LE
JUSTE DE
DIEU
CHAPITRE 5
À L'IMAGE DU FILS DE DIEU
Le plan que Dieu a établi pour conduire
à la gloire beaucoup de fils (et de filles),
se décompose en plusieurs parties
comparables aux maillons d'une chaîne, et
comprend en phase finale : la parfaite
ressemblance à l'image de son Fils, ce
qu'affirme le passage suivant de
l'épître aux Romains.
"Nous savons du reste, que toutes
choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu,
de ceux qui sont appelés selon son dessein.
Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi
prédestinés à être
semblables à l'image de son Fils, afin que
son Fils fût le premier-né entre
plusieurs frères. Et ceux qu'il a
prédestinés, il les a aussi
appelés ; et ceux qu'il a
appelés, il les a aussi
justifiés ; et ceux qu'il a
justifiés, il les a aussi glorifiés.
"
(Ro. 8. 28-30)
L'épître aux
Éphésiens déclare que les
saints et les fidèles en Jésus-Christ
ont été élus avant la
fondation du monde pour la sainteté. Le
verset
29 de la citation ci-dessus apporte
un appui à la révélation d'une
élection préalable à la
création de la terre et précise
même que cette élection fut bien
individuelle. En effet, elle intéresse ceux
que Dieu "a connus d'avance". Ceux-là
seulement prennent part à la
prédestination à devenir les images
vivantes de Christ, qui occupera donc la position
du "premier-né" de toute la nombreuse
lignée des élus devenus ses
frères.
L'expression "premier-né" nous
amène à penser à la
résurrection, en rapport avec la 1ère
épître aux Corinthiens :
"Et comme tous meurent en Adam,
de
même aussi tous revivront en Christ, mais
chacun en son rang ; Christ comme
prémices, puis ceux qui appartiennent
à Christ lors de son avènement. "
(1 Cor. 15. 22-23)
En somme, c'est par la
résurrection que s'accomplira tout à
fait ce à quoi Dieu prédestine ceux
qu'il a "pré connus" c'est-à-dire la
parfaite et glorieuse ressemblance au Fils
premier-né. Paul en reprend la vision
d'autre part, et écrit que lorsque le
Seigneur Jésus apparaîtra du ciel avec
les anges de sa puissance, il sera "en ce
jour-là" glorifié dans ses saints et
admiré dans tous ceux qui auront cru
(2 Thes.1. 10) ; ce qui
signifie
que l'admiration de la Personne du Seigneur
s'élargira à toute l'escorte des
saints, parce que ceux-ci offriront tous à
la vue l'image parfaite du Seigneur, recouverte de
la même gloire que lui-même.
Pourquoi Paul écrit-il en
Romains 8. 29 "semblables à
l'image de son Fils" et non pas seulement
"semblable à son Fils" ?
En réponse, on peut
considérer en premier lieu que Christ est
lui-même une image, ainsi que Paul
l'écrit aussi :
"Il est l'image du Dieu invisible, le
premier-né de toute la création"
(Col.
1. 15) ; puis,
l'épître aux Hébreux dit
également que le Fils est le reflet de la
gloire et l'empreinte de sa personne (la Personne
de Dieu)
(1.
3). En second lieu, Christ
ressuscité et glorifié est un
modèle à la ressemblance duquel
doivent arriver les "pré connus", si bien
que le terme image prend le sens de modèle.
Le Christ a achevé son oeuvre de
rédemption en devenant "l'homme nouveau" ou
le "dernier Adam" destiné à se
reproduire en chacun de ses
rachetés. C'est ce dont
Paul fait mention en
1 Corinthiens 15. 49 : "Et
de même que nous avons porté l'image
du terrestre, nous porterons aussi l'image du
céleste. " L'oeuvre de la
rédemption parvient donc à ce
prodigieux aboutissement : un nouveau type
d'homme est créé en la personne du
Fils de Dieu, à l'effet d'y conformer tous
ceux qui auront cru. Leur ressemblance sera totale
en raison du pouvoir que possède le Fils de
"s'assujettir toutes choses"
(Ph. 3. 21).
LA RESSEMBLANCE
PERDUE
Dans la logique et la sagesse du plan de
Dieu, intervient le principe de la transmission de
la vie qui veut qu'un nouvel être ressemble
à un autre être l'ayant
précédé. Telle est la loi
fondamentale et universelle de la vie. On l'a
nommée : "loi de la
continuité génétique", ou
encore : "loi de la conformité au
type de l'espèce". Quand nous
reviendrons à la voie du salut, nous
retrouverons ce principe de la conformité.
Le Seigneur l'a énoncé de
façon simple :
"cueille-t-on des raisins sur des
épines ou des figues sur des
chardons ? "
(Mat. 7. 16) ; puis, dans un
autre enseignement :
"Ce qui est né de la chair est
chair, et ce qui est né de l'esprit est
Esprit. "
(Jn.
3. 6).
Dieu a proclamé qu'il utilisait
l'équivalent de ce principe en créant
l'homme :
"Faisons l'homme à notre
image, selon notre ressemblance... Dieu créa
l'homme à son image, il le créa
à l'image de Dieu, il créa l'homme et
la femme. "
(Gen.
1. 26-27).
Dieu s'était donc reconnu en sa
créature humaine. L'homme était
à la fois créature et image du Dieu
incréé ! Pour
caractériser (dans une humble mesure) cette
ressemblance, on peut admettre sommairement que
l'homme a reçu de son Créateur, outre
le corps et l'âme, un esprit
(Zach.
12. 1), la sagesse,
l'intelligence, ainsi qu'une volonté libre
lui permettant de suivre la voie de la sagesse et
la crainte de L'Éternel, ou bien de s'en
écarter et de succomber. Toutefois, ces
merveilleuses facultés allaient se trouver
confrontées à l'épreuve ;
il le fallait ; Job nous le dit :
"Alors il (Dieu)
vit la
sagesse et la manifesta. Il en posa les fondements
et la mit à l'épreuve. Puis il dit
à l'homme : Voici, la crainte du
Seigneur, c'est la sagesse ; s'éloigner
du mal, c'est l'intelligence. "
(Job
28. 27-28)
Dans le jardin d'Eden, vaste comme une
province, Dieu avait placé un arbre
particulier dont le fruit ne devait pas être
mangé, parmi des milliers, ou des dizaines
de milliers d'autres arbres d'espèces
variées, qui, tous, étaient
"agréables à voir et bons à
manger". C'était le seul arbre
susceptible de devenir l'objet de la tentation.
