qu'en effet il a eu à s'en occuper.
Le témoignage de Luther en faveur
de la guérison divine est l'un de ceux qui
ont le plus d'importance et de force dans les temps
modernes. Nous trouvons en Luther un ardent
défenseur des miracles dont il parle avec
toute l'énergie d'un coeur saxon.
« Que de fois, s'écrie-t-il, des
démons n'ont-ils pas été
chassés au nom de Christ, et des malades
guéris soit par la prière, soit au
nom du Seigneur ! » Et il joignait
l'action à la parole, car un jour qu'on lui
amena une jeune fille en lui disant qu'elle
était possédée du
démon, il posa la main sur sa tête et
fit appel à cette promesse du
Seigneur : « Celui qui croit en moi,
fera aussi les oeuvres que je fais, et il en fera
même de plus grandes. »
(Jean
14 : 12). Ensuite il
demanda à Dieu avec les autres ministres de
l'Eglise, de vouloir bien chasser le démon
et le faire sortir de cette jeune fille. Une
parfaite guérison lui fut
accordée. Il en fut de même dans
d'autres cas où il avait prié pour
des malades.
Le même auteur raconte aussi la
guérison de Philippe Mélanchton,
remarquable entre toutes, et qui paraît bien
avérée. Mélanchton,
tombé malade en voyage, avait envoyé
un messager à Luther pour l'en
informer ; voici le reste du
récit :
« Luther arriva et trouva
Philippe près de rendre l'âme. Il
était presque sans connaissance, ses yeux
étaient éteints et fixes, il avait
perdu la parole et n'entendait plus. Il ne
reconnaissait plus personne et ne pouvait prendre
aucune nourriture ni solide ni liquide. À
cet aspect, Luther fut consterné et se
tournant vers ses compagnons de route il
s'écria : Seigneur Dieu ! Comme le
diable m'a détruit cet instrument !
Puis allant vers la fenêtre, il cria à
Dieu avec ferveur, le priant de supporter son
insistance et lui disant que ce qu'il venait de
faire là l'obligeait à insister
auprès de lui par des supplications. Il lui
répéta toutes les promesses que lui
fournissaient les Écritures. Il osa
même lui dire que s'il voulait qu'il
pût encore recourir à lui avec
confiance, il fallait qu'il l'écoutât
et qu'il lui répondît tout de
suite.
Après cette prière, il
prit la main de Philippe et sachant bien quelle
était l'angoisse de son coeur et de sa
conscience, il lui dit :
Courage ! Philippe, tu ne
mourras
pas. Quoique Dieu ne manque pas de bonnes raisons
pour te faire mourir, « il ne veut pas la
mort du pécheur, mais qu'il se convertisse
et qu'il vive. » N'écoute donc
plus l'esprit du mal, et ne te laisse pas
mourir ; mais aie confiance au Seigneur qui a
la puissance de faire mourir et de faire vivre.
Tandis qu'il lui parlait encore, Philippe parut
reprendre ses sens et respirer, puis la force lui
revint peu à peu et il finit par être
entièrement guéri. »
Si le lecteur se hâtait de dire que cette
guérison peut être attribuée
à des causes naturelles, nous devons lui
rappeler que Luther et Mélanchton pensaient
tout autrement. Voici ce que Mélanchton
écrivait à un ami :
« Je serais un homme mort,
si je n'avais pas été
rappelé à la vie par l'arrivée
de Luther. »
Luther s'exprime de la même manière
en écrivant à des amis :
« Philippe est très
bien rétabli de sa grave maladie. Elle a
été plus grave que je ne l'avais cru.
Je l'ai trouvé mort, mais par un miracle de
Dieu, à présent il vit. »
Puis en faisant allusion à sa
présence à la diète il
ajoute :
« Travail et fatigue en
pure perte, dépense d'argent pour
rien ; mais quoique je n'aie rien pu faire,
j'ai retiré Philippe du bord de la tombe et
je vais le ramener avec joie chez lui,
etc. »
Tel est le témoignage du grand
réformateur, et s'il le fallait il serait
facile de l'appuyer d'autres exemples encore,
témoignant tous de la puissance de ses
prières pour guérir les malades.
