GLANURES D'HISTOIRE
VAUDOISE
LA DÉBÂCLE ET LA
RENTRÉE
Le capitaine Pellenc après la
Rentrée.
Son père étant mort, Paul
Pellenc partagea ses biens avec son frère
Joseph, La maison, aux Pellencs, des Vignes de
Luserne, dont on lui attribue la
propriété, n'est pas
mentionnée. Il s'agit là d'une autre
famille de ce nom - d'ailleurs, les Vaudois
étaient exclus de cette région depuis
le traité de Turin, signé lorsque le
capitaine était tout petit.
Au reste, le capitaine Pellenc n'eut pas le
loisir de s'occuper de son héritage L'accord
avec le duc avait été signé,
mais ce n'était pas la paix. Bien au
contraire, c'était le
déchaînement d'une guerre
acharnée pour chasser les Français du
Piémont. Paul Pellenc s'y jeta à
corps perdu. Catinat, rejeté de la plaine
dans Pignerol, vit ses communications avec
la France coupées par les
Vaudois, qui tenaient le col de Sestrière.
Ils défirent un corps qui allait rejoindre
le général et lui enlevèrent
un courrier important.
Pellenc, avec 200 hommes ravagea la
vallée du Cluson et se porta courageusement
jusqu'à tuer la sentinelle avancée de
Pignerol. Tôt après, le 24 juin,
franchissant le col de la Croix, ils
pillèrent la Monta et Ristolas, dont les
habitants refusaient de rendre les biens que les
Vaudois leur avaient confiés en 1686.
Là encore ce fut Pellenc qui poussa le plus
loin la hardiesse. Il saccagea Abriès et
alla même attaquer et piller Aiguilles. Les
envahisseurs remportèrent un riche butin,
entre autres 1800 têtes de
bétail.
Pellenc participa probablement aux autres
exploits des Vaudois, tels que l'incursion sur la
haute Doire et la prise de Luserne, la
défense de Mirabouc et celle de Coni ;
mais il n'en est fait aucune mention
particulière.
La campagne de 1691 fut favorable au duc, et
Catinat, en attendant des renforts, dut se retirer
en Dauphiné, occupant successivement les
différents camps qui portent son nom. Paul
Pellenc en profita pour se créer une famille
en épousant, en 1692, Madeleine, fille de
Barthélemy Salvageot, de Rora, mais
établi à Bobi.
Dès le printemps, la guerre se
ralluma. En juin, les Vaudois franchirent le col de
Thures et descendirent jusque près de
Césanne.
En juillet, eut lieu la grande invasion du
Dauphiné. Victor Amédée et les
Alliés passèrent l'Argentière
et le col de Vars. Comme le col de la Croix
était gardé, les Vaudois
traversèrent le Julien et le col
d'Abriès et précédèrent
le Duc à Guillestre après avoir
parcouru victorieusement tout le Queyras. Les
milices avancèrent jusqu'à Embrun,
l'armée jusqu'à Gap. Mais une grave
maladie du duc et la mésintelligence entre
les Alliés firent perdre les
résultats de l'expédition. En
septembre, la retraite s'effectua, après
qu'on eut ravagé le Dauphiné, en
représailles des dévastations
exercées en Piémont par Catinat.
Nous ignorons quelle part le capitaine
Pellenc prit à cette campagne. Il est aux
Vallées vers la mi-août et, dans ce
même mois de septembre, on le voit se rendre
en détachement à
Barge, avec sa compagnie, et ses lieutenants Paul
Bouïsse et Pierre Bertin Angrogniti. Il semble
s'être agi d'une expédition punitive
pour exiger une contribution, Le fait est qu'elle
finit tragiquement pour le capitaine, qui fut
tué et ses boeufs enlevés. Ayant eu
vent du lieu où on les tenait cachés,
la veuve les envoya prendre, mais elle dut en payer
la nourriture aux ravisseurs.
Peu après, la pauvre femme mit au
monde une enfant posthume, qu'elle appela Marie.
Comme, par ces temps de guerre, la justice ne
fonctionnait pas, sa mère demeura tutrice de
fait.
En 1696, voulant épouser le pasteur
Jacques Léger de Villesèche, la jeune
veuve demanda d'être déchargée
de la tutelle. La révision des comptes et
l'inventaire faits à cette occasion, nous
apprennent que ses vêtements de deuil avaient
coûté 40 livres.
Le capitaine avait trois serviteurs :
deux Suisses et un de Ristolas. Son cheval et un
des boeufs rachetés avaient
été vendus, son fusil
cédé au frère de
Madeleine ; est-ce celui que le Musée
Vaudois conserve sous son nom ? En tous cas,
il restait un mousquet à fusil, les bottes
éperonnées, deux manteaux de drap,
l'un rouge, l'autre bleu, deux justaucorps
ouatés, dont l'un galonné d'or et
d'argent, avec des franges d'argent, 2 tasses en
argent et un couteau au manche en argent. Le
notaire, catholique, mentionne enfin un
Testamento et una Bibbia, libri da
Religionari.
