L'HOMME
PREMIÈRE ÉTUDE
L'homme selon le dessein de Dieu.
Gen.
I et 2, passim ;
Deut. 8: 3 ;
Ps. 8 ;
Job 14 : I ;
32 : 8 ;
31 : 14, 15 ;
Zach. 12: 1 ;
I Thes. 5 23.
Si je viens ici parler de l'homme, c'est non pas
afin d'exalter l'homme, mais afin de glorifier le
Dieu qui l'a créé.
À juste titre, nous proclamons
ordinairement l'amour rédempteur qui a
éclaté pour nous en
Jésus-Christ ; mais, n'allons pas
jusqu'à en oublier l'amour qui nous a
appelés à l'être et qui nous a
assigné notre destination spéciale et
notre mission. C'est d'elle que je veux vous
entretenir tout d'abord. Après quoi,
hélas ! il faudra bien parler de
déchéance, et, par conséquent,
de recréation de l'homme en
Jésus-Christ.
Oh ! que ces études, que
j'entreprends dans un très profond sentiment
de ma faiblesse, ne se terminent pas sans que tous,
prosternés aux pieds du
trône du
Dieu-créateur, qui est aussi le
Dieu-sauveur, nous nous donnions et consacrions
tout à nouveau à lui en disant, avec
David :
« Mon âme, bénis
l'Éternel ; et que tout ce qui est
au-dedans de moi - tout ce qui est moi -
bénisse le nom de sa
sainteté ! »
Et avec Paul :
« Je vous exhorte, au nom des
compassions de Dieu, que vous offriez vos corps en
sacrifice vivant, saint, ce qui est votre service
rationnel. »
(Rom. 12 : 1.)
I
Et d'abord, avez-vous réfléchi
jamais à ce que vous devez à Dieu en
tant que créatures ? Je dis
créatures, sans autre.
Qu'est-ce qu'une créature ?
Qu'elle soit un ange ou une plante, une
créature est un être qui n'a pas en
lui-même mais en Dieu le principe de sa vie.
C'est un être qui doit son existence à
la seule grâce créatrice et
conservatrice de Dieu ; et cela non pas
seulement pour le début, mais aussi pour
tous les instants de son existence,
jusque-là que si cette volonté
créatrice, qui l'a tiré du
néant, venait à cesser de vouloir son
être, immédiatement il y
rentrerait.
C'est bien là ce que proclament les
vingt-quatre anciens de
l'Apocalypse quand, dans leur cantique au
Dieu-créateur, ils
s'écrient :
« Seigneur, tu es digne de
recevoir gloire, honneur et puissance, car tu as
créé toutes choses ; et c'est
par ta volonté qu'elles existent et qu'elles
ont été
créées. »
(Apoc. 4 : 11.)
Non seulement « par ta
volonté elles ont été
créées, mais par ta volonté
elles existent ; » par ta
volonté elles subsistent, par ta
volonté elles sont, et par ta volonté
elles sont ce qu'elles sont et elles le sont
d'instant en instant. Le bois de cette table n'est
du bois et ne subsiste comme bois, au lieu de
rentrer dans le néant, que parce que Dieu
continue incessamment à vouloir qu'il soit,
et qu'il soit du bois, avec les caractères
et les propriétés du bois. Et, de
même, chacun des atomes microscopiques dont
se compose mon corps, chaque goutte, chaque globule
rouge ou blanc de mon sang n'est et ne continue
à être, avec les caractères qui
lui sont propres, que parce que Dieu continue
à le vouloir. Et de même pour mon
esprit.
Aussi, par elle-même, la
créature n'est-elle rien, quelque rang
qu'elle occupe dans l'échelle des
êtres, et quel que soit son état
moral ; et c'est en dehors de toute allusion
nécessaire à la chute que s'applique
à l'homme cette parole de Paul pour lui
même :
« Ce
que je suis, par grâce je le
suis ! »
(I Cor. 15 : 10.) Ce qui
signifie : « Si je suis, c'est par
grâce, et ce que je suis, c'est par
grâce que je le suis. » -
« Qu'as-tu que tu ne l'aies
reçu ? » dit le même
apôtre.
(I Cor. 4 7.) « Je ne suis
rien, » dit-il encore.
(2 Cor. 12: 11.)
À ce point de vue aussi, et à
prendre la créature en elle-même, et
par conséquent l'homme en tant que
créature, elles sont vraies les innombrables
déclarations de la Bible affirmant notre
faiblesse naturelle, notre impuissance et
même notre néant.