D'autre part, rien ne s'opposait à ce que
Satan, le tentateur, entre dans le jardin. Ainsi,
l'épreuve de l'homme allait résulter
de la présence d'un objet de tentation, et
d'un tentateur ; comme il en sera plus tard
pour Jésus dans le
désert :
"Après avoir
jeûné 40 jours et quarante nuits, il
eut faim. Le tentateur s'étant
approché lui dit... "
(Mat.
4. 2-3).
Nous-mêmes, dans notre vie
chrétienne, après être
nés de nouveau, nous subissons
l'épreuve. Elle est indispensable. En Eden,
pour s'épargner les terribles
conséquences de la
désobéissance, à eux et
à leur postérité, il aurait
fallu qu'Adam et Eve n'écoutent pas le
tentateur, c'est-à-dire
n'écoutent aucune autre
parole que celle de Dieu, et ils auraient alors pu
supporter aisément la présence de
l'arbre au fruit interdit, comblés qu'ils
étaient par ailleurs. Nous, membres de
l'Eglise, nous sommes toujours face à la
situation d'entendre d'autres paroles que celles de
Dieu ; notre sauvegarde nécessite que
nous nous en tenions à la parole de Dieu,
que nous n'écoutions qu'elle. Bien
sûr, les tentations et les convoitises ne
nous manquent pas, elles se sont multipliées
car Satan a amplifié son pouvoir sur
l'humanité qui le subit. La force
toute-puissante de Jésus-Christ permet seule
de résister à la séduction, si
tenace soit-elle, sous la condition d'une
fidélité fermement
observée.
L'intérêt du récit
de la création de l'homme et de la femme et
de leur chute ne se borne pas à celui d'une
information, il ne reste pas celui d'un savoir
historique, car il se prolonge jusqu'à
nourrir en nous une utile réflexion dont
nous avons un besoin permanent. En effet, la
tragédie qui s'est déroulée
dans le jardin d'Eden étend toujours ses
terribles lendemains sur l'humanité et sur
chacun de nous en particulier ; elle nous a
introduits dans la mort, alors qu'en Adam nous
étions créés pour la
vie ; elle a déchaîné la
souffrance et la haine ; elle tue des millions
d'enfants nés ou à
naître ; elle amplifie ses ravages et
ses destructions sur un monde qu'elle a perverti.
Pour arrêter la marche en avant de ses
conséquences, qui se nomment le mal et le
péché, Dieu a dû employer les
moyens extrêmes de sa miséricorde en
donnant son Fils unique comme victime, afin que,
mourant sur la croix en portant notre
péché, il en fasse l'expiation et
satisfasse pour nous la justice de
Dieu :
"Celui qui n'a point connu le
péché, il (Dieu) l'a fait devenir
péché pour nous, afin que nous
devenions en lui justice de Dieu. "
(2 Cor. 5. 21)
La vérité de tout cela ne
prendra tout son poids en nos coeurs que si nous
laissons le récit de la chute nous remuer
intérieurement, si nous restons
profondément conscients que la mort
éternelle, destin redoutable, ne nous
emportera plus parce que nous appartenons à
notre Sauveur et vivons maintenant par lui et pour
lui. Il importe que la vérité de
cette délivrance demeure implantée en
nous, non comme une doctrine (car ce n'est pas la
doctrine qui sauve) mais en une puissante et
réelle conviction de la foi.
Réalisons encore quel prix nos coeurs
doivent attacher à la vérité,
car c'est par le mensonge que le
péché a enveloppé le premier
couple. Au dire de Satan, Adam et Eve allaient
devenir "comme des dieux" s'ils décidaient
de manger le fruit de l'arbre de la connaissance du
bien et du mal. Le mensonge était gros, car
ils portaient l'image du Dieu Créateur, et
rien au-dessus de cela ne pouvait advenir.
Après avoir cédé
à la tentation, les voici
séparés de leur Dieu. Ils allaient
vivre encore, mais seuls, sans force, sans
direction, sans toutes les marques d'amour de leur
Créateur. Satan venait de les prendre en
otages. Leur ressemblance à Dieu tristement
se perd.
LE RETOUR DE
L'IMAGE
"Ta foi t'a sauvée, va en
paix. "
(Luc
7. 50) dit Jésus à
la femme pécheresse. "Sauvée !"
en quoi cela consiste-t-il ? L'on est
sauvé par l'oeuvre de
Jésus-Christ ; sauvé de la
condamnation, conséquence inéluctable
de l'état de péché et cette
condamnation a atteint tous les hommes
(Ro.
5. 18). Si elle subsiste, elle
conduit à la perdition : "large est
la porte, spacieux est le chemin qui mènent
à la perdition"
(Mat. 7. 13) ; soyons-en
épargnés ! Selon une autre
expression, l'on est
sauvé de la colère
(Ro.
5. 9). Qu'est-ce que la
colère de Dieu ? La colère de
Dieu est l'envers de son amour. En effet, l'amour
de Dieu possède les moyens de pardonner les
péchés de l'homme qui s'en repent, et
de le sauver, mais lorsqu'on le repousse ou le
méprise, la justice éternelle
accomplit son office en condamnant, puisque aucune
personne n'héritera la vie éternelle
si, faute de repentance et de foi, elle a
conservé le poids de ses
péchés. Le mobile de Dieu en toutes
ses oeuvres, c'est l'amour, mais la justice, base
du règne de Dieu, a des droits
imprescriptibles. L'amour et la justice de Dieu ont
trouvé leur conciliation à la croix
où le Fils a expié les
péchés des hommes, cependant que si
l'on refuse les effets de cette conciliation, les
péchés ne peuvent plus être
effacés, et la juste colère de Dieu
s'allume.
N'oublions pas malgré cela, que
l'Éternel est un Dieu miséricordieux
et compatissant, "lent à la
colère, riche en bonté et en
fidélité, qui conserve son amour
jusqu'à mille générations, qui
pardonne l'iniquité, la rébellion et
le péché, mais qui ne tient point le
coupable pour innocent... "
(Ex.
34. 6-7).
Dieu a pour dessein de revêtir
celui qui entre dans la voie du salut
(c'est-à-dire dans le plan de Dieu) de
l'image de son Fils. Il a résolu de
créer son image en sa créature
humaine pour la seconde fois par un Nouvel Adam,
établi Chef d'une nouvelle lignée,
ou, si l'on veut, d'une nouvelle humanité
sortie de la première.
Pour y parvenir, ce second Adam, le Fils
de Dieu, a dû prendre l'image et la forme de
l'homme perdu :
"Car, chose impossible à la
loi, parce que la chair la rendait sans force, Dieu
a condamné le péché dans la
chair, en envoyant, à cause du
péché, son propre Fils dans une chair
semblable à celle du
péché... "
(Ro.
