L'HOMME
SIXIÈME ÉTUDE
L'homme glorifié.
Rom. 8 : 29, 30;
Eph. 3: 19;
Col- 1 : 27-29.
I
L'homme selon le plan de Dieu ;
l'homme éprouvé et
tombé ; l'homme nouveau en
préparation sous l'ancienne Alliance ;
l'homme parfait, ou l'homme... tout court,
Jésus-Christ ; enfin l'homme
régénéré et
sanctifié, tels sont les cinq sujets
d'étude que nous avons successivement
envisagés à la lumière de la
Bible. Il nous reste à parler de l'homme
glorifié, et c'est à ce propos que je
vais avoir à vous entretenir du Saint-Esprit
et de l'Eglise, mais beaucoup plus
brièvement que je ne le voudrais.
Le Saint-Esprit, nous l'avons vu hier
à l'oeuvre ; nous avons
pénétré dans l'atelier
où, derrière le
voile de notre chair, le
grand
Artiste ébauche, dans la matière
qu'il a lui-même créée, et
modèle de plus en plus nettement les traits
de la divine figure qu'il a mission de
reproduire.
Mais quoi ! aurais-je peut-être
provoqué, par mes descriptions, plus de
soupirs que de joie, et plus d'objections
sceptiques que de confiance ? « De
chefs-d'oeuvre spirituels, nous n'en voyons
guère, se sera dit peut-être tel de
mes lecteurs, et ces hommes nouveaux qui devraient
donner une si haute idée de l'homme, ces
hommes nous semblent, pour la plupart,
singulièrement
difformes ! »
Eh bien, quand de telles
appréciations seraient aussi fondées,
pour le temps actuel, qu'elles me paraissent
excessives, que prouveraient-elles ?
Prouveraient-elles quoi que ce soit contre le
Saint-Esprit qui, pendant vingt siècles,
depuis le jour de la Pentecôte, et dans tous
les pays, et dans les circonstances et les milieux
les plus opposés, a pu susciter des myriades
d'hommes, connus ou inconnus, vrais héros de
la foi et du courage moral, grands coeurs, nobles
caractères, chrétiens authentiques
qui ont forcé l'admiration du monde
lui-même ?
Non, non, de telles objections
n'atteindraient pas l'Esprit de Dieu ; elles
ne frapperaient que nous-mêmes ; et,
bien loin de prouver que l'oeuvre
de l'Esprit est illusoire,
elles
attesteraient seulement que nous ne nous y sommes
pas assez livrés. Car, il est vrai que,
au-dessous du niveau normal de son action, l'Esprit
est loin de produire tous ses fruits, surtout ces
fruits d'amour débordant, de joie
chrétienne, de dévouement,
d'élévation, de
générosité et de puissance
communicative qui souvent finissent par gagner les
plus hostiles, et, en tout cas, par arracher ce cri
de témoignage involontaire :
« C'est un vrai,
celui-là ! »
Pour la gloire de notre Dieu, non moins que
pour notre propre avancement spirituel, il faut
donc qu'au lieu de nous borner à être
des oeuvres quelconques de l'Esprit, nous aspirions
à faire honneur à l'Esprit en nous
livrant à lui sans réserve.
Frères, où en sommes-nous quant au
Saint-Esprit ? L'avons-nous tous
reçu ? Sommes-nous les temples de sa
gloire, marqués de son sceau et
fortifiés par lui jusque dans l'homme
intérieur, pour aspirer à devenir
débordants de sa vie ?
Oh ! une effusion nouvelle de l'Esprit,
c'est-à-dire des hommes vraiment
hommes !
À propos du perfectionnement de
l'homme, il nous faut dire aussi quelques mots de
l'Eglise, car elle doit y concourir largement.
Il fut un temps, temps de réaction
excessive contre le multitudinisme, où
l'action bienfaisante de la
collectivité sur l'individu était
passablement méconnue. Ce temps, temps de
l'individualisme excessif, est passé. Il a
donné naissance à de fortes
individualités, mais plus originales
qu'utiles, et qu'heureuses surtout, parce que,
restées isolées, elles ont souffert
de leur isolement et emporté avec elles tous
leurs trésors.
Aujourd'hui on comprend mieux que le dernier
but de Dieu n'est pas l'individu isolé, ni
une agglomération d'individus isolés,
mais un organisme, une société
d'êtres solidaires les uns des autres, et
dans la communion desquels l'homme se
complète, se corrige, se perfectionne et
multiplie ses forces soit en donnant, soit en
recevant.
