LE MIEL
DÉCOULANT DU ROCHER
QUI EST
CHRIST
26 -
Puisque les idées et les
inclinations de la nature sont si peu d'accord avec
l'économie de Dieu, sondez-vous bien pour
voir si le mérite de Christ, si la parfaite
propitiation qu'il a opérée par sa
mort est pour vous une chose claire. Cette
vérité vous a-t-elle
été manifestée dans le temps
que votre conscience gémissait sous le poids
du péché et de la colère de
Dieu ? Si cela est, vous avez reçu
grâce.
Il n'est donné qu'à
une pauvre âme travaillée et
angoissée de connaître la valeur
immense du mérite de Jésus-Christ.
Celui qui n'a qu'une légère
conviction et un sentiment passager de sa
corruption, ne saurait apprécier les
mérites du sang de Jésus-Christ.
27 -
Pécheur désolé, vous vous
tournez à droite et à gauche pour
demander : Qui me fera voir ce qui est bon
(Ps. IV, 7) ? Vous parcourez
dans votre esprit tout l'amas de vos bonnes oeuvres
et de vos actes de religion, pour composer un
fantôme de justice à la faveur duquel
vous puissiez vous sauver. Quittez cette
entreprise, il est plus que temps de vous adresser
à Jésus-Christ. Il vous y invite
lui-même, en disant : Regardez vers
moi de tous les bouts de la terre, et vous serez
sauvés
(Esa, XLV, 22). Aussi est-ce lui, et
lui seul, qui est Sauveur ; il n'y en a point
d'autre. De quelque autre côté que
vous vous tourniez, vous ne verrez que votre perte.
Dieu lui-même ne regarde qu'à
Jésus ; c'est donc lui qui doit seul
aussi fixer vos regards.
Comme le serpent d'airain fut
élevé dans le désert, de
même Jésus l'a été sur
le Calvaire, afin que les pécheurs,
même les plus éloignés,
puissent l'apercevoir et le contempler en croix. Le
plus faible regard jeté sur lui est
déjà salutaire, le plus léger
de ses attouchements porte avec soi la
guérison.
C'est aussi pour l'exposer aux
regards de votre foi que le Père l'a
exalté publiquement sur le trône de sa
gloire. Il est placé là pour
être le refuge de tous les pauvres
pécheurs. Vous avez mille raisons de vous
adresser à lui, et vous n'en avez aucune de
vous en tenir éloigné, car il est
doux et humble de coeur
(Math. XI, 29).
Il ne manquera pas de faire
lui-même ce qu'il commande à ses
enfants ; comme : user de support envers
les faibles, ne point fermer ses entrailles
à celui qui a besoin, ne point donner lien
à la vengeance, ne pas se prévaloir
de la rigueur de la loi.
Il vous corrigera avec un esprit de
douceur, et il vous soulagera de ce qui vous
pèse sur le coeur
(Gal. VI, 1, 2). Il pardonnera,
non-seulement sept fois, mais sept fois septante
fois
(Math. XVIII, 21, 22). Un de ses
disciples eut de la peine à admettre cette
maxime, et comme il nous en coûte de
pardonner, nous nous figurons le Seigneur aussi dur
que nous le sommes.
28 -
Quand notre conscience est
réveillée, nous nous imaginons que le
Seigneur ne peut pas nous pardonner nos
péchés. C'est ainsi que nous
prétendons réduire une charité
infinie à la mesure de la nôtre, et
établir une proportion égale entre
nos péchés et les infinis
mérites du Sauveur. Imagination qui a sa
source dans l'orgueil, et qui approche du
blasphème
(Ps. CIII, 11, 12 ;
Esa. XL, 15).
Écoutez ce qu'il dit
lui-même : J'ai trouvé la
propitiation
(Job XXXIII, 24). Écoutez la
voix du Père : C'est en lui que j'ai
pris tout mon plaisir. Dieu ne prétend
rien de vous ; rien ne peut vous faire
subsister devant lui ; rien ne peut
tranquilliser votre conscience que Jésus
seul. Il n'y a que lui qui ait donné
à la justice divine une pleine satisfaction.