8. 3) ;
"En conséquence, il a dû
être rendu semblable en toutes choses
à ses frères, afin qu'il fût un
souverain sacrificateur miséricordieux et
fidèle dans le service de Dieu, pour faire
l'expiation des péchés du
peuple ; car, ayant été
tenté lui-même dans ce qu'il a
souffert, il peut secourir ceux qui sont
tentés. "
(Héb.
2. 18)
Quoique prenant l'image et la forme de
l'homme perdu, il apportait aussi l'empreinte de la
Personne du Père
(Héb.
1. 3 ;
2 Cor. 4. 4 ;
Col. 1. 15). En l'homme nommé
Jésus, le Père apparaissait pour qui
savait voir : "Celui qui m'a vu a vu le
Père"
(Jn.
14. 9). Dans le cours de sa vie
sur la terre, dans ses souffrances, ses
épreuves, dans sa mort, Celui qui porte
l'image de Dieu demeure soumis à sa
volonté, et rétablit en l'homme la
capacité d'obéir à Dieu
(Héb.
5. 7-8), car la
puissance du péché a détruit
cette capacité. Il a donc fallu que la
nature humaine de Jésus apprenne
l'obéissance dans la souffrance ; et
cela nous montre combien profondes sont les
destructions de cette puissance en l'homme, et
combien la tentation peut être
exigeante.
Après la résurrection, le
Serviteur de l'Éternel apparut sous une
autre forme
(Marc
16. 12). Il venait d'être
déclaré "Fils de Dieu avec
puissance, selon l'Esprit de sainteté"
(Ro.
1. 4). C'est ainsi que la
résurrection a fait de lui le
"premier-né" d'entre beaucoup de
frères. Son oeuvre achevée, sa
personne tout entière se voyait
élevée selon la parole du
prophète Esaïe : "Mon serviteur
prospérera, il montera, il
s'élèvera bien haut"
(52. 13). Voilà comment parut
"l'homme nouveau" dont le
revêtement constitue l'objectif capital de
tout enfant de Dieu.
LA STATURE
PARFAITE DE
CHRIST
C'est ce que l'épître aux
Éphésiens nous propose d'atteindre.
Les saints (membres de l'Eglise) y parviendront si
leur formation se poursuit par l'action des
ministères et s'ils s'emploient à
construire une Église forte et active. La
maturité spirituelle de chacun d'eux
résultera de leur perfectionnement et ira de
pair avec la maturité collective de
l'Eglise, avec l'unité de la foi,
l'unité de la connaissance du Fils de Dieu,
ainsi qu'avec la croissance à tous
égards en Christ, considéré
comme le Chef ou la tête. Le corps
lui-même connaîtra un accroissement
harmonieux en se construisant dans l'amour. On ne
cherchera plus à régler les
problèmes intérieurs de
l'Eglise ; ils disparaîtront en raison
de la puissance de l'Esprit de Christ à
l'oeuvre
(Eph.
4.10-16).
La mesure de la stature parfaite de
Christ qui correspond à "l'état
d'homme fait", et que nous venons d'appeler
"maturité spirituelle" peut encore se
rapprocher du passage suivant de
l'épître aux
Hébreux :
"Or quiconque en est au lait n'a
pas
l'expérience de la parole de justice, car il
est un enfant. Mais la nourriture solide est pour
les hommes faits, pour ceux dont le jugement est
exercé par l'usage à discerner ce qui
est bien et ce qui est mal. "
(5.
13-14)
Ainsi au compte de la maturité
spirituelle à laquelle tous doivent avoir
à coeur de parvenir, nous mettons trois
facteurs :
- 1°- la connaissance de toute la parole
de Dieu, non pas tellement par la
mémoire, mais surtout par notre
enrichissement en les fortes valeurs
spirituelles que nous aurons
dégagées en la
méditant ;
- 2°- l'expérience de la parole de
justice, autrement dit, l'acquis obtenu au cours
de nos préoccupations journalières
de la mise en pratique de la parole de Dieu qui,
nous l'aurons compris, a pour objet essentiel de
nous apprendre à vivre selon la justice
de Dieu.
- 3°- le discernement du bien et du mal,
qui va de pair avec la pratique de la justice,
et a ceci de particulier qu'il découle de
l'intelligence et de la sagesse spirituelles
venant d'en haut. Ces dernières se
confirment en nous en même temps que
s'accroît l'amour envers Dieu
(Ph.
1. 9-10).
Le livre d'Ezékiel met l'accent sur le
discernement que Dieu désire :
"Ils (les
sacrificateurs)
enseigneront à mon peuple à
distinguer ce qui est saint de ce qui est profane,
ils lui feront connaître la différence
entre ce qui est impur et ce qui est pur. "
(44. 23) Notre Dieu veut, en effet,
que ce discernement agisse en son Église, et
qu'il ne soit jamais en défaut, parce que,
sans lui, il ne peut y avoir de juste ou de vraie
obéissance à la parole. "Discerner
ce qui est bon, agréable et parfait",
voilà ce qui nous mettra en bonne
capacité d'accomplir la volonté de
Dieu.
La stature parfaite de Christ
individuelle mais aussi collective fera
naître d'heureux résultats et sera
notamment la cause d'une marche ascendante de
l'Eglise et de chacun deses
membres. On peut la regarder comme le stade
actuellement accessible de la ressemblance à
l'image du Christ qu'il faut atteindre.
PARTICIPANTS DE
LA
NATURE DIVINE
"Simon, Pierre, serviteur et
apôtre de Jésus-Christ, à ceux
qui ont reçu en partage une foi du
même prix que la nôtre, par la justice
de notre Dieu et du Sauveur
Jésus-Christ ; que la grâce et la
paix vous soient multipliées par la
connaissance de Dieu et de Jésus notre
Seigneur ! Comme sa divine puissance nous a
donné tout ce qui contribue à la vie
et à la piété, au moyen de la
connaissance de celui qui nous a appelés par
sa propre gloire et par sa vertu, lesquelles nous
assurent de sa part les plus grandes et les plus
précieuses promesses, afin que par elles
vous deveniez participants de la nature divine, en
fuyant la corruption qui existe dans le monde par
la convoitise... "
(2
Pi. 1. 1-4)
Ce sont les promesses "les plus grandes
et les plus précieuses" qui contiennent en
germe le moyen de "devenir participants de la
nature divine". Là encore nous trouvons une
avancée progressive, comme il en est pour
accéder à la stature parfaite de
Christ. La foi continue (ou
persévérante) qui met en
expérience la parole de justice conduit
à l'accomplissement certain des grandes
promesses en lesquelles survient la participation
à la nature divine, dont le seul
énoncé nous remplit de joie.