Tous ces objets se trouvaient dans leur
maison, aux Garniers; mais l'orpheline
possédait encore la moitié de la
maison ancestrale de Subiasc, des vignes et des
bois s'étendant jusqu'à Sautaureglia,
une maison à Fenmenu, les fourest de Pra
Pascal et Barmadaut, etc.
En 1709, la riche héritière,
à peine âgée de seize ans et
quelques mois, sortait de tutelle donnant son coeur
et sa main à son cousin germain Daniel, fils
du capitaine Pierre Albarea et de Susanne Pellenc,
et neveu des « Six Soeurs des
Vallées ».
Ainsi tomba en quenouille la famille du
capitaine Pellenc, dont le caractère
bouillant et téméraire, les actes de
vaillance et la fin tragique et
prématurée rappellent la courte
carrière du capitaine
Jahier, bien que la mort de ce dernier soit
couronnée d'une auréole
d'héroïsme qui manque à
l'équipée de Barge.
Quoi qu'il en soit, le capitaine Paul
Pellenc mérite une place dans la
mémoire de tout bon Vaudois comme ayant
été un des principaux collaborateurs
de la Rentrée, qui a tout risqué pour
rendre à nos pères le pays de leurs
ancêtres.
Les capitaines Tron des Macels.
On a assez parlé de nos héros de
premier ordre : Janavel, Jahier, Léger,
Arnaud et autres, pour qu'ils doivent être
clairement présents à la
mémoire de tout Vaudois. Mais il y a de
nombreux autres personnages qui, sans avoir
joué un rôle aussi important dans
notre histoire, y ont néanmoins tenu une
place assez intéressante à rappeler.
Tel est le cas des frères Tron des
Macels.
Ils remontent à Jacob ou Jacques
Tron, feu Pierre, probablement du Val St-Martin,
qui alla s'établir au Col des Boulards en
épousant Anne Rostan, veuve de Jacob
Boulard. Anne était fille du pasteur Henri
Rostan du Pomaré, qui prêcha
jusqu'à cent ans et en vécut cent
quinze (1505-1620). Elle fit son testament le 27
février 1612, et mourut peu après en
lui laissant deux enfants, Pierre et Marie, outre
Thomas Boulard, né de son premier
mariage.
Pierre épousa Judith, fille du
pasteur Laurent Giolito, mort de la peste à
Maneille en 1630, et de Bernardine, petite-fille du
pasteur François Guérin, qui
décida Pramol à embrasser
l'Évangile. Les prénoms de ces trois
pasteurs : Henri, Laurent et François
se sont alternés dans la famille Tron
jusqu'à nos jours.
Un Macel de Faet s'était
établi près du Pont de Pierre,
bâti anciennement pour favoriser l'extraction
du marbre de Rocheblanche. D'où le nom de
Plan des Macels, donné à la
région où l'on
trouve messire Pierre et Judith, établis au
moins dès 1658. L'année suivante,
Pierre et un Baret sont nommés par les
Vaudois de l'Envers de Pérouse pour partager
le territoire de la commune entre les deux
registres, protestant et catholique.
Pierre fit son testament le 8 novembre 1674
et mourut peu après, laissant à sa
veuve Judith sept fils et une fille, Marie, qui
épousa le capitaine Jean Robert, de
St-Germain. Trois fils moururent assez jeunes, sans
enfants, sauf Pierre, dont un fils, Laurent, est
l'auteur de la branche qui subsiste et qui va
s'éteignant, tandis que l'autre, Thomas,
âgé de 15 ans, fut enlevé en
1686 et jamais rendu.
Pendant que leurs biens étaient
vendus à vil prix, les quatre frères
survivants prenaient le chemin de l'exil. Sauf
Thomas, qui fut assigné au canton de
Bâle, on ne les retrouve pas sur les listes
de ceux qui défilèrent au pays de
Vaud au sortir de la captivité, ce qui
semble indiquer que les trois autres auraient fait
partie des glorieux Quatre-Vingts, expatriés
dès l'automne 1687 avec l'honneur des
armes.
On trouve l'un deux, Laurent, à
Neuchâtel avec son beau-frère, le
capitaine Robert, et Henri Arnaud, en 1687.
Pensionnés depuis six mois par la ville, ils
demandèrent une augmentation pour Tron,
à l'arrivée de sa femme et de sa
fille Judith. On leur répond qu'on ne peut
pas le faire : on donnera à chacun 6
écus blancs en les priant d'aller subsister
ailleurs. Mais à la séance suivante
on se ravise, et la pension aux deux capitaines
sera continuée jusqu'en mai 1688. En
juillet, après la deuxième tentative
manquée de rentrer aux Vallées,
Arnaud et Robert reçoivent l'ordre de vider
promptement la ville.
Les Tron étaient déjà
partis pour se rendre dans le Palatinat,
d'où les dévastations impitoyables de
l'armée française ne tardèrent
pas à les chasser.
En octobre, plus de 1.600 Vaudois,
dénués de tout, frappent de nouveau
aux portes de Schaffhouse, qui les accueille
charitablement, pour les répartir entre les
différents cantons. Parmi ceux qui sont
envoyés à Zurich, nous trouverons
Laurens Tron, Jeanne sa femme, Judith sa fille,
Marie sa fille de 3 mois
(probablement née au Palatinat), Thomas
Tron, Anne sa femme, François Tron. Henri
Tron.
