LE MASQUE DE
SAINT PIERRE
TROISIÈME PARTIE
L'Autorité dans la Religion de
l'Esprit
« ... Je
déclare, comme devant le tribunal de
Jésus-Christ où je m'attends à
comparaître bientôt, que toutes mes
recherches soit de l'Ecriture, soit de l'histoire
de l'Eglise, soit de mon propre coeur, n'ont fait
que me confirmer dans la conviction
inébranlable que quand l'Ecriture parle,
c'est Dieu qui parle, et que quand elle proclame Sa
volonté, la voie du salut, les grandes
doctrines du péché, de la
grâce, du Père, du Fils, du
Saint-Esprit, ce qu'elle nous dit n'est pas moins
véritable et moins assuré que si le
ciel s'entrouvrait dans ce moment sur notre
tête, et si la voix de Dieu retentissait,
comme autrefois en Sinaï. Il n'y a pas de
bornes à la confiance et à la
soumission que nous devons aux Écritures,
pas plus de bornes qu'on n'en trouverait à
la vérité et à la
fidélité de Dieu...
Ainsi,
l'Écriture est la Parole écrite de
Dieu comme Jésus-Christ est la Parole
vivante de Dieu.
« Ceux qui s'appuient des
caractères humains de l'Écriture pour
en méconnaître la divinité,
raisonnent comme ceux qui s'appuient sur la
personnalité humaine de Jésus-Christ
pour lui refuser le titre de Dieu, faute de
comprendre que la nature humaine et la nature
divine sont unies dans la personne de
Jésus-Christ comme la parole humaine et la
parole divine sont unies dans les Écritures.
Quant
à la manière dont se fondent les deux
natures dans un cas, et les deux voix dans l'autre,
c'est le fond même de l'objet de la foi sur
ce point, mystère profond mais, nous dit St
Paul, « mystère de
piété » et qui remplit
notre âme de joie et
d'espérance ».
Adolphe
MONOD,
Les
Adieux (p. 166, 175).
CHAPITRE XV
L'Eglise et l'Autorité
Il nous paraît maintenant
nécessaire d'aller au devant d'une
très grave objection qui immanquablement
nous sera faite : Vous avez établi,
nous dira-t-on, que ni St Pierre, ni personne n'a
été placé, sur la terre,
à la tête de l'Eglise. Il n'existe
donc aucune autorité ici-bas, aucune
autorité réelle, divine, infaillible
devant laquelle on soit tenu de s'incliner ?
Le désordre doit alors régner parmi
les, fidèles
chrétiens !...
Non ! Nous sommes au contraire
convaincu, tout autant que nos frères
catholiques, qu'une autorité
extérieure, concrète et
indiscutée, est aussi nécessaire
à l'Eglise, en matière de foi,
qu'elle est indispensable à une nation, en
matière sociale et
politique. Pour l'une, comme pour l'autre, rejeter
le principe d'autorité, nous l'affirmons
hautement, c'est se condamner à sombrer dans
l'anarchie et la mort.
La question est seulement de savoir
où, et quelle est, pour l'Eglise cette
autorité.
Comme on l'a fort bien dit, il ne
suffit pas de parler de l'autorité pour
faire de l'autorité. Il ne suffit pas
davantage d'en proclamer la.
nécessité (1).
Il suffit encore bien moins, par
un coup d'état, de se proclamer infaillible.
Il faut chercher l'autorité où elle
se trouve. L'autorité, comme la
vérité, c'est Dieu.
Mais Dieu, Dieu, où trouver
sur la terre l'expression formelle de sa
pensée et de sa volonté,
c'est-à-dire de son autorité ?
Car il faut que l'homme se soumette. Il le faut,
par ce simple motif que l'homme n'est pas Dieu
(passim. P. 90).
L'expression infaillible de
l'autorité de Dieu pour les hommes et pour
l'Eglise, réside, pour les catholiques, dans
le chef suprême de la foi.
l'Eglise romaine, le pape, qui
remplace à leurs yeux notre Seigneur
Jésus-Christ sur la terre. Pour le
chrétien selon l'Évangile, cette
autorité se trouve dans la Parole
écrite (2),
norme infaillible et suprême
de la Foi, avec le Saint -Esprit
comme lumière, comme instructeur et comme
guide.
Si nous croyons que Dieu s'est
révélé, sa
révélation nous oblige (passim.