Seulement, pour que l'Eglise puisse rendre
de tels services, il ne faut pas qu'elle tienne ses
membres dans une minorité
perpétuelle, ou même qu'elle les
écrase sous le poids d'une organisation
aussi lourde que le char de Jaggernaut. Et, d'autre
part, il ne faut pas que, par un excès
opposé, elle les comprime dans un cadre trop
étroit et trop fermé, au risque que
leurs forces, ainsi repliées sur
elles-mêmes, ne puissent plus que
s'entre-détruire (1).
Il faut qu'évitant l'un et l'autre
mal, l'Eglise s'applique à concilier, dans
une forme simple, souple, indéfiniment
extensible, l'unité et la diversité,
l'ordre et la liberté, la
spontanéité, l'initiative
privée et des éléments
pondérateurs, les avantages du petit nombre
et ceux du grand, l'intimité et le
contrôle d'un vaste corps, enfin
l'activité extérieure de
l'évangélisation et le travail
intérieur de la sanctification mutuelle. Il
faut qu'au lieu l'accumuler tout, dans le culte et
dans l'administration, sur quelques têtes,
elle répartisse le plus possible les
responsabilités, fasse appel à toutes
les aptitudes, latentes ou manifestes, donne ainsi
dans son sein un foyer bien chaud aux
nouveau-nés spirituels - non pas une serre
chaude pourtant, ni une couveuse artificielle - et
un champ d'exercice aux chrétiens plus
avancés. Il faut qu'elle offre à tous
une société de secours mutuels
spirituels ; une école de
perfectionnement par la communion fraternelle,
l'exhortation, l'avertissement, la
répréhension s'il le faut, la
confession et les intercessions mutuelles,
l'échange des
expériences et les épanchements
intimes ; enfin par ces occasions de patience,
de support, d'égards, de prévenances,
de services délicats et de sollicitude, de
renoncement à son sens propre et de petits
ou grands sacrifices que la vie en commun fournit
chaque jour.
Mais, pour atteindre ce but, des
progrès marqués dans l'organisation
suffiraient-ils ? Certes, je ne fais pas fi de
l'organisation : une bonne organisation
favorise l'expansion de la vie, tandis qu'une
mauvaise l'entrave ; une bonne organisation,
on l'a dit, n'additionne pas les forces existantes,
elle les multiplie. Mais encore faut-il que ces
forces existent, parce que la vie existe, sans quoi
on aura, comme dans la vision d'Ezéchiel,
des cadavres complets, superbes, mais des cadavres.
« Parce que l'Esprit n'y était
pas, » nous a dit le
prophète.
Oh ! cette vie qui fond tous les coeurs
en un seul coeur, cette vie qui crée la
vraie communion fraternelle avec les bienfaits dont
elle est la source, cette vie, qui nous la donnera
plus intense et plus débordante sinon
l'Esprit lui-même qui seul vivifie ?
Unissons donc nos efforts, c'est-à-dire
surtout nos prières, pour qu'elle abonde
dans tout ce qui se dit le corps de Christ. Ne nous
lassons pas de prier ; utilisons
fidèlement, au lieu de l'enfouir, ce que
nous avons de vie ; si nous connaissons des
obstacles secrets à son
effusion, livrons-les sans retard et sans
réserve à Jésus-Christ. Et ce
sera le réveil !
II
Et, maintenant, supposons que toutes les
conditions et tous les moyens de
développement de l'homme nouveau soient
réunis. Le Saint-Esprit est là ;
l'Eglise digne de ce nom est là ; la
Parole de Dieu est là ; et du
côté de l'homme la foi vivante,
l'emploi fidèle de tous les moyens de
grâce, la vigilance, tout est là.
À quel degré de perfectionnement
pensez-vous, me dira-t-on, que le chrétien
normal pourra parvenir
ici-bas ? »
En fait de réponse, je pourrais me
borner à vous dire comme les
apôtres : « Tendez à la
perfection. » - « Courez vers
le but. » - « Je ne suis pas,
disait saint Paul, parvenu à la perfection,
mais je fais une chose, c'est qu'oubliant ce qui
est derrière moi, et, tendu en avant vers ce
qui est devant moi, je cours vers le
but. »
Cependant, s'il est dans la question
posée des points où la lumière
donnée à l'Eglise n'est pas
complète, il en est d'autres où nous
tomberons aisément d'accord ; à
la condition, toutefois, que nous nous entendions
sur le sens des mots employés.