Laurent et François
participèrent à la Rentrée.
Bien que capitaines eux-mêmes, ils n'eurent
pas d'abord le commandement d'une compagnie, sans
doute parce que les hommes originaires du Val
Pérouse n'étaient pas assez nombreux.
Ils semblent s'être enrôlés
parmi les volontaires que le Suisse Turin organisa
après la déroute de Giaglione.
Après la mort de Turin à l'attaque du
Villar, François Tron fut fait capitaine,
ayant pour lieutenant le cévenol
François Huc, qui a laissé une
relation de la Rentrée.
Son frère Laurent fut fait prisonnier
après la sortie de la Balsille, au combat de
Pramol, le 17 mai. Conduit à Saluces, il fut
bientôt libéré, le duc ayant
fait la paix avec les Vaudois. Mais la guerre
continuait contre la France, et Laurent y prit une
part active. Il se trouvait à Prarustin
lorsqu'il dicta son testament, le 24 novembre 1693,
peut-être à la suite d'une blessure
qu'il aurait reçue à la sanglante
bataille de la Marsaille, le mois
précédent ; ou bien
était-il malade ? Le fait est qu'il
appelle déjà posthume l'enfant, qui
devait naître de sa femme, Jeanne Coque, de
Pinache. Ses enfants étaient alors Judith,
Marie, née en exil, Jeanne, baptisée
à St-Jean le 15 avril 1693.
Laurent survécut à cette
crise. En 1695 il était député
au Synode. En attendant la guerre continuait. En
1696 Laurent était le capitaine des milices
du Pomaré, tandis que Henri était
capitaine des réfugiés. Leur
frère Thomas s'était établi
chez sa deuxième femme, Susanne Rostan, de
Rocheplate. S'étant rendu au Pomaré
avec ses frères pour procéder au
partage de l'héritage paternel, Thomas fut
tué net, le 4 mai, par une arquebusade
tirée par les Français ; on
l'ensevelit aux Reynauds de Riclaret. Il n'a pas
laissé de postérité.
La guerre de la ligue d'Augsbourg cessa en
1697. Mais en 1701 éclata, celle de
succession d'Espagne. En juin 1704, la Feuillade
franchit le Col du Pis et fonda au Perrier la
Sérénissime République de
St-Martin, qui comprit aussi le Pomaré et
l'Envers-Pinache bouleversant tout, tant au point
de vue civil que religieux.
La population vaudoise se retira en grand
nombre dans les autres
Vallées. Les frères Tron se
joignirent au corps de garde, qui occupait le
Castelet de Saint-Barthélemy.
En 1708, le Val St-Martin fut reconquis et
la vallée de Pragela enlevée à
la France. Ce furent les dernières
opérations importantes, en Piémont,
de la guerre qui se prolongea jusqu'en 1715.
Les capitaines Tron ne semblent pas avoir
pris part à la guerre de succession de
Pologne. Ils jouirent alors de quelques
années paisibles dans leur village.
Laurent fut ancien des Macels au moins
dès 1700. Il mourut le 8 avril 1739, sa
veuve le 10 janvier suivant. Leur fils
François, le posthume de 1693, mourut
près de Saluces, le 21 mars 1744, au cours
de la guerre de succession d'Autriche. Il avait eu
deux fils de sa femme, Catherine Beux ; mais
leur descendance masculine s'éteignit ;
avant la fin du siècle. Judith avait
épousé en 1705 David, Constantin, de
Prarustin.
Le capitaine Henri mourut le 9
février 1742 ; sa veuve, Camille
Bianchi, de St-Jean, le 27 janvier 1760 ; je
ne leur connais point d'enfants.
Henri, fils de leur neveu Laurent
était capitaine en 1746, et encore en 1783.
Il épousa honnête Marthe
Bounous. C'est d'eux que descend la branche qui
subsiste encore.
Le major Odin, d'Angrogne.
Nous avons rappelé l'existence
agitée, mais non sans gloire, d'Etienne
Bertin, qui fut le principal personnage d'Angrogne
dans la deuxième moitié du XVIII,
siècle. On peut bien assigner le second rang
à son beau-frère Odin.
Le nom Odin, d'origine germanique ou
scandinave, a sans doute été
apporté jusque dans nos montagnes par les
Longobards, pour lesquels il représentait le
héros national divinisé.
La plus ancienne trace dans nos
Vallées en est le nom de Villar Aldino, ou
Pra Oudin, qui est devenu avec le temps Prustin et
enfin Prarustin. Mais le nid d'où ont
essaimé les quarante et plus de familles qui
portent actuellement ce nom est
le hameau des Odins, placé au coeur du
vallon d'Angrogne, à deux pas de la
châtaigneraie de Chanforan, et à 5
minutes de la Ghieisa d'la tana. Au nombre
de ceux qui y vivaient au commencement du XVIIe
siècle, se trouvait Jean Odin, mort
peut-être de la peste, et en tous cas avant
1638, laissant deux fils déjà
influents dans la commune : il Comendabile
Stefano, qui fut syndic à plusieurs
reprises, et il Comendabile Daniele,
secrétaire d'Angrogne au moins dès
1651. Nous n'avons pas trouvé le nom de sa
femme, la mère de notre héros.