P. 92). Et Il s'est révélé,
à la fois par son Fils, Jésus-Christ,
et par sa Parole. Son Fils est remonté au
ciel, mais sa Parole nous reste, la
Sainte-Écriture, la Bible. Une fois
reconnue pour divine, la Révélation
n'est plus soumise à notre tribunal. Nous ne
la jugeons pas, elle nous juge (passim P. 92).
C'est cette vérité
élémentaire que rejettent tous les
rationalismes, et que rejette l'Eglise de Rome,
quand elle répond qu'une telle
autorité est un mythe, et ne peut conduire,
à cause de la diversité des opinions,
chacun étant l'arbitre de sa croyance,
qu'à la multiplicité des sectes,
c'est-à-dire au chaos. De même,
dit-elle, qu'il faut des juges et un tribunal pour
interpréter les lois et les appliquer, de
même, il faut un Docteur suprême
à l'Eglise pour interpréter
l'Écriture, loi de Dieu.
Elle cite en particulier, à
l'appui de cette opinion, le cas de cet
Éthiopien, intendant des trésors de
la reine Candace. Comme il lisait, sur son char, le
prophète Isaïe
(Actes VIII), Philippe,
l'évangéliste, s'approcha et lui
demanda :
« Comprends-tu bien ce que tu
lis ? » - « Comment
le pourrais-je, répondit
l'Éthiopien, si quelqu'un ne me
guide ? » Philippe lui expliqua
alors le passage et le conduisit à la
foi.
- « Vous voyez, nous
dit-on ; l'exemple est typique. Comme cet
Éthiopien, le simple fidèle est dans
l'impossibilité de comprendre les
Écritures, à moins que quelqu'un,
instruit et qualifié par l'Eglise, ne lui en
donne le sens... »
Un examen, tant soit peu approfondi,
de ce récit entier du Livre des
Actes, découvre toute la faiblesse de
l'argument. Bien plus, il révèle que
cet argument se trouve être une preuve
frappante à l'appui de la thèse des
chrétiens évangéliques. Cela
est bien facile à
comprendre :
Pour quelle raison, cet
Éthiopien ne peut-il pas saisir le sens du
passage qu'il lit dans le prophète
Isaïe ? - Pour la raison unique et toute
simple qu'il n'est pas un
« fidèle ». N'ayant pas
encore la foi en Jésus, le Saint-Esprit, par
conséquent, n'est pas descendu dans son
coeur pour l'éclairer.
« L'homme naturel,
dit St Paul, ne peut connaître les choses
de l'Esprit de Dieu, parce que c'est par l'Esprit
qu'on en juge... »
(I Corinth. Il. 14.)
Mais une fois que l'Éthiopien
a cru, qu'il a accepté Jésus-Christ
de toute son âme, qu'il a été
baptisé, une fois qu'il est devenu un
fidèle, enfin, qu'arrive-t-il ? -
Philippe ayant soudain disparu, l'Éthiopien,
est-il dit, continue tout joyeux son chemin
(3). Une seule
chose, désormais, lui est
nécessaire : obéir à la
Parole de Dieu et conserver précieusement
dans son coeur le Saint-Esprit, lumière et
grâce divine. La promesse de Jésus va
se vérifier pour lui :
« L'Esprit-Saint que mon Père
enverra en mon nom, Lui, vous enseignera toutes
choses... Il sera en vous... Il vous guidera dans
toute la vérité ».
(St Jean XIV. 26 ;
XVI. 7-14.) Et cette
Vérité, c'est la Parole
écrite, cette Parole qui, pour le
chrétien selon l'Évangile, est
l'autorité infaillible, suprême,
indiscutée, cette Parole qui est, en
même temps, la Parole vivante,
Jésus-Christ.
(St Jean I. 1-14.)
Et nous sommes ici en accord avec
tous les anciens Pères de l'Eglise. Oui,
nous le disons bien haut, il n'en est pas un seul
qui démentirait cette affirmation. Tous
n'invoquaient-ils pas exclusivement
l'Écriture, comme arbitre suprême, en
cas de divergence ou de contestation de
doctrine ?
Est-il possible que pour vouloir
s'attacher à les imiter, on se trouve
accusé de les renier ?
Mais comment justifier alors les
théologiens romains qui, lorsqu'ils prennent
à partie la Réforme
évangélique, montrent que leur soin,
leur souci principal, loin de faire appel à
l'autorité exclusive des
Écritures sont, au contraire, d'en
écarter manifestement le
témoignage ?
C'est la
« tradition »
(4) qui apporte
à peu près tout le fonds des raisons
et des preuves.