Sous ce rapport déjà, par
conséquent, sous ce rapport tout
inférieur et tout élémentaire,
que d'actions de grâces ne devons-nous pas,
et quelle consécration de tout notre
être à ce Dieu qui nous a tant
aimés que de nous appeler du non-être
à l'être, pour nous y maintenir par
une grâce qui, dans sa volonté, doit
se répéter aux siècles des
siècles !
Et quelle dette que la nôtre sous ce
rapport déjà !
Voulez-vous essayer de la calculer, cette
dette ? Eh bien, comptez, si vous le pouvez, -
et ici déjà c'est l'infini, - comptez
comme multiplicande le nombre des atomes qui
forment votre corps, et dont chacun est une
grâce ; puis, comme multiplicateur, - et
ici encore c'est l'infini, - le nombre
des instants qui formeront
votre
existence durant le temps suivi de
l'éternité ; et le produit de
cette multiplication idéale, d'un infini par
un autre infini représentera votre dette de
créature, dette de reconnaissance, dette de
consécration entière, et, par
contraste, dette de culpabilité pour n'avoir
pas mis au seul service de Dieu, dans la
sainteté et l'amour, chaque mouvement,
chaque pulsation de votre coeur, chaque effort de
votre cerveau.
Oh ! mon Dieu, déjà dans
ce fait-là, que d'actions de grâces en
pensant à toi et à tes dons, et
quelle humiliation en pensant à nous !
II
Mais, quelle est la forme d'existence
particulière, quelle est la mission, la
destination spéciale que le Seigneur nous a
assignée, de sorte que nous soyons non pas
des créatures quelconques, mais des
hommes ?
Autrement dit, qu'est-ce que
l'homme ?
Le récit que la Genèse fait de
notre création nous donne déjà
de l'homme, par lui-même, une très
grande idée. Car, tandis que, pour tout ce
qui précède, Dieu s'est borné
à dire : « Que la
lumière soit, » - « que
la terre pousse son jet, » -
« que les eaux produisent, »
comme si l'apparition des
êtres inférieurs n'était
qu'indirectement due à l'acte
créateur, pour l'homme, en dépit de
l'étroit lien que son corps créera
entre lui et les êtres inférieurs,
pour l'homme, quand Dieu arrive enfin à lui
dans son oeuvre, il s'arrête ; puis il
se fait comme un silence ; et il semble que
l'émotion suspende, un instant, le mouvement
général. Tel un grand artiste, un
artiste de génie, qui s'est fait la main par
des oeuvres préliminaires, quand enfin
arrive l'heure d'entreprendre le chef-d'oeuvre de
sa vie, s'arrête, lui aussi, se recueille et
hésite presque à faire un premier
trait sur sa toile ou à donner le premier
coup de ciseau dans le bloc de marbre.
Après ce silence, une voix se fait
entendre :
« Faisons
l'homme ; » -
« faisons ; » un pluriel
qui paraît être comme l'indice d'une
sorte de consultation sublime entre le Père,
le Fils et l'Esprit, et même peut-être
avec les anges, nos frères
aînés, qui ont chanté en
choeur, nous dit Job, sur le berceau de notre monde
(Job
38 : 7), comme plus tard
ils devaient chanter sur celui de Christ à
Bethléhem
(Luc
2 : 13, 14), et enfin sur
celui du chrétien dans le laborieux
enfantement de la nouvelle naissance.
(Luc
15 : 7.)
« Faisons
l'homme ! »
Et comment faire l'homme ? Que sera
l'homme ?
« Faisons l'homme à notre
image et à notre
ressemblance ! »
« À notre
image ! » À l'image de
Dieu ! Du Dieu des cieux et de la terre, du
Dieu créateur, du Dieu trois fois
saint ! O mon Dieu ! tout à
l'heure, avec David, nous disions :
« Qu'est-ce que l'homme que tu le
visites ? » et maintenant, avec lui
encore avec David, devons-nous nous
écrier : « Peu s'en faut que
tu aies fait de lui un dieu ? »
- Et moi, pour te louer, Dieu des soleils,
qui suis-je ?
- Atome dans l'immensité,
- Minute qui passe et qui n'a plus
été !
- Je ne suis rien, Seigneur, mais ta soif
me dévore ;
- L'homme est néant, ô
Dieu ! mais ce néant
t'adore !
