L'ÉVANGILE
DANS LE
PAROISSIEN
CAUSERIES AVEC
MON
CURÉ
TROISIÈME
PARTIE
De
l'Intercession
CHAPITRE III
La Bible et la Tradition. -
Conclusion.
M. le Curé.
- C'est un soleil radieux qui s'est levé
aujourd'hui sur nous : il éclairera de
ses célestes rayons notre dernière
causerie. Représentez-vous que c'est la
lumière d'En-haut et, devant Dieu, dites-moi
toute la vérité.
Vous avez affecté toujours
d'invoquer l'Écriture Sainte, la
préférant à la respectable
tradition de l'Eglise romaine...
M.
A. -
Je vous ai cité la tradition pour vous
prouver que la plupart du temps elle n'appuie pas
les dogmes que vous professez. Il ne faut pas se
borner à ne prendre dans un auteur
adopté par Rome, que ce qui approuve un
article de foi et passer sous silence tout ce qui
lui est contraire !
M.
le
Curé. - Le saint Concile de Trente,
persuadé que le Livre sacré ne
suffisait pas pour établir toute la doctrine
romaine, a dit qu'il fallait recevoir et honorer
d'une égale affection de
piété, dévotion et
révérence les traditions qui
appartiennent tant à la foi qu'aux moeurs
(1).
M.
A. -
Eh bien, qu'entendez-vous par
tradition ?
M.
le
Curé. - C'est la parole de Dieu
transmise de vive voix par les Apôtres aux
premiers chrétiens...
M.
A. -
Fort bien. Il s'agit donc des livres canoniques, de
l'Evangile...
M.
le
Curé. - Je le croyais aussi, mais,
à cette légitime tradition
apostolique, on en ajoute une autre qui nous est
parvenue par les Décrets des Conciles, par
la liturgie (cérémonies et
prières) qui ont toujours été
en usage dans l'Eglise, enfin par les écrits
des Saints-Pères (2).
M.
A. -
Donc, la foi catholique romaine repose sur la
Parole de Dieu (Bible), sur les Conciles, sur les
usages de l'Eglise et sur le consentement unanime
des Pères. Tout dogme, ou doctrine ; on
enseignement qui sortiront de cette règle
seront déclarés
hérétiques et
anathèmes...
M.
le
Curé. - Je n'hésite pas
à l'affirmer.
M.
A. -
En conséquence, tout dogme qui sera
né plusieurs siècles après les
Pères apostoliques, qui aura
été ignoré pendant cette
période où les premiers docteurs de
l'Eglise ont écrit pour combattre les
hérésies et mettre plus en
lumière les dogmes attaqués, ce
dogme, dis-je, ne pourra appartenir à la foi
catholique ? (3).
M.
le
Curé. - Cela me semble ressortir de
nos canons et décrets... Mais tout concile
postérieur a été
déclaré infaillible pour justifier
les dogmes apparus au cours des
siècles.
M.
A. -
Que faites-vous donc de l'unité
romaine dans la foi et dans les moeurs ?
Vos dogmes ont varié
souvent !
En ce qui concerne la lecture de
la
Bible, par exemple...
M.
le
Curé. - Nous avons constaté
des hésitations jusqu'au XVIe siècle
et, contrairement au Concile de Trente, nous avons
déclaré avec l'Écriture Sainte
que tous les fidèles étaient
appelés à la lire.
M.
A. -
Sur les questions touchant à la
papauté, à la primauté de
saint Pierre, aux privilèges des Papes,
à l'infaillibilité, avons-nous
rencontré l'unité dans les
décisions des Conciles, confirmée par
le consentement unanime des Pères ?
Avons-nous trouvé la pratique constante de
l'Eglise dans ces dogmes et sa foi permanente en
leur divine institution ?
M.
le
Curé. - Dites plutôt que nous
n'avons constaté que discussions et
querelles ; que nous aurions pu parler du
grand schisme d'Occident où deux ou trois
papes portaient la tiare, et des oppositions du
gallicanisme. Nous avons dû arriver
péniblement en 1870 pour entendre la
définition du dogme de
l'infaillibilité !
M.
A. -
Relativement aux ordres monastiques, au
clergé...
