LE MIEL
DÉCOULANT DU ROCHER
QUI EST
CHRIST
Préface de l'auteur.
LECTEUR
Depuis quelque temps je sens que la
charité de Christ me presse. Elle a
dardé sur mon coeur des rayons si puissants,
qu'il en est tout pénétré et
comme embrasé. C'est trop peu pour moi de
bénir, dans le silence, le meilleur ami des
hommes, je veux dire Jésus, notre cher
Sauveur, dont l'amour surpasse toute connaissance
(Eph. III, 19) ; je me sens
aussi entraîné à embrasser en
esprit tous les enfants de Dieu, et à leur
souhaiter du bien. Mon coeur se livre d'autant plus
volontiers à ce doux penchant, que, dans ces
derniers temps, il se trouve çà et
là, dans le monde, beaucoup de pauvres
âmes qui, avec de bons désirs, sont
encore flottantes et sujettes à se laisser
emporter à tout vent de doctrine, par la
tromperie des hommes et par leur adresse dans l'art
de séduire
(Eph IV, 14). Il s'en trouve
plusieurs qui, pour travailler à leur
édification et à celle des autres,
bâtissent sur un fondement faux et
ruineux ; ce qui rend inutiles toutes les
peines qu'ils se donnent. La raison de cela est
qu'il y en a peu qui, comme parle l'apôtre,
aient une charité sincère, et qui
croissent à tous égards dans celui
qui est notre chef, savoir Jésus-Christ
(Eph IV, 15). Cela étant, il
ne faut pas s'étonner qu'on remarque si peu
de solidité et d'accroissement parmi les
âmes. Tout ce qu'on fait hors de l'union avec
Christ et sans être enraciné en lui,
est perdu et maudit.
Cher lecteur ! s'il
plaît à Dieu de bénir la
lecture de ce petit ouvrage, j'espère que
vous y reconnaîtrez le langage d'un
fidèle ami. Peut-être entendrez-vous
une douce voix qui vous dira
intérieurement : « C'est ici
le chemin que tu dois suivre ; ne t'en
écarte ni à droite ni à
gauche. » En effet, l'heureuse route qui
mène le pécheur à la
justification devant Dieu est celle qui le conduit
à la justice de Jésus-Christ. Quant
à notre propre justice, c'est un drap
souillé ; et il faut que chacun
dise : « Ma justice et ma force sont
dans le Seigneur
(Esa. XLV,
24,25). »
Il n'y a point de
réconciliation ni de réunion avec
Dieu qu'en ce seul Juste par excellence, qui est
mort pour nos injustices. « Celui qui n'a
point connu de péché a
été fait péché pour
nous, afin que, par lui, nous qui sommes
pécheurs, fussions revêtus d'une
justice valable devant Dieu
(2 Cor. V,
21). »
Lecteur chrétien !
jetez aux pieds de Jésus tout ce qui se
trouve en vous appartenant encore au vieil homme.
Rendez hommage au Fils de Dieu en lui donnant la
préférence sur tout autre. Sous le
Nouveau Testament, il faut que tous les vases du
temple spirituel de Dieu, depuis le plus petit
jusqu'au plus grand, soient consacrés et
attachés à Jésus-Christ. Cet
honneur lui est dû, et il en est seul digne.
C'est lui qui bâtit le temple de Dieu, et
selon le conseil éternel du Père, il
en doit être le fondement, la pierre
angulaire et la couronne. En lui réside la
plénitude de la grâce et de la gloire
du Père. N'hésitez donc point d'aller
à lui, quels que vous soyez. Il n'est aucune
sorte de péchés, de misères,
ni de maladies, qui doivent vous en empêcher.
Il est le vrai et unique Médecin des
âmes, chez qui vous trouverez le
remède à tous les maux.
Cher lecteur ! Dieu vous
fasse la grâce d'éprouver la
réalité de toutes les paroles que
vous lirez dans ce petit ouvrage. Que tout ce qui y
est contenu soit pour vous un baume qui restaure
votre âme, qui vous fortifie dans vos
faiblesses, et guérisse vos langueurs. Alors
votre âme se félicitera
elle-même de son bonheur.
Je suis, dans l'unité de la
foi et dans la communion du saint Évangile,
Votre frère.
1 -
Vous qui jetez les yeux sur cet ouvrage, c'est
à votre coeur et au mien que je veux
parler.