Notre mise en relation avec notre Dieu a
commencé par la nouvelle naissance, puis,
notre foi restant active, cette
relation a suivi un
développement vers la connaissance de Dieu
et de Jésus-Christ notre Seigneur
(2
Pi. 1. 2). Or, en cette
connaissance, Dieu connaît l'homme et l'homme
connaît Dieu. Leur union défie toute
appréciation par le langage, elle
répond, pouvons-nous dire seulement, au voeu
de Jésus-Christ dans la prière
sacerdotale :
"Je leur ai donné la gloire
que tu m'as donnée, afin qu'ils soient un
comme nous sommes un, moi en eux, et toi en moi,
afin qu'ils soient parfaitement un, et que le monde
connaisse que tu m'as envoyé et que tu les
as aimés comme tu m'as aimé. "
(Jn.
17. 21-23)
Dans cette union parfaite, le
Père et le Fils sont là avec les
perfections divines : "En lui habite
corporellement toute la plénitude de la
divinité. Vous avez tout pleinement en lui,
qui est le Chef... "
(Col.
2. 9-10)
Une union parfaite ! Seul
l'Esprit
saint peut unir ainsi les personnes sans les
confondre, et malgré la grande
inégalité entre Dieu et l'homme.
Celui-ci obtient une cession de la nature divine
(non pas de l'essence divine qui est
incommunicable) quoiqu'il appartienne toujours au
domaine du fini étant en ce monde. En
considérant une telle union, notre
pensée se reporte au temps où Dieu
créa l'homme à son image, ce qui
avait déjà établi une union
entre le Créateur incréé et sa
créature. La parole nous
révèle clairement que l'amour de Dieu
qui entend dispenser la vie véritable, le
plus grand des biens, veut aussi faire participer
l'homme régénéré
à la nature divine qui, seule, correspond
à cette vie qui est celle de Dieu.
Qu'est-ce que la nature divine, ou
plutôt quels sont ses
caractères ? Selon la
révélation qu'est la Bible, nous
pensons d'abord aux réalités
éternelles que nous voyons en
Dieu : l'Esprit,
la
sainteté, l'amour, la vie, la justice, la
paix, l'intelligence et la sagesse, si bien que la
participation à la nature divine comporte la
possession de ces puissantes réalités
qui forment une indestructible chaîne.
L'apôtre Pierre a pris soin d'ajouter que
cette participation a pour corollaire une vie de
sainteté et le ferme rejet des convoitises
venant d'un monde corrompu. Participer à la
nature divine ce sera donc aussi triompher du monde
par la foi
(1
Jn. 5. 4) ; ce sera opposer
la force de Christ à la puissance du
péché et de la mort.
Par un autre texte, il nous est dit que
nous sommes devenus "participants de Christ"
pourvu que nous retenions fermement jusqu'à
la fin l'assurance que nous avions au commencement
(Héb.
3. 14). La nouvelle
naissance a marqué pour tout chrétien
la fin du mode de vie qui la
précédait, ainsi que le commencement
de la vie nouvelle qui est une vie de communion
avec le Sauveur. Reprenons la formule de Paul et
disons : "Christ en nous l'espérance de
la gloire"
(Col.
1. 27).
La vie de communion ressemble à
un rameau greffé dont l'histoire se confond
avec celle de l'arbre sur lequel il a
été greffé. En effet, le
disciple accompli participe à la vie divine
de Christ ; il participe donc à son
incarnation, à sa crucifixion (Gal. 2. 20),
et à sa résurrection. Il participe au
passé terrestre, au présent, ainsi
qu'à l'éternité de
Jésus-Christ. Après avoir
été enlevé à la
rencontre du Seigneur avec le "corps de Christ" et
emmené dans l'éternité avec
lui, il paraîtra avec Christ dans la gloire
de sa parousie
(Col.
3. 4).
Un lien vital unit le Christ (Eph. 2. 6)
aux membres de son corps, lesquels ne vivent plus
pour eux-mêmes mais de la vie qui anime tout
le corps. Quel nom faut-il donner à ce
corps ? On l'appelle "l'Eglise", mais il peut
aussi s'appeler"Christ" comme l'apôtre Paul
le fait dans le verset suivant :
"Car comme le corps est un et a
plusieurs membres, et comme tous les membres du
corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un
seul corps, ainsi en est-il de Christ."
(1 Cor. 12. 12)
A la fin de ce verset, on
attendait : "Ainsi en est-il de
l'Eglise" ; pourtant, l'inspiration a fait
écrire "Christ", ce qui montre que l'Eglise,
dans cette représentation d'un corps,
reçoit le nom de son Chef (de sa
tête). À n'en pas douter, ce que veut
l'Esprit saint qui a inspiré
l'Écriture, c'est bien que la foi saisisse
la vision d'un corps et regarde l'Eglise de cette
manière seulement, et non pas comme une
société de conception humaine. Dans
le mariage, Dieu veut que l'homme s'attache
à sa femme afin que les deux deviennent une
"seule chair" ; or Christ et l'Eglise sont
unis selon le même principe, ce qui fait dire
à Paul :
"Ce mystère est grand, je dis
cela par rapport à Christ et à
l'Eglise"
(Eph.
5. 31-32). L'apôtre a dit
encore :
"Christ est ma vie et la mort
m'est
un gain"
(Ph. 1. 21), convaincu qu'il
était que ce n'était plus lui qui
vivait, c'était Christ qui vivait en lui
(Gal.
2. 20). En ces
témoignages devenus parole inspirée
de Dieu, n'avons-nous pas une émulation
capable de nous mettre dans la même situation
que Paul et avec la même foi ? Tout
chrétien qui entend vivre vraiment sa foi
les prendra à son compte.
CINQ
CONFORMITÉS
Le chrétien a donc vocation à
devenir participant de la nature divine pour
atteindre à la parfaite ressemblance de son
Seigneur. Appelons cette ressemblance :
conformité à l'image, et
décomposons la comme l'Écriture le
fait, sans toujours employer le terme
"conformité".
À l'orée de la vie
chrétienne, nous avons deux
conformités jumelées : "En
effet, si nous sommes devenus une même plante
avec lui par la conformité à sa mort,
nous le serons aussi par la conformité
à sa résurrection. "
(Ro.