Le Père fait tout en faveur de son
Fils.
Voulez-vous savoir quel est le prix
de vos propres mérites ? C'est l'enfer,
c'est la colère, l'abandon et la rejection.
Le fruit des mérites de Jésus, c'est
la vie, le pardon, la réconciliation et
l'adoption. Il ne vous met devant les yeux ce que
vous avez mérité que pour vous donner
ce qu'il vous a acquis. Pardonner, c'est en quoi
Jésus fait consister sa gloire, sa plus
grande joie, et, si j'ose le dire, une partie de sa
félicité.
Parcourez l'histoire de sa vie,
durant les jours de sa chair, vous verrez qu'il a
eu plus de conversations avec les péagers et
avec les pécheurs qu'avec les docteurs de la
loi et les pharisiens, qui étaient ses
ennemis jurés, et qui se regardaient comme
des justes. Ne vous figurez pas qu'en passant de
son état d'abaissement à celui de la
gloire il ait changé de sentiment, qu'il
soit devenu indifférent envers les pauvres
pécheurs, ou qu'il les regarde avec
mépris. Bien loin de là : son
coeur est le même aujourd'hui, dans le ciel,
qu'il était autrefois, sur la terre, Il est
Dieu, il ne change point.
Il est l'Agneau de Dieu, qui
ôte te péché du monde
(Jean I, 29). Il a lui-même
éprouvé les tentations, les
inquiétudes, les embarras auxquels vous
pouvez être exposé. Il a
été rejeté des hommes et
abandonné de Dieu, il a bu toute l'amertume
du calice pour ne vous en laisser que la
douceur.
Plus de condamnation pour ceux qui
sont en lui. Il a bu jusqu'au fond toute la coupe
de la colère divine, et il ne vous a
laissé pour votre part que la coupe de
louange, le calice du salut.
29 -
Vous direz peut-être ; « Si
seulement je pouvais croire ; mais je n'ai pas
même une vraie contrition, ni une vive
componction de coeur à la vue de mes
péchés. Mais sachez que, par
là même que vous n'avez que
péché et que misère, vous
êtes dans le cas où Jésus peut
d'autant mieux signaler sa grâce. Allez
seulement à lui avec toute votre
impénitence et votre
incrédulité, pour recevoir de lui le
don de la repentance et de la foi. Par là,
vous lui ferez honneur, Dites-lui :
« Seigneur, je ne t'apporte ni justice ni
don, pour t'engager à me recevoir et
à me justifier. Ce sont tes dons que je
viens Le demander. C'est La justice absolument
nécessaire que je
réclame. » Nous ne pouvons pas
nous défaire de la prétention de
vouloir apporter quelque chose au Sauveur ;
cependant il n'y a rien de si
déplacé. Les plus brillants talents
de la nature ne valent pas la monnaie d'un denier
dans le ciel. La grâce de Dieu et le
mérite des oeuvres sont deux choses à
jamais incompatibles
(Tite III, 5 ;
Rom. XI, 6).
Rien ne répugne autant
à l'homme naturel, et rien ne lui est plus
incompréhensible que de se voir
dépouillé de tout, au point qu'il ne
lui reste pas la moindre ombre de bien dont il
puisse faire parade. La propre justice et le
penchant à chercher des ressources en
soi-même, sont les deux enfants chéris
de la nature ; elle en est aussi jalouse
qu'elle l'est de sa propre vie. Mais ils aveuglent
tellement leur mère, qu'ils ne lui laissent
pas la faculté de voir Jésus-Christ
dans sa véritable forme, et qu'ils
étouffent en elle tout désir d'aller
à lui. Lui, de son côté, est
l'ennemi irréconciliable des productions les
plus apparentes de l'amour-propre
raffiné.
