Il est écrit:
TA PAROLE EST LA VERITE  (Jean 17.17)
Cela me suffit...
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Il est écrit:
TA PAROLE EST LA VERITE
(Jean 17.17)
Cela me suffit...



L'HOMME



PREMIÈRE ÉTUDE

L'homme selon le dessein de Dieu.

 Gen. I et 2, passim ; Deut. 8: 3 ; Ps. 8 ; Job 14 : I ; 32 : 8 ; 31 : 14, 15 ; Zach. 12: 1 ; I Thes. 5 23.


Si je viens ici parler de l'homme, c'est non pas afin d'exalter l'homme, mais afin de glorifier le Dieu qui l'a créé.
À juste titre, nous proclamons ordinairement l'amour rédempteur qui a éclaté pour nous en Jésus-Christ ; mais, n'allons pas jusqu'à en oublier l'amour qui nous a appelés à l'être et qui nous a assigné notre destination spéciale et notre mission. C'est d'elle que je veux vous entretenir tout d'abord. Après quoi, hélas ! il faudra bien parler de déchéance, et, par conséquent, de recréation de l'homme en Jésus-Christ.

Oh ! que ces études, que j'entreprends dans un très profond sentiment de ma faiblesse, ne se terminent pas sans que tous, prosternés aux pieds du trône du Dieu-créateur, qui est aussi le Dieu-sauveur, nous nous donnions et consacrions tout à nouveau à lui en disant, avec David :
« Mon âme, bénis l'Éternel ; et que tout ce qui est au-dedans de moi - tout ce qui est moi - bénisse le nom de sa sainteté ! »

Et avec Paul :
« Je vous exhorte, au nom des compassions de Dieu, que vous offriez vos corps en sacrifice vivant, saint, ce qui est votre service rationnel. » (Rom. 12 : 1.)

I

Et d'abord, avez-vous réfléchi jamais à ce que vous devez à Dieu en tant que créatures ? Je dis créatures, sans autre.
Qu'est-ce qu'une créature ? Qu'elle soit un ange ou une plante, une créature est un être qui n'a pas en lui-même mais en Dieu le principe de sa vie. C'est un être qui doit son existence à la seule grâce créatrice et conservatrice de Dieu ; et cela non pas seulement pour le début, mais aussi pour tous les instants de son existence, jusque-là que si cette volonté créatrice, qui l'a tiré du néant, venait à cesser de vouloir son être, immédiatement il y rentrerait.

C'est bien là ce que proclament les vingt-quatre anciens de l'Apocalypse quand, dans leur cantique au Dieu-créateur, ils s'écrient :
« Seigneur, tu es digne de recevoir gloire, honneur et puissance, car tu as créé toutes choses ; et c'est par ta volonté qu'elles existent et qu'elles ont été créées. » (Apoc. 4 : 11.)

Non seulement « par ta volonté elles ont été créées, mais par ta volonté elles existent ; » par ta volonté elles subsistent, par ta volonté elles sont, et par ta volonté elles sont ce qu'elles sont et elles le sont d'instant en instant. Le bois de cette table n'est du bois et ne subsiste comme bois, au lieu de rentrer dans le néant, que parce que Dieu continue incessamment à vouloir qu'il soit, et qu'il soit du bois, avec les caractères et les propriétés du bois. Et, de même, chacun des atomes microscopiques dont se compose mon corps, chaque goutte, chaque globule rouge ou blanc de mon sang n'est et ne continue à être, avec les caractères qui lui sont propres, que parce que Dieu continue à le vouloir. Et de même pour mon esprit.

Aussi, par elle-même, la créature n'est-elle rien, quelque rang qu'elle occupe dans l'échelle des êtres, et quel que soit son état moral ; et c'est en dehors de toute allusion nécessaire à la chute que s'applique à l'homme cette parole de Paul pour lui même : « Ce que je suis, par grâce je le suis ! » (I Cor. 15 : 10.) Ce qui signifie : « Si je suis, c'est par grâce, et ce que je suis, c'est par grâce que je le suis. » - « Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu ? » dit le même apôtre. (I Cor. 4 7.) « Je ne suis rien, » dit-il encore. (2 Cor. 12: 11.)

