LE MIEL
DÉCOULANT DU ROCHER
QUI EST
CHRIST
16 -
Quand votre conscience est agitée par le
sentiment de vos péchés, gardez-vous
bien de chercher du soulagement ailleurs que dans
le sang de Christ ; votre coeur ne ferait que
s'endurcir davantage. Cherchez votre
tranquillité en Jésus, qui est seul
notre paix
(Eph. II, 14). Mais ne la cherchez ni
dans vos oeuvres, ni dans vos larmes, ni quelque
autre part que ce soit. Faites consister votre
justice uniquement en Jésus, et non dans les
dons que vous pouvez avoir, reçus de lui. La
confiance aux bonnes oeuvres ne nous éloigne
pas moins du Sauveur que l'attachement au
péché. Si votre regard est uniquement
fixé sur Jésus, ce divin maître
vous fera bientôt exécuter toute sa
volonté. Appuyez-vous sur lui, de
façon que tout le poids de votre âme
repose sur sa personne. Gardez-vous bien d'asseoir
un de vos pieds sur votre propre justice, tandis
que vous posez l'autre sur la sienne.
17 -
Celui qui hésite d'arrêter ses
regards sur l'extrême laideur de ses
péchés, et de porter la vue jusqu'au
fond de l'abîme de son propre coeur, n'a
point encore de confiance aux mérites de
Jésus-Christ. J'admets que vous soyez le
plus grand de tous les pécheurs, essayez
d'aller vous jeter à ses pieds ; pour
certain, vous trouverez en lui un Sauveur
tout-puissant, le Saint et le Juste, qui justifie
le pécheur.
Au milieu de tous vos doutes, des
détresses et des angoisses de votre
conscience, regardez à Jésus, sans le
perdre de vue. Ne vous laissez point
entraîner dans des contestations avec Satan,
ce serait lui donner trop beau jeu ;
réfugiez-vous plutôt auprès de
Christ, c'est lui qui saura le vaincre.
Intercéder et combattre pour nous, c'est sa
fonction
(Jean XVII, 9, 10,
16, 17-20.). Comme notre caution,
c'est à lui de répondre aux
accusations de la loi
(Héb. VII, 22). Et c'est enfin
à lui de plaider notre cause devant le
tribunal de la justice divine, parce qu'il est
notre Médiateur
(Gal. III.20;
1 Tim. II, 5.) Il s'est
obligé à cela par serment
(Hébr. VII, 20, 21). Ainsi,
remettez-lui toutes vos affaires. Que si vous
prétendiez contribuer pour quelque chose
à l'expiation de vos péchés,
vous renonceriez par là à
Jésus-Christ le juste, qui a
été fait péché pour
vous
(2 Cor. V, 21).
18 -
Satan a bien le talent de citer et de tordre les
Écritures, mais il ne peut rien
répliquer quand la foi s'en sert pour le
combattre. La Parole de Dieu est l'instrument dont
notre Sauveur s'est servi lui-même pour
fermer la bouche à l'ennemi
(Math. IV).
Parcourez tous les livres saints,
vous n'y trouverez aucune parole dure, capable de
rebuter un pauvre pécheur
dépouillé de toute propre justice.
Bien loin de là, il y est dépeint
sous des traits qui font juger que c'est lui, et
nul autre, qui est le vrai et le plus cher objet de
la grâce.
Comptez sur les dispositions du
coeur de Jésus à vous recevoir, et le
vôtre sera disposé à aller
à lui. Vous apercevez-vous que vous manquez
de foi - souvenez-vous que la production de la foi
est son oeuvre. Demandez-la-lui avec larmes ;
c'est lui qui produit en nous avec efficace le
vouloir et l'exécution, selon son bon
plaisir
(Philip. II, 13). Déplorez
votre incrédulité, qui veut vous
persuader que votre péché abonde
par-dessus la grâce, qui ravale le
mérite de Christ, et qui veut faire passer
son précieux sang pour impuissant et
insuffisant à opérer une pleine et
entière satisfaction pour vous.
19 -
Quand vous vous plaignez de vous-même,
voyez si votre misère vous conduit à
regarder moins sur vous-même que sur le
Seigneur Jésus. Si cela est, vos plaintes
partent de bonne source.
Les âmes ne sont jamais plus
à plaindre que quand elles s'arrêtent
à considérer avec complaisance leurs
bonnes oeuvres, leurs bons mouvements et les
consolations qu'elles peuvent avoir reçues,
dans le temps que Jésus seul devrait fixer
toute leur attention. La considération de
tous ces avantages ne sert qu'à vous enfler,
au lieu qu'un constant regard sur Jésus vous
retiendra dans les bornes de l'humilité.