Vous portez le nom de
chrétien, vous vivez dans la communion
extérieure de l'Eglise, et vous jouissez de
ses sacrements. J'avoue que ces prérogatives
sont précieuses ; mais, avec tout cela,
si votre piété n'a pas pris racine
dans le sang de Jésus-Christ, elle sera
sèche et stérile, elle se
réduira à une fausse apparence, avec
laquelle vous pouvez devenir la proie du
démon.
2 -
Aussi longtemps que vous serez rempli de votre
propre justice, vous demeurerez sous la puissance
du péché. Vous nourrissez dans votre
sein un serpent, qui soufflera sur votre
piété, et portera un coup mortel
à votre âme. Examinez donc
fréquemment, avec une sévère
exactitude, quelle est la base de votre
espérance. Est-ce la main de
Jésus-Christ lui-même qui l'a
posée ? À défaut de cela,
votre édifice ne résistera jamais
à l'orage qui éclatera sur lui.
L'ennemi viendra à bout de le saper et de le
renverser de fond en comble.
3 -
Âme présomptueuse,
attendez-vous à être criblée.
Vous allez passer par des épreuves qui
dévoileront tout le fond de votre
christianisme. Quelle affreuse situation, quand
tout vous échappera, et que vous ne saurez
plus à quoi vous en tenir !
4 -
Esprit qui volez trop haut, ne vous fiez
pas à vos ailes de cire. Elles se fondront
dans l'ardeur des tentations, et votre chute en
sera d'autant plus grande. Qu'il est triste de se
voir réduit à une honteuse
banqueroute, après avoir fait longtemps un
brillant commerce ! Tel est le sort d'une
âme qui néglige de prendre ses
précautions pour l'éternité.
5 -
Chrétien éclairé,
prenez garde qu'il n'y ait à votre racine un
ver capable de gâter toute la plante, et de
vous faire devenir un tronc sec et pourri. Portez
la sonde dans votre coeur, et demandez-vous
à vous-même : « Mon
âme est-elle teinte du sang de
Jésus-Christ ? En porté-je la
marque ? Et sur quelle justice est
fondée l'espérance que j'ai
d'être sauvé ? Suis-je
entièrement dépouillé de ma
propre justice ? » Cet examen est
d'autant plus nécessaire, que plusieurs
chrétiens des plus considérés
ont vu, à la fin de leur vie, toutes leurs
oeuvres disparaître à leurs yeux.
Combien dans ce moment-là se sont
écriés qu'ils étaient perdus
sans ressource !
6 -
Réfléchissez qu'un homme à
bonnes oeuvres peut receler plusieurs de ces
péchés criants qui en font
gémir un autre dans la plus grande angoisse
de son âme, et que souvent une conscience
bourrelée n'annonce pas plus de crimes
secrets qu'une âme n'en cache sous l'appareil
de ses prétendues vertus. N'ayez point de
repos que votre âme blessée par le
péché ne soit guérie
radicalement par le sang de Jésus-Christ. Ne
vous contentez pas que la cicatrice soit
légèrement couverte par la pratique
des devoirs de la religion, par des actes de
repentance, par des humiliations ou par des
consolations. Tout ce que vous y appliquerez,
hormis le sang de Jésus-Christ, ne fera que
renfermer le venin dans la plaie. Vous vous
apercevrez bientôt que le péché
n'a pas été amorti, parce que vous
n'avez jamais bien contemplé
Jésus-Christ répandant son sang pour
vous sur la croix. Rien ne peut détruire le
péché que le regard de la foi
fixé sur la justice du Sauveur.
7 -
La nature ne saurait préparer de
remède pour la guérison de
l'âme. Toute guérison
opérée par la voie des oeuvres et des
devoirs, et non par le sang de Jésus-Christ,
est pire que la maladie la plus incurable. Les
lumières et les forces de la nature
corrompue ont beau être cultivées et
portées au plus haut point, elles ne
sauraient fournir à l'âme qu'un habit
souillé pour couvrir sa nudité. Le
seul habit pur et sans tache qu'il faut à
notre âme, c'est la justice et le
mérite parfait du Sauveur.
8 -
Que deviendra l'ouvrage que la faible nature a
tissu ? Ou il faut consentir à vous en
voir dépouillé, pour vous laisser
revêtir de la justice de Christ, ou bien, si
vous gardez sur vous ce tissu de la nature, Satan
le mettra en lambeaux ; et alors votre
âme, nue et confuse, n'aura d'autre attente
que la colère à venir.
Non, la nature, avec toutes ses
forces, ne saurait attirer sur votre âme un
seul rayon de la grâce divine, capable de
détruire le péché en vous, et
de vous éclairer jusque devant la face du
Seigneur.
