Henri-A.
Junod
Missionnaire et
Savant
AVANT-PROPOS
« Silence and Secrecy »,
disait Carlyle... et Meterlinck a écrit une
page magnifique sur la vertu du silence. Les vies
des hommes de Dieu ont leur zone de silence
où nul ne peut pénétrer. Le
secret de leur fécondité, leur
radioactivité spirituelle a sa source dans
cette zone. Elles sont, ces vies, souvent actives,
débordantes d'activité, mais c'est
une apparence. Elles recouvrent tout un champ de
silence qui seul est grand. J'aurais
Préféré me taire. Mais si la
grande douleur humaine est toujours muette, si la
possession de la joie ne peut s'exprimer, l'hymne
de la foi jaillit spontanément d'une vie
grande et belle. Malgré la signification
tragique de certaines heures, l' exemple d'une
telle vie stimule, enrichit et sublimise nos
efforts. C'est pourquoi j'ai accepté de
prendre la plume.
Ceux qui ont connu Henri-Alexandre Junod
trouveront ici un témoignage, insuffisant,
mais un témoignage de bonne foi. Ils y
verront peut-être une peinture trop belle
(comment en pourrait-il être autrement quand
un fils doit peindre l'image d'un père
vénéré ?) ; qu'ils
soient assurés que le tableau est aussi
ressemblant que possible pour celui qui l'a
peint.
Ceux qui ont aimé cet homme si
complet, ceux qui ont admiré l'exemple
tonique et vivifiant de celui pour qui l'âme
était le principal, l'essentiel, ceux qui
ont vécu dans l'intimité
d'Henri-Alexandre Junod trouveront beaucoup
à reprendre à cette trop courte
description de sa vie. Ils voudront sans doute y
ajouter plusieurs détails qui leur
paraissent de première importance. - Ce
petit livre a été écrit dans
la solitude, loin de la patrie aimée, sans
possibilité de chercher conseils ou appuis.
- Il a été écrit en Afrique,
cette seconde patrie de mon père, et j'aime
à croire que certains y
retrouveront quelques traits de sa figure
vénérable, une figure qui grandit
à mesure que l'on s'éloigne d'elle,
digne de la plus grande tradition missionnaire.
J'aime à placer ici en exergue cette
admirable parole d'Antigone :
Je ne suis pas née pour
haïr, mais pour aimer.
Prétoria, août 1934.
H.-Ph. Junod.
INTRODUCTION
HENRI -A.
JUNOD
Dr ès
lettres.
(1863-1934)
Lignières ! Un vieux bourg
perché sur les contreforts du Chasseral, le
village des « Rebollas »,
toujours en bisbille avec les
« Niollas » de Nods ;
rempart romand contre la pénétration
de Berne. Le clan des Junod était
resté fidèle à ce coin de pays
où il arriva avant la Réformation.
Paysans trapus, aux mains noueuses,
déformées par la bêche, la
hache ou la charrue, ils peinaient,
génération après
génération, attachés à
la glèbe et fiers de leurs terres. La
vieille maison patriarcale des Broues
s'élève, une des dernières,
sur la route de Nods, comme un avant-poste du
village. Les Junod s'intéressaient aux
affaires de la commune, ils avaient
créé, avec les Bonjour, une
combourgeoisie, ils vaquaient aux mille et une
besognes de la paysannerie. Leur race solide de
Celtes aux yeux bleus s'était peu à
peu implantée dans ce coin de terre
romande.
La vie de la commune coulait tranquille.
Commune paysanne, où la piété
n'était pas une simple tradition, puisque
c'est de Lignières que partit le
missionnaire Lacroix.
La famille du père d'Henri-Alexandre
Junod était établie à
Saint-Imier, au fond du vallon resserré du
Jura bernois, quand Henri Junod père naquit,
le 28 septembre 1825. Mais elle revint à
Lignières en 1834. Henri Junod père
montra dès son enfance des dispositions
particulières pour l'étude ; il
se prépara à entrer dans
l'enseignement.
Enfant, il avait vécu sur ce beau
plateau qui regarde vers Prêles, et
s'était mêlé à la vie
agricole. L'attachement à son sol natal le
tenait lui aussi, mais le plateau de
Lignières regarde plus loin que
Prêles. Sis au pied de la colline d'Enges,
premier contrefort du
Chasseral,
on y arrive de Neuchâtel et Saint-Blaise par
la grande forêt de l'Eter, où
s'épanouissent les cyclamens roses à
l'odeur pénétrante, et quand on sort
de la grande étendue d'ombre, on voit tout
à coup l'immense horizon. Le regard vole
d'un coup d'aile sur tout le plateau suisse et
s'arrête aux Alpes, ces grandes dames de chez
nous qui dessinent sur le ciel leurs admirables
dentelles... Il suffisait à Henri Junod
père de monter un peu sur le coteau pour
voir se déployer à ses pieds toute
cette féerie. « Les beautés
de la nature faisaient sur lui une grande
impression. Souvent, dit son biographe, en face des
scènes magnifiques qui se déroulaient
devant lui, ses yeux se remplissaient de larmes et
de son coeur ému jaillissait un cantique
d'adoration. Ayant dû interrompre ses
études pour cause de santé, il
retourna à Lignières, où il
partagea son temps entre le travail des champs et
la lecture. C'est alors qu'il lut et relut les
« Lettres spirituelles » de
Fénelon, une partie des oeuvres de Mme
Guyon. plusieurs ouvrages ascétiques et
mystiques, entre autres ceux de
Saint-Martin. » De ce temps date sa
vocation au pastorat.
Consacré au saint ministère le
13 août 1851, il commença son
activité pastorale à Neuchâtel,
où il se consacra spécialement aux
jeunes. Il fut pasteur à Rochefort de 1852
à 1861. Pendant cette période, il
épousa Marie Dubied, de Couvet.
En 1861, il fut appelé comme pasteur
à Chézard-Saint-Martin. Il eut
d'abord trois filles. Aussi est-il facile
d'imaginer quelle joie régna au
presbytère de Chézard-Saint-Martin
quand on vit enfin apparaître le premier
continuateur du clan Junod !
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