Permettez à l'homme naturel
de dresser un Évangile à sa
façon, vous verrez qu'il sera
diamétralement contraire à celui que
Jésus-Christ nous a donné. Selon lui,
il n'y aurait de grâce et de salut que pour
les justes, pour les saints, pour les parfaits. Il
est donc heureux pour vous que ce soit
Jésus-Christ qui ait donné
l'Évangile, parce qu'il est fait
exprès pour des pécheurs
misérables, corrompus, injustes et
damnables. L'esprit humain se révolte contre
la simple idée d'un Évangile qui
n'est que pour des pécheurs. Le parti du
désespoir est moins affreux pour lui, que
celui d'aller à Christ dans une posture si
humiliante, et à des conditions si
mortifiantes pour lui.
Dès que la nature se sent
serrée de près et mise à
l'étroit par le sentiment de ses
péchés et par la crainte du jugement,
aussitôt, pour se défendre, elle fait
arme de sa propre justice, de sa
piété, de sa dévotion. Il ne
faut pas moins qu'une grâce toute-puissante
pour détruire ses retranchements.
S'il est vrai que
Jésus-Christ exclue quelqu'un de la
grâce, ce ne peut être que ceux qui se
justifient eux-mêmes. Il favorisera les plus
insignes pécheurs de ses regards propices,
tandis qu'il les détournera de ces faux
justes. La raison en est qu'il ne peut pas
être leur justice, parce qu'à leurs
yeux ils ne sont pas pécheurs.
30 -
Rien de plus aisé que de dire, sans
sentir la valeur de ses paroles :
« Je suis une créature
pécheresse ; » mais dire avec
sincérité, dans les sentiments du
pauvre péager : « 0
Dieu ! sois apaisé envers moi qui suis
pécheur ! » c'est à
mon avis la prière la plus rare, la plus
difficile.
C'est ainsi qu'il est aisé de
dire : « Je crois en
Jésus-Christ ; » mais
reconnaître en la personne de Jésus
crucifié ce Fils de Dieu plein de
grâce et de vérité, de la
plénitude duquel on reçoit
grâce sur grâce, c'est là le
grand point. Il en coûte peu d'avoir dans la
bouche le nom de JÉSUS ; mais confesser
de coeur, comme saint Pierre, qu'il est le CHRIST,
le Fils du vivant, et le seul Médiateur,
c'est ce qui n'est pas au pouvoir de la chair et du
sang. Rien de plus commun que d'entendre nommer
Jésus-Christ le Sauveur, et rien de plus
rare que les gens qui le reconnaissent
véritablement pour tel.
31 -
Quel objet plus ravissant pour un coeur que la
grâce et le salut qui résident en
Jésus-Christ ! L'a-t-on
découverte, on éprouve à
l'instant que ce glorieux salut est notre partage.
Le connaître et l'embrasser, sont deux choses
inséparables.
32 -
Je ne saurais me rappeler, sans rougir qu'au
milieu de mes plus grandes dévotions j'ai
oublié le sang de Jésus-Christ, qui
pourtant est le fondement et l'essence de
l'Évangile. Après l'image de l'enfer,
il n'y en a point, de plus hideuse qu'un
système de christianisme dont
Jésus-Christ n'est pas la base et le
centre.
Quoique vous ayez nombre de bonnes
dispositions, il suffit qu'il vous en manque une
pour que, à l'exemple du jeune homme dont
parle l'Évangile, vous sortiez avec
tristesse de la présence du Sauveur
(Luc XVIII, 23). Vous n'avez pas
encore consenti à renoncer à tout, et
à vous dépouiller de toute propre
justice. Vous pouvez passer chez les hommes pour un
modèle de vertu, et avec cela être un
ennemi secret, que dis-je ! un adversaire
déclaré de Jésus-Christ,
même dans vos prières et dans tous vos
autres exercices de piété.
33 -
Ne négligez rien pour avancer dans la
sanctification, mais gardez-vous bien d'y fonder
votre espérance d'être sauvé,
comme si elle pouvait vous tenir lieu de Sauveur.