À ce point de vue aussi, et à prendre la créature en elle-même, et par conséquent l'homme en tant que créature, elles sont vraies les innombrables déclarations de la Bible affirmant notre faiblesse naturelle, notre impuissance et même notre néant.
Sous ce rapport déjà, par conséquent, sous ce rapport tout inférieur et tout élémentaire, que d'actions de grâces ne devons-nous pas, et quelle consécration de tout notre être à ce Dieu qui nous a tant aimés que de nous appeler du non-être à l'être, pour nous y maintenir par une grâce qui, dans sa volonté, doit se répéter aux siècles des siècles !

Et quelle dette que la nôtre sous ce rapport déjà !
Voulez-vous essayer de la calculer, cette dette ? Eh bien, comptez, si vous le pouvez, - et ici déjà c'est l'infini, - comptez comme multiplicande le nombre des atomes qui forment votre corps, et dont chacun est une grâce ; puis, comme multiplicateur, - et ici encore c'est l'infini, - le nombre des instants qui formeront votre existence durant le temps suivi de l'éternité ; et le produit de cette multiplication idéale, d'un infini par un autre infini représentera votre dette de créature, dette de reconnaissance, dette de consécration entière, et, par contraste, dette de culpabilité pour n'avoir pas mis au seul service de Dieu, dans la sainteté et l'amour, chaque mouvement, chaque pulsation de votre coeur, chaque effort de votre cerveau.

Oh ! mon Dieu, déjà dans ce fait-là, que d'actions de grâces en pensant à toi et à tes dons, et quelle humiliation en pensant à nous !

II

Mais, quelle est la forme d'existence particulière, quelle est la mission, la destination spéciale que le Seigneur nous a assignée, de sorte que nous soyons non pas des créatures quelconques, mais des hommes ?

Autrement dit, qu'est-ce que l'homme ?
Le récit que la Genèse fait de notre création nous donne déjà de l'homme, par lui-même, une très grande idée. Car, tandis que, pour tout ce qui précède, Dieu s'est borné à dire : « Que la lumière soit, » - « que la terre pousse son jet, » - « que les eaux produisent, » comme si l'apparition des êtres inférieurs n'était qu'indirectement due à l'acte créateur, pour l'homme, en dépit de l'étroit lien que son corps créera entre lui et les êtres inférieurs, pour l'homme, quand Dieu arrive enfin à lui dans son oeuvre, il s'arrête ; puis il se fait comme un silence ; et il semble que l'émotion suspende, un instant, le mouvement général. Tel un grand artiste, un artiste de génie, qui s'est fait la main par des oeuvres préliminaires, quand enfin arrive l'heure d'entreprendre le chef-d'oeuvre de sa vie, s'arrête, lui aussi, se recueille et hésite presque à faire un premier trait sur sa toile ou à donner le premier coup de ciseau dans le bloc de marbre.

Après ce silence, une voix se fait entendre :
« Faisons l'homme ; » - « faisons ; » un pluriel qui paraît être comme l'indice d'une sorte de consultation sublime entre le Père, le Fils et l'Esprit, et même peut-être avec les anges, nos frères aînés, qui ont chanté en choeur, nous dit Job, sur le berceau de notre monde (Job 38 : 7), comme plus tard ils devaient chanter sur celui de Christ à Bethléhem (Luc 2 : 13, 14), et enfin sur celui du chrétien dans le laborieux enfantement de la nouvelle naissance. (Luc 15 : 7.)

« Faisons l'homme ! »
Et comment faire l'homme ? Que sera l'homme ?
« Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance ! »
« À notre image ! » À l'image de Dieu ! Du Dieu des cieux et de la terre, du Dieu créateur, du Dieu trois fois saint ! O mon Dieu ! tout à l'heure, avec David, nous disions : « Qu'est-ce que l'homme que tu le visites ? » et maintenant, avec lui encore avec David, devons-nous nous écrier : « Peu s'en faut que tu aies fait de lui un dieu ? »

Et moi, pour te louer, Dieu des soleils, qui suis-je ?
Atome dans l'immensité,
Minute qui passe et qui n'a plus été !
Je ne suis rien, Seigneur, mais ta soif me dévore ;
L'homme est néant, ô Dieu ! mais ce néant t'adore !