Daniel Odin était déjà
mort en 1667, laissant quatre fils, les
Comendabili egregio M.r Pietro, Stefano,
Bartolomeo e Davide.
Parmi leurs soeurs, rappelons madame
Marguerite, qui épousa le pasteur de la
paroisse, Jean Michelin et mourut dans
l'année tragique 1686.
Outre les biens qu'il hérita de son
père, Pierre en acquit plusieurs de ceux
qu'avaient laissés les familles disparues
lors de la peste. En 1674 il était
propriétaire aux Odins et environs (Jouves,
Bessons, Combalet), au Vëngie, à
Carlevà, à Ca, dar Bec, au Parias,
à la Pechiera. Il avait une vigne au
Piantà, un fourest à
Coutaroun, au Bagnaou et au Peiroun de
l'Arcia.
Il épousa, en 1659, Madeleine, fille
de Laurent Buffa et de Marguerite Rivoire ; sa
soeur aînée, Jeanne, avait
épousé Étienne Bertin,
déjà nommé. Elles eurent 200
lires de dot chacune, ainsi que leurs deux autres
soeurs, Madeleine Odin mourut en novembre 1675,
laissant cinq jeunes orphelins : Daniel, Jean,
Marie, Laurent et Marguerite.
Odin se remaria, peut-être dès
avant l'exil, avec Marguerite Bertot, qui lui
apporta en dot 200 lires et une vigne sous Roccia
Manéoud. Elle lui survécut.
Le Conseil communal se composait alors d'un
certain nombre de consuls ou conseillers, ayant
à leur tête deux syndics, toujours
pris l'un deçà, l'autre
au-delà du Vëngie, division remontant
au partage qu'en avaient fait, plusieurs
siècles auparavant, les seigneurs de
Luserne.
La partie haute, dite la Seigneurie de
Mombron, avait en 1676 Pierre Odin pour syndic,
tandis que son beau-frère,
Étienne Bertin,
était syndic pour la partie
inférieure, appelée la Seigneurie de
Nice et Campillon. Ils entraient en fonction le 2
février, jour de la Chandeleur, les
conseillers à Noël. - À partir
de 1682, Pierre Odin fut aussi ancien de son
quartier.
Nous ne savons rien de lui au cours des
luttes sanglantes de 1686, ni pendant les trois
années d'exil. En tous cas, il prit part
à la Rentrée, comme simple
combattant, laissant le commandement des Vaudois
d'Angrogne à trois capitaines, plus jeunes
que lui, Laurent Buffa, Étienne Frache et
Michel Bertin, son neveu.
Mais la considération dont il
jouissait, et la vaillance dont il avait sans doute
donné maintes preuves lui valurent un
honneur plus grand encore. Le 2 septembre 1689,
à l'occasion du serment de Sibaud, lorsque
fut créé le grade de major pour
donner un aide à Turel et à Arnaud
dans le commandement général, au lieu
de promouvoir un des 19 capitaines, ce poste de
confiance fut offert à Odin. Depuis lors, il
contresigne les lettres officielles écrites
par Arnaud, durant le siège de la Balsille,
il accompagne son chef auprès du Duc, auquel
ils apportent le courrier pris sur les
Français à Sestrière et il
entend de la bouche du Souverain les belles
promesses, qui ne devaient pas être
maintenues.
L'accord était conclu avec le Duc,
mais la guerre avec la France continuait avec
acharnement. Odin, en qualité d'ancien,
était député d'Angrogne au
synode de 1694, en même temps que son grade
de Major des Vallées, reconnu par le Duc,
l'appelait à exposer sa vie contre les
troupes de Catinat.
La paix, signée à Ryswick en
1697, ne fut pas de longue durée. En 1700
éclata la longue guerre de succession
d'Espagne, au cours de laquelle, à la fin de
juin 1704, La Feuillade occupa la Vallée de
S. Martin, S. Germain et Pramol et voulut traverser
Angrogne pour s'emparer du Val Luserne.
C'était le 1er juillet. Odin accourut
à la tête des hommes qu'il put
réunir et se posta sur le Val de la
Vachère, appelé de nos jours le
Castelet, position déjà
signalée par maint combat en 1655, 1663 et
1686.
Le major Odin fit des prodiges de valeur
contre les forces
prépondérantes de l'armée
française, jusqu'à ce qu'il
reçut une blessure très grave
à la tête. Dès qu'on put le
faire, on le mit en sûreté, avec
l'assistance du chirurgien Goanta on l'apporta chez
lui, aux Odins, où le pasteur Laurent
Malanot vint lui apporter les consolations de la
religion. Comme son état empirait, il dicta
son testament au pasteur, en l'absence du notaire,
devant plusieurs témoins, parmi lesquels le
capitaine Laurent Buffa.