La guérison de Myconius est bien
connue ; lui-même en avait écrit
ceci :
« Sauvé de la mort
en l'an 1541 par les requêtes, les
prières et les lettres du
Révérend père
Luther. »
Voici comment Luthardt raconte ce fait:
« Myconius,
vénéré superintendant de
Gotha, était au dernier degré de la
consomption et ne pouvait plus parler. Luther lui
écrivit qu'il ne devait pas mourir :
« Que Dieu me préserve d'apprendre
votre mort tant que je suis en vie, et qu'il vous
donne de me survivre. C'est ce que je lui demande
avec ferveur et je l'obtiendrai ; il
m'accordera mon désir. Amen. »
Myconius a dit ensuite : Quand je lus cette
lettre, je fus saisi d'une si forte émotion
qu'il me semblait entendre Christ me dire
lui-même : « Lazare, sors de
là. » Depuis ce moment Myconius
fut en effet
préservé de la mort par la puissance
des prières de Luther et il ne mourut
qu'après Luther. »
Le coeur de lion du réformateur
était révolté des grotesques
miracles de l'antéchrist, mais son coeur de
chrétien croyait aux promesses de Dieu, dont
il éprouvait la réalité et sur
lesquelles il s'appuyait dans ses prières.
Quelle victoire pour lui quand il pouvait
démontrer la vérité de
l'Écriture en disant de quelque passage de
la Bible : Pour ceci, je sais avec certitude
que c'est vrai.
Richard Baxter, au XVIIe siècle,
mérite une confiance particulière
quant au sujet que nous traitons. Il exprimait ses
convictions avec tant de liberté et de
hardiesse, que Boyl a dit de lui :
« Il ne craint le déplaisir de
personne, et ne recherche l'assentiment de
personne. » Il était si pieux que
Joseph Alleine faisait précéder les
citations qu'il faisait de lui par ces mots :
« Ainsi que le dit très bien le
saint Mr Baxter, cet homme de Dieu »...
Baxter a très clairement défendu la
cause de l'intervention miraculeuse de Dieu en
faveur de ses fidèles. En parlant de ce
qu'il appelle les actes signalés de la
Providence de Dieu, » il dit :
« Je suis convaincu que
parmi les croyants, attentifs à
l'intervention de Dieu, il ne s'en trouve
guère qui ne puisse raconter quelque
expérience merveilleuse de la puissance de
Dieu à son égard, de sa
fidélité à accomplir ses
promesses en faveur de ses serviteurs. Soit par la
guérison de quelque maladie sans espoir,
soit par un prompt secours dans quelque
péril imminent, la délivrance arrive
si soudainement et d'une manière si
contraire au cours ordinaire de la nature qu'on
doit reconnaître alors que tout autre moyen
eût échoué. »
Après avoir parlé de cas frappants
tirés de la vie des réformateurs, il
ajoute :
« Mais pourquoi aller
chercher des exemples si loin ? Pourquoi
recourir à ceux que nous fournit l'histoire
de l'Eglise ? Tout chrétien
sincère ne sait-il pas ce que c'est que de
lutter avec Dieu par la prière en lui
rappelant ses promesses ? Chacun ne
pourrait-il pas nous raconter de merveilleuses
réponses accordées à sa
foi ? Je sais que l'incrédulité
et l'athéisme ne manqueront jamais
d'objections à opposer aux interventions
divines les plus remarquables. La nature humaine
qui ne connaît pas Dieu et qui est
inimitié contre lui, ne veut pas
reconnaître sa main même dans les
manifestations les plus évidentes.