L'image de Dieu ! Plus tard, en contemplant Celui qui a pu dire : « Qui m'a vu a vu mon Père » (Jean 14 : 9), et dont l'épître aux Hébreux affirme qu'il est « la splendeur de la gloire de Dieu, l'empreinte de sa personne, » nous ferons une réponse plus complète à cette question : qu'est-ce donc que l'image de Dieu ?

Pour le moment, remarquons seulement que l'homme n'a pas été fait, du moins au début, image, l'image de Dieu, mais à l'image de Dieu. Il y a là une nuance qui exprime qu'il n'était pas d'entrée tout ce qu'il était appelé à devenir, et qu'en le créant, Dieu déposait en lui un principe qui avait à se développer, afin qu'un jour il fût en fait tout ce que, dès sa création, il était en titre et en destination.

Être créé à l'image de Dieu, c'était être appelé à une parenté morale, à une conformité de nature telle que l'homme pût personnellement et librement vivre dans la communion de Dieu, devenir en quelque sorte un fils, un collaborateur de Dieu.

Vivre dans la communion de Dieu, c'était être capable de penser, puisque Dieu pense ; mais penser les pensées mêmes de Dieu, puisque l'homme doit dépendre incessamment de Dieu.

Et c'était être capable de vouloir, puisque Dieu veut, mais de vouloir les volontés de Dieu.

C'était, enfin, être capable de sentir comme Dieu, qui sent parfaitement, mais de sentir à l'unisson de Dieu, et les sentiments mêmes de Dieu.

Tel un fils digne de ce nom et qu'à l'âge de sa majorité le père, un artiste ou un grand industriel, associe à ses travaux, tel ce fils, initié aux pensées, aux secrets, aux plans de son père, aura l'inexprimable bonheur de concourir de plus en plus, dans l'intimité la plus complète de pensée, de volonté et d'action avec son père, à tous les projets du père, tel l'homme, dans le plan de Dieu, devait être honoré, en effet, d'une collaboration intelligente qui le séparerait absolument des êtres chez lesquels l'obéissance est instinctive et mécanique.

Être à l'image de Dieu, c'est donc forcément être, en principe et par grâce, tel que Dieu, autant que le peut devenir la créature.
Or Dieu est par essence amour, c'est-à-dire don de lui-même, et sainteté, qui est la sauvegarde de l'amour. L'homme sera donc appelé à aimer comme Dieu, et de l'amour même de Dieu ; et à être saint comme Dieu pour pouvoir se donner tout entier comme Dieu.

Dieu est donc la fin de l'homme, (c'est-à-dire le but de l'homme), et, en Dieu, tous les autres êtres créés par Dieu. Dieu et les autres êtres en Dieu, voilà l'élément naturel de l'homme ; ils sont pour l'homme ce que l'air est pour l'oiseau, ce que l'eau est pour le poisson. En Dieu l'homme vivra ; hors de Dieu il ne peut que dépérir. En Dieu il sera heureux, parce qu'il trouvera en lui sa loi, la loi de son être; hors de Dieu commencera pour lui une croissante misère. En Dieu il sera fort, et tous les éléments qui constituent son être, toutes ses forces, tous ses instincts, trouvant leur emploi normal, seront des forces bienfaisantes ; mais hors de Dieu elles deviendront malfaisantes et destructives, comme les éléments d'un train de chemin de fer, la locomotive et son foyer, son générateur de vapeur, ses pistons, ses bielles, ses formidables essieux, ses puissants bras de fer, qui causent autant d'effroyables catastrophes quand le train sort des rails qu'elles rendent de services à la civilisation si celui-ci reste dessus.
Et si, malheureusement, le train, pour l'homme, vient à sortir des rails, c'est-à-dire si, pour l'homme, vient à se produire une désobéissance, une chute, une déchéance, le salut, s'il y a un salut, ne pourra se produire que dans le retour complet à l'ordre primitif, à la loi de l'homme, c'est-à-dire à l'obéissance filiale, à la communion avec Dieu dans la sainteté et dans l'amour.
Là seulement sera le remède, là l'ordre, là la force, là la vie, là le bonheur, là le ciel. Et le pardon que Dieu accordera d'abord, à de certaines conditions, le pardon ne pourra jamais être que le point de départ et la porte d'entrée, la condition préalable du salut lui-même.

