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écrit: TA PAROLE EST LA VERITE (Jean 17.17) Cela me suffit... |
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Il est
écrit: TA PAROLE EST LA VERITE (Jean 17.17) Cela me suffit... |
Henri-A.
Junod
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C'était à
Chézard-Saint-Martin, dans le Val-de-Ruz,
qu'Henri-Alexandre Junod avait vu le jour. Un petit
village serti dans les prés verts de mai
comme un joyau, un village paisible du Jura
neuchâtelois. La petite enfance
d'Henri-Alexandre s'écoula tranquillement
à Chézard, jusqu'au moment où
son père fut appelé à
remplacer le pasteur James Du Pasquier, à
Neuchâtel, en décembre 1867. Toute la
famille s'installa dans la maison où
Guillaume Farel, le réformateur
neuchâtelois, avait vécu, au pied de
la Collégiale. C'était un
endroit idyllique pour des
garçons éveillés et un tant
soit peu turbulents, tels Henri-Alexandre et ses
deux frères puînés, Daniel et
Samuel. Les créneaux qui entourent le pare
de la Collégiale invitaient à la
haute voltige, les rochers qui tombent sur le Seyon
tentaient les varappeurs, et les mille et un
recoins de la colline du Château s'offraient
à d'innombrables parties de cache-cache.
Pourtant Henri-Alexandre ne songeait pas uniquement
à jouer ; très vite il eut la
passion des collections. Il s'intéressait
à la nature, à toutes les
manifestations de la vie ; son père
aimait beaucoup la botanique, et dans les courses
de famille on apprit à herboriser.
Après l'école primaire, le
Collège latin, puis le Gymnase.
Henri-Alexandre était remarquablement
doué pour les sciences. Ses communications
au Club Jurassien et ailleurs attirèrent
l'attention de ses professeurs, en particulier
celle du professeur de chimie, M. Billeter, qui
rêva d'attacher son élève
à la science. Mais, malgré ces
goûts prononcés pour l'étude,
Henri-Alexandre Junod ne pouvait échapper
à l'influence profonde qu'exerça sur
lui son père. Celui-ci était un
pasteur dans toute l'acception du terme, et sa vie
d'entier dévouement, une vie sainte à
maints égards, son amour des âmes et
sa courageuse attitude lorsque survint la crise
ecclésiastique au canton de
Neuchâtel : tout cela fit une impression
profonde sur Henri-Alexandre adolescent.
En 1878, un peu avant Noël, il fit
son instruction religieuse avec son père, ce
que l'on appelle chez nous « ses six
semaines ». Il entendit alors l'appel de
Dieu, clair et net. Il comprit que ses goûts
pour la science devaient passer à
l'arrière-plan, et il se voua à la
carrière pastorale. Son père, qui
relate l'événement dans la Bible de
famille, écrit : « Le 18
novembre 1878 est ainsi devenu, par la grâce
de Dieu, le jour le plus important de sa vie
après sa naissance. Cette vocation au saint
ministère, que nous n'avions pas eu la
liberté de provoquer directement et dont
nous ne parlions qu'au Seigneur, est la plus
immense faveur qu'Il pût accorder à
notre enfant après celle de
sa conversion, et de toutes les joies que nous
avons reçues et que nous recevons
continuellement à l'occasion de ce cher
garçon, elle est la plus grande, oui,
Seigneur, la plus digne de notre
reconnaissance ! »
Le 15 juillet 1881, Henri-Alexandre
Junod était reçu comme
« proposant » à la
Faculté de théologie de l'Eglise
indépendante neuchâteloise. Il entra
dans la Société d'étudiants de
Belles-Lettres, dont il devint un membre actif et
influent.
