Il est écrit:
TA PAROLE EST LA VERITE  (Jean 17.17)
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TA PAROLE EST LA VERITE
(Jean 17.17)
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L'ÉVANGILE DANS LE PAROISSIEN
CAUSERIES AVEC MON CURÉ


DEUXIÈME PARTIE

Des Moyens de Grâce

CHAPITRE V
Du Sacrement de Pénitence

& 3. - DE LA DOCTRINE DES INDULGENCES.

M. le Curé. - Aujourd'hui j'ai de quoi vous convaincre ! Notre doctrine des Indulgences amende le Sacrement de Pénitence ; c'est pourquoi vous la trouverez au berceau même du Christianisme. Grâce à elle, nous possédons la rémission de la peine temporelle due au péché parce que l'Eglise, notre bonne Mère, nous fait l'application des satisfactions surabondantes de Notre Seigneur, de la Sainte Vierge et des Saints (1).
Malgré vos critiques sérieuses, je ne puis plus rejeter notre doctrine de la Satisfaction.

M. A. - Je désirerais revenir sur une de vos assertions qui me paraît erronée. Depuis quelle époque l'Eglise catholique romaine accorde-t-elle des indulgences ?

M. le Curé. - Jésus-Christ lui ayant conféré ce pouvoir, elle s'en est servie aux temps anciens pour le salut des chrétiens (2).

M. A. - Je voudrais plus de précision, car aucun des évangélistes ou des apôtres, dans nos Livres saints, n'établit cette doctrine dans les églises fondées.

M. le Curé. Ce sont les Pères apostoliques qui, suivant la tradition, ont commencé...

M. A. - Je vous attendais là ! Le Concile de Trente n'a pas osé les invoquer, il se base sur l'usage qu'en a fait l'Eglise aux temps fort anciens (3).

M. le Curé. - Si les Pères n'en parlent pas c'est que la doctrine n'était pas encore définie ; une doctrine de cette importance réclamait plusieurs siècles pour son achèvement.

M. A. - Je connais l'histoire des indulgences !
Au IVe siècle les « prêtres-confesseurs » dont la charge provisoire fut de peu de durée, infligèrent des pénitences excessives aux chrétiens que la persécution de Décius avaient effrayés ; de Tertullien jusqu'au XIIIe siècle, cette tendance s'accentua, si bien que des chrétiens jeûnaient et sortaient à pieds nus ; d'autres s'habillaient à la dure, sans linge de corps et se flagellaient mutuellement sur la place publique...
La somme des pénitences imposées fut telle que la vie d'un homme n'aurait pas suffi à les satisfaire.

M. le Curé. - Pouvait-on mourir ainsi, laissant derrière soi, sans s'en acquitter, un grand nombre de peines temporelles dues au péché ?

M. A. - L'Eglise catholique romaine, qui avait créé cette fâcheuse situation par les châtiments réitérés qu'elle imposait, songea à l'améliorer. On décida que toute aumône ou don versé pour une oeuvre pie constituerait une notable satisfaction. Cette mesure ne pénétra pas immédiatement dans les églises d'Occident.

M. le Curé. Je serais curieux de savoir...

M. A. - Ce furent les Burgondes et les Francs qui contribuèrent à son développement.

M. le Curé. - Que viennent faire ici ces Teutons ?

M. A. - Au Ve siècle, en envahissant la Gaule, ils lui apportèrent leurs moeurs : ils autorisaient, par exemple, un criminel à racheter sa condamnation à prix d'argent. Clovis chrétien offrait invariablement à l'Eglise de payer ses fautes.

M. le Curé. - Entre ces coutumes barbares et notre doctrine des indulgences, aucun rapprochement n'est possible !

M. A. - Les Synodes provinciaux qui ont protesté lorsque les églises latines ont adopté ce mode de satisfaction, avaient établi la comparaison. L'évêque Léon s'indignait de son côté :
« Bien que la mort des plus saints, s'écriait-il, ait été précieuse devant Dieu, toutefois il n'en est aucun dont la mort ait été la réconciliation du monde. »
Ailleurs il dit encore : « Les justes ont reçu une couronne pour eux et ils ne l'ont pas donnée aux autres ; leur souffrance est un exemple de patience et non un don de justice ; chacun d'eux a souffert pour Lui-même, aucun n'a payé la dette des autres, sinon le Seigneur Jésus (4). »

M. le Curé. - Je ne conçois pas l'erreur de notre Saint Concile qui dit que la doctrine des indulgences fut mise en usage aux temps fort anciens !

M. A. - Il faut croire que les prélats songeaient au moyen-âge dont quelques siècles les séparaient à peine ; car en réalité, les indulgences n'apparaissent officiellement dans l'Eglise que vers 1050 avec Pierre Damien.