Celui de perfection, surtout, que
comprend-il à nos yeux ?
Pour moi, il comprend tout. La perfection,
c'est le tout ; la sainteté, c'est la
partie. La sainteté, c'est la perfection
morale ; mais, à côté de
la perfection morale, il y a la perfection de
l'esprit et la perfection de l'organisme physique.
La perfection, c'est l'entier accomplissement du
but divin dans l'esprit, l'âme et le
corps.
À ce compte-là, sur deux
points, en tout cas, il semble bien évident
que la vie présente n'est pas la perfection
elle-même pour le chrétien.
Le corps du
régénéré a, certes, une
part à la gloire qu'il abrite ;
n'est-il pas le temple du Saint-Esprit ? Ne
subit-il pas l'action de son oeuvre sanctifiante,
puisque Paul demandait pour les Thessaloniciens que
le Dieu de paix les sanctifiât
entièrement, et que l'esprit, l'âme et
le corps fussent conservés
irrépréhensibles pour le jour de
Christ ?
Et qui n'a eu l'occasion de contempler cette
action de l'Esprit sur le corps dans le changement
total d'expression qu'une conversion
décisive apporte souvent avec elle ? Et
qui n'a pu suivre les progrès de la
sanctification et du perfectionnement dans le
regard, et quelquefois dans toute l'attitude de
chrétiens entrés plus avant dans la
voie de la consécration à
Christ ? Chez tel vieillard mûri au
service de Christ, ou sur
le
visage de telle femme qui a été non
seulement une mère selon Dieu pour ses
propres enfants, mais aussi une mère
spirituelle pour un grand nombre d'âmes, et
chez cette femme héroïque qui a
dû se lever comme une Débora et livrer
les suprêmes combats de la justice, qui n'a
surpris comme le phénomène affaibli
de cette lumière surnaturelle
rapportée du Sinaï par
Moïse ? Oh ! le front de tel
chrétien que nous avons connu, et, surtout,
de telle chrétienne, ce n'est
déjà plus la terre quelquefois, c'est
comme l'aube blanchissante de l'éternelle
gloire !
Et sur le lit de mort, sur le visage de tel
enfant chéri, ou de tel chrétien
tombé vainqueur sur le champ de bataille,
n'avez-vous pas vu, un jour, le rayonnement de
l'âme déjà glorifiée,
rayonnement à travers les nuages
qu'amoncelle la souffrance ? Oh !
certains lits de mort chrétiens, oh !
les transfigurations du Thabor, et ces
ravissements, ces extases qui, tout à coup,
ôtent à ceux qui déjà
pleurent tout désir de retenir leurs
bien-aimés ! Oh' ces portes qui
s'entr'ouvrent, ces échappées sur le
ciel, ces évidences subites, et, même,
quand l'âme a pris son vol, ce sceau de
grandeur et de royale beauté qu'elle laisse
après elle sur l'enveloppe terrestre, et,
après les suprêmes contractions, tout
à coup cette ineffable
sérénité qui se répand
encore sur le visage
chéri, comme, le soir, sur nos Alpes, au
coucher du soleil, la seconde coloration
après quelques instants de blancheur
cadavéreuse, tout cela n'est-il pas la
preuve que le corps a dès ici-bas quelque
chose de la gloire future ?
Et, cependant, il n'en demeure pas moins
dans son état naturel de corps
d'humiliation, de corps de poudre, exposé
à des maux sans nom et sans nombre ; de
corps souvent bien lourd à l'âme,
lourd jusqu'à l'accabler ; un corps
condamné à la mort à cause du
péché, et qui doit être
semé dans un état de faiblesse et de
corruptibilité.
Aussi le chrétien attend-il avec
ardeur l'heure où, dans un corps tout neuf,
sera commencée l'oeuvre de la
rédemption, l'heure où l'on ne pourra
plus mourir, a dit Jésus. « Ils
seront comme les anges, ils ne pourront plus
mourir. » Oh ! ne plus pouvoir
mourir, vous qui savez ce que c'est que mourir,
vous qui avez vu mourir, vous dont l'âme est
en deuil, ou qui tremblez de l'être
bientôt peut-être, vous tous qui savez
que la vie présente ne connaît que des
bonheurs brisés et des bonheurs
menacés, entendez-vous : ils ne
pourront plus mourir ! Plus d'enfants que
père et mère ont à
déposer de leur sein dans un froid
cercueil ; plus d'époux enlevés
à la tendresse d'une femme et d'enfants
chéris ; plus de mères
appelées à laisser
leur précieux trésor dans nos mains
d'hommes ou de parents qui ne valent jamais les
leurs ! Ils ne pourront plus mourir !
