L'HOMME
AVANT-PROPOS
À mes chers auditeurs de Chexbres.
Vous avez gagné votre
procès : vos aimables et unanimes
insistances ont eu raison de mes longues
hésitations. Car, lorsque je vous ai
donné ces six leçons sur l'homme, je
n'avais nullement la pensée de les publier.
Voyez-vous : autant, quand on est jeune, on
est impatient de faire gémir les presses
pour avoir la joie enfantine de voir son nom
figurer sur un ouvrage... qui doit
révolutionner le monde, autant, lorsqu'on
est au terme de la carrière, et
malgré l'extrême bienveillance de la
critique, on devient plus timide, sinon plus
humble, quand se pose la question de
l'impression.
C'est que, à l'égal de ce
vieux prédicateur qui disait un jour
à ses auditeurs : « Je vois
très bien ceux d'entre vous qui ne sont pas
là, » on ne sent que trop alors
tout ce qui manque à un travail. Et s'il
s'agit du sujet que je vous ai exposé, s'il
s'agit de l'homme, que ne manque-t-il pas ?
Car l'homme, c'est déjà
l'infini, qui défie l'inscription
célèbre de l'école de Platon.
Oh ! combien ne m'en suis-je pas aperçu
alors que je vous parlais de nous, à
Chexbres ; et combien plus encore quand, pour
vous complaire, j'ai travaillé à la
rédaction finale de mes leçons !
Je vous assure que, sur la voie que vous m'avez un
peu imposée, je me suis avancé en
pensant souvent à ces braves vaches qui
rapportaient l'arche de l'alliance du pays des
Philistins dans celui de Juda. « Elles
avançaient, nous est-il dit, mais en
mugissant. » Que de fois n'ai-je pas
été tenté de poser la plume en
m'écriant comme Job : « J'ai
parlé et je ne comprenais pas ; ce sont
des choses trop merveilleuses pour moi, et je ne
les connais pas ! »
Mais si « l'on est agréable
selon ce que l'on a et non selon ce qu'on n'a
pas, » acceptez mon offrande. Ces
études sont de simples aperçus,
quelques grandes lignes directrices pour vos
propres méditations sur le sujet qui nous a
occupés.
D'autres, je l'espère, feront mieux,
et de fond et de forme, et donneront un jour,
à notre monde évangélique de
langue française, tout un ouvrage sur
l'homme d'après la Bible, ouvrage qui nous
fait encore défaut.
Nous avons tant besoin « d'ajouter
à la foi la
connaissance », Si
nous
voulons que notre vie religieuse ait plus de
consistance, de profondeur et d'équilibre
que n'en peuvent donner les seules émotions
vives et fugitives des réunions d'appel et
d'édification. Ce mot d'édification
avait primitivement un autre sens :
revenons-y. C'est bien un peu dans le but de faire
de la « construction » plus
solide, ou. peut-être, du sous-oeuvre, que
les cours de Chexbres ont été
organisés. Leur succès encourageant,
malgré de nombreuses imperfections, a
prouvé qu'ils répondent à un
besoin ; et c'est là ce qui
décide les promoteurs de l'entreprise
à les renouveler cette année.
Dès aujourd'hui implorons sur ces efforts
une bénédiction de Dieu, une
grâce spirituelle encore plus intense que ce
qui nous a déjà été si
miséricordieusement accordé en
1907.
Que ces cours réunissent des
chrétiens de toute Église, même
de l'Eglise romaine, comme l'an dernier ;
qu'au souci de l'affermissement dans la
vérité se joigne étroitement
celui d'un constant progrès dans l'amour.
Étroits, ni plus ni moins ni autrement que
l'Évangile. mais larges aussi, et de sa
largeur, tels devons-nous être dans une
époque où il faut, tout ensemble,
sauvegarder le trésor de la
vérité qui est en Christ et grouper
ceux qui la proclament et la vivent, quelles que
soient les divergences de second ordre
qui les séparent encore les
uns des autres. En théorie, le programme est
sublime ; en pratique, il présente de
très grandes difficultés. Que Dieu
nous aide à les surmonter toutes et au plus
tôt ! C'est là la continuelle et
ardente prière de l'auteur de ces lignes.
8 février 1908.
G. TOPHEL.
P. S. Pour les lecteurs de ce volume qui ne
connaissent pas Chexbres, disons que c'est,
au-dessus de Vevey, une délicieuse station
de mi-montagne, où ont été
tenus, pendant trois semaines en septembre dernier,
des cours bibliques suivis de réunions plus
générales. Les cours ont
réuni, dans une vaste galerie d'hôtel,
environ 150 chrétiens et chrétiennes
de divers pays ; les réunions
générales, jusqu'à 1000
auditeurs sous une grande tente au milieu d'un beau
verger.
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