C'est par grâce que vous êtes
sauvé
(Eph. II, 5).
20 -
Que votre courage ne se ralentisse point dans
les adversités
(Jacq. I, 2). Ces épreuves,
selon l'intention du Seigneur, ne tendent pas
à vous terrasser, mais elles ont pour but de
vous faire perdre toute confiance en
vous-même, pour ne chercher d'appui qu'en
Jésus-Christ, le Rocher
inébranlable.
Vous pouvez être
abaissé jusqu'à vous voir sur le bord
de l'abîme et sur le point d'y être
précipité ; et qu'y aurait-il en
cela d'étonnant ? Plus d'un saint s'est
trouvé dans ce cas et s'est vu criblé
par Satan. Je suppose que vous soyez aussi
réduit à cette
extrémité : rien ne vous
empêche de crier au Seigneur et de tourner
vos yeux vers le temple de sa sainteté
(Jon. II, 4.5). Personne n'avait
entrée dans l'ancien temple que celui qui
était purifié et qui y portait une
victime. Or Jésus-Christ est notre temple,
notre victime, notre autel et notre souverain
sacrificateur ; et ce qu'il y a de consolant
dans l'Évangile, c'est que les plus grands
pécheurs y sont invités à
s'approcher de Jésus. Ils osent le faire,
lorsqu'ils ont renoncé à
présenter toute autre offrande que le sang
qu'il a lui-même offert en sacrifice
(Hébr. VII, 26, 27).
21 -
Peut-être pensez-vous en
vous-même : « La grâce
pourrait-elle opérer un miracle aussi
surprenant que le serait celui de ma
conversion ? » Mais
représentez-vous l'assemblée des
bienheureux dans le ciel : vous trouverez
sûrement parmi eux mille et mille exemples de
la grâce du Seigneur la plus
éclatante. Vous n'êtes pas trop
misérable pour en devenir un pareil
monument : le Sauveur ne connaît point
de pécheur à qui il ne puisse faire
la même grâce.
Ne vous abandonnez pas au
désespoir, mais persévérez
dans l'espérance. Lorsque les plus
épais nuages environneront votre âme,
que votre foi perce au travers pour
découvrir Christ : c'est lui qui est
cette colonne de grâce et de charité
que le Père céleste a
érigée et qui va de la terre au ciel,
afin que tous les pauvres pécheurs y aient
leur recours.
Quelque accusation que Satan et
votre propre conscience puissent intenter contre
vous, n'en tirez pas un jugement définitif
contre vous-même ; c'est à
Jésus-Christ à prononcer et sa parole
demeurera la seule valable. Comme il est le Juge
des vivants et des morts, il n'appartient
qu'à lui de dicter la sentence
définitive. Or son sang plaide pour notre
réconciliation
(Col. I, 20), pour notre purification
(1 Jean I, 7), pour notre
rançon
(Actes XX, 28), pour notre
rédemption
(1 Pier. I, 18, 19), pour notre
sanctification
(1 Cor. I, 30), pour notre
justification
(Rom. V, 9), et pour nous procurer un
libre accès auprès de Dieu
(Eph. II, 13). Il ne se peut pas
qu'une seule goutte de ce divin sang perde sa
valeur.
Arrêtez-vous pour
écouter ce. que le Seigneur dira :
David nous assure qu'il prononcera la paix sur son
peuple et sur ses bien-aimés, de peur qu'ils
ne retournent à leur première folie
(Ps. LXXXV, 9) ; il promet
grâce, miséricorde et paix
(2 Tim. I, 2). C'est là le
langage du Père et celui que parle
Jésus-Christ.
22 -
Attendez la manifestation de Jésus-Christ
dans votre coeur, comme le guet attend
l'étoile du Matin
(Ps. CXXX, 5, 6). Il se lèvera
comme l'aurore, et il viendra à vous comme
la rosée qui humecte la campagne
(Osée VI, 3).
Comme rien ne peut retarder le lever
du soleil, rien ne peut empêcher que
Jésus, le Soleil de justice, ne vienne vous
éclairer
(Mal. IV, 2). Que rien ne soit
capable de détourner vos regards de dessus
lui. Le premier objet qui doit les arrêter,
c'est le Sauveur. Quand la douleur d'avoir
péché ne vous permet pas de regarder
à Christ, votre repentance est
vaine.