Oh ! quand viendra le jour de cette
perfection ?
Et quand viendra celui où
« nous connaîtrons comme nous avons
été connus ? » Car,
sous ce rapport aussi, nous n'avons que les arrhes
de l'héritage. Aujourd'hui, nous
possédons bien, par l'Esprit, une sagesse
entre les parfaits qui est refusée au monde.
« Des choses que l'oeil n'avait pas vues,
que l'oreille n'avait pas entendues, et qui
n'étaient pas montées au coeur de
l'homme nous ont été
révélées par l'Esprit de Dieu,
qui sonde jusqu'aux profondeurs mêmes de
Dieu. » - « Nous avons la
pensée de Christ. » Les
trésors de la science cachée en
Christ nous sont ouverts, ou entr'ouverts, et
à notre foi nous pouvons ajouter la
connaissance.
Toutefois, ne l'oublions pas, un saint Paul
lui-même, favorisé de tant de
révélations que nous sommes
occupés voici vingt siècles à
sonder, un saint Paul compare sa science
chrétienne actuelle à ses
connaissances d'enfant. « Quand
j'étais enfant, dit-il, je parlais comme un
enfant, je jugeais comme un enfant ; mais
maintenant que je suis devenu homme, j'ai aboli ce
qui était de l'enfant. » De
même pour la science de la vie
présente quand nous
serons dans la gloire. À présent,
nous ne connaissons qu'en partie, nous voyons comme
en énigme, comme dans un miroir. »
- « Si quelqu'un, dit encore
l'apôtre, croit savoir quelque chose, il n'a
encore rien connu comme il faut
connaître. » Le fond des choses
nous échappe. C'est le bord des voies
divines que nous entrevoyons. À une foule
innombrable de « pourquoi, »
nous devons répondre :
« J'ignore. » La science n'est
que l'ignorance consciente d'elle-même. Les
plus instruits dans la science des choses de Dieu
doivent, à chaque pas, renouveler l'aveu du
grand poète :
- Tu me réponds, ô Dieu !
mais encore des nuages
- Me voilent ta splendeur, céleste
vérité ;
- Que ne puis-je bientôt, sur de plus
purs rivages,
- Par delà tous les âges
- Contempler ta beauté !
Et cette impatience est légitime !
Le Saint-Esprit ne nous a-t-il pas mis en
goût de tout connaître ? Ici
encore cette vie transitoire ne nous met-elle pas
dans une contradiction, qui a ses nobles douleurs,
entre le principe de l'omniscience que nous portons
déjà en nous, et les limites
étroites où il est forcé de se
mouvoir ?
Et si nous n'étions condamnés
qu'à des ignorances ! Mais qui dit
ignorance dit facilement erreur,
inévitable erreur, et
infailliblement divergences ;
c'est-à-dire bien vite divisions,
morcellement, fragmentation du corps de
Christ ; par conséquent, souffrances et
préjudice pour l'Évangile. Oh !
quand viendra donc, sous ce rapport aussi,
l'achèvement du grand oeuvre ?
Reste le point le plus difficile : la
perfection morale.
Il y faut distinguer deux faces : la
face négative, qui est la purification quant
au péché, et la face positive, qui
est la sanctification proprement dite,
c'est-à-dire, à nos yeux, la
communication croissante de la nature même de
Dieu.
La sanctification proprement dite, ou
communication de la nature divine, chacun
reconnaît qu'elle ne saurait s'accomplir tout
entière ici-bas. Aussi le livre de
l'Apocalypse dit-il, dans son dernier chapitre
« Que celui qui est saint soit encore
sanctifié » S'il nous arrive de
parler, avec saint Paul, d'une sanctification
entière, c'est donc en pensant à la
nécessité d'une oeuvre qui soit
toujours plus continue, toujours plus envahissante
et toujours plus intense, mais sans que nous
prétendions par là qu'elle ne soit
plus susceptible de progrès en
intensité.
Et de la purification quant au
péché lui-même que
dirons-nous ?
Nous en dirons ce que dit saint Jean, par
exemple.