Telle est la destination de l'homme qu'on peut définir : un candidat à la divinité dérivée, un apprenti-dieu ; ou bien encore : un être qui, par l'assimilation croissante de la vie divine, doit élever la matière jusqu'à devenir en lui l'organe parfait de l'Esprit.

III

En vue de cette destination l'homme sera créé « âme vivante » (I Cor. 15 : 45), et c'est bien son âme qui sera sa personnalité, le siège de son moi. De là le mot du Christ : « A quoi servirait-il à un homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme, et que donnera l'homme en échange de son âme ? » (Marc 8 : 36.) L'homme, c'est donc avant tout une âme qui, d'un côté, doit être progressivement pénétrée de l'Esprit de Dieu pour être élevée sans cesse à Dieu ; et, de l'autre, pourvue d'un organisme physique, le corps, qui sera, lui aussi, sous l'action de l'âme, transformé jusqu'à devenir corps spirituel et glorieux.

La psychologie biblique repose donc sur une base trichotomique ; c'est-à-dire qu'au lieu de parler, comme la psychologie non chrétienne, d'une âme et d'un corps, elle attribue à l'homme normal trois éléments essentiels et distincts : l'esprit, l'âme et le corps; l'esprit qui est l'organe du divin, l'âme qui est celui des affections et des instincts, et le corps qui est le serviteur de l'un et de l'autre. Cette différence considérable entre la trichotomie biblique et la dichotomie profane crée des difficultés et des malentendus qui compliquent fort la traduction et l'interprétation de certains passages bibliques : nous ne citerons que celui-ci : I Corinthiens 2 : 14.

Je n'ai que bien peu de temps, alors qu'il en faudrait beaucoup, pour vous entretenir suffisamment de ces trois éléments constitutifs de l'homme et des facultés qui en dépendent. Bornons-nous donc forcément à relever certaines notions qui me paraissent de la plus grande utilité pour l'activité chrétienne.

Tout particulièrement, je signale à votre attention le rôle immense que joue le coeur et dans l'homme et dans la Parole de Dieu. Le coeur n'est pas mentionné moins de quatre à cinq cents fois dans la Bible ; souvent, il est vrai, c'est en donnant au mot un sens qui n'est pas strictement psychologique ; toutefois c'est là un des éléments qui constituent sa magnifique et profonde unité.

Dans ses multiples éléments, l'homme présente donc, lui aussi, une magnifique et profonde unité, un point central qui est le coeur. C'est là le foyer de sa vie morale, indirectement même de sa vie intellectuelle et physique, le siège de sa personnalité. C'est le point duquel rayonnent et vers lequel convergent toutes les influences bonnes ou mauvaises ; c'est la tour maîtresse dans cette forteresse tant convoitée qui s'appelle l'homme. Aussi tout est pris quand elle est prise ; et si elle l'a été par le mal, pour la reconquérir il ne suffit pas de s'être emparé des lignes d'approche et des forts détachés. L'homme, a-t-on dit, est un être qui a un coeur à donner ; aussi Dieu se borne-t-il à le lui demander en disant : « Donne-moi ton coeur. » Et parce que le coeur est le résumé de l'homme, il suffit à Dieu de « peser le coeur » (Prov. 21 : 2) ; de « connaître le coeur » (I Sam. 16 : 7) ; si bien que dans le Nouveau Testament Dieu porte plusieurs fois le titre de, le « connaisseur des coeurs. » (Act. 1 : 24.) Quand le livre des Proverbes essaie de définir le coeur, il dit que c'est « de lui que jaillissent les sources de la vie ; » aussi supplie-t-il le jeune homme de le garder plus que tout ce qu'on garde. (Prov. 4 : 23.)

Le coeur n'est donc pas le sentiment seul comme on est porté à le croire ; il serait plus vite la volonté que le sentiment, s'il n'était le carrefour où aboutissent sentiment, volonté, conscience, et, indirectement, la raison.
On comprend dès lors combien il importe de fonder toute activité chrétienne en éducation, en réforme morale ou sociale, et dans la prudence pastorale, sur cette connaissance et la préoccupation constante du rôle central du coeur. C'est ainsi qu'on s'épargnera de décevantes illusions et de très préjudiciables erreurs. On visera toujours au coeur sans se laisser arrêter et souvent duper par les apparences ; et l'on se rappellera qu'aussi longtemps que le coeur n'est pas gagné, toutes les conquêtes sont précaires et extérieures, quelques peines qu'elles aient coûtées. Voulez-vous. donc que votre travail soit vrai, profond, fécond, décisif, définitif même, autant que peut l'être une action morale ? allez tout droit au coeur, ne vous laissez jamais détourner de ce but unique qui est le centre du monde.