M. le Curé. - Je me souviens, en effet, que Damien avait prononcé contre un évêque d'Italie une peine disciplinaire d'un siècle, et qu'il lui permit en même temps de la racheter à prix d'argent.

M. A. - Ce fut un point de départ. Grégoire VII (1073 à 1085) promettait indulgence plénière à quiconque combattrait l'empereur d'Allemagne Henri IV, le paroissien romain y fait allusion (5; Victor III (1086 à 1087) en accordait aux exterminateurs des Sarrasins ; Urbain Il (1088 à 1099) en distribuait aux Croisés..., c'était en quelques années l'apothéose de l'indulgence !

M. le Curé. - Remarquez que le petit Concile de Lillebonne (6) a réglé la liste des pénitences.

M. A. - Afin de les taxer.

M. le Curé. - Innocent III donnait des indulgences à quiconque poursuivait les hérétiques Albigeois. Enfin le IVe Concile de Latran (1245) a sanctionné notre doctrine.

M. A. - Elle n'était donc pas encore définie ! Mais Alexandre de Hales (1220) et Thomas d'Aquin (1226) la rendront plus populaire en appliquant les Indulgences aux défunts.

M. le Curé. - Chronologiquement c'est la bulle de Clément VII et l'institution du Jubilé ou Grande Indulgence de Boniface VIII en 1300 qui ont achevé la définition de la doctrine des Indulgences.

M. A. - Alors Jean XXII marchant sur les traces du Concile de Lillebonne publia les Taxes de la Pénitencerie apostolique (7) (1316 à 1334). Et Léon X l'approuva et la compléta.

M. le Curé. - Léon X avait besoin de fonds, il chargea en particulier le dominicain Tezel « de prêcher les Indulgences à ceux qui donneraient une aumône pour la construction de l'Eglise de Saint Pierre de Rome » (8).

M. A. - Telle fut l'origine de la Réforme en Allemagne : les abus de Rome et non la jalousie du moine Luther contre les dominicains.

M. le Curé. - Le Concile de Trente a réformé les abus et décidé « qu'à concéder les indulgences on se règle et se mesure afin que la discipline ecclésiastique ne soit affaiblie par une trop grande facilité (9). »

M. A. - Nous venons donc de constater que, contrairement au dire des prélats du Concile, la doctrine des Indulgences date seulement du moyen âge.

M. le Curé. Ce qui est plus sûr comme source, c'est la parole du R. P. Biner la Compagnie de Jésus ; il nous apprend que toute la discussion dans la séance du Concile a eu lieu en suivant à la lettre la Parole de Dieu.

M. A. - Je suis heureux de vous suivre sur ce terrain.

M. le Curé. Eh bien, voici une première question :
Notre Seigneur a-t-il donné, oui ou non, le pouvoir d'accorder des Indulgences. lorsqu'il a remis à l'Eglise dans la personne de saint Pierre les clefs du royaume des cieux ; qu'il a donné à tous ses apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de lier et de délier les consciences (10) ?

M. A. - Nous sommes fixés sur le pouvoir des clefs ; c'est la prédication de l'Évangile, tout homme lié à Satan par le péché sera délié par la foi en Christ que la prédication de l'Évangile aura éveillée dans son coeur. Il n'y a aucune place pour les Indulgences.

M. le Curé. - L'Eglise a le droit d'employer les moyens que, sous l'inspiration de l'Esprit Saint, elle juge propres à purifier les consciences (11; par exemple les Indulgences.

M. A. - Croyez-vous sincèrement, en prenant Dieu à témoin, que l'on aura sa conscience purifiée après avoir dévotement récité un miserere (indulgences), tenu un cierge, dit son chapelet (indulgences), s'être salué en disant : Loué soit Jésus... dans tous les siècles (indulgences) ou dit trois Ave Maria le matin et le soir (indulgences) ?

M. le Curé. - C'est la foi de l'Eglise catholique romaine (12).

M. A. - Était-ce aussi la foi de l'Eglise qui autorisait le dominicain Tezel à s'écrier :
« À l'instant même où la pièce de monnaie retentit au fond du coffre, l'âme part du purgatoire et s'envole délivrée dans le ciel (13). »

M. le Curé. - Les abus n'infirment pas la doctrine.

M. A. - Sans doute car c'est l'Évangile qui la condamne. Saint Pierre, au lieu de prêcher les indulgences, c'est-à-dire la rémission de la peine temporelle due au péché par l'application des satisfactions surabondantes de la Sainte Vierge, de saint Joseph ou de saint Étienne martyr, déclarait que Jésus seul avait le pouvoir de tout pardonner, péché et peine temporelle :
« Tous les prophètes lui rendent ce témoignage, que tous ceux qui croient en lui reçoivent par son nom la rémission des péchés (14). »

M. le Curé. - Je ne conteste pas cela ; les péchés nous sont remis par Notre Seigneur. Mais il reste les peines temporelles, les souffrances que le péché entraîne ; le but des indulgences est de les alléger dans cette vie et dans le purgatoire.