Il consacre trois termes à ce sujet
dans sa première épître :
« Pratiquer le pécher, »
- « pécher, et « avoir
du péché. »
« Pratiquer le
péché, » c'est là,
à ses yeux, le trait caractéristique
de ce qui est du diable ; par
conséquent en opposition absolue avec tout
« ce qui est né de
Dieu. »
En second lieu
« pécher ; » le
verbe « pécher »
désignant non plus une
répétition habituelle et consentie,
mais un acte isolé, une défaillance,
une exception, une surprise. Eh bien, il pose en
principe qu'à cet égard
« celui qui demeure en Christ ne
pèche plus. » Et ce principe, il
le propose comme but à ses lecteurs, en leur
disant que, s'il leur écrit, c'est
« afin qu'ils ne pèchent
pas. » - « Toutefois,
ajoute-t-il, pour prévoir le cas d'une
exception possible, - je dis possible, je ne dis
pas inévitable, - si quelqu'un a
péché, nous avons un avocat
auprès du Père. » Et que de
fois ne l'avons-nous pas béni pour cette
consolante addition !
Vient enfin le troisième terme, le
plus vague, « avoir du
péché, » dont saint Jean
dit : « Si nous disons que nous
n'avons pas du péché, nous nous
abusons. » Par là, semble-t-il, il
entend que le chrétien le
plus sanctifié aura toujours, quelque part
en lui, fût-ce à l'état
absolument latent et impuissant, dans le sang sans
doute, le principe de la race déchue, le
péché héréditaire qu'il
léguera à ses enfants, comme il lui a
été légué à
lui-même, en sorte que les enfants de parents
entièrement sanctifiés n'en devront
pas moins être
régénérés en
reconnaissant qu'ils sont « nés
dans le péché et dans la
corruption. »
Le péché subsistant,
fût-ce à l'état latent, quelque
part dans mon être ; la chair, vaincue
il est vrai, et crucifiée, et
séparée de l'homme nouveau, mais non
anéantie ; la chair, qui convoite
encore contre l'esprit, alors même qu'elle ne
réussirait pas à contaminer l'esprit,
c'est encore la possibilité du
péché. Par conséquent, c'est
le péril, l'incessant péril ;
c'est aussi l'obligation d'une vigilance
continuelle ; c'est l'état de guerre et
l'état de siège, avec ses rigueurs,
ses privations forcées, son régime
exceptionnel et sévère ; c'est
saint Paul disant : « Je tiens mon
corps assujetti et je le traite durement, de peur
qu'après avoir prêché aux
autres je ne sois trouvé moi-même
comme non recevable ! » -
« Celui qui combat vit entièrement
de régime ; » c'est encore,
par conséquent, là aussi, un
état transitoire ; c'est le principe de
la perfection sans la perfection. Et quelle soif de
la perfection n'allume pas,
à la longue, dans l'âme fidèle,
ce principe de la perfection sans la
perfection ! « Seigneur
Jésus, viens
bientôt ! » ce cri de sainte
désespérance jaillit toujours plus
d'une telle âme, ou celui-ci, poussé
par un ancien chrétien :
« Quand serai-je là où je
ne pécherai plus et ne verrai plus
pécher les autres ? »
III
Aussi, quelque heureux que le chrétien
soit de rester au service de son Maître
quelque temps encore sur cette terre, tout le
pousse à désirer le retour de
Christ.
« Viens, Seigneur, pour que tous
les voiles tombent enfin ! Viens, afin que
toute désharmonie et toute contradiction
interne prenne fin dans mon être et dans ton
corps qui est l'Eglise. Viens, afin que l'image de
Dieu, à laquelle depuis si longtemps tu
travailles en mon âme, soit enfin
achevée et manifestée dans toute sa
gloire qui sera la tienne, ô mon
Sauveur !
Et la Bible répond - « Il
vient bientôt ! »
Bientôt le retour de Christ pour son peuple.
Bientôt le corps nouveau, le corps spirituel,
organe parfait d'une âme parfaite; corps
donné aux uns et aux autres, à ceux
qui se sont endormis en Christ et
à ceux qui,
témoins de sa venue, seront
transformés sans passer par la mort. Et tous
enlevés ensemble par l'ascension de
l'Eglise. Tous appelés à
régner avec Christ pendant cette phase
intermédiaire entre la terre et le ciel qui
est le millénium.
La foi a pris fin ; la vue, glorieuse
vue, commence. Ils voient le Christ tel qu'il
est ; et, le voyant tel qu'il est, ils lui
sont rendus semblables. Plus d'imperfections, ni
dans l'esprit, ni dans l'âme. Et ils
règnent ; ils sont sur le trône.