La santé de son père avait
déjà donné à ce moment
quelques inquiétudes à ses amis. Il
fut atteint, en octobre 1882, par une
épidémie de typhus qui
sévissait alors. La maladie semblait suivre
son cours normal, lorsqu'une pneumonie vint
aggraver la situation. À deux amis qui
venaient prier avec lui, il dit :
« je suis foudroyé par la
sainteté de Dieu ». Sa vie
très pure s'était
développée sous le signe de la
sainteté, et jusqu'à la fin, le
sentiment de cette sainteté s'imposait
à lui, comme le caractère essentiel
de son Dieu. Plusieurs chrétiens se
réunirent pour demander avec instance
qu'Henri Junod père fût
conservé à sa famille et à son
Église. Mais Dieu en avait
décidé autrement : le samedi 28
octobre au soir, presque sans agonie, Henri Junod
remettait son âme entre les mains de son
Sauveur. Ses dernières paroles furent :
« Seigneur Jésus,
viens ! » Peu d'heures auparavant,
il prononçait cette parole :
« Tu ne sais pas maintenant ce que je
fais, mais tu le sauras dans la suite ».
Ainsi se terminait une vie dont on a pu dire que sa
devise fut : « L'Éternel, en
la présence duquel je me
tiens ! »
Dans la grande Bible de famille, on lit
de la main de Marie Junod, sa femme :
« 1882. Le Seigneur a
jugé bon de reprendre à ma profonde
affection et à celle de mes six chers
enfants, mon bien-aimé mari, le 28 octobre
1882, jour de nos noces d'argent. Je le prie de
pouvoir dire : « Que Son saint nom
soit béni ! » Je Lui rends
grâces pour ces vingt-cinq années de
bonheur, pour le secours
réel qu'Il nous a accordé, à
mes bien-aimés enfants et à moi
pendant ces jours de deuil et de souffrance, et je
veux dire, en comptant sur Lui, à
l'entrée de cette vie si nouvelle qui
s'ouvre devant moi, comme au premier jour de notre
vie à deux :
« Alléluia pour le
passé ! Alléluia pour le
présent, oui, amen! Alléluia pour
l'avenir ! Ebenezer ! L'Éternel
pourvoira ! »
On comprend aisément que tous ces
événements vinrent vivifier la
vocation du jeune proposant.
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Enfants
de M. et Mme H.
Junod,Dubied. |
(Val de Ruz). |
Dans la Société de Belles-Lettres,
Henri-Alexandre Junod prit une place
prépondérante. Il en fut
bientôt le président. Ses goûts
scientifiques n'avaient pas d'exclusivisme. Il
tournait les vers fort bien, et qu'ils fussent vers
de terre ou poésie, tous semblaient avoir
pour lui un égal attrait. Bellettrien
convaincu, Henri-Alexandre Junod épousa les
amours et les inimitiés de sa
société. Jusqu'à un âge
avancé, il fut romand de cœur, il
vécut à l'ombre du Sapin vert. La
fantaisie bellettrienne, la gaieté des
étudiants à casquette verte, cette
qualité de vie que Belles-Lettres donne, et
que le vieux Rabelais a comme
prédécrite quand il dit :
« Certaine gaieté d'esprit
conficte en mespris des choses
fortuictes », tout cela fut l'essence
même de la vie d'étudiant
d'Henri-Alexandre Junod. Il comprenait la vie de
société parmi les étudiants
comme une association volontaire de goûts, de
sympathies, comme un encouragement à
l'approfondissement individuel. Il jouait du violon
avec talent et avait inventé une
manière de siffler tout à fait
originale. Il avait observé surtout les
merles de nos bois, et il sifflait, en
s'accompagnant sur une guitare italienne, exposant
d'abord simplement une mélodie, puis
improvisant des variations pleines de charme.
Plusieurs se souviennent encore de ses
succès dans les salons de ce temps, avec ce
que l'on peut appeler « son
art ».
Le 23 avril 1884, il partit pour
Bâle, compléter ses études de
théologie. Puis le 30 janvier 1885, il gagna
Berlin, où il passa un semestre.