M. A. - Ne savez-vous pas que la souffrance est le lot de l'enfant de Dieu ici-bas ? « Jésus a souffert pour nous, écrivait saint Pierre, nous laissant un exemple, afin que nous marchions sur ses pas (15). »
Un exemple n'est pas un trésor d'indulgences qui nous empêchent de souffrir, c'est-à-dire de marcher sur les pas de Notre Sauveur.

M. le Curé. - Toujours vous affectez d'interpréter les textes comme les protestants !

M. A. - Je lis l'abbé Glaire :
« Jésus-Christ, en souffrant pour nous, n'a pas prétendu nous dispenser de souffrir, de porter notre croix, d'expier nos fautes par la pénitence ; puisque, au contraire, il nous en a fait un commandement (16). »

M. le Curé. - Il faut distinguer entre les souffrances que Dieu inflige sur la terre aux chrétiens et celles que l'Eglise inflige aux pénitents pour les fautes confessées. Les indulgences ne s'appliquent qu'à ces dernières.

M. A. - Alors, le purgatoire est une punition de l'Eglise, puisque vous appliquez aux âmes qui sont dans ce lieu de souffrance le trésor des indulgences !

M. le Curé. - Le séjour du purgatoire aurait pu être prolongé à cause des punitions infligées par l'Eglise, alors...

M. A. - Alors ? ... Vous hésitez ? Tant mieux ! Nous pourrons résoudre une nouvelle question. Ne pensez-vous pas que la doctrine des indulgences, reposant en partie sur la Vierge et les saints, amoindrit l'oeuvre de Notre Seigneur ?

M. le Curé. (triste). - Je ne sais que vous répondre.

M. A. - Supposons que votre doctrine soit vraie, elle devrait s'appuyer sur l'Évangile. Jésus aurait dit par exemple en l'instituant :
« Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné Son Fils unique (la Vierge Marie et tous les saints) afin que tous ceux qui croiront en lui (et aux satisfactions surabondantes de la Sainte Vierge et des Saints) ne périssent point mais qu'ils aient la vie éternelle (17). »

M. le Curé. - Si nous avons la conviction que les mérites de Jésus suffisent à notre salut, c'est bien. Mais nous pouvons ne pas en être très sûrs, dès lors nôtre âme sera plus rassurée si elle compte encore et sur les immenses satisfactions surabondantes de Notre Seigneur, et sur celles de sa Sainte Mère et sur celles de tous les saints.

M. A. - Que je vous plains ! Avec les complications de vos dogmes vous perdez l'assurance de votre salut ! Que voulez-vous donc ajouter aux mérites du Sauveur ! Ne suffisent-ils point ? Ne sont-ils pas parfaits ?
« À cause de la grâce divine qui vous a été communiquée par Jésus-Christ - dit saint Paul - il ne vous manque aucun des dons spirituels (18). »

M. le Curé. - Quam mutatus ab illo !... Que les choses ont changé depuis !
Aujourd'hui on nous oblige à croire et à enseigner qu'une personne qui gagnerait une indulgence plénière tout entière et en recevrait une application parfaite, serait aussi pure que si elle venait de recevoir le Baptême. Si elle mourait immédiatement après, elle irait au ciel, sans avoir besoin de séjourner en purgatoire (19).

M. A. - En effet les choses ont bien changé ! On se passe du Sauveur des hommes, on oublie que son sang a été versé en rémission des péchés, on n'a besoin que d'une indulgence plénière pour aller au ciel ! Encore faut-il qu'elle soit difficile à obtenir ?

M. le Curé. - On gagne une Indulgence plénière si, après avoir communié, on visite régulièrement pendant le mois suivant une église pour y prier aux fins ordinaires ; ou bien si on récite pendant un mois dévotement le De profundis, ou un Pater et un Ave, avec le Requiem aeternam pour les âmes du purgatoire ; ou mieux encore lorsque à chaque quart de siècle et dans quelques circonstances importantes le pape accorde l'indulgence plénière du Jubilé (20).

M. A - Que les portes du ciel sont faciles à ouvrir ! Mais comment se fait-il que des papes, des évêques, des prêtres et des fidèles sont encore dans le purgatoire ?...