Ouvrons, par exemple,
l'Étude sur le
Protestantisme de Mgr
Freppel, ancien évêque
d'Angers :
« Nous ne refusons pas,
dit-il, la controverse sur le terrain des
Écritures, mais nous faisons observer qu'il
est plus simple et plus rationnel de suivre une
autre voie, en cherchant tout d'abord où se
trouve la vraie Église de
Jésus-Christ, car il est évident que
là se trouvent la vraie doctrine et la
véritable interprétation des
Écritures. Outre l'avantage qu'elle
possède de trancher la question par un
argument sans réplique, cette méthode
offre encore celui d'être à la
portée de tous, de ceux-là même
que le défaut d'instruction rend incapables
d'un examen approfondi du texte sacré, car
il est facile de reconnaître la
véritable Église... » (page
40.)
Mais, mesure-t-on bien la grave
accusation que l'on porte contre l'Escriture
lorsque l'on affirme avec Mgr Freppel, que
l'interprétation de celle-ci
« n'est pas à la portée de
tous, de ceux-là même que le
défaut d'instruction rend incapables
d'un examen approfondi du texte
sacré » ?
De quelle instruction
s'agit-il ? L'Écriture n'ouvrirait-elle
donc ses pages qu'à une élite
intellectuelle ou religieuse ?
Ah ! que nous sommes loin de
l'enseignement de St Irénée, au IIe
siècle, quand il affirmait :
« Le sens des
Écritures est facilement intelligible pour
tout esprit droit et simple. S'il est des passages
obscurs, ils s'expliquent par d'autres plus clairs,
de telle sorte que l'Écriture s'explique par
l'Écriture, et n'a besoin, pour être
interprétée, d'aucun secours
étranger. » - « Sur les
grandes questions de la foi et du salut, disait-il
encore, il n'y a pas d'incertitude possible :
la Bible est claire
(5). »
Ne voit-on pas, d'abord, qu'à
soutenir le point de vue de Mgr Freppel, on frappe
au coeur l'Écriture dans son
universalité ? Que l'on conteste
ensuite, aux premiers chrétiens, la
possibilité d'avoir compris les
Évangiles et, spécialement, les
Épîtres des Apôtres, bien
qu'elles leur fussent destinées ? Car
les membres de l'Eglise primitive, ces
Thessaloniciens, ces
Éphésiens, ces Colossiens, sortis la
veille même des ténèbres de
l'idolâtrie, n'étaient, certes, ni
érudits, ni même bien avancés
sur le chemin de la perfection chrétienne,
et leurs connaissances théologiques
étaient des plus sommaires.
Et alors, à quoi bon leur
écrire ces lettres, à quoi bon leur
en recommander la lecture, à quoi bon, si
elles sont au-dessus de leur
portée ?
- « Je vous en conjure
par le Seigneur, dit St Paul, à la fin
de l'une d'elles, que cette lettre soit lue
à tous les frères !
(1 Thess. V. 27 ;
Coloss. IV. -16.)
Et d'autre part, s'ils pouvaient les
comprendre, pourquoi les chrétiens
d'aujourd'hui, même ignorants, mais
sincères, mais humblement attentifs et
obéissants à la voix de l'Esprit,
seraient-ils moins capables de les entendre que
ceux d'autrefois ?
« Le génie,
laissé à ses pauvres clartés
humaines, ne les comprendra pas, mais les
âmes simples les entendront, malgré
leur sublimité ; et quiconque ouvre
leurs pages doit se souvenir de la parole du
Maître : Bienheureux les coeurs purs,
ils verront Dieu » ;
voilà ce que
répond le P. Didon dans
son beau livre
« Jésus-Christ »
(page 31).
Que devient-elle enfin cette parole
de Jésus ?
« Je vous bénis,
Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce
que vous avez caché ces choses aux sages et
aux intelligents et les avez
révélées aux petits. Oui,
Père, je vous bénis de ce qu'il vous
a plu ainsi ! »
CHAPITRE
XVI
L'Église et
l'infaillibilité
Les théologiens romains donnent une
autre raison pour contester que le simple
fidèle puisse recevoir directement, par
l'assistance du Saint-Esprit, la faculté de
comprendre l'Écriture : c'est la
variation des croyances. L'histoire des
Églises séparées de Rome,
disent-ils, n'est autre que « l'histoire
de leurs variations ». C'est le mot de
Bossuet.
Il est vrai qu'il existe un
émiettement infiniment regrettable, de
dénominations évangéliques.
