LE MASQUE DE
SAINT PIERRE
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE XVII
La bulle Unigenitus
Par toutes les questions qu'elle soulève,
l'affaire de la bulle Unigenitus vient apporter
à la justesse de notre démonstration
le plus éclatant des témoignages. Une
allusion à ce document avait sa place toute
marquée dans notre étude. Il n'est
point d'illustration plus vivante, plus cruellement
vraie du fait que l'ingérence du pouvoir
politique dans les affaires de l'Eglise, et la
méconnaissance des principes spirituels de
la véritable autorité, conduisent aux
pires catastrophes.
On sait avec quelles
véhémentes protestations, les plus
notables évêques de France, et
à leur tête Mgr de Noailles,
archevêque de Paris,
appuyés par la Sorbonne comme par la grande
masse des catholiques les plus
éclairés et les plus pieux,
accueillirent la bulle, ou constitution Unigenitus,
du pape Clément XI. Le dogme de
l'infaillibilité n'était pas encore
mûr, en ce temps-là.
Cette bulle fut donc
promulguée, en 1713, à propos d'un
petit livre d'un prêtre de l'Oratoire,
Pasquier Quesnel, qui avait paru en 1671, avec
l'approbation expresse de l'évêque de
Châlons, Félix Vialart. Il
était intitulé - Morale de
l'Évangile. Il prit plus tard le titre
Réflexions morales, sous lequel il
est mieux connu.
Il eut un extraordinaire
succès. Bossuet en fut un grand
admirateur.
Les Jésuites prirent ombrage
de ce livre. Ils y voyaient la réprobation
de leur morale à eux, comme aussi la
réfutation des doctrines d'un des leurs, le
Jésuite Molina. Aussi,
persuadèrent-ils Louis XIV
(1) d'en demander
au pape la condamnation. Sur les pressantes
instances du monarque,
Clément XI promulguait donc sa bulle le 8
septembre 1713. Comme nous venons de le dire, ce
fut une désolation et un grand scandale pour
la majeure partie du clergé de France, parmi
lequel un violent mouvement de réaction se
produisit, soutenu particulièrement par les
évêques de Montpellier, d'Auxerre, de
Bayeux, de Pamiers, de Senez et de
Paris.
Dans son Histoire du Mouvement
Janséniste, à laquelle nous
emprunterons beaucoup, A. Gazier écrit ces
significatives paroles : « C'est un
grand bonheur pour Bossuet qu'il soit mort en 1704,
au début de l'affaire Quesnel, et
près de dix ans avant la bulle, car on ne
saurait dire ce qui serait
advenu ».
Il n'est pas exagéré
d'avancer que la bulle
Unigenitus consomma
l'anéantissement des libertés
gallicanes. Elle fut comme une sorte de
mystérieuse réplique de la
Révocation de l'Édit de Nantes. Car,
de même que celle-ci réussit, pour un
temps, à étouffer la pensée
huguenote française dans le sang ou par
l'exil, la bulle de Clément XI finit
à peu près d'éteindre, dans
notre malheureux pays, le flambeau de la plus noble
indépendance et de la plus pure
spiritualité catholiques.
Les persécutions contre les
protestataires - les appelants, comme ils
furent désignés - n'eurent sans doute
pas le caractère sanglant des
représailles exercées contre les
partisans de la Réforme. En effet, ils se
soumettaient à Rome. Mais, nombreuses furent
les excommunications, les lettres de cachet, les
condamnations à l'exil. Et une fois de plus,
le dernier mot resta à la force. On alla
jusqu'à exiger des catholiques qui
refusaient d'accepter la Constitution, des billets
de confession, signés d'un prêtre
approuvé, faute desquels ces fidèles
étaient privés des sacrements et de
la sépulture
ecclésiastique...
Les citations qui suivent du livre
de Quesnel, et que la bulle dénonce comme
hérétiques et
impies, sont extraites de
l'ouvrage d'Augustin Gazier (2)
où la bulle se trouve
reproduite in-extenso.