Dans la Bible de famille, on
lit :
« Le 27 octobre a
été consacré au saint
ministère mon cher fils Henri, à
l'âge de vingt-deux ans et demi, à la
Collégiale. »
Voici la copie du serment de
consécration
Écriture
officielle :
« Article premier. - Avancer
l'honneur et la gloire de Dieu avant toutes
choses.
» Article 2. - Exposer sa vie,
corps et biens, s'il est requis, pour maintenir la
Parole de Dieu.
» Article 3. - Renoncer à
tout profit particulier pouvant nuire au saint
ministère.
» Article 4. - Être uni avec
les frères dans le saint ministère en
la doctrine de piété.
» Article 5. - Éviter toute
secte et division dans
l'Eglise. »
Fine écriture
d'Henri-Alexandre Junod :
« Je jure et promets devant
Dieu et Son Église, par le très Saint
Nom de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit,
d'observer fidèlement et exactement tous les
articles du serment qui viennent de m'être
lus, ainsi que je souhaite que Dieu me soit en aide
à la fin de mes jours. »
Le pasteur consacrant, Louis Junod,
était un cousin d'Henri Junod père.
Il dit entre autres :
« Permettez-moi de donner
essor à un sentiment qui remplit mon
cœur : je ne puis présider à la
sainte cérémonie qui nous rassemble
sans penser à celui que je remplace en ce
moment, à cet ami, à ce pasteur
vénéré que nous n'avons pas
oublié et que nous ne pourrons jamais
oublier. Combien son cœur déborderait de
reconnaissance et comme il serait heureux de
consommer, par l'imposition des mains, le sacrifice
si complet qu'il avait fait de son fils au
Seigneur. Puis il prit pour texte :
« Pais mes agneaux ».
La mère d'Henri-Alexandre, qui
rapporte ces paroles, ajoute :
« C'est dans des jours comme celui-ci que
le vide de l'époux, du père, du
pasteur, de l'ami se fait
douloureusement sentir, et
pourtant le Seigneur a été là
tout le long du jour, et les témoignages de
sa bonté et de sa fidélité ont
abondé. »
Au jour de l'an 1886, la famille s'en
fut à Couvet, d'où Henri-Alexandre se
rendit à Môtiers-Travers, pour occuper
le poste de pasteur par intérim. Il fut
présenté à la paroisse le
dimanche 3 janvier, par le pasteur Henri de
Meuron.
Couvet n'est pas très loin de
Môtiers. Mlle Émilie Biolley, la
cousine germaine d'Henri-Alexandre Junod, y
habitait. Une photographie de ce temps-là
fait comprendre les sentiments qui naquirent dans
le cœur du jeune pasteur. On y voit, de Profil, une
charmante demoiselle. Le contour du visage est
très doux, des cheveux en tresses sont
noués avec art sur la nuque. Un corsage
à parements de velours foncé monte
sur le cou, comme le calice d'une très belle
fleur. Surtout on devine que Mlle Émilie
Biolley était tendre et aimante.
L'aimait-elle ?
Le 28 février 1887, après
un temps d'incertitude que ceux qui aiment
connaissent bien, Henri Junod écrit à
ses parents :
« Chers bien-aimés,
bénissez le Seigneur avec moi. Lili m'aimait
depuis longtemps. Elle vient de me le dire dans une
lettre touchante qui a dissipé les
brouillards noirs. »
Déjà au cours des
années précédentes, alors que
la famille Junod était en
villégiature au-dessus de Bevaix, le jeune
pasteur passait la montagne pour aller à
Couvet. Il me racontait que, son violon sous le
bras, il gravissait la côte qui mène
au Creux-du-Van, et arrivé au bord de ce
magnifique cirque de rochers, il allait sur un
éperon bien connu des Jurassiens sous le nom
d'« Arête du Vertige ».