C'était le soir du 2 juillet, alle
ore 20 ; le mourant était
étendu sur un peu de foin dans sa cuisine
donnant sur la galerie. Il lègue à la
Bourse des pauvres 16 1., rappelle sa
première femme, dont il lui reste un fils,
messer Giovanni, et une fille, Marie,
mariée en 1694 à David Catre, et qui
a eu 1000 1. de dot. De son épouse actuelle,
il a un fils, Barthélemy. Ses autres
enfants, Daniel, Laurent et Marguerite, avaient
sans doute péri dans la lugubre année
1686.
Son frère aîné,
héritier des qualités militaires de
son père, était lieutenant en
1710 ; mais peu après, il
commença à vendre à droite et
à gauche ses propriétés, puis
à voyager. Il avait épousé, le
8 décembre 1694, Susanne Pinier, feu le S.r
Samuel, chirurgien de Nyon, en Suisse. C'est sans
doute ce qui l'attira dans ce pays, d'où il
revenait en 1719. Son humeur aventureuse passa
à ses enfants. Pierre, né en 1695,
époux en 1725 de Marguerite, fille du
capitaine Buffa, mourait en 1746 à la Tour
de Londres, nous ignorons dans quelles
circonstances. Jeanne née en 1698, mourait
à Suse en 1749.
C'est le S.r Barthélemy, fils cadet
du major, qui a continué la lignée de
son père dans le hameau des Odins.
Daniel Arnaud.
Frère cadet du célèbre
Henri Arnaud, Daniel a été
rejeté dans l'ombre par la gloire du chef de
la Glorieuse Rentrée ; il mérite
cependant d'être rappelé au souvenir
des jeunes générations.
Né à Embrun vers 1643, Daniel
fut probablement, ainsi que son frère,
amené, à La Tour pour son
éducation. Leur père était
mort, et leur mère, native de La Tour, y
avait de belles propriétés.
Nous ne savons où Daniel poursuivit
ses études, sinon que, à partir de
1684, on le voit figurer, comme chirurgien,
à La Tour et aux environs. Il y
épousa, en 1685, Marguerite de Vulson des
Villettes. Fille du noble seigneur du Petit Oriol,
en Dauphiné, Marguerite avait quitté
sa patrie pour garder sa foi, accompagnée de
son frère et de sa soeur. Elle était
restée veuve, en 1681, d'Étienne
Bastie, dont elle avait une fillette posthume.
L'année même de leur mariage,
survenait la Révocation de l'Édit de
Nantes avec la séquestration des biens
dauphinois des deux époux. L'année
suivante, 1686, c'était, dans nos
Vallées mêmes, la
débâcle, la cruelle alternative entre
l'abjuration, ou bien l'indigence, la prison, les
tortures, l'exil. C'est ici que se montre toute la
distance qui sépare les deux frères
Arnaud.
Tandis qu'Henri, pasteur de Pinache, se
mettait à la tête des
défenseurs du Val Pérouse, Daniel et
Marguerite Arnaud faiblissaient.
Admirons les fidèles témoins
de l'Évangile, mais ne condamnons pas trop
sévèrement les faibles, nous qui
vivons dans de tout autres circonstances :
nous ne savons pas ce que nous aurions fait
à leur place.
Un acte du 4 juillet 1686, concernant les
intérêts de l'enfance de Marguerite,
nous apprend que, selon l'usage, sa mère, en
se remariant, en avait cédé la
tutelle à Matthieu Bastie,
frère de son premier mari, et mari de sa
soeur, Philippe de Vulson.
- Matteo Bastia tenne la tutela fino al
principio dei passati moti di guerra, quando si
ritirò ai monti cogli altri Religionari,
esportando ogni cosa sua e della pupilla, e
questa fu ritirata dalla sua madre, che col suo
marito abiurarono gli errori di Calvino, a causa
di che non si son mossi da questo luogo. Matteo
essendo poi stato condotto in, prigione a
Torino, la signora Margherita pretendeva esser
di nuovo promossa al maneggio dei beni della
figlia, e se ne doveva dar atto quando, otto
giorni sono, ebbe col marito precetto di
indilatamente absentare dalli Stati di S. A., e
han dovuto obbedire, onde la pupilla, sprovvista
d'ogni soccorso, è stata data alla Sig.ra
Anna V.va Rostagna ed il R. Patrimonio ha
ridotti ad manus Domini tutti li suoi beni per
la notoria ridotti ad manus Domini tutti li suoi
beni per la notoria ribellione dei Riformati.
Ora è nominato tutore un altro zio, G.
Pietro Bastia. ed è redatto l'inventario
dei beni.
Le 8 juin, le Duc était rentré
à Turin de sa campagne peu glorieuse.
Dès le lendemain, on lui présenta un
Parere di allontanare i cattolizzati dalle
Valli.
Sans doute, honteux de leur chute, ils ne
faisaient guère leur devoir de
catholicité, et il fallait les arracher aux
lieux où tout rappelait
l'héroïsme des martyrs de la foi.
Les catholisés furent donc
dirigés sur les rizières malsaines de
Verceil. Mais Daniel et Marguerite Arnaud
étaient nés sujets du roi de
France ; voilà pourquoi on leur intime
de quitter le Piémont, tout en retenant leur
fillette de 5 ans et son patrimoine.