Celle-ci débute en ces
termes :
« Lorsque le Fils
unique de Dieu enseignait la vérité
à ses disciples, il les mit en garde
contre... ces maîtres de mensonge, ces
séducteurs pleins d'artifice qui ne font
éclater dans leurs discours les apparences
de la plus solide piété que pour
insinuer imperceptiblement leurs dogmes dangereux,
et que pour introduire, sous les dehors de la
sainteté, des sectes qui conduisent les
hommes à leur perte ; séduisant
avec d'autant plus de facilité ceux qui ne
se défient pas de leurs pernicieuses
entreprises que, comme des loups qui
dépouilleraient leur peau pour se couvrir de
la peau de brebis, ils s'enveloppent, pour ainsi
parler, des maximes de la loi divine, des
préceptes des Saintes Écritures, dont
ils interprètent malicieusement les
expressions... vrais fils de l'ancien Père
de mensonge... etc. »
Est-ce à des schismatiques
que parle le souverain pontife pour employer une
telle véhémence ? Point du tout.
Ceux qui sont ainsi traités sont les
religieux de Port-Royal, de pieux et
zélés catholiques, demeurés
fidèlement
attachés à Rome et
auxquels on n'a à reprocher qu'une certaine
liberté de pensée
évangélique dans les limites de la
plus stricte orthodoxie romaine.
Parmi les cent-une propositions
condamnées, tirées du livre de P.
Quesnel, nous ne citerons que celles, plus en
rapport avec notre sujet, qui ont trait à
l'Eglise et à la lecture des Saintes
Écritures :
LXXIII
Qu'est-ce que l'Eglise, sinon
l'assemblée des enfants de Dieu, demeurant
dans son sein, adoptés en
Jésus-Christ, subsistant en sa personne,
rachetés de son sang, vivant de son esprit,
agissant par sa grâce, et attendant la paix
du siècle à venir ?
LXXXV
L'Eglise, ou le Christ tout entier, qui a
pour chef le Verbe incarné, et pour membres
tous les saints.
Unité admirable de l'Eglise... C'est
un seul homme composé de plusieurs membres,
dont Jésus-Christ est la tête, la vie,
la subsistance et la personne... Un seul Christ
composé de plusieurs saints, dont il est le
sanctificateur.
LXXVI
Rien de si spacieux que l'Eglise de Dieu,
puisque tous les élus et les justes de tous
les siècles la composent.
LXXVIII
Le peuple Juif était la figure du
peuple élu dont Jésus-Christ est le
chef.... On s'en retranche aussi bien en ne vivant
pas selon l'Évangile, qu'en ne croyant pas
à l'Évangile.
LXXIX
Il est utile et nécessaire, en tous
temps, en tous lieux, et à toutes sortes de
personnes, d'étudier l'Écriture, et
d'en connaître l'esprit, la
piété et les mystères.
LXXX
La lecture de l'Écriture sainte est
pour tout le monde.
LXXXI
L'obscurité sainte de la Parole de
Dieu n'est pas, aux laïques, une raison pour
se dispenser de la lire.
LXXIV
C'est fermer aux chrétiens la bouche
de Jésus-Christ que de leur arracher des
mains ce Livre saint, ou de le leur tenir
fermé en leur ôtant le moyen de
l'entendre.
LXXXV
Interdire la lecture de l'Écriture, et
particulièrement de l'Évangile, aux
chrétiens, c'est interdire l'usage de la
lumière aux enfants de la lumière, et
leur faire souffrir une espèce
d'excommunication.
Et voici comment la bulle se
termine :
Nous déclarons, par la
présente constitution, qui doit avoir son
effet à perpétuité, que nous
condamnons et réprouvons toutes ces
propositions comme étant respectivement
fausses, captieuses, malsonnantes, scandaleuses,
pernicieuses... séditieuses, impies,
blasphématoires, hérétiques...
Et nous défendons à tous les
fidèles de lire (les livres qui les
rapportent ou les défendent) sous peine
d'excommunication.
Nous ordonnons de plus à
nos vénérables Frères les
patriarches, archevêques, etc., comme aussi
aux inquisiteurs de l'hérésie, de
réprimer et de contraindre par les censures,
par les peines susdites, et par tous les autres
remèdes de droit et de fait, ceux qui ne
voudraient pas obéir, et même
d'implorer pour cela, s'il est besoin, le secours
du bras séculier... Que si quelqu'un ose
commettre cet attentat, qu'il sache qu'il encourra
l'indignation du Dieu Tout-Puissant et des
bienheureux Apôtres St Pierre. et St
Paul.