Généralement, on
préfère tout attribuer au hasard, aux
causes naturelles ou à telle autre idole de
néant ; mais quand
Dieu accorde au moment même de la
prière, contre toute probabilité
humaine, et sans le secours, d'aucun moyen
terrestre, des exaucements pleins de
miséricorde, n'est-ce pas nous dire
clairement du haut des cieux :
« J'accomplis en ta faveur ce que je t'ai
promis en Christ. »
« Que de fois j'ai reconnu
l'efficacité de la prière de la foi
pour guérir des malades qui étaient
abandonnés des médecins. C'est
là ce que j'ai éprouvé plus de
dix fois pour moi-même quand tout
remède échouait et que la
médecine et la raison avaient
déclaré qu'il n'y avait plus
d'espoir ; c'est alors que j'ai
été rétabli par l'efficace de
ferventes prières. « Ma chair et
mon coeur défaillaient, mais Dieu est le
rocher de mon coeur et mon partage à
toujours. »
(Ps. 73 : 26). Et
quoiqu'à présent il me laisse dans un
état de faiblesse et de maladie sans doute
salutaire et que je puisse craindre encore d'autres
assauts de l'ennemi, je me sens pressé par
les expériences très certaines que
j'en ai faites, de reconnaître ici, à
la gloire du Dieu tout-puissant, qu'il est
fidèle à ses promesses, à sa
parole infaillible, et que c'est un grand
privilège de pouvoir recourir à lui
par l'esprit de supplication jusqu'à
« l'importuner. »
(Luc
18 : 5). Je ne doute pas
qu'un grand nombre de chrétiens attentifs
à observer l'intervention de Dieu, ne
puissent attester aussi cette
prépondérance de la
prière. » Richard Baxter donne ensuite un récit
détaillé de sa merveilleuse
guérison que nous citons tout au long :
« Entre autres exemples
que je pourrais citer en grand nombre, ma
conscience m'impose le devoir de vous donner
celui-ci qui confirme ce que je viens
d'écrire. Je souffrais d'une tumeur sur
l'une des amygdales de la gorge. Elle était
ronde et dure comme un pois ; la crainte que
cette grosseur ne devint un cancer me donnait plus
d'inquiétude que le mal lui-même. Je
recourus donc à des dissolvants et ensuite
à des adoucissants, le tout en vain pendant
environ trois mois. Enfin ma conscience me reprocha
d'avoir gardé le silence sur d'anciennes
guérisons que j'avais obtenues de Dieu par
la prière, et dont je n'avais rien dit par
orgueil, par crainte de me rendre ridicule en
faisant parade des miséricordes de Dieu
envers moi, comme si j'étais
particulièrement favorisé du
ciel.
« Un jour que je devais
prêcher sur la guérison divine, je me
sentis pressé de dire : « Que
de fois j'ai reconnu l'efficace de la prière
de la foi pour guérir les malades quand la
médecine avait perdu tout
espoir... » Je m'étendis sur ce
sujet ajoutant encore d'autres choses que je ne
répète pas ici. Quand je
m'étais rendu à l'église, ma
tumeur était encore là comme à
l'ordinaire, je la sentais très bien et
souvent je l'avais
regardée dans la
glace ; mais aussitôt que j'eus
achevé ma prédication je sentis
qu'elle avait disparu. Courant à la glace je
constatai qu'il n'en restait plus trace, et qu'on
ne pouvait en voir ni cicatrice, ni vestige
quelconque. Impossible de savoir ce qu'elle
était devenue. Je suis certain de ne l'avoir
ni avalée, ni crachée, et il n'est
guère possible de croire qu'elle se
fût dissoute après avoir
été dure comme un os pendant trois
mois malgré tous les dissolvants
employés en gargarismes. Je crois utile de
raconter cette guérison-là, parce
qu'elle a eu lieu au moment même où je
disais ce que je viens d'écrire ici.