Mais, ne voyons pas seulement ce qui divise, voyons
et qui unit.
Bossuet n'a pas su reconnaître
qu'en dehors des variations propres aux
théologies des différentes
confessions de la chrétienté
nominale, subsiste le patrimoine
commun aux chrétiens vivants de tous les
siècles. Et par ce patrimoine, nous
entendons l'ensemble des grands faits et des
grandes doctrines de la Foi, la Foi
biblique. Or, ce patrimoine, ou cette
très sainte Foi, donnée aux saints
une fois pour toutes, dit St Jude, a
été conservé bien autrement
plus pur et plus intact dans les Églises de
chrétiens évangéliques que
dans l'Eglise romaine.
Et lorsqu'avec un esprit averti et
éclairé, et dans la largeur
chrétienne, on compare entre elles ces
multiples dénominations, - celles
demeurées fidèlement attachées
à la Parole de Dieu - on est
étonné de constater que dans la
plupart des cas, leurs divergences sont très
superficielles et simplement de modalité
ecclésiastique. On peut même dire que
beaucoup se différencient infiniment moins
encore que les Franciscains des Dominicains, par
exemple, ou les Sulpiciens des Jésuites
(6).
Autorité
unique et suprême, pour
les uns comme pour les autres Mais pour les uns,
autorité extérieure et
humaine : le pape. Pour les autres,
autorité intérieure et divine :
le Saint-Esprit parlant par
l'Écriture.
Oui, nous affirmons qu'il existe, en
dehors et au-dessus de Rome, un solide front
évangélique, composé d'une
multitude de croyants étroitement unis et
soudés, et dont les âmes se
rejoignent, en dépit de toutes les
barrières ecclésiastiques, sur les
trois principes fondamentaux et essentiels de la
Foi chrétienne :
Autorité absolue des Saintes
Écritures :
Divinité de
Jésus-Christ ;
Sacrifice expiatoire et
rédempteur du Fils de Dieu, et salut gratuit
par la foi.
Le symbole des apôtres conserve,
aux yeux de ces croyants, la même
autorité qu'il avait aux temps où il
fut formulé.
Si l'unité de ce bloc
évangélique est en profondeur, au
lieu d'être en surface, a-t-elle pour cela
moins de valeur ?
D'autre part, que constate-t-on,
lorsque l'on suit, pas à pas, l'histoire de
l'Eglise romaine et son évolution à
travers les siècles ? - Que cette
histoire n'est pas autre chose que l'histoire de
ses variations.
Consultons les annales des Conciles,
ouvrons n'importe quel précis de dogmes
catholiques, que voyons-nous ? L'Eglise
romaine en perpétuelle variation.
En veut-on des preuves ? En
voici quelques-unes !
Vers le milieu du IXe siècle,
Paschase Radbert, abbé de Corbie, imagine
la doctrine de la Transsubstantiation. Cette
doctrine fut vivement combattue, comme
hérétique, par les docteurs
catholiques les plus autorisés du temps,
Scot Erigène, entre autres. St Bernard de
Clairvaux, au XIIe siècle, proteste contre
la théorie de la manducation corporelle,
disant que Jésus-Christ nous est offert dans
la Sainte-Cène : spiritualiter, non
carnaliter. Mais sa protestation ne fut pas
entendue.
Enfin, cette doctrine fut
officiellement et définitivement
érigée en dogme au grand Concile
oecuménique de Latran, en 1215, sous
Innocent III. (F. Bonifas.
Histoire des Dogmes.) Peut-on contester que ce soit
là une variation ?
Jusqu'à l'époque du
Concile de Constance (1414-1418) où il fut
décidé, session 21e, que la coupe
serait supprimée pour les fidèles,
à la sainte communion, celle-ci
s'était prise sous les deux
espèces du pain et du vin.
Cette mesure ne devint effective
qu'après le Concile de Trente, où la
question fut résolue en faveur de la
suppression de la coupe. Les anciennes coutumes
du tube, et du pain, ou de l'hostie,
trempés, sont définitivement
abandonnées, et la participation à la
coupe partout supprimée pour les
laïques.
Peut-on contester que ce soit
là une variation ?
Jusqu'en 1870, on pouvait être
un bon catholique romain sans être
obligé de croire à
l'infaillibilité du pape.
« L'infaillibilité est, le
privilège de l'Eglise »
enseignaient les théologiens catholiques.
Bossuet fut l'un des plus fermes et des plus
éloquents défenseurs de ce point de
vue.