Si vous tombiez dans cette erreur, vous ne pourriez
en revenir qu'en consentant à voir toute
votre sainteté anéantie. Ce n'est pas
par votre sainteté que vous pouvez
être justifié devant Dieu, mais par la
satisfaction infinie de Jésus-Christ. La
propre justice sera consumée par le feu,
comme le foin et le chaume, au jour que le Seigneur
paraîtra glorieux sur son tribunal, Alors
aucune religion ne sera trouvée
véritable, que celle qui se réduit
précisément à ceci :
- 1. N'avoir pour unique fondement que la
grâce et la charité
éternelle de Dieu en Jésus-Christ,
et s'y tenir fermement attaché comme au
Rocher immuable des siècles.
- 2. Vivre continuellement dans la foi du Fils
de Dieu, en regardant à lui comme
à celui dont les mérites font
notre justice éternelle ; aussi n'y
a-t-il que cela qui sanctifie le coeur ;
sans quoi il demeure toujours
charnel.
- 3. Pouvoir, sans perdre le Sauveur de vue,
voir toute l'étendue de notre
misère, dans l'assurance que tous nos
péchés nous sont pardonnés,
et que dès lors le Seigneur les regarde
comme s'ils n'avaient jamais été
commis.
- 4. Dans cette situation, être assidu
à la prière, lire et
méditer la Parole de Dieu, et vaquer
à d'autres exercices de
piété, en conservant toujours le
sentiment de la corruption de notre nature et de
l'imperfection de nos oeuvres, quoique
agréées de la part du
Seigneur.
- 5. Renoncer, aux pieds du Sauveur, à
toute estime de nous-mêmes, à
toutes prérogatives et à toute
justice propre, et fouler cela aux pieds, comme
ce qu'il y a de plus vil.
- 6. Être continuellement trouvé,
revêtu de la justice de Christ et sentir
notre coeur rempli d'amour pour lui.
- 7. Pouvoir nous réjouir de voir tous
nos prétendus mérites
anéantis, afin que toute gloire soit
rendue à l'Agneau qui est sur le
trône.
- 8. Enfin, regarder comme autant de
péchés et déplorer
amèrement toutes les oeuvres que nous
pourrions avoir faites hors de la communion du
Sauveur et par un autre principe que par amour
pour lui. Aussi bien, tout culte et toute oeuvre
qui ne provient pas d'un coeur arrosé du
sang de Jésus-Christ, est une oeuvre
morte.
34 -
Rien n'est plus aisé que de prouver
l'impuissance de notre propre volonté en ce
qui regarde le salut. L'incapacité de
l'homme ne se démontre pas seulement par
l'Écriture ; elle se fait sentir dans
le coeur, pour peu qu'on se connaisse, et qu'on ait
eu du commerce avec Jésus-Christ. Toute
présomption de nous-mêmes cesse quand
il s'agit de nous approprier ses mérites et
de nous couvrir de sa robe de justice. Le Fils de
Dieu est une personne trop élevée
pour que la faible nature puisse d'elle-même
entrer dans une union étroite avec lui, ou
seulement atteindre jusqu'à lui. Il est si
souverainement saint que la nature ne peut
l'envisager qu'en tremblant. Sa bonté est si
inconcevable qu'il n'est pas possible à
l'homme naturel de se la représenter aussi
grande qu'elle est, surtout lorsqu'il a la vue
frappée de la laideur de son
péché. La gloire et la majesté
de Christ sont trop infinies pour que la nature ose
seulement s'approcher de lui pour le toucher. Il
faut qu'une vertu divine survienne dans l'âme
pour lui inspirer celle liberté. Tant il est
vrai qu'il est impossible à la nature
abandonnée à elle-même de
connaître Jésus-Christ et de
s'attacher à lui.
35 -
Un Sauveur que la fantaisie et la volonté
de l'homme se forgent n'est qu'une production de
l'homme. Ce n'est pas ce Sauveur, ce Jésus,
ce Fils du Dieu vivant, auquel nul ne peut aller,
à moins que le Père ne l'y attire
(Jean VI, 44).
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