« Que de grâces tout
aussi merveilleuses m'ont encore été
accordées ! Je sais en outre que
d'autres en ont également obtenu en
réponse à leurs
prières. »
John Albert Bengel s'est acquis l'estime et
l'affection de tous ceux qui aiment la Parole de
Dieu et qui ont étudié ses
commentaires de la Bible. Il a l'art d'exposer avec
force et, ce qui vaut mieux encore, il est
doué d'une foi énergique. Ses
ouvrages, dit Dorner, furent le premier signal de
la nouvelle exégèse dont l'Eglise
avait si grand besoin. S'il trouve dans la Bible
des choses qui lui paraissent dépasser ses
facultés critiques, jamais il n'y trouve
rien qui dépasse les
facultés de sa foi. Aussi
ses interprétations ne cherchent-elles pas
à ramener l'Écriture aux mesures de
la portée et de l'expérience humaine
mais toujours elles sont une franche
adhésion à la Parole de Dieu qu'il
tient pour parole de vérité. Jamais
la Bible n'est atténuée en passant
par sa bouche ; jamais elle n'en sort
amoindrie comme si elle devait payer droit de
péage à l'incrédulité
moderne. Il aime à dire :
« La foi saisit tout ce que Dieu lui
offre et s'avance ainsi
victorieusement. » Ces mots peignent
mieux que tout le reste comment il traitait
l'Écriture. La foi de Bengel ne chancelait
donc pas quant à la promesse de
guérison divine que contient le
Nouveau-Testament. Il croyait à cette
promesse, il le disait ouvertement et savait s'en
réjouir. En parlant du don de
guérison. voici ce qu'il dit :
« Il semble avoir
été donné de Dieu pour rester
dans l'Eglise comme spécimen de ses autres
dons, précisément comme jadis la
manne recueillie prouvait chaque jour la puissance
de Dieu à faire des miracles... (Commentaire
sur saint
Jacques, V. 17.)
« O bienheureuse
simplicité, interrompue ou perdue par
l'incrédulité. Et pourtant même
de nos jours, la foi confère à chaque
croyant une puissance miraculeuse cachée.
Tout exaucement de prière est
réellement un miracle quoiqu'il n'en ait ni
l'apparence, ni l'éclat. C'est donc la
faiblesse de la foi des croyants, c'est
l'incrédulité du monde qui
empêchent la puissance miraculeuse de se
manifester de nos jours et ce n'est pas que
l'Eglise soit à présent si bien
établie qu'elle n'ait plus besoin de
miracles. Dans les premiers temps de l'Eglise, les
miracles ont été son appui, tandis
qu'à présent ils sont l'objet de sa
foi. » (Commentaire sur saint
Marc, XVI, 14).
Puis pour confirmer ce qu'il vient de dire il
cite le trait suivant :
« À
Léonberg, ville du Wurtemberg, en 1644, une
jeune fille de vingt-trois ans était si
impotente qu'elle pouvait à peine se
traîner à l'aide de
béquilles ; mais un jour que le diacre
Raumier parlait en chaire des miracles
opérés au nom de Jésus, elle
fut soudainement rétablie et reprit l'usage
de ses jambes. »
Il ajoute encore que :
« cette guérison
eut lieu en la présence du duc d'Eberhardt
et de ses courtisans et qu'on en conserva le
récit dans les archives comme authentique et
hors de doute. »
Edward Irving a aussi rendu témoignage
à la doctrine dont nous plaidons la cause.
C'était un homme remarquablement
bien doué et dont le principal don
paraît avoir été celui de la
foi. Tout ce qu'il trouvait écrit dans la
Bible, il le croyait avec toute l'intense
énergie de sa nature. Il vivait dans un
temps de grande mort spirituelle ; aussi
désirait-il ardemment de voir le
christianisme reprendre plus de vie. Il savait que
pour cela il fallait exciter l'Eglise à
retrouver les dons qu'elle avait perdus. Restaurer,
c'est faire revivre, disait-il avec feu. Ses
paroles scandalisaient, et finirent par lui faire
une mauvaise renommée. On l'accusa d'offrir
sur l'autel du feu étranger parce qu'il
cherchait à ramener dans son Église
l'Esprit de la Pentecôte. N'était-il
pas grand besoin d'un renouvellement de vie dans un
temps où les chefs de l'Eglise avaient
tellement étouffé la Parole de Dieu
par leurs traditions que lorsqu'ils discutaient
avec Irving, ils en appelaient ouvertement de la
Bible à l'interprétation humaine.
Qu'on se souvienne de ce que fit Jojakim, roi de
Juda : « Lorsque Jehudi eut lu trois
ou quatre feuilles, le roi coupa le livre avec le
canif du secrétaire et le jeta dans le feu
du brasier, où il fut entièrement
consumé. »
(Jér. 36 : 28).