Mais pour eux régner c'est encore
servir ; et plus que jamais ils servent, et
avec quel amour ! car il s'agit d'un
suprême effort pour sauver le monde.
L'Antéchrist a fait ses preuves ; il a
eu son heure ; toute la puissance de la terre
et de l'enfer a été à ses
pieds ; et, néanmoins, il a fini par un
épouvantable échec. À Christ,
maintenant, de mettre sous les yeux du monde le
spectacle contraire, celui non plus seulement d'un
homme parfait et d'hommes selon Dieu, mais d'une
société selon Dieu, d'une
humanité telle qu'elle pourrait
être.
Oh ! à ce moment, quelle vision
fugitive et ineffable passe devant mes yeux !
Des villes, des campagnes où ne retentissent
plus que chants d'allégresse joyeuse, des
hymnes d'amour et de reconnaissance. Des
concitoyens qui ne connaissent plus que la concorde
et la noble ambition du bien
pour tous et pour chacun. Des gouvernements qui
prient plus qu'ils ne délibèrent.
D'iniquités, d'oppression ou de souillure,
il n'y en a plus. La guerre a pris fin ; les
haines sont éteintes ; la misère
a disparu du globe ; et voilà, de toute
part, les plus nobles représentants de
l'humanité qui apportent au Seigneur les
richesses des nations, ce que les peuples ont de
plus précieux et de plus magnifique,
c'est-à-dire le fruit exquis de l'industrie,
de la science, de l'art et des lettres. Oh !
que le génie de l'homme inspiré par
l'amour de Dieu est infini, maintenant !
Oh ! la musique vraiment sacrée,
interprétée par des organes
sanctifiés ! la peinture vraiment
chrétienne, la poésie vraiment
inspirée ! Il me semble, en en parlant,
que je revois ce que j'ai si souvent admiré,
la toile de notre cher Paul Robert : cet
escalier grandiose qui monte de la terre, et ces
soixante jeunes filles et femmes qui le gravissent
pour porter à Dieu les emblèmes et
les prémices du travail ; et plus elles
montent, plus leur figure rayonne ; et quels
transports en apercevant, puis en voyant et en
contemplant distinctement le Christ qui
revient !
Et si beau que soit ce ciel, ce n'est
pourtant pas encore le ciel ! Car après
le ciel sur la terre, la vie chrétienne, et
le ciel entre ciel et terre, les gloires du
millénium, il y aura le ciel dans le ciel
la gloire et la béatitude
suprêmes. Mais ici je perds pied
décidément, car la Bible ne va
guère, dans ses descriptions, au delà
de ces gloires intermédiaires du
millénium. Celles du troisième ciel,
quelles paroles d'homme pourraient les dire ?
Dans quels termes, à l'aide de quelles
images ? Et s'il n'a pas été
accordé à saint Paul de raconter ce
qu'il a vu dans son extase, si un saint Jean doit
écrire : « Ce que nous serons
n'a pas encore été
manifesté, » comment pourrais-je
bégayer quelque chose de la gloire finale et
éternelle ? Aussi
répéterai-je seulement ce que Dieu
nous a dit de ce ciel : « Nous
verrons sa face et nous serons remplis de toute
plénitude. » - « Dieu
sera tout en tous. » La communion de tous
en Dieu sera parfaite. L'harmonie universelle sera
pleinement rétablie. D'un bout à
l'autre de l'univers ce ne sera qu'un coeur et
qu'une âme en Dieu. Et Dieu se donnera
tellement à tous qu'à part la
différence d'origine, chez le
Créateur origine d'essence, chez la
créature origine de grâce, tout sera
tellement commun qu'on ne voit pas, vraiment pas ce
que Dieu compte se réserver pour
lui-même.
Et de siècle en siècle, si
l'on peut encore parler de siècles, tous,
adorant le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
rediront, en jetant aux pieds de Dieu leurs
couronnes :
« À Celui qui nous a
tant aimés que de nous créer à
son image et de restaurer cette image après
la chute ; à Celui qui par son sang
nous a rachetés de la puissance et de la
peine du péché pour faire de nous ses
frères ; et à l'Esprit qui nous
a régénérés,
sanctifiés et glorifiés, au Dieu
trois fois saint, Père, Fils et
Saint-Esprit, un seul Dieu éternellement
béni soient honneur et gloire dès
maintenant et à jamais !
Amen. »
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