M.
le
Curé. - Je n'hésite plus
à reconnaître que l'Écriture
les condamne.
M.
A. -
Avons-nous été plus heureux avec le
Baptême et l'Eucharistie ? Tous les
décrets des Conciles furent-ils identiques
pour ces Sacrements ? La liturgie n'a-t-elle
jamais varié surtout pour la
transsubstantiation ? L'usage de l'Eglise
a-t-il été le même
toujours ? Rome possède-t-elle le
consentement unanime des Pères ? Et les
cinq autres sacrements ?
M.
le
Curé. - L'Écriture sainte, les
Conciles des premiers âges, les Pères
apostoliques ne professaient pas nos dogmes actuels
sur ces matières...
M.
A. -
Ont-ils donné leur adhésion au culte
des saints, à celui de la Vierge Marie, au
dogme de
l'Immaculée-Conception ?
M.
le
Curé. - Pas davantage... mais ne
m'accablez pas ...
M.
A. -
Pourquoi le Concile de Trente place-t-il la
tradition sur le même rang que
l'Écriture sainte ? Espérait-il
que se fiant à sa parole nul ne la
consulterait ?
M.
le
Curé. - Les saints prélats
n'admettent d'autre tradition que celle qui est
conforme à leur doctrine.
M.
A. -
Voilà un étrange raisonnement !
Vous dites :
- Nous fondons notre foi sur la
tradition !
C'est bien, on vous écoute,
et on apporte ce que vous appelez la tradition.
Alors vous vous écriez :
- Mais nous ne recevons la
tradition
que tout autant qu'elle coïncide avec notre
foi !
Et voilà comment vous faites
plier la tradition pour appuyer tous vos dogmes
nouveaux.
M.
le
Curé. - On ne peut rien
définir sans cela. En 1854 pour affermir le
dogme de l'Immaculée Conception et en 1870
pour défendre celui de
l'infaillibilité, il a fallu rechercher dans
les textes anciens, ceux qui pouvaient être
considérés comme une approbation
tacite. Pie IX aurait été bien
naïf si, en séance, il avait lu les
textes que vous m'avez cités. Personne
n'aurait voté son
infaillibilité !
M.
A. -
De sorte que vous appelez les Pères et les
auteurs quand ils vous approuvent et vous les
ignorez quand leur voix vous condamne ! Le
procédé est commode, il est peu
loyal ; les gens simples, les ignorants, se
laisseront prendre, mais les croyants instruits et
intelligents vous abandonneront dès que la
lumière se fera dans leur esprit.
M.
le
Curé. - L'Écriture ne condamne
pas la tradition !
M.
A. -
C'est à la tradition des pharisiens que
saint Paul doit d'avoir persécuté les
chrétiens :
« Vous avez
sans doute
appris quelle était ma conduite lorsque
j'étais encore juif, avec quelle fureur je
persécutais l'Église de Dieu et
cherchais à la détruire ;
surpassant dans mon zèle pour le
judaïsme la plupart des Juifs qui vivaient de
mon temps, étant en plus ardent
zélateur qu'eux tous dans la tradition de
nos pères
(4). »
M.
le
Curé. - Notre tradition n'est pas en
cause !
M.
A. -
Et c'est pourtant au nom de votre tradition, tout
comme saint Paul, que vous avez en la
Saint-Barthélemy et les Dragonnades,
traquant jusque dans les forêts des
chrétiens dont le crime était de
prier Dieu avec la Bible, au lieu de le faire en
latin, avec des chapelets bénits,
conformément aux ordres de vos
conciles !
M.
le
Curé. - Ils avaient refusé nos
moyens de grâce et menaçaient de faire
sombrer la foi catholique romaine...
M.
A. -
Ces chrétiens voulaient et veulent encore
que l'Évangile domine sur la tradition, que
la Parole de Dieu soit écoutée de
préférence à la parole des
hommes : Saint Paul disait bien longtemps
avant eux :
« Je vous
rappelle
l'Évangile que je vous, ai
prêché, que vous avez reçu,
dans lequel vous persévérez, et par
lequel vous arriverez au salut pourvu que vous
reteniez ma doctrine, telle que
je vous l'ai
prêchée, et que ce ne soit pas en vain
que vous ayez reçu la foi
(5). »
J'ai plus de confiance en la
doctrine de saint Paul qu'en celle du Concile de
Trente. Celle de l'apôtre me conduit au
salut, à la vie éternelle ; je
n'ai point à me préoccuper des
anathèmes qui ne peuvent
m'atteindre !