9 -
Vous faites profession d'être
chrétien, vous assistez au culte divin, vous
participez aux saints sacrements, tout cela est
bon ; mais savez-vous bien qu'en faisant tout
cela vous pouvez être le plus malheureux de
tous les hommes ? Pouvez-vous vous souvenir
d'un moment auquel Jésus se soit
approché de votre coeur pour demeurer si
bien présent à vos yeux, que vous
préfériez cet unique objet à
tout ce qu'il y a de perfections, de beautés
et de vertus dans le monde ? Tout ce que vous
présumiez avoir fait de bon, est-il
réputé de votre part comme le linge
le plus souillé ? Tout cela est-il
abaissé devant la gloire magnifique de sa
grâce et de son amour
(Esa. II, 17.19) ?
10 -
Si jamais vous avez appris à
connaître véritablement
Jésus-Christ, vous n'avez découvert
en lui que pure grâce, que justice parfaite,
qui, abonde infiniment sur tout péché
et sur toute misère humaine. Si vous avez
véritablement vu et connu
Jésus-Christ, vous pouvez fouler aux pieds
la justice des hommes et des anges, plutôt
que de chercher, par l'une ou par l'autre, un libre
accès auprès de Dieu.
Si vous connaissez
Jésus-Christ, vous ne voudrez pas, pour tout
au monde, faire aucune bonne oeuvre sans lui
(2 Cor. III, 5). Si jamais vous
l'avez connu, vous devez l'avoir aperçu
comme le rocher du salut, infiniment
élevé au-dessus de toute propre
justice, de même qu'au-dessus de Satan et du
péché
(Ps. LXI, 3). Et ce rocher, qui est
Christ, vous suivra partout
(1 Cor. X, 4). C'est de lui que
découle continuellement le Miel de la
grâce, qui peut vous rassasier.
Sondez-vous bien, et me dites si
jamais vous avez contemplé Jésus,
comme le Fils unique du Père, plein de
grâce et de vérité
(Jean I, 14, 16, 17). Ne vous donnez
aucun relâche, jusqu'à ce que vous
soyez bien assuré que vous êtes
entré dans la communion avec Christ, que
vous êtes assis sur ce rocher des
siècles, que vous avez suivi l'appel que sa
voix a adressé à votre âme, et
que votre justification est une affaire
réglée entre lui et vous.
11 -
Rien de plus commun que d'entendre des gens
parler admirablement bien de la foi, lorsqu'ils
sont jeunes et en santé ; mais rien de
plus rare que ceux qui en connaissent, par
expérience, la nature et
l'efficace.
Le grand mystère
révélé dans l'Écriture
sainte, c'est Jésus-Christ, ou Dieu
manifesté en chair. Le mystère de la
doctrine de Christ, c'est la grâce acquise
par lui, destinée, offerte et
accordée aux pauvres pécheurs.
L'ouvrage le plus merveilleux de Dieu dans le
monde, c'est la foi. Dès que vous y
mêlez du vôtre, c'est un ouvrage
défiguré, sur lequel le Sauveur ne
daigne pas jeter le moindre regard.
Désirez-vous aller par la foi
à Jésus-Christ ? Laissez toute
votre propre justice bien loin en arrière,
et ne lui portez rien que vos péchés
et votre misère. Cette parole est
dure ! répliquerez-vous. Oui, dis-je
encore une fois, il faut que vous abandonniez toute
votre sainteté, vos vertus, vos bonnes
oeuvres, vos actes d'humiliation, et que vous
n'ayez à présenter au Seigneur
Jésus que vos défauts et votre
misère. Sans cela, il n'est pas le
Jésus qu'il vous faut, et vous ne lui
convenez pas non plus. Il est un Médiateur
et un Sauveur qui ne souffre point qu'on mette rien
à côté de lui. Il ne
prétend pas que vous soyez autre chose qu'un
pauvre pécheur qui se donne pour perdu. Si
cela ne vous accommode pas, jamais vous ne
conviendrez ensemble.
Rien de plus difficile à
l'homme que de chercher toute sa justice en
Jésus. Cependant personne ne le
reconnaît pour son Sauveur, que celui qui
recherche toute sa justice en lui seul. Dès
que vous lui associez quelque autre chose, vous
dérogez à sa qualité de
Sauveur parfait.
