LE MIEL
DÉCOULANT DU ROCHER
QUI EST
CHRIST
36 -
Voulez-vous recevoir un conseil de moi ?
Laissez-vous conduire par l'esprit de Dieu toujours
plus avant dans l'intelligence de l'Écriture
sainte. C'est la vraie mine où vous
trouverez le plus précieux de tous les
trésors. Vous y découvrirez le coeur
de Christ.
Soyez en garde contre les
péchés de toute espèce, et
principalement contre ceux auxquels vous êtes
le plus enclin par tempérament. Mais ne vous
contentez pas de voir toute
l'énormité des péchés
qui blessent celui qui vous a tant aimé.
Comme il est mort pour les expier, recourez aussi
d'abord à lui. Il peut seul vous en
affranchir. Si vous observez cette règle,
les mauvaises pensées n'allumeront point la
convoitise, et la convoitise n'enfantera point le
péché.
Qu'on vous trouve toujours dans la
situation d'un pauvre pécheur, ayant le
coeur abaissé et plein de componction
à la vue de vos innombrables fautes,
sensible à vos plus légers
écarts, attentif à toutes les
impressions de la grâce, ouvert à tous
les dons qu'elle voudra répandre en vous et
disposé à recevoir toutes ses
visitations.
Vous êtes-vous rendu coupable
de quelque faute, ne souffrez pas que votre
conscience en demeure longtemps chargée.
Recourez incontinent au sang de
Jésus-Christ. Dieu ne rend le sentiment du
péché douloureux à votre
conscience que pour vous porter à chercher
votre guérison en Jésus, comme les
Israélites trouvaient la leur en regardant
le serpent d'airain.
37 -
Jugez de la grandeur de l'amour du Sauveur, non
pas tant par vos circonstances extérieures,
riantes ou pénibles, que par
l'étendue des promesses qu'il vous a
faites.
Bénissez Dieu de ce qu'il
vous enlève tous vos faux appuis, et de ce
qu'il vous oblige, par tous les moyens, à ne
regarder qu'à Jésus-Christ. La
sécurité et la
légèreté sont mille fois plus
à craindre que les maladies et les
traverses.
38 -
Un chrétien qui tombe dans la
tiédeur, dans la
légèreté et
l'indifférence envers le Sauveur,
dégénère insensiblement en un
pécheur déterminé. Il trouve
le malheureux secret de prier et de pécher
en même temps. La tiédeur est la peste
et le poison du christianisme. Si cette racine
vénéneuse n'est pas détruite
dans votre mur par un commerce continuel avec le
Sauveur et par un regard de foi fixé sans
cesse sur lui, elle deviendra toujours plus forte
et plus mortelle, par là même que vous
garderez encore les bienséances
extérieures et les dehors de la religion.
39 -
Ne mettez pas les dons que vous avez
reçus en balance avec ceux des autres ;
mais examinez-les sur la véritable pierre de
touche, qui est la Parole de Dieu.
Ce qui vous est commandé,
faites-le avec zèle et
fidélité ; et que la moindre
chose vous soit importante, dès qu'elle fait
partie de vos devoirs. Mais ne cherchez jamais de
consolation qu'en Jésus-Christ. De quelque
part que la consolation vienne, elle est dangereuse
et funeste quand ce n'est pas le Sauveur qui la
donne.
Persévérez dans la
prière ; sans quoi, n'espérez
pas de pouvoir vous maintenir dans la communion
avec Dieu. Que le recueillement où vous
êtes, en priant secrètement dans votre
cabinet, vous accompagne dans toutes vos autres
occupations.
40 -
Ne jugez pas de vos bonnes actions par
l'éclat qu'elles peuvent faire, mais par
l'abaissement de coeur dont elles sont suivies, et
par la disposition où elles vous laissent de
vous approcher de Jésus en pauvre
pécheur.