Peut-être espérèrent-ils
que leur abjuration leur ferait rendre leurs
propriétés dauphinoises. Le fait est
qu'ils s'en retournèrent vers le
Dauphiné, et c'est à Mens que naquit,
le 15 mai 1688, leur fille Marie.
Henri Arnaud était, à cette
époque, en pleins préparatifs de la
deuxième tentative de rentrée, qui
échoua. Enfin, en 1689, il réussit
à franchir les Alpes et à
reconquérir les Vallées.
Nous ignorons tout de Daniel, pendant ces
événements, sinon que, cette
même année, commence à Grenoble
un procès, qui durera 33 ans, pour savoir
quels sont les catholiques en
état de posséder
les biens délaissés par Henri et
Daniel Arnaud, sortis du royaume pour fait de
religion.
Daniel ne participa pas à la
Rentrée, sans quoi son frère l'aurait
nommé avec les autres chirurgiens, Malanot
et Muston.
Mais la guerre continue. Les Vaudois,
réchappés de la Balsille, se
réconcilient avec leur souverain, qui
devient l'allié des puissances protestantes.
Le roi d'Angleterre nomme Henri Arnaud colonel d'un
régiment de réfugiés, qui ne
tardent pas à se distinguer par des prodiges
de valeur, à Luserne, à Staffarde,
à Château-dauphin, en Queyras.
Le héros se réveille chez
Daniel. Il a réussi, nous ne savons quand ni
comment, à franchir la frontière
française, si étroitement
surveillée contre les nouveaux convertis,
et, après cinq ans de silence, il
reparaît sur la scène, pour demeurer
désormais fidèle à sa
conscience, à travers de nouvelles pertes
matérielles, de nouveaux dangers, un nouvel
exil.
C'est en 1690, que Daniel Arnaud rejoignit aux
Vallées son frère Henri.
Il participa sans doute aux faits d'armes
par lesquels les Vaudois se signalèrent
contre les soldats de Catinat, puisque, dès
le 14 mars 1691, Guillaume Ill d'Angleterre,
allié de Victor Amédée Il,
nommait à un poste de confiance Daniel
Arnaud, dit, la Lozière, nom de guerre,
qui ne figure nulle part ailleurs, et qui lui
rappelait probablement une des
propriétés qu'il avait dû
abandonner en Dauphiné. Voici la teneur du
parchemin, que l'hon. famille Appia, de Paris, a
cédé au Musée Vaudois.
Nous reposant sur votre
fidélité, courage et bonne conduite,
Nous vous constituons Lieutenant Colonel du
Régiment d'Infanterie à notre
service, dont Henri Arnaud, Pasteur vaudois, est
colonel. Nous vous constituons pareillement
Capitaine d'une compagnie dans le même
régiment. Vous aurez donc soin dudit
Régiment et de lad. C.ie et exercerez dans
l'art militaire les officiers et les soldats, les
tenant en bon ordre et discipline. Nous vous
enjoignons de suivre les ordres,
que vous recevrez de notre part ou de celle de
votre colonel ou des autres officiers
supérieurs, en conséquence de la
confiance que nous vous témoignons par ces
présentes.
Un tel document n'a pu être
délivré qu'en faveur de quelqu'un qui
n'en était pas à ses premières
armes, mais qui avait certainement donné
maintes preuves de valeur et de
capacité.
À cette même époque, son
frère Henri est à Neuchâtel,
afin d'enrôler des soldats pour les
régiments des réfugiés au
solde de l'Angleterre, jusqu'à ce que, le 16
juin, la Seigneurie l'oblige à se retirer,
à la suite des plaintes de l'Ambassadeur de
France. On peut donc croire qu'Henri eut le pouvoir
nominal et Daniel le commandement effectif du
régiment, et que, comme tel, il prit part,
en 1692, à l'invasion du Dauphiné et
à l'occupation d'Embrun, sa ville natale, et
en 1693 à l'attaque de Pignerol et à
la bataille de Maysaille, après laquelle le
Duc ouvrit en cachette des pourparlers avec la
France et relâcha son activité
belliqueuse. Aussi Daniel Arnaud se retira-t-il
à La Tour où, en mai 1694, il assiste
au testament du capitaine Pierre Bonnet, du Rounc.
En octobre, à propos d'un autre testament,
il n'est plus seulement appelé chirurgien,
mais médecin.
À cette époque mourut,
âgée de 13 ans, la fille de sa femme,
Marguerite Bastie.
En 1696 fut signé un traité
secret entre la Savoie et la France, en 1697 la
paix générale. L'Angleterre licencia
200 officiers réfugiés ; mais,
dès avant cette date, Daniel Arnaud avait
repris sa résidence dans la maison que sa
femme possédait tout près du
cimetière de La Tour.
Considéré et estimé,
jouissant d'une certaine aisance, il
espérait jouir désormais de quelques
années d'un repos mérité par
sa vaillance.
Mais, pendant qu'il versait son sang pour la
cause de Victor Amédée, celui-ci
signait avec le roi de France un article par lequel
il s'obligeait à ne souffrir aucun
établissement de sujets de Sa Majesté
dans les vallées protestantes, sous couleur
de religion, mariage, héritage ou autre
prétexte. Cet article,
tenu secret pendant deux ans, éclata comme
une bombe en juillet 1698.