6. 5) Ces deux
conformités forment la base indispensable de
l'entrée dans la vie chrétienne et
elle reprennent la notion de "nouvelle naissance
d'eau et d'Esprit", car pour naître, il faut
mourir, et pour vivre, il faut ressusciter
(Ro. 6. 11).
Ensuite, au cours de sa marche, le
chrétien rencontrera une autre
conformité qu'on peut appeler
"conformité de condition" : nous
en avons l'exposé dans les passages
suivants :
Mat. 10. 22-33 ;
Jn. 15. 18-25. Le Seigneur y donne
à l'Eglise un avertissement de nature
à lui éviter d'être
déconcertée par la haine, les
persécutions, et toutes les oeuvres
d'hostilité dont elle sera la cible. Cet
état de choses subsistera constamment, il
s'apparente à la contradiction dont nous
avons parlé (chapitre
4 - ce qu'est l'Eglise). Le
Maître étant parti, l'Eglise, son
corps, recueille le traitement qu'il a
supporté lui-même de la part du monde.
Même ceux qui se convertiront un jour
commencent parfois par une détestation
hostile. Ce sera une situation constante,
inéluctable, résultant de l'antinomie
entre la société des hommes
pécheurs et le royaume des cieux, entre les
ténèbres et la lumière.
Ceux qui,
aujourd'hui, caressent le dessein de fonder une
Église en cherchant à convertir les
gens soit par, de savantes discussions, soit par
une persuasion conciliante, soit au moyen
d'artifices plaisants et agréables,
bâtiront avec du bois, du foin et du chaume,
leur oeuvre ne résistera pas à
l'épreuve du temps ; la repentance et
l'humilité en seront restées
étrangères. Pour amener toute
pensée captive à l'obéissance
de Christ, le seul véritable moyen consiste
à "renverser des forteresses" en combattant
avec les armes puissantes de la vertu de Dieu
(2 Cor. 10. 3-5). Ce genre de combat
qui est celui de la foi, l'Éternel l'avait
mis en main à Jérémie :
"Regarde, je t'établis aujourd'hui sur
les nations et sur les royaumes, pour que tu
arraches et que tu abattes, pour que tu ruines et
que tu détruises, pour que tu bâtisses
et que tu plantes. "
(Jér.
1. 10)
Voici le principe qui
généralise la "conformité de
condition" : "Le disciple n'est pas plus
que le Maître, ni le serviteur plus que son
Seigneur. Il suffit au disciple d'être
traité comme son Maître et au
serviteur comme son Seigneur. " (Mat. 10.
24-25)
Considérons maintenant la
"conformité de comportement", dont
voici le principe : "Devenez donc les
imitateurs de Dieu comme des enfants
bien-aimés ; et marchez dans l'amour
à l'exemple de Christ qui nous a
aimés et qui s'est livré
lui-même à Dieu pour nous comme une
offrande et un sacrifice de bonne odeur. "
(Eph.
5. 1-2)
"Celui qui dit qu'il demeure en
lui
doit marcher aussi comme il a marché
lui-même. "
(1
Jn. 2. 6)
Dans ce dernier passage, le verset 5 met
en valeur le fait de "garder sa parole"
c'est-à-dire de garder tout
l'enseignement du Seigneur.
S'il
en est ainsi, la perfection de l'amour se trouve
atteinte ; de plus, il en résulte
l'assurance que "nous sommes en lui". Nous touchons
ici au sommet de la vie chrétienne
authentique.
Cependant, celui qui pourra se dire
qu'il garde la parole du Maître ne
risquera-t-il pas de s'abuser, ou de se glorifier
lui-même ? Il faut y penser, mais le
verset 5 ne manque pas de netteté :
c'est en sachant qu'il garde la parole du
Maître qu'il saura aussi qu'il demeure en
lui, et il pourra même se le dire. Certes une
véritable et constante humilité sera
nécessaire, ainsi que le recours au
témoignage du Saint-Esprit, selon Romains 8.
16 ; mais n'ôtons pas de
l'Écriture un encouragement aussi stimulant.
Le verset 6 va encore plus loin en déclarant
que si quelqu'un peut se dire qu'il "demeure en
lui" (et qu'alors il garde sa parole) il devra
également marcher comme il a marché
lui-même. En somme, ce sont deux examens
auxquels ce quelqu'un se soumettra. D'abord il
jugera son comportement pour voir s'il se
caractérise réellement par
l'obéissance ; ensuite, il regardera sa
marche à travers le temps et les
circonstances de la vie, et la rapprochera de celle
du Seigneur, sur laquelle il aura
médité attentivement. De cette
manière, il se donnera deux guides :
l'un étant les commandements et les
instructions du Seigneur, l'autre, l'exemple de sa
marche. En y veillant avec application, il
satisfera la "conformité de
comportement".
Relevons dans l'Écriture quelques
indications relatives à une marche
chrétienne empruntant celle du
Seigneur :
- "faire aux autres ce qu'il a fait
lui-même"
(Jn.
13. 15)
- "aimer comme il a aimé"
(Eph.
5. 1-2) ;
- "pardonner comme il a pardonné"
(Col.
3. 13) ;
- "donner notre vie pour les frères
comme il l'a donnée pour nous"
(1
Jn. 3. 16) ;
- "avoir en soi les sentiments (ou
dispositions de coeur) qui étaient en
lui"
(Ph.
2. 5)
Nous venons de réunir quatre
"conformités" :
conformité à sa mort,
conformité à sa résurrection,
conformité de condition (le disciple est
traité comme son Maître),
conformité de comportement (parole
observée, marche suivie). Elles conduisent
à une cinquième
conformité, celle de la ressemblance
à l'image du "Premier-né".
Ainsi se voit tracé le chemin de
la vie chrétienne aboutissant à la
stature parfaite de Christ pour aller
jusqu'à la ressemblance à l'image
qu'il nous offre.
LE
PORTRAIT
Aujourd'hui un portrait s'obtient
généralement par la photographie,
quoiqu'il puisse fort bien emprunter un mode
descriptif. Nous en avons un bel exemple au
chapitre 5 de l'Évangile de Matthieu,
où l'ensemble des
versets 1 à 12 forme un
véritable portrait en différents
traits de dispositions d'ordre spirituel. De qui
est donc ce portrait ? De tous ceux qui ont
reçu un "coeur nouveau" et sont soutenus par
une foi ardente ; c'est le portrait de tout
véritable enfant de Dieu. De lui seul ?
ce ne serait pas possible ! Ce portrait est
aussi celui du Seigneur Jésus-Christ, et on
y trouve toutes les dispositions de coeur qui
étaient en lui.