Quant à la conscience, elle est le témoin de Dieu dans l'homme, le juge divin et sans appel, le ministre résident, l'oeil et la lumière du corps (Luc 11 : 34-36), la boussole du navire, alors que le coeur est le générateur de la vapeur, le foyer des mobiles et des forces impulsives.

Pour former le coeur à aimer tous les êtres, et de son amour même, Dieu a eu une idée que nous appellerions géniale s'il ne s'agissait pas de lui, celle de répartir les êtres en groupes ou cercles de plus en plus vastes : la famille au centre, puis la nation, après elle l'humanité et par l'humanité, le monde universel des esprits, d'après une succession d'orbes très semblable à celle dans laquelle s'est mue l'âme de David lorsqu'il a composé le Psaume 103. Cette répartition devait étendre le coeur de cercle en cercle pour répandre toujours plus loin les flots d'amour recueilli en Dieu au foyer domestique.

C'est en vue de cette organisation en famille que Dieu a donné à l'homme la faculté procréatrice qui rapproche tellement la créature du Créateur.
Il a ainsi voulu la femme, voulu le mariage et voulu l'enfant : la femme qui, dès la première page de la Genèse, est présentée (Gen. 2 : 23) comme l'égale et l'aide de l'homme dans ce mot ischa qui la désigne, mot qui ne diffère que par la terminaison de celui qui désigne l'homme, isch, tandis que dans les langues des nations déchues on devait donner toujours à la femme un nom de plus en plus éloigné de celui de l'homme (1).

Dès sa première page la Bible doit donc être chère à toutes les femmes; elles ont une double raison d'être ses fidèles et enthousiastes disciples, puisqu'après avoir trouvé en elle leur salut comme membres de l'humanité, elles le trouvent et le trouveront toujours davantage comme femmes. La Bible n'est-elle pas la charte de leur émancipation selon Dieu ? N'a-t-elle pas protesté partout contre l'épouvantable crime commis contre elles ? premièrement au jardin d'Eden par le nom que Dieu a donné à Eve ; secondement au Sinaï, quand, dans le cinquième commandement, il a dit à l'homme : « Tu honoreras ton père... et ta mère ; » troisièmement au Calvaire, quand il a élevé la croix rédemptrice pour la femme autant que pour l'homme ! après quoi c'est à une femme que le Ressuscité est apparu en premier lieu ; enfin, dans la chambre haute, au jour de la Pentecôte, quand l'Esprit a été répandu sur les femmes disciples autant que sur les hommes. À quoi l'on pourrait ajouter encore cet ordre donné à l'homme :
« L'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, » et ce fait immense que c'est à une femme, à une pauvre Samaritaine, qu'a été donnée pour toute l'humanité la troisième définition de Dieu : « Dieu est esprit, » et du vrai culte de Dieu « en esprit et en vérité (2). » (Jean 4 : 24.)

Oh ! la femme, le coeur de la femme, le coeur de la soeur, le coeur de l'épouse, le coeur de la mère !

Oh ! l'amour d'une mère, amour que nul n'oublie,
Pain merveilleux qu'un Dieu partage et multiplie,
Chacun en a sa part, et tous l'ont tout entier !

Quelle langue pourra, fût-ce celle d'un Victor Hugo, jamais dire ce que sont ces ineffables grâces de Dieu auxquelles on serait tenté d'appliquer déjà ces paroles de Job absolument vraies de Dieu seul : « Ce sont les hauteurs des cieux, qu'y feras-tu ? ce sont les profondeurs de l'abîme, qu'y connaîtras-tu ? »

Et, comment décrire aussi toutes les merveilles accumulées dans le corps que le Seigneur, de sa main créatrice, a façonné en vue du service de l'esprit et de l'âme ? Car, sans tomber plus que la Bible dans le matérialisme, pour lequel tout est corps, c'est-à-dire matière, nous ne voulons, pas plus qu'elle, à l'égal de l'idéalisme de Malebranche, dénigrer le corps en y voyant une « guenille », un obstacle, une prison dont logiquement il faudrait savoir se défaire, au besoin par le suicide, comme les stoïciens. Non, non, nous voulons, comme la Bible, voir dans le corps, même dans son état actuel de déchéance (3), à plus forte raison dans son état primitif, un organisme admirable, un instrument parfaitement adapté aux besoins de l'esprit et de l'âme, une accumulation de merveilles dont chacune, quand on l'étudie d'un peu près, arrache des cris d'admiration et d'actions de grâces.