Hélas ! ne peut-on pas accuser la
théologie moderne d'en
avoir fait autant du douzième chapitre de la
première Épître aux Corinthiens
et de telle autre page de l'Écriture
où nous lisons que Dieu a donné
à l'un « la parole de sagesse...
à un autre le don de guérison par le
même Esprit, à un autre le don
d'opérer des miracles, à un autre la
prophétie ? »
Avec un zèle qui manquait parfois
de pondération, Irving a accusé
l'Eglise d'avoir usé du canif de
l'incrédulité pour retrancher ces
textes de l'Écriture, lorsqu'elle a
déclaré que ces grâces
n'appartiennent pas à l'Eglise
d'aujourd'hui. Il allait plus loin encore :
« La parole de l'Éternel fut
adressée à
Jérémie : Prends un autre livre
et tu y écriras toutes les paroles qui
étaient dans le premier livre qu'a
brûlé Jojakin, roi de
Juda. » Irving se crut chargé de
la même mission, non pas de faire une
nouvelle révélation, mais de remettre
en lumière d'anciens textes qui parlaient
des « dons spirituels. » Par
là il encouragea son troupeau à
rechercher et même à exercer, selon
que Dieu l'accorderait, les dons de
prophétie et de guérison. Ce fut
là sa principale audace et ce qui attira sur
sa splendide carrière l'éclipse de la
défaveur publique.
Nous nous sommes toujours senti
attiré vers lui à
cause de son héroïque attachement
à la Parole de Dieu et de son empressement
à suivre Christ « hors du camp en
portant son opprobre. »
(Héb. 13 : 13.) Quand le
Maître viendra rétribuer ses
serviteurs, celui-ci recevra certainement du
Seigneur double récompense pour tout ce qu'a
souffert son coeur brisé avant de descendre
dans la tombe.
Dans ses écrits, Irving a
traité cette doctrine de main de
maître. Il voyait dans l'Eglise
« le corps de Christ », et dans
les dons de l'Eglise la plénitude de celui
qui est « tout en tous. » Il
soutenait que l'Eglise doit manifester en tout
temps quelque chose de la puissance miraculeuse qui
appartient à la Tête, car puisqu'elle
souffre avec celui qui a souffert sur la croix,
elle doit par son union avec lui, recevoir et
manifester la puissance surnaturelle qu'il
possède sur le trône de Dieu. Ceci lui
paraissait essentiel pour que l'Eglise pût
être le fidèle témoin du Christ
qui tient à présent le sceptre de la
création après en avoir porté
le fardeau.
Il déplorait que dans la
prédication, la logique et la
rhétorique eussent si fort supplanté
les dons de l'Esprit. « Il faut, dit-il,
que le don des miracles
reparaisse promptement dans l'Eglise, sinon elle
sera envahie par la philosophie ; alors la foi
devra faire place à la loi des causes et des
effets qui maîtrisera l'esprit comme elle
domine déjà la raison.
Il disait que le but des miracles est
non seulement de continuer à manifester la
puissance du Christ actuellement vivant et
glorifié, mais de nous donner aussi un
avant-goût de son royaume à venir. Il
a signalé avec clarté le sens des
divers signes ou miracles promis dans
Marc 16 : 17, 18, montrant
qu'ils avaient été promis par le
Seigneur comme les prémices du
« royaume de Dieu », et qu'ils
devaient perpétuellement accompagner la
prédication de ce
« royaume. » Il conclut en
déclarant que ces miracles ont cessé
par suite de l'incrédulité de
l'Eglise et que ce n'est point par la
volonté de Dieu qu'ils ont été
révoqués.
« Ces dons ont
cessé, a-t-il écrit,
précisément comme la verdure, les
fleurs et les fruits cessent à
l'arrivée de l'hiver. Ce sont les glaces et
les rafales survenues dans l'Eglise qui l'ont
empêchée de manifester tout son
éclat ; mais si l'hiver est sans
feuilles et sans fleurs, en augure-t-on qu'il n'y
aura plus ni fleurs, ni fruits ?