Tremblez de vous enorgueillir
à la vue des oeuvres et des dons par
lesquels vous pourriez vous faire remarquer.
41 -
Conservez comme votre plus riche trésor
les impressions que le Sauveur vous donne de son
amour ; elles rendront votre coeur toujours
plus humilié à ses pieds, et
élevé au-dessus des assauts du
péché. Ne méprisez pas les
moindres témoignages de sa grâce. Un
temps viendra peut-être où les
grâces que vous avez regardées comme
les moins importantes vous seront les plus utiles,
et où la grâce de pouvoir vivre
fraternellement avec les enfants de Dieu vous sera
plus précieuse que toutes les richesses de
la terre
(1 Jean III, 14).
42 -
Soyez un zélé défenseur de
la vérité, mais que votre zèle
soit exempt d'aigreur et d'emportement. Quelqu'un
est-il tombé dans l'erreur ou dans quelque
faute, tâchez de le ramener avec cette
douceur et cette bonté de coeur dont
Jésus nous a donné l'exemple. Que la
main de la douceur et le baume de la charité
évangélique soient les moyens que
vous employiez pour remettre à leur place
les membres disloqués du corps spirituel de
Christ.
Esprit altier, sachez qu'il ne vous
appartient pas de regarder avec mépris les
enfants de Dieu, à cause de leurs
faiblesses. Vous pourriez vous trouver dans le cas
d'envier le bonheur d'être le plus petit
d'entre eux.
Supportez patiemment les
défauts d'autrui, et ne soyez pas indulgent
à l'égard des vôtres.
Fréquentez assidûment les âmes
qui ont passé par toutes sortes
d'épreuves ; vous acquerrez de
l'expérience à leur école.
43 -
Étudiez-vous à être
fidèle dans votre vocation, et que votre
fidélité envers le Seigneur
règle celle que vous devez à votre
prochain. Soyez en garde contre l'envie de
posséder beaucoup ; peu suffit à
vos besoins. Si vous regardez à la main qui
donne, et à l'indignité de celui qui
a reçu, fussiez-vous dans la plus grande
médiocrité, vous serez confus de vous
voir aussi riche. Mais quand le Seigneur vous
comble de ses dons spirituels, que l'abondance de
ses bienfaits et le nombre de ses
libéralités ne vous en fassent pas
méconnaître le prix.
Demandez des yeux qui ne voient
personne moindre et plus indigne que vous. Portez
partout dans votre coeur un mépris si
profond de vous-même, que vous vous jugiez
indigne de la société et même
du support de tous les enfants de Dieu.
Si vous êtes obligé de
voir les objets du monde qui passent rapidement,
n'ayez des yeux que pour en voir la vanité,
et que Jésus soit l'objet qui fixe votre
coeur. Lui seul est digne de votre amour et de
votre attachement.
Que votre plus grand sujet
d'affliction soit de voir que le Seigneur
Jésus est presque inconnu au monde, et qu'il
y a si peu d'hommes qui fassent cas de lui. Un
objet vain, un jeu, une bagatelle est capable de
leur plaire et de les occuper, tandis qu'ils n'ont
pour lui que mépris et indifférence.
Tel est l'effet de la funeste
incrédulité du coeur humain, qu'il
regarde Jésus-Christ comme un personnage
chimérique, et son Évangile comme une
fable et une fiction.
Ayez le coeur navré de
douleur, quand vous considérez que, parmi
ceux qui ont été baptisés, il
y en a plusieurs qui observent les rites
extérieurs de l'Eglise, mais peu qui entrent
dans l'économie de la grâce. Les plus
dévots s'appliquent à la pratique de
certains devoirs, mais le nombre est petit de ceux
qui font de Jésus leur principal objet, et
qui se rangent sous la discipline de son
Esprit.