12 -
S'il vous arrive, en vous présentant
devant Dieu pour être reçu en
grâce, de vous prévaloir d'autre chose
que du mérite de Jésus-Christ, tenez
pour certain que cette pensée est un
antichrist. Repoussez-la loin de vous, afin que la
justice de Jésus demeure seule triomphante.
Partout où elle ne domine pas, là est
le règne de Babel ; et il faut que ce
règne soit détruit, pour faire place
en vous à celui de Christ. Christ a
été tout seul à fouler au
pressoir, et personne n'était avec lui
(Esa. LXIII, 3). Tout mérite
que vous voudriez associer au sien, il le foulera
aux pieds sans ménagement, parce que ce
serait une tache sur la robe de sa parfaite
justice.
13 -
Vous qui vous imaginez que la foi est une chose
si aisée, la vôtre a-t-elle jamais
passé par le creuset des
épreuves ? A-t-elle tenu bon dans le
temps que toute la laideur de vos
péchés vous a été mise
devant les yeux ? car une foi non
éprouvée est toujours suspecte et
chancelante. Vous souvenez-vous que, Satan ait eu
la permission de s'approcher de vous ? Et
votre conscience a-t-elle senti le poids de la
colère de Dieu ? Si cela est, et que
vous vous soyez vu sur le bord de l'abîme,
dans ce cas il doit vous avoir été
manifesté que le sang de Jésus est
votre rançon, votre justice et votre
délivrance. Alors vous avez pu dire :
Il y a abondance de grâce en
Jésus. Alors il vous aura
été donné de proférer
la plus importante parole qu'un pécheur
puisse prononcer, et de dire : Je crois,
j'ai la foi.
14 -
Quand un homme a la foi, il est vivement
pénétré du sentiment de ses
péchés ; il est convaincu du
prix immense et de l'efficace divine du sang de
Christ, et persuadé de la bonté de
coeur avec laquelle le Seigneur Jésus veut
le sauver, par la raison même qu'il est un
misérable pécheur. Cette oeuvre de
grâce présente quelque chose de plus
grand que la création d'un monde. Quand une
âme est alarmée de ses innombrables
forfaits, effrayée des peines que
méritent ses péchés, toutes
les forces de la nature réunies ne sauraient
la porter à croire fermement qu'il y a une
grâce et une volonté en Christ de
sauver le pécheur. Une âme
possède le secret de l'Évangile,
quand elle se décharge sur l'Agneau de Dieu
du poids des péchés que Satan
reproche à sa conscience. C'est là
faire hommage à Jésus comme à
notre Sauveur, parce que c'est pour cela qu'il a
voulu l'être. Ne connaître de justice
qu'en Jésus, et ne vouloir être
sauvé que par son sang, c'est le sommaire de
l'Évangile. Ce qui met une âme
à couvert de tout assaut, c'est lorsque ni
le souvenir de ses meilleures oeuvres, ni le
sentiment de ses grandes misères, ne
l'empêchent de dire avec confiance :
- Rien, ô Jésus ! que ta
grâce,
- Rien que ton sang précieux,
- Qui seul mes péchés efface,
- Ne rend juste, saint, heureux.
- Ne me dites autre chose,
- Sinon qu'il est mon Sauveur,
- L'auteur, la source et la cause
- De mon éternel bonheur.
15 -
Une des causes des tentations, aussi bien que
des avantages que l'ennemi peut remporter sur nous,
et la principale source de nos plaintes, gisent
dans la propre justice et dans la
présomption de nous-mêmes. C'est pour
nous dépouiller de cette propre justice et
de cette présomption que Dieu permet
à Satan de nous poursuivre, comme Laban
poursuivait Jacob pour l'obliger à laisser
en arrière les idoles qu'il emportait avec
lui. Il faut que celles que vous gardez dans votre
sein vous soient enlevées, à quelque
prix que ce soit ; sans cela,
Jésus-Christ ne pourra pas prendre place
chez vous. La condamnation reposera sur vous
jusqu'à ce qu'il ait pris possession de
votre coeur. Partout où la condamnation se
trouve encore, elle suppose nécessairement
une dureté et une résistance de
coeur. D'où il parait que la condamnation
que l'homme sent encore dans son coeur est une
preuve, ou que Jésus-Christ ne s'en est pas
encore rendu le maître, ou qu'il y trouve
encore de l'opposition. Jusqu'à ce qu'il ait
érigé son trône de grâce
dans votre coeur, vous n'y sentirez que
condamnation, frayeur et défiance
secrète ; ainsi votre âme
flottera toujours entre la crainte et
l'espérance, et vous ne goûterez
jamais la douceur de l'Évangile.
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