Pensez au cerveau, ce laboratoire de la pensée, ces archives inépuisables de la mémoire ; pensez à l'oeil, ce miroir de l'âme, avec ses myriades d'éléments constitutifs, où se perd la science des plus forts oculistes ; pensez à l'oreille qui, elle aussi, défie les efforts des plus hardis investigateurs ; pensez au larynx, à ce petit triangle, insignifiant en apparence, qui permet à l'homme d'émettre des sons articulés, sans lesquels vainement travailleraient son cerveau et son coeur ; pensez à la main, cette incomparable servante de l'artiste, du chirurgien ou de l'industriel ; essayez d'entreprendre l'énumération de tous les innombrables éléments qui concourent au bon fonctionnement de notre vie, alors que l'étude approfondie d'un seul organe, tel qu'une dent, suffit à remplir la vie d'un spécialiste, sans lui livrer même tous ses secrets ; et, je n'en doute pas, dans un irrésistible mouvement d'admiration, abattus sous le poids du mystère, vous tomberez à genoux en répétant, MAIS DANS QUEL AUTRE ESPRIT, l'exclamation continuelle du sectateur de Mahomet : « Allah est grand ! Allah est grand ! » (Dieu est grand! Dieu est grand!)

Oui, infiniment grand est notre Dieu ; son intelligence est un abîme où la nôtre se perd. Comment a-t-il pu concevoir le plan de toutes ces merveilles ? comment a-t-il pu, de rien, les amener à être, et à durer ? comment tient-il dans sa main l'univers tout entier et la moindre parcelle de mon être, jusqu'à pouvoir connaître le nombre de mes cheveux aussi bien que celui des étoiles ? 0 mon Dieu ! grand Dieu des cieux et de la terre, Créateur et Conservateur de l'homme, prosterné à tes pieds, dans la poussière de mon néant, je ne puis que t'adorer en renonçant à comprendre ! Oh ! quand entrerai-je dans le saint des saints de ton sanctuaire, pour commencer à connaître comme j'ai été connu ? En attendant ce jour de gloire ineffable, je veux, avec tous tes saints, répéter ce cantique de consécration et de louange :

Monarque souverain des hommes et des anges,
Éternel notre Dieu, notre Libérateur,
Nous voulons entonner aujourd'hui tes louanges
Et célébrer ton nom, ta gloire et ta grandeur.
 
Tes bontés envers nous ne se peuvent comprendre,
Que pourrions-nous t'offrir, ô puissant protecteur ?
Et, pour tant de bienfaits, que pourrions-nous te rendre ?
Nos esprits et nos corps, tout t'appartient, Seigneur !
Nous unirons nos voix pour chanter tes merveilles,
Ton pouvoir infini, ton immense bonté,
Tes glorieux exploits, tes oeuvres sans pareilles,
Ta sagesse adorable et ta fidélité.
 
Rends fertile en vertus notre reconnaissance !
Nous voulons désormais ne vivre que pour toi
Veuille incliner nos coeurs à ton obéissance,
Et nous conduis toujours selon ta sainte loi


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1 A notre connaissance, c'est l'anglais qui, avec son man et woman (homme, femme), et le hollandais qui se rapprochent le plus de la Bible. Qui dira si ce fait philologique est pour quelque chose dans le rôle de la femme en Angleterre, et dans l'absence de la loi salique soit dans ce grand empire, soit en Hollande?

2 La première se trouve Ex. 3 : 14 ; la seconde Esaïe 6 : 3 ; la quatrième I Jean 4 : 8. Appliqué à Dieu, le mot de « définition » est singulièrement impropre. Car définir, c'est finir.

3 Saint Paul ne l'a pas appelé (Philip. 3 : 21) corps vil, comme le lui font dire la plupart de nos traductions, mais « corps d'humiliation. »

 

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