Rome, le 8 septembre 1713.
On a bien lu : le secours du bras
séculier. Et l'on sait ce que cela veut
dire, le bras
séculier : C'est
l'exil, c'est la Bastille, c'est le
gibet...
Et St Pierre ? que vient faire
le nom de St Pierre en cette affaire, sinon nous
obliger à mesurer la distance qui
sépare l'apôtre de ses
successeurs.
Les propositions ci-dessus sont
donc, d'après le pape Clément XI,
toutes hérétiques, ou suspectes
d'hérésie. Les 79° et 80e, en
particulier, relatives à la lecture des
Saintes Écritures, sont
déclarées :
Téméraires, scandaleuses,
injurieuses, séditieuses et favorisant les
hérésies et les
hérétiques...
En sorte que le pape Pie XI, en
recommandant solennellement, dans une encyclique
récente, la lecture des Livres Saints,
s'inscrit en faux contre la parole de son
prédécesseur. C'est encore, prise sur
le vif, l'une des contradictions les plus
flagrantes entre les enseignements des divers
papes.
L'encyclique de Pie XI est venue
trop tard, hélas ; elle est
passée sous l'oeil indifférent d'un
siècle où la lecture de la Bible
n'intéresse plus guère le monde
catholique. Aussi, les Jésuites ont-ils
laissé dire Pie XI...
Mais il n'en était pas ainsi
au temps de Clément
XI ; et l'on comprend la consternation et le
bouleversement de l'Eglise de France à la
lecture de pareils anathèmes lancés
contre ce qu'elle pouvait considérer
à bon droit comme étant la
vérité chrétienne. Ce que l'on
comprend moins, c'est la soumission de l'Eglise de
France...
Exagérions-nous, lorsque nous
disions que Rome n'était peut-être pas
très bien fondée à assimiler
les relations de clergé à
fidèles avec celles de brebis à
agneaux ?
L'Histoire du Mouvement
Janséniste, ou de Port-Royal, -
celle de A. Gazier et d'autres, - jette un jour
singulier sur la façon dont l'Eglise romaine
tient compte des plus hautes aspirations et des
droits sacrés de l'âme à la
vérité, en particulier, de la
liberté de conscience de ses fidèles,
de ceux mêmes qui lui sont le plus
attachés.
Conclusion
Rien n'est pire que la
corruption du meilleur...
La gravité de nos déductions doit
susciter, nous le comprenons bien, une
émotion profonde dans le coeur de tout
lecteur catholique pieux.
Que croire et qui croire, si St
Pierre n'a pas été le premier pape,
s'il n'était pas infaillible, s'il n'a pas
occupé le premier siège pontifical
romain ?... Ne renverse-t-on pas la base
même de notre Foi !...
Sur quoi et sur qui, cher lecteur,
doit reposer notre Foi ? N'est-ce point sur
notre Seigneur Jésus-Christ, mort pour nos
offenses et ressuscité pour notre
justification ? N'est-ce point sur le rocher
de sa Parole divine, contenue
dans l'Écriture ? N'est-ce point sur
l'enseignement des saints
apôtres ?
Et cet enseignement, cette base pour
notre Foi, où les avons-nous ? N'est-ce
point dans les écrits sacrés du
Nouveau Testament ?
Au cours des pages que vous venez de
lire, avez-vous trouvé une assertion,
relevé une seule parole qui fussent en
contradiction avec les déclarations
authentiques du Christ et de ses
apôtres ? Avons-nous dit quoi que ce
soit d'injurieux pour les personnes, dans votre
Église, ou pour votre foi ? Et nous
pensons ici avec une sympathie toute
particulière à tant d'humbles et
admirables prêtres ou religieux, qui ont cru,
ou qui croient, de toutes les forces et de toute la
sincérité de leur coeur que lorsque
leur Église parle, c'est Dieu qui
parle...