En tout ce que vous faites, regardez
à Jésus : avant l'action, pour
lui demander grâce ; pendant l'action,
pour implorer son assistance ; et après
l'action, pour le supplier qu'il agrée votre
service et qu'il en pardonne les défauts. Ne
pas faire attention à cela, c'est agir
à la légère et en homme
charnel.
Ne faites pas de l'Évangile
une seconde loi, comme s'il vous restait quelque
chose à faire et à souffrir, pour
l'expiation de vos péchés,
après ce que le Sauveur a fait et souffert
pour vous. Jésus-Christ ne serait pour vous
qu'un Médiateur imparfait, si vous vous
croyiez obligé de porter et d'expier une
partie de vos péchés. Que le
péché navre et brise votre coeur,
mais qu'il n'abatte point votre confiance en la
grâce que l'Évangile présente
au pécheur.
23 -
Assurez-vous avant tout de votre justification
devant Dieu. Dans l'observation des commandements
les plus importants, n'envisagez pas
Jésus-Christ comme un Moïse qui a
toujours le bâton levé quand il
commande, mais considérez-le comme celui qui
s'est chargé de faire lui-même en vous
l'oeuvre qu'il vous commande. S'il vous arrive de
faire plus de fond sur vos oeuvres, sur vos vertus
et sur la pratique de vos devoirs, que sur ses
mérites, vous vous préparez de grands
regrets pour l'avenir.
Il n'est pas étonnant que
vous vous plaigniez de votre état,
malgré tant d'attraits de la grâce que
vous avez sentis dans votre coeur. Ces
opérations de la grâce
prévenante ne doivent pas être le
fondement de votre espérance ; ce n'est
que sur le mérite de Jésus que vous
devez vous reposer. Lui seul est l'espérance
de notre gloire
(Col. I, 27).
24 -
Quand nous paraissons devant Dieu, ne prenons
rien avec nous que Jésus-Christ. Tout autre
accompagnement tiré de notre propre fonds,
tout appareil ou préparatif venant de
nous-mêmes est un poison qui éteint la
foi. Quiconque bâtit sur ses bonnes oeuvres,
fût-ce même sur des mouvements que la
grâce produit en lui, celui-là
méconnaît le mérite de
Jésus-Christ.
Voulez-vous savoir ce qui rend la
foi si difficile, et ce qui la met tellement
au-dessus de toutes les forces de la nature ?
C'est que, pour croire, il faut vous
résoudre à ne plus regarder comme
oeuvres méritoires vos avantages, votre
obéissance, l'observation de vos devoirs,
vos dons, vos bonnes oeuvres, vos larmes, vos
attendrissements de coeur, vos humiliations,
etc. ; mais à regarder tout cela comme
une perte, comme de la balayure et de l'ordure,
afin de gagner Christ, et de ne vous attacher
qu'à lui
(Philip. III, 7, 8).
Il faut que vos propres oeuvres et
vos propres forces soient anéanties de jour
en jour. C'est de la main de Dieu que vous devez
tout recevoir ; Jésus-Christ est le
grand don de Dieu
(Jean IV, 10). La foi est un don de
Dieu
(Eph. II, 8) ; la
rémission des péchés est un
don gratuit de Dieu
(Rom. V, 16). Ah ! que ces
vérités sont révoltantes pour
la nature orgueilleuse ! Rien ne la blesse et
ne l'irrite plus que quand on lui dit que tout est
grâce, que tout est don gratuit, qu'elle ne
peut rien acquérir ou mériter, ni par
ses oeuvres, ni par ses larmes, ni par tout ce
qu'elle peut faire de plus beau ; et que tout
ce qui est produit par les seules forces humaines
est de nulle valeur dans le ciel.
25 -
S'il eût été remis au choix
de l'homme de régler l'ordre de la
grâce et la voie du salut, il ne se fût
pas avisé de chercher sa
félicité auprès de
Jésus-Christ, qui la donne gratuitement, et
qui, par là même, ne saurait gagner la
confiance du coeur humain. Il l'aurait plutôt
placée entre les mains des anges on des
saints, à condition qu'ils la vendraient. Il
aurait tellement disposé de l'acquisition du
salut, qu'il eût pu l'acheter par des
oeuvres. L'homme naturel aimerait mieux, pour
être sauvé, faire toute autre chose
que d'aller à Jésus et d'entrer en
liaison avec lui. Quant au Sauveur, il n'exige
absolument rien de l'âme pour sa
justification ; mais l'âme voudrait
à toute force l'obliger à recevoir
quelque chose d'elle.
|