M.
le
Curé. - Cette malédiction que
vous bravez, ne viendrait-elle point de Dieu ?
Souvenez-vous que la tradition, c'est la parole
même de Dieu transmise de vive
voix.
M.
A. -
Ce sont les hommes qui le disent et qui plus est,
ceux qui en font usage pour les besoins de leur
cause !
Quand je veux affermir ma foi,
j'ouvre le Livre sacré ; je ne me
laisse détourner par aucun autre
évangile, fût-ce même celui du
Concile de Trente, car je lis :
« Si quelqu'un
vous
annonce un autre Évangile que celui que vous
avez reçu, qu'il soit
anathème ! »
(6).
M.
le
Curé. - Oui, pour tout
évangile, où l'on ne parle pas du
Christ.
M.
A. -
D'après l'abbé Glaire, un autre
évangile, c'était au fond celui de
Jésus-Christ, auquel on joignait la pratique
de la loi de Moïse, laquelle
addition suffisait pour
renverser l'Évangile du Christ.
Développez cette
pensée : un autre évangile,
c'est celui de Jésus-Christ, auquel on
ajoute la pratique des commandements de l'Eglise,
la tradition et les dogmes nouveaux, additions qui
suffisent pour renverser l'Évangile du
Christ !
M.
le
Curé. - Vous voulez donc revenir
purement et simplement à la saine
doctrine...
M.
A. -
Oui, parce qu'il n'est que trop vrai que la
prophétie de saint Paul s'est
réalisée -
« Il viendra
un temps
où les hommes ne pourront souffrir la saine
doctrine, mais ne voulant entendre que ce qui les
flattera, ils chercheront sans cesse des docteurs
au gré de leurs désirs ; et,
s'écartant de la vérité, ils
prêteront l'oreille à des fables
.... (8) »
M.
le
Curé. - O ciel ! Où est
la Vérité, et où sont les
fables ?
M.
A. -
La vérité, c'est que la parole de
Dieu doit être lue de tous ; les fables,
c'est que les seuls ecclésiastiques aient le
droit de la lire ; la vérité,
c'est que saint Pierre n'a pas eu une double
primauté d'honneur et de juridiction ;
les fables, c'est qu'il a été pape
vingt-cinq années et qu'il a fondé la
papauté ; la vérité,
c'est que nous devons nous aimer les uns les
autres ; les fables, c'est
que l'Eglise a le pouvoir
d'employer la force pour maintenir sa
domination ; la vérité, c'est
que les chrétiens doivent aller et instruire
les nations ; les fables, c'est que
quelques-uns se cloîtrent par
dévotion ; la vérité,
c'est que le sang de Jésus-Christ nous
purifie de tout péché ; les
fables, c'est que l'eau bénite efface le
péché originel ; la
vérité, c'est que le Saint-Esprit est
un don de Dieu ; les fables, c'est que
l'évêque qui confirme le donne
à l'enfant ; la vérité,
c'est que le Christ a dit en instituant la
Cène : Faites ceci en mémoire de
moi ; les fables, c'est la présence
matérielle du corps de Christ dans l'hostie
et dans le vin de la communion..
M.
le
Curé. - Les fables c'est que la
Fête du Saint Sacrement repose sur les
visions d'une religieuse ! Le Sacrement du
Mariage, erreur voulue de traduction ! Le
Purgatoire... hésitations du Concile de
Trente ! L'Extrême-Onction... simple
pratique mentionnée par saint Jacques et non
institution du Seigneur ! ...
M.
A. -
La vérité c'est qu'il n'y a qu'un
seul avocat, un seul médiateur, un seul nom
à invoquer pour être
sauvé ; les fables c'est que tous les
saints, et la Vierge Marie peuvent
intercéder pour nous ... Et maintenant,
vous, qui portez le titre glorieux de ministre de
Jésus-Christ, irez-vous encore prêcher
cet autre évangile ? Serez-vous
satisfait si vos paroissiens continuent à
prêter une complaisante oreille à ces
fables ?