C'était une fine lame de rochers un peu en
contre-bas, qui s'avançait assez loin sur
l'abîme et sur laquelle l'adolescent
s'arrêtait. Il prenait son violon et jouait
là de belles mélodies aimées,
les amples phrases des sonates de
Jean-Sébastien Bach, qui exerça une
telle influence sur la vie profonde de toute notre
famille, ou les fines arabesques de Mozart, tout
étonnées de s'élancer si
menues dans le gouffre du
Creux-du-Van. En 1887, on n'était pas encore
loin du romantisme au Val-de-Travers... et l'ombre
de Jean-Jacques hantait encore les ruelles de
Môtiers.
Le Conseil de la Mission Romande, dans
sa séance du 21 juin 1886, avait
accepté Henri Junod comme candidat
missionnaire. Après une activité de
plusieurs mois à Môtiers, le futur
missionnaire prit congé de ses paroissiens
et fit un séjour en Écosse, pour
apprendre l'anglais et pour acquérir les
connaissances médicales et chirurgicales
indispensables. il revient en Suisse en 1888 et
visite un grand nombre des Églises de la
Suisse romande, avant son départ
définitif pour l'Afrique. Le 10 octobre
1888, le Conseil de la Mission adresse à
Henri Junod un appel à aller travailler
à la Baie de Delagoa avec son
beau-frère, M. Paul Berthoud.
Le 19 mars 1889, le mariage d'Henri
Junod et Émilie Biolley fut béni par
le pasteur Petitmaître, à Couvet. La
mère de l'époux, en relatant
l'histoire des fiançailles, écrit
(Prov. 31 : 12) :
« Elle lui fait du bien et non du mal
tous les jours de sa vie... »
Le 7 avril 1889, Henri et Émilie
Junod font leurs adieux à l'Eglise de
Neuchâtel, dans la grande Salle des
Conférences. On venait d'apprendre la mort
du pasteur Louis Junod, celui qui avait
consacré le jeune missionnaire partant.
Henri Junod, nous dit le Bulletin de la Mission,
parla avec une chaleur communicative. il parle de
la tâche à laquelle il se destine,
sans illusions sur les difficultés et les
obstacles qui l'attendent. Le sentiment de sa
vocation l'emporte sur toute autre
considération et il se prépare
à partir avec la
sérénité du croyant. Il n'a ni
recherché ni ambitionné la
carrière missionnaire, mais a entendu un
appel du Seigneur, appel d'autant plus persuasif et
évident que la chair et le sang s'y
montraient rebelles.
Les vocations ne suivent pas toutes la
même ligne. Celle d'Henri Junod s'imposa
à lui comme une obligation, un
impératif catégorique. Ce fut contre
ses propres goûts, contre
son inclination naturelle,
contre
ses capacités scientifiques qu'elle se
dressa. Mais Dieu, qui conduit toutes choses dans
la vie de ses enfants, savait bien quel magnifique
épanouissement l'Afrique allait donner
à toutes ces qualités apparemment
délaissées. Le proverbe portugais, si
profond, revient à la mémoire :
« Deus escreve direito por linhas
tortas » (Dieu écrit droit par des
lignes courbes). Au travers des
considérations humaines qui
s'enchevêtrent, la ligne de Dieu est toujours
droite. Et c'est là le grand enseignement
d'une vie comme celle que nous
décrivons.
Un ami avait lu à Henri Junod,
dans une réunion familière, une
poésie intitulée
« Là-bas ! »
Vous partez Le devoir austère
Bien loin, sur la terre étrangère,
Vous appelle à porter vos pas
Et sans calculer la souffrance ...
Vous regardez là-bas !
Là-bas où le climat décime,
Où le péché tient sa victime...
Là-bas, où la sombre misère
N'a point de rayons qui l'éclairent... ...
Là-bas, des larmes qui t'attendent,
Des mains qui vers tes mains se tendent... Etc.
Que de prémonitions confuses dans ces paroles rimées dans le goût du temps ! La vie d'Afrique allait commencer.
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