Ces réfugiés pouvaient vendre
leurs biens ; mais, par le manque d'acheteurs,
la plupart furent acquis par le fisc, à un
prix dérisoire.
Par ordre daté du 11 septembre,
Davide Peyrotto, massaro del sig. Daniele
Arnaudo a S. Giovanni, gli rimettera i frutti
raccolti, e quelli che sono da raccogliere li
rimetterete all'Economo di S. A. R., atteso
l'acquisto fatto della cassina dall'Intendenza di
Pinerolo.
La maison de La Tour demeura cependant leur
propriété.
Arnaud et sa famille firent sans doute
partie de la dernière bande des 2300
proscrits, qui partît à cette
même date du 11 septembre. Lui et sa femme
emmenaient leurs trois fillettes : Marie,
âgée de 10 ans, Marguerite de 4 et
Jeanne de 2 ; une quatrième
était morte enfant. Avec eux partaient leur
soeur Philippe de Vulson, veuve de Matthieu Bastie,
et ses deux enfants.
La Suisse hospitalière
hébergea ces infortunés, pendant que
leurs pasteurs leur cherchaient une nouvelle patrie
en Wurtemberg. Henri Arnaud y fonda la
communauté de Val Lucerne et Queyras, qui
prit ensuite le nom allemand de Dürmenz. C'est
là que se fixa son frère Daniel.
En quittant les Vallées, sa femme
aurait dû recevoir le prix de la cassine des
Monnets, qu'elle avait vendue à un certain
Bianchi. Comme celui-ci ne payait pas, son mari,
muni d'un permis écrit du Duc, se rendit aux
Vallées en septembre 1700 et put encaisser
450 lires avant de repartir pour l'Allemagne.
Il y acquit une certaine
notoriété, étant le seul
médecin dans toutes les colonies vaudoises.
Leur synode, qui s'ouvrit à Dürmenz le
12 septembre 1701, certifia que le Sieur Daniel
Arnaud Médecin a été connu dam
les Vallées de Piémont pour y avoir
exercé sa profession avant et pendant la
dernière guerre jusqu'en septembre
1698 ; qu'il fut obligé d'en sortir
avec sa famille par l'édit de S. A. R. de
Savoye, qu'il est venu s'établir avec nos
colonies dans ce pays, où il a de
nouveau donné des marques
de son habilité et de ses charitables soins
à soulager nos malades, dont le nombre a
monté au commencement à près
de 100 à la fois. Et comme où il y a
quantité de pauvres habitants on ne saurait
éviter qu'il n'arrive des fièvres,
blessures, ruptures et dislocations il est
nécessaire qu'ils ayent un Médecin.
Et comme le S.r Arnaud connaît la
constitution de la plus part et que les peines
qu'il s'est données ont eu des bons et des
heureux succès, ils le regardent comme celui
qui serait mieux de leur
bienséance.
Le document conclut en demandent aux
protecteurs hollandais de pourvoir aux honoraires
d'Arnaud, les pauvres colons n'en ayant pas les
moyens.
J. Giraud, ex-pasteur de La Tour, et Salomon
de Vulson, beau-frère d'Arnaud, furent
délégués en Hollande dans ce
but. Dans leur supplique du 18 novembre, ils
demandent que l'on gratifie d'un entretien
honnête le S.r Arnaud médecin qui sert
les colonies de Wurtemberg depuis plus de deux ans
avec succès tant en leur administrant les
remèdes que pour la chirurgie, sans quoi il
ne peut continuer ses soins.
Le 25 avril 1702, ils représentent
que le S.r Arnaud, qui sert les colonies depuis
leur établissement, tant pour la
médecine que pour la pharmacie et chirurgie
avec succès, leur est du tout
nécessaire. C'est ce que Valkenier, le
généreux hollandais protecteur des
Vaudois, expose à son tour à son
Gouvernement, le 15 mai.
J'ignore les résultats de cette
démarche. Au reste, la chose n'était
plus urgente puisque, dès la fin de la
même année, Arnaud et sa femme
étaient de nouveau résidents à
la Tour. La guerre pour la succession d'Espagne
avait éclaté et Victor
Amédée, allié par force de
Louis XIV, se préparait secrètement
à se rapprocher des Puissances Protestantes.
D'où la permission tacite de revenir,
accordée aux protestants français que
lui-même avait naguère
expulsés. Daniel Arnaud revint avec une
compagnie de réfugiés pour servir S.
A. dès le commencement de la guerre. On peut
presque préciser la date de son
départ à l'aide d'un acte du 8 avril
1701, légalisé le 6 septembre 1702,
par lequel ses neveux Bastie lui passaient
procuration pour gérer leurs biens en
Piémont.
Le 4 août 1704, le Duc rompt
ouvertement avec la France et enrôle un
régiment composé uniquement de
réfugiés.
L'accord du 25 septembre avec les communes
du Queyras, pour les contributions qu'elles
devraient payer, porte, en outre les signatures
d'Henri Arnaud colonel, et Daniel capitaine.
