LA VIE
LIVRÉE
VIII - Considérations finales
Pour arriver à cet état de
consécration et de soumission parfaite
à la volonté de Dieu, il nous sera
très utile de méditer quelques
vérités du reste évidentes.
Les voici :
Notre Dieu est un Dieu d'amour tendre,
fervent, inaltérable et illimité.
Et parce qu'il est un Dieu d'amour
illimité, il est digne d'une confiance
illimitée.
Si cela n'est pas vrai, il n'y a plus de
vérité dans l'univers ! Si
l'Homme qui mourut pour nous ne nous aime pas
parfaitement et n'est pas digne d'une confiance
sans limites ni conditions, alors l'Évangile
de la grâce de Dieu est une fable et la
confiance de ses rachetés n'est qu'un
rêve. Si, au contraire, le Dieu de l'amour
infini a droit à une confiance infinie, ne
la lui accorderons-nous pas ? ou, à
défaut, notre propre coeur ne nous
condamnera-t-il pas ? Soyons honnêtes.
Qu'est-ce qui trouble notre âme ?
Doutons-nous de l'amour parfait de notre Dieu, et
par conséquent de la confiance que nous
pouvons avoir en lui ? S'il en est ainsi,
confessons-le à notre honte. Ou bien,
croyons-nous à son amour parfait et à
sa fidélité à toute
épreuve ? Alors accordons-lui la
confiance et la soumission parfaite que cette foi
réclame.
En outre, si Dieu est amour, sa
volonté est certainement parfaite à
l'égard de ses enfants.
Le Saint-Esprit dit que cette volonté est
parfaite
(Rom. XII, 2). Il ne dit pas que nous
voyons toujours qu'elle est parfaite, mais qu'elle
l'est. Dès lors, elle est aussi parfaite
quand nous ne la comprenons pas que quand nous la
comprenons ; aussi parfaite quand elle nous
parait injuste et cruelle que quand elle nous
semble juste et acceptable ; aussi parfaite
quand le chemin est rude, pénible et
ténébreux, que quand il est doux,
aisé et lumineux. La question que nous
pouvons poser est celle-ci : La volonté
de Dieu, l'Amour incarné, est-elle ou non ce
qu'il y a de mieux pour nous au monde ? Si
oui, livrons-nous à elle ou reconnaissons
que nous n'y tenons pas. Et si nous nous livrons
à elle parce qu'elle est bonne et parfaite,
ne reculons pas dès qu'il nous semble
qu'elle ne l'est plus. Agir ainsi, c'est
détrôner la foi et la remplacer par
notre pauvre jugement.
Enfin le Dieu qui est Amour est aussi
souverain ; en sorte que tout ce qui arrive
dans nos vies est ou envoyé, ou permis par
lui.
À cette affirmation, la raison prend le
vertige et chancelle, mais la foi l'accepte
tranquillement et calmement comme une
vérité éternelle. Car c'est
Dieu lui-même qui le déclare :
« Toutes choses ensemble
concourent au bien de ceux qui
l'aiment. » Non pas que toutes choses
soient bonnes en elles-mêmes, car le mal
n'est pas bien. Mais toutes choses concourent
ensemble au bien de ceux qui l'aiment.
D'une manière quelconque, Dieu fera
contribuer même la colère de l'homme
à sa louange. D'une manière ou d'une
autre, il fera prévaloir sa justice sur
toute injustice. Même le mal qui atteint ses
enfants est selon sa volonté au moment
où il les assaille. Nous ne pouvons saisir
cela maintenant. Mais la foi se courbe sous sa main
en acceptant joyeusement son assurance :
« Ce que je fais maintenant, tu ne le
sais pas, mais tu le sauras
ci-après ! »
« Vous l'aviez pensé en
mal, mais Dieu l'a pensé en
bien », dit Joseph, en pleurant, à
ses frères consternés. Le crime le
plus atroce de toute l'histoire de
l'humanité fut le crucifiement de celui dont
Joseph fut le type. Il semblait que cela devait
être le chef-d'oeuvre de l'enfer,
l'extinction finale de toute lumière dans le
monde, la défaite définitive du Dieu
de l'univers. Mais c'est de ce crime que
découlent les bénédictions
d'une rédemption qui glorifiera Dieu
à travers tous les âges de
l'éternité. « O profondeur
des richesses, et de la sagesse et de la
connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont
impénétrables et que ses voies sont
incompréhensibles. »
Bien-aimés, Dieu est amour ; comme tel,
il a droit à toute notre confiance ; sa
volonté est nécessairement ce
qu'il y a de meilleur pour nous ; et tout ce
qui nous arrive est ou bien permis ou bien
envoyé par lui ; &emdash; voilà
les bases inébranlables de « la
vérité qui est en
Jésus-Christ. » Sommes-nous
à jamais fondés sur eux ?
À leur pleine lumière, une soumission
absolue à la volonté du Christ
d'amour est d'abord intelligente et raisonnable,
ensuite elle permettra à sa paix
éternelle de garder nos coeurs au
delà de toute pensée.
Permettez à l'auteur de rapporter ici,
comme attestation de ces vérités,
l'expérience remarquable d'une enfant de
Dieu, à lui racontée par
elle-même.
Après avoir recherché avec ardeur
pendant des années la plénitude de
Christ, elle entra un jour dans une classe biblique
dans une ville de l'intérieur du pays.