L'image de Dieu ! Plus tard, en contemplant
Celui qui a pu dire : « Qui m'a vu a
vu mon Père » (Jean 14 : 9),
et dont l'épître aux Hébreux
affirme qu'il est « la splendeur de la
gloire de Dieu, l'empreinte de sa
personne, » nous ferons une
réponse plus complète à cette
question : qu'est-ce donc que l'image de
Dieu ?
Pour le moment, remarquons seulement que
l'homme n'a pas été fait, du moins au
début, image, l'image de Dieu, mais à
l'image de Dieu. Il y a là une nuance qui
exprime qu'il n'était pas d'entrée
tout ce qu'il était appelé à
devenir, et qu'en le créant, Dieu
déposait en lui un principe
qui avait à se
développer, afin qu'un jour il fût en
fait tout ce que, dès sa création, il
était en titre et en destination.
Être créé à
l'image de Dieu, c'était être
appelé à une parenté morale,
à une conformité de nature telle que
l'homme pût personnellement et librement
vivre dans la communion de Dieu, devenir en quelque
sorte un fils, un collaborateur de Dieu.
Vivre dans la communion de Dieu,
c'était être capable de penser,
puisque Dieu pense ; mais penser les
pensées mêmes de Dieu, puisque l'homme
doit dépendre incessamment de Dieu.
Et c'était être capable de
vouloir, puisque Dieu veut, mais de vouloir les
volontés de Dieu.
C'était, enfin, être capable de
sentir comme Dieu, qui sent parfaitement, mais de
sentir à l'unisson de Dieu, et les
sentiments mêmes de Dieu.
Tel un fils digne de ce nom et qu'à
l'âge de sa majorité le père,
un artiste ou un grand industriel, associe à
ses travaux, tel ce fils, initié aux
pensées, aux secrets, aux plans de son
père, aura l'inexprimable bonheur de
concourir de plus en plus, dans l'intimité
la plus complète de pensée, de
volonté et d'action avec son père,
à tous les projets du père, tel
l'homme, dans le plan de Dieu, devait être
honoré, en effet, d'une collaboration
intelligente qui le
séparerait absolument des êtres chez
lesquels l'obéissance est instinctive et
mécanique.
Être à l'image de Dieu, c'est
donc forcément être, en principe et
par grâce, tel que Dieu, autant que le peut
devenir la créature.
Or Dieu est par essence amour,
c'est-à-dire don de lui-même, et
sainteté, qui est la sauvegarde de l'amour.
L'homme sera donc appelé à aimer
comme Dieu, et de l'amour même de Dieu ;
et à être saint comme Dieu pour
pouvoir se donner tout entier comme Dieu.
Dieu est donc la fin de l'homme,
(c'est-à-dire le but de l'homme), et, en
Dieu, tous les autres êtres
créés par Dieu. Dieu et les autres
êtres en Dieu, voilà
l'élément naturel de l'homme ;
ils sont pour l'homme ce que l'air est pour
l'oiseau, ce que l'eau est pour le poisson. En Dieu
l'homme vivra ; hors de Dieu il ne peut que
dépérir. En Dieu il sera heureux,
parce qu'il trouvera en lui sa loi, la loi de son
être; hors de Dieu commencera pour lui une
croissante misère. En Dieu il sera fort, et
tous les éléments qui constituent son
être, toutes ses forces, tous ses instincts,
trouvant leur emploi normal, seront des forces
bienfaisantes ; mais hors de Dieu elles
deviendront malfaisantes et destructives, comme les
éléments d'un train de chemin de fer,
la locomotive et son foyer, son
générateur de
vapeur, ses pistons, ses bielles, ses formidables
essieux, ses puissants bras de fer, qui causent
autant d'effroyables catastrophes quand le train
sort des rails qu'elles rendent de services
à la civilisation si celui-ci reste
dessus.
Et si, malheureusement, le train, pour
l'homme, vient à sortir des rails,
c'est-à-dire si, pour l'homme, vient
à se produire une
désobéissance, une chute, une
déchéance, le salut, s'il y a un
salut, ne pourra se produire que dans le retour
complet à l'ordre primitif, à la loi
de l'homme, c'est-à-dire à
l'obéissance filiale, à la communion
avec Dieu dans la sainteté et dans
l'amour.
Là seulement sera le remède,
là l'ordre, là la force, là la
vie, là le bonheur, là le ciel. Et le
pardon que Dieu accordera d'abord, à de
certaines conditions, le pardon ne pourra jamais
être que le point de départ et la
porte d'entrée, la condition
préalable du salut lui-même.