Les Vaudois et réfugiés se
distinguèrent dans tout le cours de la
guerre. En 1706, pendant que les troupes
françaises assiégeaient Turin et
occupaient presque tout le Piémont, on
trouve Daniel Arnaud à La Tour, à
divers moments de l'année, en particulier au
moment du séjour du Duc dans la
vallée.
On l'y retrouve tout le long de 1707,
peut-être blessé ou infirme, puisqu'il
mourut le 29 octobre ab intestat. Il n'avait
pas 65 ans et aurait pu dire, comme Jacob, que ses
jours avaient été courts et mauvais.
Le drapeau d'Arnaud
et les descendants de Daniel Arnaud.
Nous avons suivi Daniel Arnaud jusqu'au terme de
sa carrière agitée. Passons au
drapeau, qui est déposé au
Musée Vaudois avec son diplôme de
lieutenant-colonel. Il a toujours été
appelé le drapeau d'Arnaud, dans
l'idée qu'il avait été
donné à Henri Arnaud, le chef de la
Rentrée. Est-ce bien certain ?
C'est une superbe pièce de soie aux
couleurs wurtembergeoises, portant les armoiries du
duc de Wurtemberg, prince de Teck et de
Montbéliard et seigneur de Groningue. Ce
souverain l'aura-t-il donné à Henri
Arnaud, qui ne fut guère colonel que de nom,
puisque de 1705 à 1707 il eut la charge de
pasteur de St-Jean, ou plutôt à Daniel
qui, dès le commencement de la guerre, guida
effectivement en Piémont les
Réfugiés du Wurtemberg ? Pour
tâcher d'éclaircir la chose, suivons
l'histoire du drapeau.
S'il avait appartenu à Henri, il
semblerait naturel qu'il
l'eût rapporté en
Wurtemberg comme un témoignage de la faveur
de son souverain, ou bien qu'il l'eût
laissé chez son fils Jean Vincent,
resté pasteur aux Vallées, où
il compte encore de nombreux descendants.
Le fait est que cette bannière nous
est parvenue par le canal des descendants de Daniel
Arnaud, mort en 1707.
À la fin de la guerre, en 1713, se
faisant des illusions sur les intentions de la Cour
de France à l'égard des
réformés, Marguerite de Vulson, veuve
Arnaud, munie d'une procuration de ses filles, se
rendit en Dauphiné pour tâcher de
ravoir ses biens et ceux de son mari ; mais ce
fut en vain.
Elle passa ses dernières
années à La Tour, ayant souvent
auprès d'elle sa petite-fille Marie Appia.
Le 31 janvier 1725, elle dicta son testament et
mourut la même année. Elle ne fait
aucune allusion au drapeau et ne mentionne, en fait
d'objets précieux, que tre cuciari
d'argento, qu'elle lègue, avec ses
meubles et son linge, à sa fille Marie, en
considération des soins qu'elle lui avait
toujours prodigués, particulièrement
dans sa dernière maladie. Son autre fille,
Marguerite, veuve du S.r Pierre Richard, vivait
à Lausanne avec sa fille Marguerite.
Marie, femme, en 1706, de Jacques Tomblan,
capitaine du régiment de
réfugiés, avait épousé,
en secondes noces, en 1708, peu de mois
après la mort de son père, le pasteur
Paul Appia, a qui elle donna six enfants, deux
desquels furent aussi pasteurs.
Paul et Marie Appia occupèrent,
pendant cinquante ans, les presbytères de
Rocheplate, Villar et Bobi, où elle mourut.
L'épitaphe de la fille d'Arnaud gît
sur un mur dans la cour de cette dernière
cure. Leur fils Paul fut
l'arrière-grand-père de Georges
Appia. Un autre Paul, grand-oncle de Georges, homme
instruit, intelligent et énergique, fut ce
juge de paix de La Tour, qui, au temps de la
réaction qui précéda la
bataille de Marengo, sauva la vallée du
massacre que les cléricaux et les cosaques
avaient préparé. La part qu'il prit
dans la politique locale, l'amena plus tard
à passer en Suisse, où il
épousa Marguerite Duvoisin, de Bonvillard.
Comme aîné de la famille, c'est lui,
qui possédait le fameux drapeau et le brevet
de colonel.
Il les transmit à sa fille Rose,
mariée Perey, dont la fille Elisa entra, par
son mariage, dans la famille Gonin-Bridel,
d'Eclépens, dont les ancêtres
émigrèrent d'Angrogne au XVIIe
siècle.
C'est elle qui légua le drapeau au
docteur Louis Appia, de Genève, à la
mort duquel il passa à son frère
Georges, dont la famille a accédé au
désir, exprimé par plusieurs, de le
céder au Musée.
Conservé et transmis par les
descendants de Daniel Arnaud, ce drapeau semble
donc lui avoir appartenu, n'était que la
donatrice écrivait en 1870 au docteur
Appia : « Un des souvenirs de ma
jeunesse est d'avoir entendu mon grand-père
dire que le drapeau qu'il possédait lui
avait été donné par sa cousine
Arnaud ».
La question, reste donc ouverte, sinon qu'on
peut, sans se tromper, l'appeler le drapeau
d'Arnaud, sans déterminer auquel des deux
frères il avait été
donné.
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