M. le Curé. - Hélas ! le peuple chrétien et ses conducteurs mêmes sont si peu pratiquants !

M. A - Eh bien moi, je connais une Indulgence véritable qui s'est grandiosement manifestée au berceau du christianisme, elle est plénière et universelle, elle est accueillie avec joie par les protestants !...

M. le Curé. - Les protestants n'ont point d'Indulgences !

M. A - L'Indulgence dont je parle remet les péchés, efface les peines temporelles, accorde la certitude du salut à tous les peuples de la terre...

M. le Curé. (ironique). - ... Même aux païens ?

M. A - Même aux païens.

M. le Curé. - Quelle énigme posez-vous ?

M. A - Aucune. Notre Seigneur prenant le calice, dit à ses disciples :
« Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour plusieurs pour la rémission des péchés (21). »

M. le Curé. - Vous appelez cela une indulgence !

M. A - Oui, avec gratitude, car c'est la Grande Indulgence de Dieu en faveur de l'humanité qui allait périr à la suite de son péché. Grâce à elle ce ne sont pas 20, 30, 100, 200 jours de souffrances de moins à subir en purgatoire, c'est l'assurance d'une vie éternelle qui est donnée, parce que la mort de Jésus sur la Croix accomplit à la fois la justice et l'amour de Dieu...

M. le Curé. - À quel prix obtient-on cette Grande Indulgence ?

M. A - Il ne faut ni or, ni argent, ni Pater, ni Ave, mais une foi profonde en Christ :

« Dieu n'a point envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui ne sera pas condamné, mais celui qui ne croit pas est déjà condamné, parce qu'il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu (22). »

M. le Curé. - Il y a deux hommes en moi. Le chrétien vous dit : « Mon frère je vous crois, j'ai plus de confiance dans la grande indulgence de Dieu que dans celles des saints Pères ;... le prêtre catholique romain vous dit : Anathème ! maudit soyez-vous, vous, qui ne croyez pas plutôt la doctrine des indulgences du Saint Concile de Trente (23)... »
Hélas !

Mon pauvre cher ami s'éloigna, hochant la tête et disant : Je crois ce que la Bible enseigne... Anathème !... J'accepte les yeux fermés les décisions des Conciles... Ami ! Ami !...


Table des matières


(1) Exp. cat. Clerm., p. 388 et 390.

(2) Conc. Trente, IXe Sess. sous Pie IV, 3 décembre 1563. Le Décret des Indulgences.

(3) Session précitée. Canon 1.

(4) Léon, épit. aux évêques, 81. - Ep. Palest. 95.

(5) Querelle des investitures 1076 à 1122. P. R. 25 mai, Saint Grégoire VII, p. 719.

(6) Lillebonne fait aujourd'hui partie du département de Seine-Inférieure.

(7) Taxes de la Pénitencerie apostolique. Ed. de 1520. Paris, Toussaint-Denis, avec privilège pour 3 ans, in-4° latin, 66 pages elzévir (rarissime), découvert à Tours par M. Dupin de Saint-André.

(8) Exp. cat. Clerm., p. 394.

(9) Session précitée. Canon I, 3 décembre 1563.

(10) Expl. cat. Clerm. P. R. 1er août. Saint Pierre aux liens, p. 799.

(11) Expl. cat. Clerm., p. 390.

(12) Abrégé de la Doctrine des Indulgences contenu dans l'Abrégé des Principes de Morale qu'un prêtre doit suivre. Diocèse de Poitiers, 1828, art. 5, & 4, p. 152. Décret de Clément XIII (1763). Formulaire de 1758. Instruct. de Benoît XIII, Benoît XIV. Pie VII (Léon XIII, février 1900), etc., etc.

(13) Positiones fratris J. Tezelii quibus defendit indulgencias contra Lutherum. Thèse 56.

(14) Actes 10-43. Le lundi de Pâques, p. 351.

(15) 1 Pierre 2, 24. P. R. Le IIe Dimanche après Pâques, p. 365.

(16) Note sur Colossiens, 1.24, p. 571

(17) Jean 3/6. P. R. Le Lundi de la Pentecôte, p. 399.

(18) 1 Cor. 1. P. R. Le XVIIIe Dim. ap. la Pentecôte, p. 470.

(19) Exp. cat. Clerm., p. 392.

(20) Bulle de Benoît XIV du 15 janvier 1743. Décret de Clément XII. Exp. cat. Clerm., p. 393.

(21) Mat. 26. P. R. Le dimanche des Rameaux, p. 326.

(22) Jean 3-18. P. R. Le lundi de la Pentecôte, p. 399.

(23) Sess. précitée, canon I, dès les premières lignes.

 

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