Oui, et, nous pensons surtout
à tous ceux dont la vie fut, à leur
insu, torturée par les conflits
déchirants que suscitait dans leurs pieuses
et nobles âmes la méprise tragique sur
la véritable autorité.
Nous pensons à un
François d'Assise, par exemple, qui sur la
fin de sa vie se consuma dans les larmes, ces
larmes que St Augustin appelle
le sang de l'âme, en
voyant déjà, en la prévoyant
surtout, la décomposition de son ordre parce
que ses disciples, méconnaissant à
l'envi sa pensée, commençaient
à sacrifier l'obéissance à
l'Évangile à l'obéissance
à l'autorité de l'Eglise. St
François, lui, n'avait jamais obéi
qu'à l'Évangile. Bien-aimé
François, ah ! Poverello, qu'as-tu fait
lorsque, croyant assurer le succès de ton
cher ordre, tu acceptas la protection du Cardinal
Hugolin, le futur Grégoire IX ! Ce fut,
dit P. Sabatier (P. 242, « Vie de St
François »), le signal de
la lutte qui s'ouvrait définitivement entre
l'idéal franciscain, chimérique
peut-être, mais sublime (3)
et la politique
ecclésiastique, jusqu'au jour où,
moitié par humilité, moitié
par découragement, François, la mort
dans l'âme, abdiquera la direction de sa
famille spirituelle à lui confiée
par Dieu, entre les mains de l'Eglise, passant
ainsi, de son vivant, à l'état de
relique... Personne ne me montrait ce que je devais
faire, a dit St François dans son Testament
Spirituel, mais le Très-Haut lui-même
m'a révélé que je
devais vivre selon le
modèle du Saint Évangile (passim.
P. 290).
Nous pensons encore à un
Lacordaire qui enfanta dans la souffrance un
disciple tel que le Père Didon. Ce
père Didon, que la jalousie et la haine
implacable des pires ennemis de l'Eglise, - ses
défenseurs patentés, ô ironie,
- les Jésuites, envoyèrent,
près de deux ans, expier son
péché de loyale obéissance au
Saint-Esprit sur le rocher corse de Corbara, mais
où, en réponse, il composa dans la
douleur ses lettres les plus poignantes, et
commença sa Vie de Jésus-Christ,
l'une des plus belles vies du Christ qui aient
été écrites. Qui n'a pas lu
les « Lettres du Père
Didon » ne peut savoir ce que souffre
une âme sacerdotale sanctifiée et
immolée, quand elle est prise dans le double
étau de l'obéissance lumineuse au
Saint-Esprit, et de l'obéissance aveugle
à son Église.
L'Eglise romaine, on le sait, ne
connaît que des fidèles ou des
révoltés. Ou lui obéir,
même contre sa conscience, ou être
hérétique. Et quand une âme qui
aime ardemment Jésus-Christ se voit
acculée à cette alternative de la
révolte contre l'autorité de
l'Eglise, ou de l'infidélité à
la parole de Jésus, c'est affreux.
Alors se présente et vient
s'offrir, dans cette angoisse - qui ? osons le
nommer, le Tentateur - et c'est le
compromis, avec des arguments d'une
subtilité satanique, d'ordre du sentiment et
d'ordre de la conscience, le compromis par
où se trouvent conciliés les
inconciliables... Ah ! voilons notre
face ; qui d'entre nous, catholique ou
protestant, un jour ou l'autre de sa vie, n'a
souscrit à quelqu'un de ces compromis ?
Nous nous devons la
vérité.
Ah ! la douloureuse contrainte,
pour un chrétien, de dire la
vérité à son frère,
même au risque de déchirer son
coeur !
Non, Dieu ne parle point à
l'Eglise par l'Eglise : Dieu a parlé
une fois pour toutes à l'Eglise par son
Fils, notre divin Sauveur et Seigneur
Jésus-Christ
(Hébreux I. 1-2). Et les
échos sacrés de cette voix nous les
trouvons dans la Parole infaillible du Seigneur,
où sont également consignés
les écrits des apôtres que le
Saint-Esprit inspirait.