Voilà donc bien un merveilleux
portrait qui reflète tout autant les traits
du Maître que de ceux avec lesquels il est en
communion. Cette pensée nous reporte ainsi
à une ressemblance :
le Maître porte en lui une image
modèle, et les disciples la
reflètent. On peut encore dire, à
l'inverse, que les béatitudes qui emploient
le pluriel, réunissent l'ensemble des
caractéristiques de coeur et de vie qu'on
devra trouver en tout disciple accompli, et qui
conviennent tout à fait au Seigneur
lui-même. En voyant les choses de cette
manière, on va de la reproduction à
l'image modèle, et l'on s'aperçoit
que la conformité de l'une à l'autre
est parfaite.
Pour contempler ce portrait, pour le
vouloir à soi, la vallée où se
tenait d'abord le Maître entouré de
ses disciples n'offrait pas le lieu propice :
allées et venues, paroles profanes,
mouvements et rires. Non ! il fallait monter
sur la montagne et pouvoir librement s'y retirer
afin de ne rien entendre que la voix de la
vérité, il fallait que l'oreille
tendue fut celle d'un coeur avide et conquis, il
fallait suivre le Maître sur la montagne, car
là où est l'Esprit du Seigneur,
là est la liberté.
"Heureux les pauvres en esprit,
car
le royaume des cieux est à eux"
(Mat.
5. 3)
Qui sont-ils ? Ce sont ceux qui
se
savent pauvres en eux-mêmes, en leur vie
intérieure, ceux qui ne s'illusionnent pas
et sentent le vide spirituel du fond
d'eux-mêmes. Les voilà donc pleins du
désir de recevoir les richesses qui leur
manquent, et c'est vers Dieu qu'ils dirigent leurs
aspirations à connaître les
vérités qui ne sont ni en l'homme, ni
dans le monde et dont la vie dépend, dont le
coeur a soif. On peut les reconnaître en ceux
que le Seigneur a appelés "les enfants"
(Mat. 11. 25) par opposition aux
"sages et aux intelligents". Aux enfants seuls les
vérités révélées
sont réservées.
Deux des béatitudes (versets
3 et
10) comportent une promesse au
présent (la même) "le royaume des
cieux est à eux", alors que les autres
béatitudes sont associées à
une promesse formulée au futur. Pourquoi ne
pas admettre que la forme du présent indique
une possession immédiate et dire, par
conséquent, que les pauvres en esprit et
ceux qui sont persécutés pour la
justice possèdent d'ores et
déjà le royaume des cieux. Ils ont en
leur coeur la lumière de ce royaume,
à savoir, la justice, la paix et la joie par
le Saint-Esprit
(Ro. 14. 17). En effet, ces termes
fort riches résument les caractères
qui fondent le royaume des cieux.
"Heureux les affligés car ils
seront consolés"
(Mat.5.
4).
Quelle bonne chose que de ressentir de
l'affliction en réfléchissant
à notre indigence morale, celle de notre
nature ; puis, d'autre part, de
déplorer les ravages profonds de
l'état de péché au sein de la
société humaine, au point d'en
pleurer comme le fit Jésus devant
Jérusalem en voyant à l'avance les
destructions et les morts dont elle souffrirait en
raison de ce qu'elle n'aura pas connu le temps de
la grâce de son Dieu.
Il s'agit donc d'une affliction ou d'une
tristesse "selon Dieu" qui appelle toujours la
consolation. Le Seigneur l'a bien
dit :
"voici sur qui je porterai mes
regards : sur celui qui souffre et qui a
l'esprit abattu, sur celui qui craint ma parole"
(Es.
66. 2).
"Heureux les doux car ils
hériteront la terre"
(Mat.
5. 5).
L'exemple vient tout droit de
Jésus qui a dit : je suis doux et
humble de coeur. Cette béatitude utilise un
paradoxe car, dans notre monde, ceux qui s'emparent
de l'espace n'ont
généralement pas
la douceur comme qualité
première ; celle-ci étant peu
compatible avec l'ambition et l'esprit
d'accaparement ou de domination. Ce sont les
violents de toute sorte qui s'emparent des sols,
des territoires, des pays. Bien au contraire, la
douceur propre à l'Évangile se
plaît à concéder aux autres et
non à s'accaparer ; elle sait renoncer
aux biens de ce monde. Cependant c'est elle qui
disposera de la terre comme si elle
possédait une grande puissance ! Quand
et où cela ? Sur la terre du
millénium ou sur la nouvelle terre qui
portera la nouvelle Jérusalem ? Pensons
plutôt que la promesse d'hériter la
terre constitue dans le grand ordre éternel
un principe de libre jouissance du royaume de Dieu
et de ses possessions, comme nous le discernons
dans la prière sacerdotale de
Jésus : "tout ce qui est à
moi est à toi, et tout ce qui est à
toi est à moi" (Jn. 17. 10). On peut
aussi rapprocher notre béatitude du psaume
37, verset 11 (TOB) : "mais
les humbles posséderont le pays, ils
jouiront d'une paix totale" (le pays de
Canaan).
L'Écriture nous exhorte à
mettre dans nos relations entre frères de la
douceur. Celle-ci compte parmi les vertus
spirituelles en compagnie de la miséricorde,
de la bonté, de l'humilité et de la
patience ; elle y a bien sa place ainsi que
parmi les neuf aspects du "fruit de
l'Esprit"
(Gal.
5. 22) où elle figure
également.
"Heureux ceux qui ont faim et
soif de
la justice, car ils seront rassasiés".
(Mat. 5. 6)
Le prix qui s'attache à la
justice est tellement élevé que l'on
comprend que les coeurs livrés à
Dieu, en ressentent un besoin tel qu'il se montre
exigeant comme la faim et la soif d'un organisme en
pleine santé. Ils seront
rassasiés ! Cela
aussi se comprend
aisément puisqu'ils sont infiniment
agréables à Dieu. Ceux qui aspirent
si vivement à la justice seront
comblés, car, en même temps, ils
aspirent à la vie éternelle. Ils la
veulent, cette justice de Dieu, tant en
eux-mêmes comme le plus beau des
vêtements que dans toute l'action de leur
être.