Résolvez-vous à porter
le joug de Christ ; recevez-le avec joie, et
faites consister votre plus grande gloire à
être chargé de sa croix. Que ce soient
mépris, railleries, affronts, injures,
persécutions, ou d'autres mauvais
traitements, il n'importe, pourvu que ce soit
véritablement la croix de Christ que vous
portiez et non une croix que vous vous soyez
choisie et forgée vous-même.
44 -
Une bouche qui se glorifie de la croix de
Christ, et un coeur qui aime encore le
péché, sont deux choses
incompatibles. Retenir captive une seule
vérité dont la conscience est
convaincue, cela suffit pour y allumer un feu tout
aussi dévorant que les remords des plus
grands crimes.
Jouissez-vous du bonheur d'avoir
été arraché des griffes de
l'ennemi, pour être transporté dans le
sein du Fils de Dieu, et assis parmi les princes de
son peuple ? Oh ! qu'il vous souvienne,
pendant toute votre vie, de vous comporter comme un
vase d'élection, comme un éternel
monument de sa miséricorde !
Âme rachetée et
sauvée, que ne devez-vous pas à votre
Sauveur ! Combien sont infinies les
obligations que vous lui avez !
Votre reconnaissance doit être
sans bornes. Si elle est telle, toutes vos paroles
et vos actions, aussi bien que tous les mouvements
de votre coeur, en seront autant de
témoignages. Chaque fête de
l'année, que dis-je ? chaque jour de la
semaine, sera pour vous un jour de
réjouissance et de louanges.
Être incorporé au
peuple de l'Agneau, être un membre vivant de
Christ, un concitoyen des saints, un associé
des anges, quel glorieux privilège, quel
doux bonheur ! C'est un paradis sur
terre.
Quand vous avez la grâce de
participer avec une vraie foi au sacrement de la
chair et du sang du Seigneur, vous entrez dans
l'immensité de l'amour de Dieu, dans une mer
profonde, où votre âme doit nager et
se plonger jusqu'au fond. Là, vous devez
vous ensevelir avec Christ, et mourir à
toutes choses, pour ne vivre que pour
lui.
Quand on a goûté la
douceur de son amour, le souvenir s'en retrace
à chaque instant, et l'on ne pense jamais
à lui sans avoir le coeur saisi de honte et
d'admiration.
45 -
Rappelez-vous sans cesse ce temps heureux
où l'ami des âmes cherchait la
vôtre, et cette époque de grâce
où il vous saisit et étendit le pan
de sa robe sur vous, lorsque vous étiez nu
et gisant dans votre sang
(Ezéch. XVI, 8, 9). Si vous
aviez la faiblesse de donner lieu à la
moindre pensée d'orgueil et de
présomption de vous-même, regardez
à la main charitable qui vous a soutenu dans
votre infirmité. Sans cet appui, vous
eussiez fait autant de chutes que de pas. C'est
cette main qui a retiré votre âme de
l'abîme le plus profond
(Ps. LXXXVI, 13).
Bénissez l'Auteur de votre
salut. Que vos chants de louange retentissent
jusqu'aux oreilles des armées
célestes ! Publiez à jamais
l'excellence de sa grâce
(Ps CXLVII).
Que l'esprit d'abaissement et de
prière vous accompagne partout !
Cheminez en la présence de votre
Maître, en suivant l'odeur de ses parfums, de
manière que ceux avec qui vous conversez
sentent l'onction que sa grâce a
versée dans votre coeur.
N'oubliez jamais que vous êtes
pécheur, et que Jésus vous a
pardonné. Que le sujet de vos
méditations journalières soit vos
péchés et ses mérites ;
votre extrême faiblesse et la vertu de sa
grâce ; votre penchant à
l'élévation et le profond abaissement
du Fils de Dieu ; vos faiblesses et son
assistance ; vos fautes et l'aspersion de son
sang ; vos trébuchements et sa main
secourable ; votre grande pauvreté et
sa plénitude infinie ; vos
misères et ses tendres compassions ;
votre indignité et sa parfaite justice.
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