« Quand
nous-mêmes, écrivait l'apôtre
Paul, quand un ange venu du ciel vous annoncerait
un autre Évangile que celui que nous vous
avons annoncé, qu'il soit
anathème ! »
(Galates I. 8.)
Dieu nous préserve de tenir
un autre langage !
Ainsi, tout ce que l'on peut nous
opposer, c'est la tradition. Au nom de la
tradition, et en son nom seul, on pourrait essayer
de réfuter nos affirmations.
La tradition, la vraie tradition,
nul, plus que nous, n'en a le respect, la
vénération. Nul n'est plus prêt
à reconnaître que la contribution des
Pères de l'Eglise au trésor spirituel
de la Foi est une vraie et grande
richesse.
Mais notre respect pour la tradition
ira-t-il jusqu'à nous faire placer les
écrits des Pères de l'Eglise sur le
même niveau que les écrits
sacrés du Canon, sinon même
au-dessus ?
Serons-nous aveuglés
jusqu'à dire que tout est inattaquable dans
les écrits des Pères de
l'Eglise ? Ou bien que rien n'est
légende dans les innombrables récits
qui veulent agrandir les gestes des apôtres
rapportés par l'Écriture ? ou
bien que la Légende Dorée, par
exemple, est une source incontestable de
sûres informations ?
Qu'un fait aussi prodigieux que le
Christianisme n'eût pas suscité,
à ses débuts, des quantités de
fables, voilà, plutôt, ce qui serait
impossible !
Et lorsque, conduit par un guide
sûr ; on étudie l'histoire des
premiers siècles de l'Eglise, quand on
assiste à la pullulation de sectes, de
pratiques et de déviations bizarres qui
menaçaient sans cesse d'étouffer le
germe naissant de l'Évangile, quand on
constate l'apparition de ce mysticisme malsain qui
évolue parfois sur des gouffres de
dépravation, par l'action d'un paganisme qui
couve toujours sous la cendre, on est au contraire
émerveillé que l'accumulation - sous
le faux nom de « tradition » -
de tant de matériaux douteux et de miracles
suspects, n'ait pas été plus
considérable encore !
Il est incontestable que tous ces
récits s'inspiraient des intentions les
meilleures et d'une grande vénération
pour la personne des apôtres. Mais, a-t-on
ajouté à la gloire de St Pierre en
inventant, par exemple, contre toute
évidence, le pontificat de l'apôtre
à Rome ? Est-ce que son martyre, subi
après sa vie si noble et si pure, ne
suffisait point à immortaliser son
nom ?
Et a-t-on pensé ajouter
à la splendeur de son auréole en
racontant ceci, par exemple :
« Pierre, enfermé
dans le Tullianum, ou prison Mamertine, y a fait
jaillir la source, que l'on voit dans cette prison,
pour baptiser son gardien ».
Or, on sait que cette source
existait bien avant la naissance de
l'apôtre...
Il est superflu
d'insister.
La déformation a d'ailleurs
commencé dès l'origine.
En effet, même aux temps
apostoliques, ne voit-on pas déjà, si
l'on s'en rapporte aux Épîtres, le
bouillonnement virulent des superstitions et des
idolâtries ?
« La prédiction de
Jésus s'accomplit :
L'ivraie est semée à
foison. Le levain commence à corrompre la
pâte... »
(St Matt. XIII. 33 ;
I Cor. V. 7)
Du temps de St Paul, à
Corinthe, n'y a-t-il pas déjà des
hérésies ?
(Actes XX, 30). N'y a-t-il pas des
personnes de l'Eglise se faisant baptiser au lieu
et place d'autres personnes, mortes sans avoir
reçu ce sacrement ?
(I Corinth. XV. 29). Et la Sainte
Communion ne tend-elle pas
à perdre son caractère d'auguste et
tragique simplicité !
(I Corinth. XI. 17-22).
Le document connu, appelé
Doctrine des douze Apôtres, auquel on
est en droit d'assigner une date bien plus
reculée que celle du Symbole dit des
apôtres, reflète admirablement
l'état d'âme des chrétiens du
second siècle. On y prend sur le vif l'une
des étapes de l'invasion progressive du
sacerdotalisme et du ritualisme dans ce qui
deviendra par la suite l'Eglise
romaine.