M.
le
Curé. - Je sais qu'en le faisant
j'agirais contre ma conscience...
M.
A. -
« Tout ce qui ne se fait pas de bonne
foi est péché
(9). »
M.
le
Curé. - Que faire ? Mes cheveux
ont blanchi dans le ministère... je ne puis
abandonner une carrière sacrée... je
suis prêtre, prêtre jusque dans
l'Éternité ! ... Vous me
dites : Prêchez la
Vérité !...
Si j'ouvre l'Évangile
à mes fidèles, on me crie
anathème ... Si je discute, si je raisonne,
anathème !... On m'interdit... Mon
âge même ne serait point
respecté ! Je plie, accablé,
sous un joug qui m'oppresse O mon Dieu ! Quand
serai-je affranchi ? Malheureux que je suis
Esclave aux dures chaînes... O
liberté, liberté, pourquoi me
fuis-tu ?...
M.
A. -
Si le Fils de Dieu vous met en liberté
vous serez vraiment libre
(10).
M.
le
Curé. - Vain mirage ! Cette
liberté n'est pas connue à Rome...
Lorsque le daim est en liberté, il court,
s'élance et bondit de cime en cime... en
cage, il est sans vigueur et ses membres agiles
s'alourdissent... Le Séminaire c'est notre
cage, et là, nos intelligences
s'engourdissent....
M.
A. -
Êtes-vous prêtre de Rome ou de
Dieu ? La Vie Éternelle, est-ce le
Vatican ou bien le Royaume des
cieux ? La saine doctrine est-elle dans la
Bible ou dans les catéchismes
romains ?... Vous ne pouvez servir deux
maîtres... Lequel
choisissez-vous ?
M.
le
Curé. - Dieu ! ...
M.
A. -
Eh bien, démissionnez afin de libérer
votre conscience. Vous ne serez plus prêtre
romain, mais vous resterez prêtre
éternel, consacré à
Jésus-Christ et vous prêcherez
l'Évangile (11).
M.
le
Curé. - En aurai-je le courage ?
Quelle clameur autour de moi... Famille, amis,
supérieurs vont me couvrir de leur
mépris. Que ferai-je ?... Leurs yeux
obscurcis n'ont pas connu les lumières de
l'Évangile !...
M.
A. -
« Vous serez doux envers tous,
patient, reprenant modestement ceux qui
résistent à la vérité,
dans l'espérance que Dieu leur donnera un
jour l'esprit de pénitence (repentance) pour
qu'ils connaissent la vérité
(12). »
M.
le
Curé. - Depuis longtemps j'avais des
doutes... J'ai beaucoup lu depuis ma sortie du
Séminaire ... Je me suis enseveli dans une
dévotion extraordinaire pour ne plus
entendre la voix de ma raison... Je n'ai
réussi qu'en partie... À l'autel,
pendant les offices, aux processions, une
voix sévère
troublait ma conscience : cherche la
vérité ! Et l'argent que je
recevais pour mes messes ! Oh ! il me
brûlait la main... Je croyais prendre les
trente pièces d'argent de
Juda !
M. A. - Qu'est-ce qui vous
retenait
encore ?
M. le Curé. - Un vieux
préjugé. Je suis né catholique
- disais-je - je suis prêtre romain...
transformer ma foi serait une
apostasie !
M. A. - Que dites-vous à
présent ?
M. le Curé. - Je dis que je
suis né romain, que je suis prêtre
romain, mais que je reconnais enfin qu'il n'y a
qu'une seule religion, qu'une seule foi, qu'un seul
baptême... je dis que je vais envoyer ma
démission à Monseigneur et que je ne
serai pas un prêtre défroqué,
ni un apostat ; que je ne change pas de
religion, mais que délaissant la forme
romaine, erronée, du christianisme, j'entre
dans la grande église catholique
apostolique, qui est celle de Jésus-Christ
et des apôtres !
M. A. - La lumière de la
vérité vous éclaire, c'est une
nouvelle vie, féconde et bénie, qui
s'ouvre à vous ...
M. le Curé. - 0 Christ, je
viens, je viens à vous... car vous
êtes le chemin, la vérité et la
vie !
-
-
FIN
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