Avec confiance en la parole de Dieu qui
veut que tout se reproduise selon son
espèce, on prépare en hiver pour la
saison suivante ; de même quoique
l'Eglise soit tombée bien bas, s'il est vrai
qu'elle soit les prémices et les arrhes de
la puissance de rédemption dont Christ
vivifiera plus tard toute la nature, elle
possède encore en elle cette vie divine qui
se manifestera dans des jours
meilleurs. »
C'est cette conviction qui le poussait à
parler avec tant de force et à demander
à Dieu avec ferveur que l'Eglise
recouvrât ses anciens dons. Si ses efforts
lui ont valu souffrance et persécution, nous
savons aussi qu'il en est résulté de
beaux fruits. Il ne s'en tenait pas à la
théorie, à exhorter son troupeau
à se confier en Jésus pour le corps
aussi bien que pour l'âme, mais il nous a
raconté comment il s'était
confié lui-même au Seigneur lorsque
saisi par un mal grave, par le vertige et la sueur
de la mort, il se cramponna un jour à la
chaire pour attendre que Dieu accomplît aux
yeux de son troupeau cette promesse :
« La prière de la foi sauvera le
malade »
(Jac.
5 : 15), et qu'alors son
Rédempteur vint à son secours et lui
donna de prêcher ce jour-là avec une
rare
« démonstration d'Esprit et de
puissance. » ,
Thomas Erskine a aussi parlé de cette
doctrine avec conviction et profonde connaissance.
Ceux qui ont lu ses ouvrages savent de quelle
finesse et clarté d'esprit il était
doué. Avocat de profession, il est plus
généralement connu comme
théologien et révéré
comme chrétien. C'était comme le dit
le Dr Hanna dans la préface du recueil des
Lettres d'Erskine, « un
chrétien affable qui marchait habituellement
avec Dieu. »
En parlant de guérisons
miraculeuses et d'autres dons, il dit :
« Je persiste à
croire que pour tous ceux qui s'en tiennent
à ce que dit le Nouveau Testament, il serait
plus difficile d'expliquer la disparition de ces
dons que d'admettre la possibilité de leur
retour. » (Letters, p. 408).
Dans sa correspondance avec le Dr Chalmers, qui
trouvait qu'il ne fallait pas vouloir actuellement
des miracles du Seigneur, mais qu'il valait mieux
s'en tenir aux manifestations ordinaires de
l'Esprit, il lui répond qu'il faut vouloir
ce que Dieu a ordonné :
« Si Dieu nous a
donné ces choses comme moyens d'avancement,
ce n'est pas de l'humilité de dire : Je
n'en ai pas besoin. Quand Dieu dit à Achaz
de demander un signe et qu'il
répondit : « Je ne demanderai
rien. Je ne tenterai pas
l'Éternel », il fut
sévèrement repris de cette fausse
humilité. »
(Esa.
7: 12, 13.)
Erskine était convaincu que les dons
miraculeux avaient été donnés
à l'Eglise d'une manière
permanente :
« C'est une grande et
générale erreur de penser que les
dons miraculeux n'avaient d'autre but que de
prouver l'inspiration des Écritures et de
témoigner de leur authenticité, de
croire par conséquent qu'ils ont
cessé aussitôt que le canon des
Écritures a été complet,
tandis que leur but est de témoigner de la
toute-puissance de Christ comme Tête de
l'Eglise qui est son corps. Si la foi de l'Eglise
était restée pure et vivante, jamais
les dons de l'Esprit n'auraient
cessé.
Jamais Christ n'a révoqué
la promesse de
Marc 16 : 17, 18. »
C'est donc avec un vif intérêt
qu'il épiait tout indice du retour de ces
dons, croyant en apercevoir déjà
quelques exemples dans le mouvement religieux de
son temps, soit pour la guérison divine,
soit pour le don des langues.
Nous en citons ici un exemple tiré de ses
Lettres :
« En mars 1830 et dans la
ville de Port Glasgow on the Clyde, vivait une
famille du nom de Mac Donald, se composant de deux
frères, James et George, et de leurs soeurs.