Là, comme elle recevait avec avidité
le message de vérité, Dieu donna
à son âme altérée la
parole dont elle avait besoin. Elle apprit que
l'Esprit qu'elle demandait depuis des années
était déjà venu habiter en
elle. Elle comprit que ce que Dieu demandait, ce
n'était pas une longue attente dans les
supplications pour recevoir l'Esprit, mais une
soumission absolue en toutes choses et pour
toujours. Il ne s'ensuivit ni grande manifestation
de puissance, ni ravissement extatique, ni vision
merveilleuse de choses qui ne se peuvent exprimer.
Mais son âme inquiète fut
submergée de paix, de la paix inexprimable
du Dieu de paix lui-même et son âme fut
remplie de sa présence consciente en
réponse à la consécration
absolue de tout son être. Cette paix se
maintint pendant les mois qui suivirent. L'abandon
complet de sa vie à la volonté de
Dieu avait fait descendre en son âme un
océan de paix si profonde et si solide
qu'aucun orage ne devait être capable de la
troubler. Elle était ancrée en
Christ. Et maintenant survint une épreuve
qui lui démontra une fois pour toutes ce que
Dieu est capable de faire avec une volonté
soumise et un coeur fidèle.
« J'avais, dit-elle, un fils d'environ
dix-huit ans. C'était un garçon
ouvert et joyeux, un chrétien, mais ne
vivant pas aussi près de Dieu que mon coeur
l'eût désiré. Je l'avais remis
à Dieu avec tout ce qui m'était cher
lorsque je m'étais moi-même
livrée à lui. Quand l'adversaire
cherchait à troubler ma paix par des doutes
à son sujet, j'élevais simplement mon
coeur à Dieu en lui disant :
« Seigneur, je te l'ai remis, que ta
volonté soit faite dans sa vie. »
Un soir d'été, après
être rentré, attiré par une
musique qui jouait à proximité, il
sortit pour en jouir, sans que je le susse. Se
promenant en compagnie d'un autre jeune homme, ils
échangèrent quelques mots de
plaisanterie avec un homme qui se trouvait
là et passèrent. Au moment où
ils tournaient l'angle de l'allée suivante,
cet homme sortit de l'ombre et tua net mon
garçon d'un coup de feu. À minuit, on
sonna à ma porte et le garde-police auquel
j'ouvris me dit : « Madame, votre
fils est sérieusement blessé,
veuillez venir de suite. » J'appelai mon
mari et mon autre fils et me hâtai, ne
sachant ce qui surviendrait. Tout ce dont je me
souviens maintenant de cette course au milieu de la
nuit, c'est que je me surpris élevant mon
coeur à Dieu en répétant
continuellement : « Seigneur, je te
l'ai remis, Seigneur, que ta volonté soit
faite, que ce soit ta volonté qui
s'accomplisse. » Quand j'arrivai sur
place, je m'agenouillai auprès du corps
inerte, touchai sa face, saisis ses mains, soulevai
sa tête tandis que déjà mort,
il gisait dans une mare de sang. Quand le fait
brutal nous fut révélé, mon
mari s'évanouit ; l'autre de mes fils
était accablé de douleur. Mais
là, dans le silence de la nuit, à
l'heure la plus solennelle de la vie d'une
mère, j'appris ce que Dieu peut faire avec
une volonté soumise et un coeur
fidèle. Jamais je n'aurais cru possible que
Dieu soutint une âme faible et tremblante
comme il le fit pour moi en cette heure affreuse.
Quand je m'agenouillai près de mon fils
assassiné, il me sembla que la source de la
douleur était tarie. Je me sentais
portée par des bras invisibles mais
éternels. Une marée de paix ineffable
couvrait mon âme et remplissait mon coeur
d'un calme inexprimable que rien au monde,
semblait-il, ne pourrait jamais détruire.
Dès l'aube du jour, hommes et femmes se
pressèrent dans ma maison et
s'écrièrent : « De
quel bois êtes-vous donc faite ? que
pensez-vous donc ? comment expliquez-vous ce
calme étrange qui semble vous
posséder ? » et je ne pus que
répondre : « Ce n'est pas
moi, c'est Christ,
Christ ! »
Âme troublée, ton chemin est-il
sombre et Dieu semble-t-il être rude et dur
dans les épreuves incompréhensibles
qu'il a permises dans ta vie, si même il ne
les a pas envoyées lui-même ? Le
fardeau te paraît-il si lourd que tu
fléchisses sous son poids ?
L'épreuve te parait-elle si sombre que rien
ne semble pouvoir l'éclairer ? la
douleur si cuisante que rien ne puisse la
calmer ? la blessure si profonde que rien ne
puisse la guérir ? Alors souviens-toi
que Dieu ne peut réaliser sa volonté
dans nos vies que si notre soumission est absolue
et notre confiance parfaite. Désirons-nous
qu'il puisse réaliser cette volonté
et atteindre son but suprême en nous ?
Alors aucune affliction n'est excessive, jamais la
fournaise n'est trop ardente, ni le prix trop
élevé en comparaison de l'infinie
bénédiction que nous valent une
soumission entière et une confiance sans
limite. Et puisque c'est à cette seule
condition que Dieu peut agir parfaitement par nous,
ce doit être celle qu'il cherche par-dessus
tout à atteindre en nous. C'est heureux
qu'il n'arrête pas la souffrance avant
qu'elle n'ait accompli son oeuvre. C'est ici
précisément que l'amour du
Père céleste dépasse l'amour
des pères terrestres. Car nos parents
terrestres nous épargneront souvent la
souffrance par sympathie. Mais à la
lumière de l'éternité, la
manifestation la plus parfaite de l'amour paternel
de Dieu se verra dans son refus de nous
épargner les souffrances les plus profondes,
parce qu'en le faisant il eût supprimé
le seul moyen de nous faire atteindre notre bonheur
suprême.
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