Telle est la destination de l'homme qu'on
peut définir : un candidat à la
divinité dérivée, un
apprenti-dieu ; ou bien encore : un
être qui, par l'assimilation croissante de la
vie divine, doit élever la matière
jusqu'à devenir en lui l'organe parfait de
l'Esprit.
III
En vue de cette destination l'homme sera
créé « âme
vivante »
(I Cor. 15 : 45), et c'est bien
son âme qui sera sa personnalité, le
siège de son moi. De là le mot du
Christ : « A quoi servirait-il
à un homme de gagner le monde entier, s'il
perd son âme, et que donnera l'homme en
échange de son âme ? »
(Marc
8 : 36.) L'homme, c'est
donc avant tout une âme qui, d'un
côté, doit être progressivement
pénétrée de l'Esprit de Dieu
pour être élevée sans cesse
à Dieu ; et, de l'autre, pourvue d'un
organisme physique, le corps, qui sera, lui aussi,
sous l'action de l'âme, transformé
jusqu'à devenir corps spirituel et
glorieux.
La psychologie biblique repose donc sur une
base trichotomique ; c'est-à-dire qu'au
lieu de parler, comme la psychologie non
chrétienne, d'une âme et d'un corps,
elle attribue à l'homme normal trois
éléments essentiels et
distincts : l'esprit, l'âme et le corps;
l'esprit qui est l'organe du divin, l'âme qui
est celui des affections et des instincts, et le
corps qui est le serviteur de l'un et de l'autre.
Cette différence considérable entre
la trichotomie biblique et la dichotomie profane
crée des difficultés et des
malentendus qui compliquent fort
la traduction et l'interprétation de
certains passages bibliques : nous ne citerons
que celui-ci :
I Corinthiens 2 : 14.
Je n'ai que bien peu de temps, alors qu'il
en faudrait beaucoup, pour vous entretenir
suffisamment de ces trois éléments
constitutifs de l'homme et des facultés qui
en dépendent. Bornons-nous donc
forcément à relever certaines notions
qui me paraissent de la plus grande utilité
pour l'activité chrétienne.
Tout particulièrement, je signale
à votre attention le rôle immense que
joue le coeur et dans l'homme et dans la Parole de
Dieu. Le coeur n'est pas mentionné moins de
quatre à cinq cents fois dans la
Bible ; souvent, il est vrai, c'est en donnant
au mot un sens qui n'est pas strictement
psychologique ; toutefois c'est là un
des éléments qui constituent sa
magnifique et profonde unité.
Dans ses multiples éléments,
l'homme présente donc, lui aussi, une
magnifique et profonde unité, un point
central qui est le coeur. C'est là le foyer
de sa vie morale, indirectement même de sa
vie intellectuelle et physique, le siège de
sa personnalité. C'est le point duquel
rayonnent et vers lequel convergent toutes les
influences bonnes ou mauvaises ; c'est la tour
maîtresse dans cette forteresse tant
convoitée qui s'appelle l'homme. Aussi
tout est pris quand elle est
prise ; et si elle l'a été par
le mal, pour la reconquérir il ne suffit pas
de s'être emparé des lignes d'approche
et des forts détachés. L'homme,
a-t-on dit, est un être qui a un coeur
à donner ; aussi Dieu se borne-t-il
à le lui demander en disant :
« Donne-moi ton coeur. » Et
parce que le coeur est le résumé de
l'homme, il suffit à Dieu de
« peser le coeur »
(Prov. 21 : 2) ; de
« connaître le coeur »
(I Sam. 16 : 7) ; si
bien
que dans le Nouveau Testament Dieu porte plusieurs
fois le titre de , le « connaisseur
des coeurs. »
(Act.
1 : 24.) Quand le livre
des Proverbes essaie de définir le coeur, il
dit que c'est « de lui que jaillissent
les sources de la vie ; » aussi
supplie-t-il le jeune homme de le garder plus que
tout ce qu'on garde.
(Prov. 4 : 23.)
Le coeur n'est donc pas le sentiment seul
comme on est porté à le croire ;
il serait plus vite la volonté que le
sentiment, s'il n'était le carrefour
où aboutissent sentiment, volonté,
conscience, et, indirectement, la raison.