"La grâce de Dieu nous enseigne
à vivre dans le siècle présent
selon la sagesse, la justice et la
piété. "
(Tite
2. 12) Nous aimerions affirmer
à nouveau combien il doit être cher
à tout disciple de Christ de se placer en
tous temps sous l'empire de la justice de Dieu,
grand ordre moral et spirituel où la vie
parfaite et impérissable trouve son
atmosphère. Sachons qu'elle est
indestructible, inflexible,
inéluctable ! Tant que nous vivons sur
cette terre, appliquons-nous à l'observer et
à la faire pénétrer dans
toutes nos intentions. De plus, apprenons à
nous servir de la justice de Dieu, à
l'enseigner autour de nous ; rappelons-nous la
prophétie suivante de Daniel :
"Ceux qui auront été
intelligents brilleront comme la splendeur du ciel,
et ceux qui auront enseigné la justice
à la multitude brilleront comme les
étoiles, à toujours et à
perpétuité. "
(Dan 12. 3)
Jésus-Christ n'est-il pas le roi
de justice et de paix ? Il ne peut y avoir de
paix sans justice (celle de Dieu
assurément).
"Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde"
(Mat.
5. 7)
En général, la
miséricorde bénéficie d'une
bonne presse, mais n'est-elle qu'un sentiment
humain, ou une heureuse disposition de
caractère ? Certes, nous n'en
méprisons rien et tout bon mouvement des
coeurs ne peut que recevoir encouragement.
Cependant, notre béatitude nous
présente tout autre chose
qu'un bon côté humain, elle nous parle
d'une authentique vertu chrétienne dont la
grande supériorité lui vient de ce
qu'elle ressemble à la miséricorde
divine et s'exerce en vue du salut éternel
de ceux qui en sont l'objet. En effet, cette
miséricorde a pour principal office de
pardonner au coupable afin de le conduire dans la
voie du salut :
"Mais toi tu es un Dieu prêt
à pardonner, compatissant et
miséricordieux, lent à la
colère et riche en bonté... "
(Néh. 9. 17)
Étant miséricordieux, eux
aussi, les disciples de Christ doivent avoir
à coeur de pardonner toujours et sans
réticences à ceux qui leur font tort
ou les maltraitent. Le faire entre dans leur
mission de témoins et contribue à la
puissance qu'ils déploient. Nous ne pouvons
que nous souvenir des heureuses circonstances
où nous avons vu des âmes rebelles et
agressives plier soudain et s'émouvoir
jusqu'aux larmes devant l'attitude
chrétienne du pardon immédiat. Et
quand un tel revirement se produit chez notre
interlocuteur, son coeur s'ouvre et la parole de
Dieu peut s'y glisser.
"Heureux ceux qui ont le coeur
pur,
car ils verront Dieu".
(Mat.
5. 8)
Certains ruisseaux coulant doucement
à travers une prairie offrent à la
vue une eau limpide dont on dit aussitôt
qu'elle est une eau pure. Elle laisse apercevoir le
fond de sa route creuse ainsi que les corps
étrangers qui peuvent s'y trouver. C'est
à cette image qu'il semble
intéressant de comparer le coeur pur. En
effet, celui-ci se caractérise
essentiellement par sa limpidité, si bien
qu'on voit jusqu'au fond de ce coeur, que
l'intéressé voit lui-même
jusqu'au fond de son coeur et qu'il peut enlever
toute impureté accidentelle. C'est
un coeur qui ne dissimule
rien
et que l'on peut maintenir en état de
propreté, car l'homme d'un tel coeur tient
à cette netteté, et sa prière
s'apparente à celle de David :
"Purifie-moi avec l'hysope et je
serai pur ; lave-moi et je serai plus blanc
que la neige. "
(Ps. 51. 9)
Aussi celui qui veille sur son coeur
pour le garder pur sera-t-il prompt à
discerner en lui la moindre velléité
d'hypocrisie, ou l'assaut de toute subtile
séduction, de toute amorce de tentation, de
tout risque de superstition, et réagira-t-il
alors avec la fermeté de la foi dans le sang
de Jésus qui purifie de tout
péché, mais qui préserve aussi
d'y succomber. Le profond et constant désir
de sauvegarder son coeur de toute embûche
exclura l'éventuel malheur de tomber dans le
partage si hautement réprouvé (on ne
peut servir deux maîtres à la fois),
comme de se laisser atteindre par la superstition
ou l'idolâtrie aux formes si diverses, ou
encore empêchera que l'on s'occupe trop de
soi-même, de sa santé, de son
existence et de ses intérêts.
L'apôtre Paul déplore que des
chrétiens cherchent leurs propres
intérêts et non ceux de
Jésus-Christ
(Ph. 2. 21).
En définitive, le coeur pur est
aussi un coeur libre à l'égard de
tout enchaînement, de tout ce qui
éloigne de la communion avec le Seigneur, un
coeur qui fait l'objet d'une vigilance de tout
moment.
"Car ils verront Dieu".
Promesse
suprême et la plus haute des
espérances de toujours.
"Pour moi, dans mon innocence, je
verrai ta face ; dès le réveil,
je me rassasierai de ton image"
(Ps. 17. 15). Rappelons aussi :
"Bien-aimés, nous sommes maintenant
enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas
encore été
manifesté ; mais nous savons que,
lorsque cela sera manifesté, nous serons
semblables à lui, parce que nous le verrons
tel qu'il est. "
(1
Jn. 3. 2)
Ne sentons-nous pas qu'au-dedans de
nous-mêmes réside un désir
constant de voir Dieu ? Ne nous
étonnons donc pas de découvrir un
sens particulier et mystérieux s'attachant
au terme "voir", autrement dit un sens qui
émane de l'Esprit. L'une des terribles
conséquences de la chute n'est-elle pas
d'avoir séparé le Créateur de
sa créature faite à son image !
L'amour, mobile absolu des oeuvres de Dieu, ne le
voulait pas ! Mais, en Eden, l'homme a
contracté un état étranger
à sa nature première, l'état
de péché, qui rompt, qui
détruit et introduit la mort. Comprenons
bien que nous sommes nés sur la terre du
péché, et que nous y menons une
existence enserrée dans les conditions de la
plus étrange anomalie qui soit. Nous y
sommes des morts-vivants et le restons tant que la
grâce rédemptrice n'a pas fait son
oeuvre en nous pour nous réconcilier avec
notre Dieu.
Qu'elle est donc estimable et
précieuse, cette réconciliation qui
prélude au temps prochain où nous
verrons Dieu, où le Père
éternel et son enfant se retrouveront face
à face, dans le rayonnement de l'amour et de
la sainteté. Depuis la réconciliation
et jusqu'à ce que nous puissions voir Dieu
(Dieu lui-même sera avec eux,
Apo. 21. 3), aucun vide ne subsiste
pourtant, car l'Esprit Saint étant venu en
nous, il nous a unis avec le Seigneur
Jésus-Christ et avec notre père
céleste au moyen de cette "connaissance"
personnelle et intérieure dont nous avons
déjà parlé.