Les indices des premières
déviations apparaissent. On y surprend en
germe les premiers abus, qui conduiront
insensiblement cette Église à
l'état où nous la trouverons dix-huit
siècles plus tard.
On ne reconnaît bientôt
plus, tant sont rapides et nombreuses les
transformations qu'il lui faut subir, l'Eglise
primitive dans sa pure et belle
simplicité...
Chrétien, qui voulez
atteindre le but suprême que nous propose
notre très sainte Foi, qui voulez imiter et
servir Jésus, notre divin modèle, qui
voulez remporter la couronne de gloire, restez, ou
revenez, sur le chemin solide et
sûr de la Parole de Dieu. Rejetez
résolument tout enseignement, toute doctrine
qui la contredisent.
Les Pères les plus
éminents de l'Eglise, ne nous laissent aucun
doute à ce sujet :
St Jérôme, qui fut
surnommé « le père de
l'orthodoxie », nous adresse ces
sévères paroles :
« Tout ce qui s'enseigne
sans l'autorité et sans le témoignage
de l'Écriture, sous prétexte de
tradition apostolique, est frappé de
l'épée de Dieu. » (Sur
Aggée I.)
Il ajoutait :
« Ignorer les Écritures, c'est
ignorer le Christ ».
Et St Ambroise, du IVe siècle
également, écrivait :
« Qui osera parler quand
l'Écriture se tait ? nous ne devons
rien ajouter au commandement de Dieu. »
(L. de la Vocation des Gentils, ch.
III.)
Et St Basile, de la même
époque, appelé le plus grand des
Pères des Églises d'Asie, a dit, dans
son livre de la Foi :
« Rejeter quelque chose
qui se trouve dans l'Écriture, ou admettre
des choses qui n'y sont pas,
c'est une marque évidente
d'infidélité, c'est un acte
d'orgueil. »
St Paul adressait aux
chrétiens de Corinthe, ces solennelles
paroles :
« Je vous rappelle,
frères, l'Évangile que je vous ai
annoncé, que vous avez reçu, dans
lequel vous avez persévéré, et
par lequel vous êtes sauvés si vous le
retenez tel que je vous l'ai annoncé ;
autrement vous auriez cru en
vain... »
(I Corinth. XV. I).
Aucun changement ne peut donc
être apporté au pur et simple
Évangile apostolique. Suivre un
évangile différent, c'est s'exclure
de la Grâce de l'Évangile.
Et à Timothée, St Paul
écrit :
« Mais l'Esprit dit
clairement que dans les temps à venir,
certains abandonneront la Foi, pour s'attacher
à des esprits séducteurs, proscrivant
le mariage, et l'usage d'aliments que Dieu a
créés afin que les fidèles et
ceux qui ont connu la vérité en usent
avec actions de grâces »,
etc...
(I Timothée IV. 1-3).
« Car un temps viendra,
écrit-il encore, où les hommes ne
supporteront plus la saine doctrine ; mais ils se
donneront une foule de docteurs, suivant leurs
convoitises et avides de ce qui peut
chatouiller leurs
oreilles ; ils les fermeront à la
vérité pour les ouvrir à des
fables... »
(II Timoth. IV. 3).
C'est pourquoi, lorsque la tradition
contredit l'Écriture, qui devons-nous
croire, la parole des hommes ou la Parole de
Dieu ?
Et même si l'Eglise à
laquelle nous appartenons venait à parler
autrement que l'Écriture, cette
Église l'aimerions-nous comme une
mère, qui devons-nous croire, l'Eglise ou
l'Écriture ?
Il y va de notre salut
éternel.
Il ne peut donc y avoir le moindre doute :
Quand la tradition se trouve en conflit avec
l'Écriture, elle doit être
écartée. La Parole de Jésus,
l'enseignement des apôtres, voilà la
Tradition suprême pour notre
piété et pour notre Foi.
Notre tâche est
terminée.
Si nous avons pu contribuer à
élever, par ces pages, l'autorité de
la Parole divine, et à glorifier, non point
l'homme, mais Dieu, nous avons atteint notre but.
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