Lors du Concile du Vatican, en 1870,
cette position était abandonnée. Les
catholiques devaient croire, désormais, que
l'infaillibilité était le
privilège, non plus de l'Eglise, mais du
pape.
Peut-on contester que ce soit
là une variation ?
Il n'y a donc pas lieu de
s'étonner si, à bien des reprises,
les papes se sont trouvés en
désaccord, non seulement avec les
décisions des Conciles, mais les uns avec
les autres, annulant, par exemple, tel
décret de leurs prédécesseurs.
L'une des plus fameuses de ces contradictions fut
la sentence du pape Pie VII rétablissant, en
1814, dans tous ses droits et tous ses
privilèges, l'ordre des Jésuites dont
le pape Clément XIV avait prononcé,
en 1773, par son fameux bref Dominus ac Redemptor,
la suppression. Et en remontant plus loin dans
l'histoire, on sait que les Jésuites furent
chassés de France en 1595 ; mais que
l'intercession du pape Clément VIII les fit
rappeler en 1603.
Rappelons encore que le pape
Clément IX, en 1668, faisait rétablir
solennellement les Religieuses de Port-Royal des
Champs, accusées de
jansénisme, et qu'environ quarante ans plus
tard, en 1709, sans qu'aucun fait nouveau
justifiât cette mesure, le pape
Clément XI, à l'instigation des
Jésuites, signait la bulle
d'anéantissement de la célèbre
abbaye et du monastère. On pourrait
multiplier les exemples (7).
L'infaillibilité ne
devrait-elle pas avoir, comme logiques corollaires,
la cohérence et la
pérennité ?
Malgré cela, Bossuet n'a pas
hésité à affirmer, parlant de
Rome : L'Eglise ne varie
jamais.
Il est incontestable que le poids
d'une affirmation dépend
beaucoup de la notoriété de la
personne dont elle émane. Et la
personnalité de Bossuet a pesé
puissamment sur la pensée religieuse du
XVIIe siècle, et des suivants. Il y a
pourtant une force plus grande encore que
l'autorité d'une personne, quelle qu'elle
soit, c'est l'autorité d'un fait. Lorsqu'un
fait contredit une affirmation, dira-t-on :
Tant pis pour le fait ? Un esprit droit a vite
résolu la question.
Quelque tranchante que soit donc
l'affirmation de Bossuet : l'Eglise ne
varie jamais, cette affirmation se trouve
démentie par des faits aussi nombreux que
faciles à contrôler. Elle ne peut
faire impression que sur des esprits insuffisamment
informés.
Nous concluons : la conception
de l'autorité suprême, en
matière de Foi, que se fait l'Eglise
romaine, est loin de l'avoir gardée exempte
de variations.
Cette conclusion nous conduit
à deux autres :
La Foi chrétienne trouve,
dans l'Écriture seule, la garantie de
l'immutabilité ;
La seule autorité
absolue, la seule infaillibilité
en matière de Foi, c'est la Parole de Dieu.
Hors de là, tout est illusion,
déception, confusion, chez les Catholiques
aussi bien que chez les Protestants.
C'est autour de cette Parole
bénie que se sont rassemblés, et que
continueront à s'unir, les croyants
authentiques de tous les temps, rachetés et
lavés par le sang du Calvaire,
régénérés et
scellés par le Saint-Esprit, à
quelque dénomination, à quelque
Église qu'ils appartiennent. Comme aussi,
c'est par le moyen de cette Parole que la
communion des saints, dont parle le Symbole
des Apôtres, trouve sa signification
précise.
Pour l'interprétation de
cette Parole, le secours, le viatique du
Saint-Esprit a été garanti à
tous les enfants de Dieu par la promesse
sacrée du Sauveur, faite la veille de sa
mort : « Il vous guidera dans
toute la
vérité ».
À ces paroles de
Jésus, nous croyons de toute notre
âme, comme l'enfant croit à la parole
de son père. Nous n'admettrions jamais
qu'une telle promesse ne fût qu'une
mystification.
Et c'est enfin le rassemblement
spirituel de tous les enfants de Dieu autour de
Jésus et de sa Parole de Vie qui constitue
le corps mystique du Christ, la
véritable Église, une,
catholique (ou universelle) et
apostolique (Symbole de Constantinople,
380), celle dont Jésus est à la fois
le Fondement éternel, le Chef suprême
et l'Époux divin, la seule Église
contre laquelle les puissances de l'enfer ne
prévaudront jamais !
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