On comprend dès lors combien il
importe de fonder toute activité
chrétienne en éducation, en
réforme morale ou sociale, et dans la
prudence pastorale, sur cette connaissance et la
préoccupation constante du rôle
central du coeur. C'est ainsi qu'on
s'épargnera de décevantes
illusions et de très
préjudiciables erreurs. On visera toujours
au coeur sans se laisser arrêter et souvent
duper par les apparences ; et l'on se
rappellera qu'aussi longtemps que le coeur n'est
pas gagné, toutes les conquêtes sont
précaires et extérieures, quelques
peines qu'elles aient coûtées.
Voulez-vous. donc que votre travail soit vrai,
profond, fécond, décisif,
définitif même, autant que peut
l'être une action morale ? allez tout
droit au coeur, ne vous laissez jamais
détourner de ce but unique qui est le centre
du monde.
Quant à la conscience, elle est le
témoin de Dieu dans l'homme, le juge divin
et sans appel, le ministre résident, l'oeil
et la lumière du corps
(Luc
11 : 34-36), la boussole du
navire, alors que le coeur est le
générateur de la vapeur, le foyer des
mobiles et des forces impulsives.
Pour former le coeur à aimer tous les
êtres, et de son amour même, Dieu a eu
une idée que nous appellerions
géniale s'il ne s'agissait pas de lui, celle
de répartir les êtres en groupes ou
cercles de plus en plus vastes : la famille au
centre, puis la nation, après elle
l'humanité et par l'humanité, le
monde universel des esprits, d'après une
succession d'orbes très semblable à
celle dans laquelle s'est mue l'âme de David
lorsqu'il a composé
le Psaume 103. Cette
répartition devait
étendre le coeur de cercle
en cercle pour répandre toujours plus loin
les flots d'amour recueilli en Dieu au foyer
domestique.
C'est en vue de cette organisation en
famille que Dieu a donné à l'homme la
faculté procréatrice qui rapproche
tellement la créature du
Créateur.
Il a ainsi voulu la femme, voulu le mariage
et voulu l'enfant : la femme qui, dès
la première page de la Genèse, est
présentée
(Gen.
2 : 23) comme
l'égale et l'aide de l'homme dans ce mot
ischa qui la désigne, mot qui ne
diffère que par la terminaison de celui qui
désigne l'homme, isch, tandis que
dans les langues des nations déchues on
devait donner toujours à la femme un nom de
plus en plus éloigné de celui de
l'homme (1).
Dès sa première page la Bible
doit donc être chère à toutes
les femmes; elles ont une double raison
d'être ses fidèles et enthousiastes
disciples, puisqu'après avoir trouvé
en elle leur salut comme membres de
l'humanité, elles le trouvent et le
trouveront toujours davantage comme
femmes. La Bible n'est-elle
pas
la charte de leur émancipation selon
Dieu ? N'a-t-elle pas protesté partout
contre l'épouvantable crime commis contre
elles ? premièrement au jardin d'Eden
par le nom que Dieu a donné à
Eve ; secondement au Sinaï, quand, dans
le cinquième commandement, il a dit à
l'homme : « Tu honoreras ton
père... et ta mère ; »
troisièmement au Calvaire, quand il a
élevé la croix rédemptrice
pour la femme autant que pour l'homme !
après quoi c'est à une femme que le
Ressuscité est apparu en premier lieu ;
enfin, dans la chambre haute, au jour de la
Pentecôte, quand l'Esprit a été
répandu sur les femmes disciples autant que
sur les hommes. À quoi l'on pourrait ajouter
encore cet ordre donné à
l'homme :
« L'homme quittera son père
et sa mère et s'attachera à sa
femme, » et ce fait immense que c'est
à une femme, à une pauvre
Samaritaine, qu'a été donnée
pour toute l'humanité la troisième
définition de Dieu : « Dieu
est esprit, » et du vrai culte de Dieu
« en esprit et en vérité
(2). »
(Jean
4 : 24.)
Oh ! la femme, le coeur de la femme, le
coeur de la soeur, le coeur de l'épouse, le
coeur de la mère !
- Oh ! l'amour d'une mère,
amour que nul n'oublie,
- Pain merveilleux qu'un Dieu partage et
multiplie,
- Chacun en a sa part, et tous l'ont tout
entier !