L'une d'elles, Marguerite, de vie sainte,
était très malade et près de
la mort. Sur son lit de maladie elle avait
reçu un remarquable baptême du
Saint-Esprit et avait demandé à Dieu
d'accorder à ses frères la même
grâce. Un jour que James était
auprès d'elle et qu'elle intercédait
pour lui, priant Dieu de lui envoyer au moment
même la Vertu d'en-haut, l'Esprit descendit
sur lui, manifestant sa présence d'une
manière merveilleuse. Toute sa personne fut
illuminée, et avec un air d'indescriptible
majesté, il s'approcha du lit de Marguerite
et lui dit : « Lève-toi, et
tiens-toi debout. » Il
répéta encore ces mots, la prit par
la main, et elle se leva. Sa guérison fut
instantanée et complète. Le
récit de cette guérison fit
sensation. On vint de loin pour voir la malade
guérie. Je visitai la famille et
après m'être informé du fait
avec soin et en détail, je l'écrivis,
très convaincu de la réalité
de ce miracle. »
Le docteur Horace Bushnell raconte ce qui s'est
passé chez l'un de ses amis dont le
caractère véridique est très
connu
« Un de ses enfants qu'il
avait emmené loin de chez lui, prit la
fièvre scarlatine, et aussitôt il se
demanda : Que faire ? Mais je le laisse
parler :
Le Seigneur m'avait guéri
moi-même, mais voudrait-il guérir mon
fils ? J'en parlai avec un frère en la
foi qui ne croyait pas à la guérison
divine et qui m'engagea à faire chercher le
médecin. J'envoyai donc un de ses
domestiques à cheval pour le faire venir.
Avant l'arrivée du docteur, je reçus
plus de lumière sur ce sujet. Je vis que
j'étais tombé dans un piège en
me détournant de la puissance de
guérison du Seigneur pour recourir à
la médecine. Condamné par ma
conscience, je fus saisi de la crainte que si je
persévérais dans cette voie
d'incrédulité, mon fils mourrait
comme son frère aîné, car les
symptômes de la maladie étaient les
mêmes.
Le médecin arriva, il dit que mon
fils, avait la fièvre scarlatine et qu'il
fallait vite faire chercher des remèdes.
Tandis qu'il écrivait sa prescription, je
résolus de remettre l'enfant au Seigneur
seul. Dès que le docteur fut parti, je dis
à la bonne d'emmener l'enfant et de le
mettre au lit ; puis tombant à genoux,
je confessai le péché que j'avais
commis en m'écartant de la puissance de
guérison du Seigneur. Je priai Dieu avec
ferveur lui demandant de me pardonner et de me
montrer son pardon en réprimant la
fièvre. (Luc 4 : 89). J'eus la
conviction que ma prière
était exaucée, et me relevant j'allai
à la chambre de l'enfant tout au bout d'un
long corridor pour voir ce que le Seigneur aurait
fait. En ouvrant la porte, je vis mon petit
garçon assis sur son lit et aussitôt
il me dit : Je suis guéri et je
voudrais dîner. Une heure après, il
était habillé et mangeait son
dîner. Quand les remèdes
arrivèrent, on les jeta par la
fenêtre.
Le lendemain quand le docteur revint, il
me vit au jardin et me dit : J'espère
que votre fils ne va pas plus mal.
- Il est très bien, merci, lui
répondis-je.
- Que dites-vous
là ?
- Je vais vous l'expliquer ;
entrez.
- Je lui racontai alors ce qui
s'était passé ; il ouvrit de
grands yeux et dit : Puis-je voir
l'enfant ?
- Certainement, docteur, car je vois
bien que vous ne me croyez pas.
Nous montâmes dans la chambre des
enfants où mon fils jouait avec son petit
frère. Le docteur lui tata le pouls, et
dit : Il n'a plus de fièvre.
- Il trouva la langue en bon état
et ajouta : Oui, il est guéri. Le
mal en était sans doute à la crise
décisive. »
Le nombre de ces témoignages pourrait
s'accroître encore de beaucoup d'autres
appuyés des noms de Hugli Grotius,
théologien hollandais, de Lavater, le
Fénelon de la Suisse,
comme on l'a appelé, de Hugh Mac Neil,
éminent pasteur évangélique
anglais du siècle passé, de Thomas
Boys, M. A. of Trinity College, Cambridge, et
d'autres encore dont je ne parle pas ici faute de
place.
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