L'avertissement selon lequel l'homme ne
peut voir Dieu et vivre
(Ex. 33. 20) ne signifie pas que Dieu
serait d'essence invisible,
mais seulement que son absolue sainteté ne
peut recevoir aucun regard de l'homme
entaché du péché, ou
même du seul fait qu'il n'est pas encore
transformé en toute sa personne (esprit,
âme et corps) et n'a pas atteint la
perfection absolue. Jésus nous a dit que les
anges des petits enfants voient continuellement la
face de Dieu le Père qui est dans les cieux
(Mat. 18. 10). Après
complète rédemption,
c'est-à-dire lorsque les élus auront
revêtu le corps céleste, ils verront
face à face et connaîtront comme ils
ont été connus
(1 Cor. 13. 12). Nous aimons lire et
relire la merveilleuse assurance qu'exprime aussi
l'apocalypse :
"Il n'y aura plus de
malédiction, le trône de Dieu et de
l'agneau sera dans la cité, et ses
serviteurs lui rendront un culte, ils verront son
visage et son nom sera sur leurs fronts. Il n'y
aura plus de nuit, nul n'aura besoin de la
lumière du flambeau ni de la lumière
du soleil, car le Seigneur Dieu répandra sur
eux sa lumière et ils régneront aux
siècles des siècles. "
(Apo. 22. 3-5 - TOB)
Actuellement nous marchons par la foi et
non par la vue et nous demeurons "loin du Seigneur"
(2 Cor. 5. 6-7). Ce passage
établit clairement la différence
entre la situation présente et celle qui
attend les élus après leur
résurrection.
"Heureux ceux qui procurent la
paix,
car ils seront appelés fils de
Dieu !"
(Mat.
5. 9)
Considérer certaines personnes
comme pacifiques ne signifie pas pour autant
qu'elles procurent la paix. Le mot grec
"eïrênêpoïountés"
désigne ceux qui ont le pouvoir
d'établir la paix. Ils en ont les ressources
et la vocation en eux, comme il le faudrait chez
tous les disciples de Christ accomplis. Qu'est-ce
que la paix dans notre béatitude ? Il
s'agit uniquement de celle que Jésus-Christ
donne :
"Je vous donne ma paix. Je ne
vous la
donne pas comme le monde la donne. Que votre coeur
ne se trouble point, et ne s'alarme point. "
(Jn.
14. 27) Ajoutons cette autre
citation : "Et la paix de Dieu qui surpasse
toute intelligence, gardera vos coeurs et vos
pensées en Jésus-Christ"
(Ph.
4. 7).
D'autre part, nous voyons tout de suite
la parfaite relation entre la justice mise en
pratique et la paix venant l'une et l'autre de Dieu
dans les passages suivants :
"À celui qui est ferme dans
ses sentiments, tu assures la paix, la paix, parce
qu'il se confie en toi"
(Es.
26. 3) ; "Éternel
tu nous donnes la paix, car tout ce que nous
faisons, c'est toi qui l'accomplis pour nous"
(Es. 26. 12) ; "la
justice et
la paix s'embrassent"
(Ps. 85. 11).
Considérons que la justice et la
paix de Dieu ont place dans cette puissante
chaîne des vérités
fondamentales et éternelles que voici :
VIE, AMOUR, VÉRITÉ, JUSTICE, PAIX,
SAINTETÉ, JOIE. Cette chaîne, on
peut la contempler comme la lumière dont la
possession par le Saint-Esprit s'offre à
tout ardent disciple de Christ. En
conséquence, et avant toute autre
considération, procurer la paix, n'est-ce
pas tout simplement rendre témoignage au
Prince de la paix, pour, en son nom, annoncer la
repentance, le pardon des péchés et
la réconciliation avec Dieu. Sur la route
d'un enfant de Dieu, bien d'autres circonstances
s'ouvrent en lesquelles il sera porteur et messager
de la paix de Dieu. C'est pour lui qu'Esaïe
dit :
"Qu'ils sont beaux sur les
montagnes,
les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles,
qui publie la paix !"
(52.
7).
Au sein de l'Assemblée, il sait
dissiper les dissensions, et, par le rayonnement de
son amour, il chasse les ombres. Le triomphe de
l'amour et de la soumission apporte toujours la
paix.
Pourquoi ceux qui procurent la paix
seront-ils appelés fils de Dieu ? La
désignation d'enfant de Dieu résulte
d'un décret du Très-Haut qui
l'accorde toujours à ceux qui naissent d'eau
et d'esprit, mais notre béatitude promet aux
porteurs de la paix de les reconnaître
hautement comme fils du "Dieu de paix" puisque, par
son Esprit, ils font ce qui lui est tellement
agréable. Pensons toujours que Jésus
est le roi de justice et de paix, si bien que tous
ceux qui se sentent investis de la mission de faire
régner autour d'eux la justice et la paix,
reflètent déjà son
image.
"Heureux ceux qui sont
persécutés pour la justice, car le
royaume des cieux est à eux !"
(Mat. 5. 10)
Nous avons vu que le Seigneur
Jésus-Christ serait toujours un signe qui
provoquera la contradiction, et, comme il l'a
dit : "s'ils m'ont persécuté,
ils vous persécuteront aussi". La raison de
ces persécutions tient à ce que
l'Évangile annonce le royaume de Dieu et sa
justice. Or, cette justice heurte l'esprit et
l'état de notre monde, dont les
réactions, conduites par Satan, se
manifestent beaucoup en persécutions de tous
ordres. Ceux qui ne se laissent pas arrêter
par elles et poursuivent leur mission d'enseigner
et de manifester la justice de Dieu en les
supportant ont vraiment part au royaume des cieux.
"Heureux serez-vous...
Réjouissez-vous et soyez dans
l'allégresse... "
(Mat. 5. 11-12)
Les versets qui terminent l'ensemble des
béatitudes opposent le bonheur et la joie
aux outrages, aux calomnies, aux
persécutions et à l'accablement
susceptible de décourager les fidèles
de Christ. Au lieu de sombrer dans le
désespoir, la foi leur permettra de se
réjouir dans l'attente certaine d'une grande
récompense qu'ils recevront dans les cieux
et qui, maintenant déjà, illumine et
soutient leur coeur.
Ainsi, les béatitudes brossent le
portrait des fidèles disciples et
également celui de leur Maître.
Lorsque la foi se conjugue à
l'obéissance dans l'amour, ce n'est plus
l'homme qui vit, c'est Christ qui vit et agit en
lui, ce qui fait qu'il porte les mêmes traits
caractéristiques que lui.
|