Quelle langue pourra, fût-ce celle d'un
Victor Hugo, jamais dire ce que sont ces ineffables
grâces de Dieu auxquelles on serait
tenté d'appliquer déjà ces
paroles de Job absolument vraies de Dieu
seul : « Ce sont les hauteurs des
cieux, qu'y feras-tu ? ce sont les profondeurs
de l'abîme, qu'y
connaîtras-tu ? »
Et, comment décrire aussi toutes les
merveilles accumulées dans le corps que le
Seigneur, de sa main créatrice, a
façonné en vue du service de l'esprit
et de l'âme ? Car, sans tomber plus que
la Bible dans le matérialisme, pour lequel
tout est corps, c'est-à-dire matière,
nous ne voulons, pas plus qu'elle, à
l'égal de l'idéalisme de Malebranche,
dénigrer le corps en y voyant une
« guenille », un obstacle, une
prison dont logiquement il faudrait savoir se
défaire, au besoin par le suicide, comme les
stoïciens. Non, non, nous voulons, comme la
Bible, voir dans le corps, même dans son
état actuel de déchéance
(3), à
plus forte raison dans son état primitif, un
organisme admirable, un
instrument parfaitement
adapté aux besoins de l'esprit et de
l'âme, une accumulation de merveilles dont
chacune, quand on l'étudie d'un peu
près, arrache des cris d'admiration et
d'actions de grâces.
Pensez au cerveau, ce laboratoire de la
pensée, ces archives inépuisables de
la mémoire ; pensez à l'oeil, ce
miroir de l'âme, avec ses myriades
d'éléments constitutifs, où se
perd la science des plus forts oculistes ;
pensez à l'oreille qui, elle aussi,
défie les efforts des plus hardis
investigateurs ; pensez au larynx, à ce
petit triangle, insignifiant en apparence, qui
permet à l'homme d'émettre des sons
articulés, sans lesquels vainement
travailleraient son cerveau et son coeur ;
pensez à la main, cette incomparable
servante de l'artiste, du chirurgien ou de
l'industriel ; essayez d'entreprendre
l'énumération de tous les
innombrables éléments qui concourent
au bon fonctionnement de notre vie, alors que
l'étude approfondie d'un seul organe, tel
qu'une dent, suffit à remplir la vie d'un
spécialiste, sans lui livrer même tous
ses secrets ; et, je n'en doute pas, dans un
irrésistible mouvement d'admiration, abattus
sous le poids du mystère, vous tomberez
à genoux en répétant, MAIS
DANS QUEL AUTRE ESPRIT, l'exclamation continuelle
du sectateur de Mahomet : « Allah
est grand ! Allah est grand ! »
(Dieu est grand! Dieu est
grand!)
Oui, infiniment grand est notre Dieu ;
son intelligence est un abîme où la
nôtre se perd. Comment a-t-il pu concevoir le
plan de toutes ces merveilles ? comment a-t-il
pu, de rien, les amener à être, et
à durer ? comment tient-il dans sa main
l'univers tout entier et la moindre parcelle de mon
être, jusqu'à pouvoir connaître
le nombre de mes cheveux aussi bien que celui des
étoiles ? 0 mon Dieu ! grand Dieu
des cieux et de la terre, Créateur et
Conservateur de l'homme, prosterné à
tes pieds, dans la poussière de mon
néant, je ne puis que t'adorer en
renonçant à comprendre !
Oh ! quand entrerai-je dans le saint des
saints de ton sanctuaire, pour commencer à
connaître comme j'ai été
connu ? En attendant ce jour de gloire
ineffable, je veux, avec tous tes saints,
répéter ce cantique de
consécration et de louange :
- Monarque souverain des hommes et des
anges,
- Éternel notre Dieu, notre
Libérateur,
- Nous voulons entonner aujourd'hui tes
louanges
- Et célébrer ton nom, ta
gloire et ta grandeur.
-
- Tes bontés envers nous ne se
peuvent comprendre,
- Que pourrions-nous t'offrir, ô
puissant protecteur ?
- Et, pour tant de bienfaits, que
pourrions-nous te rendre ?
- Nos esprits et nos corps, tout
t'appartient, Seigneur !
- Nous unirons nos voix pour chanter tes
merveilles,
- Ton pouvoir infini, ton immense
bonté,
- Tes glorieux exploits, tes oeuvres sans
pareilles,
- Ta sagesse adorable et ta
fidélité.
-
- Rends fertile en vertus notre
reconnaissance !
- Nous voulons désormais ne vivre
que pour toi
- Veuille incliner nos coeurs à ton
obéissance,
- Et nous conduis toujours selon ta sainte
loi
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