JOHN
WILLIAMS SA VIE ET SON OEUVRE
Tome
I
APPENDICE I
Origine de la Société des
Missions de Londres
Débuts de l'Oeuvre Missionnaire
à Tahiti
Lorsque le capitaine Cook revint en Angleterre
après avoir fait le tour du monde et qu'il
débarqua à Plymouth, ce fut une
longue ovation dans tout le pays.
Ses récits de voyage furent lus par
tous. Que de jeunes garçons
rêvèrent alors de faire comme
lui : de se lever certain jour de grand matin,
avant le soleil, de mettre dans un mouchoir
quelques objets indispensables et de quitter
doucement la maison pour gagner un port et la mer.
Et les hommes d'âge, les pieds sur les
chenets, le suivaient aussi d'aventure en aventure
avec un intérêt jamais
lassé.
Certain jour, le révérend Dr
Haweiss lisant les Récits du
célèbre navigateur, se sentit tout
particulièrement intéressé par
les indigènes des pays visités, plus
que par ces pays eux-mêmes. Il invita sept de
ses amis ; ensemble ils devisèrent sur
la possibilité d'envoyer dans les Mers du
Sud un autre bateau, non pour découvrir des
îles, mais pour y transporter des
hommes prêts à
faire connaître aux païens Dieu le
Père, le Roi des rois.
La Société des Missions
était fondée. Ces hommes
cherchèrent des amis, des administrateurs,
qui réunirent les fonds et achetèrent
un bateau : « Le Duff ».
Missionnaires et artisans-missionnaires
s'embarquèrent sur le petit bâtiment,
qui leva l'ancre le 10 août 1796. Un peu
auparavant, un service d'adieu très solennel
avait eu lieu à la chapelle de Sion le 28
juillet 1796 ; il avait été
suivi par un service de sainte Cène.
Le 4 mars 1797, Le Duff jetait enfin l'ancre
devant Tahiti. Par centaines, les Tahitiens se
présentèrent. Les uns montaient sur
le pont et dansaient. D'autres offraient des porcs,
du poisson, des bananes. Mais c'était un
Dimanche ; personne ne voulait rien acheter,
ce qui étonna les indigènes. Ils le
furent plus encore quand le moment du service venu,
les passagers et l'équipage
s'agenouillèrent devant un dieu invisible.
Le chant des cantiques fit sur les Tahitiens la
plus agréable impression.
Bientôt la pirogue du chef Haamanemane
accostait et Haamanemane allant droit au chef du
bateau (capitaine Wilson) lui dit :
« Taio ! » Lorsque le
capitaine comprit le sens du mot, il dit à
son tour : « Taio. » Ainsi
le capitaine et le prêtre des faux dieux, car
Haamanemane était chef et prêtre,
venaient de sceller une alliance.
Le jour suivant, le roi et la reine
donnèrent une terre aux voyageurs qui
adoraient le Dieu qu'on ne pouvait voir.
Tels furent les débuts de l'oeuvre
missionnaire à Tahiti.
APPENDICE II
Le Discours de Tamatoa
Ce discours était adressé aux rois
aux jours d'inauguration, et avec quelques
variantes, on l'adressait au chef tyrannique et
sanguinaire qu'on déposait.
Un sous-chef de Tautu parla de son roi Tautu
opri (1). La
légende de Natoofa
(2)
assure que
durant le règne de Tautu opiri, les racines
des maïoré étaient
rabotées, nivelées, elles ne
barraient plus les chemins
(3),
on les
polissait même avec une peau de requin ;
alors on s'asseyait sur le grand siège Reuea
(4), la
flûte de bambous aux tons suaves, Taneua
(5) se
faisait
entendre ; le grand âge mettait des
rides sur les fronts, et les gens très vieux
s'appuyaient sur des bâtons en marchant.
Lorsque ce roi mourut, le peuple se lamenta, car il
l'avait recouvert du manteau de la paix. Durant son
règne, on n'avait pas coupé des
têtes d'hommes avec les couteaux de bambous,
mais les têtes de porcs et on avait
mangé la nourriture de la paix. Les fronts
des belles femmes étaient rougis avec les
baies du mati, et leurs superbes cheveux noirs
étaient oints d'une huile douce et
parfumée
(6).
Voici, le
règne de ce roi fut long. - Veillons
à ce que le règne de Jésus, le
règne bien meilleur
encore du meilleur de tous les rois, ne soit pas un
règne de peu de durée au milieu de
nous.
Tautu opiri eut un fils : Tehauroa
(long règne). Alors Tahaa-la-Grande et
Raïatéa jouirent d'une grande paix. Les
racines des maïoré étaient
nivelées et les chemins polis avec la peau
de requin ; on s'asseyait sur le grand
siège Reuea et on jouait de la flûte
Taneua, les hommes étaient devenus vieux, et
le roi mourut regretté de son peuple sur qui
il avait étendu le manteau de la paix,
etc... Le règne paisible de Te hauroa fut
très long. Le règne de Jésus,
celui qui aura certainement la durée,
pourrait-il être court parmi nous ?
Te hauroa eut un fils qu'on nomma Te peti
peti (le Magnifique) et il y eut alors une
agréable paix entre Tahaa-la-Grande et
Raïatéa. Les racines des arbres
étaient nivelées, etc... Le paisible
règne du Magnifique fut long, et celui de
Jésus, le seul Magnifique, serait-il court
parmi nous ? Non ! Jamais ! Ne
permettons pas qu'il prenne fin ; il excelle
tous les autres en beauté.
Te petipeti eut un fils qu'il nomma :
Coeur léger ; alors les coeurs
étaient joyeux et légers pendant que
la paix régnait entre Tahaa-la-Grande et
Raïatéa. Les racines des arbres...
etc... On se lamenta sur le roi qui avait
étendu le manteau de la paix sur son peuple.
Le règne de Jésus dont
l'Évangile donne la vraie joie du coeur ne
durerait-il pas au milieu de nous ? Veillons
à ce que rien ne l'entrave.
À la fin, deux frères jumeaux
naquirent : Tautu et Taumata (Lèvres
hargneuses et Regard menaçant). La jalousie
commença ; une guerre
désespérée s'ensuivit. Les
chemins unis devinrent raboteux, on ne s'asseyait
plus sur le siège élevé
Reuea ; la conque de guerre retentissait au
lieu de la flûte Taneua ; les hommes
étaient tués et ne
connaissaient plus les rides du grand âge,
les femmes ne s'embellissaient plus avec les baies
de mati et les têtes des hommes
étaient tranchées au lieu de celles
des porcs. Ainsi fut détruit le règne
paisible de Tautu ; ainsi le long bonheur du
règne de Te hauroa eut un terme, et le
règne délicieux de Magnifique fut
terni. Ainsi les Coeurs joyeux devinrent tristes,
et le peuple fut malheureux ; car le sang
était répandu, la misère
régnait, et le monde invisible était
peuplé des hommes de la terre. -
Emparons-nous fermement des biens dont nous
jouissons présentement de peur que le
règne paisible de Jésus ne prenne fin
au milieu de nous, et que ne reviennent les jours
de ténèbres, de meurtres et de sang.
FIN DU TOME PREMIER
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