G.
MULLER - SA VIE ET SON OEUVRE -
1805-1898
CHAPITRE V
PASTEUR A TEIGNMOUTH. -
BAPTÊME. - DE LA FIDÉLITÉ DANS
L'OBÉISSANCE AUX COMMANDEMENTS DE DIEU.
-
DE LA
MANIÈRE DE CÉLÉBRER LE JOUR DU
SEIGNEUR. -
MARIAGE.
-
GEORGE
MÜLLER RENONCE A SON TRAITEMENT. - IL DÉCIDE DE NE FAIRE
CONNAÎTRE SES BESOINS QU'A DIEU SEUL. -
PAR
OBÉISSANCE, M. ET MADAME MÜLLER VENDENT
TOUT CE QU'ILS ONT. -
COMPLÈTE DÉPENDANCE DE DIEU. - VIE DE
PRIÈRE ET D'EXAUCEMENT. - COMMUNION AVEC
DIEU. -
MALADE,
GEORGE MÜLLER SAISIT LA GUÉRISON PAR LA
FOI. -
CONSIDÉRATIONS
SUR LA FOI ; SUR LES AVANTAGES DE LA VIE
D'OBÉISSANCE AU SEIGNEUR ET DE
DÉPENDANCE TOTALE DE LUI.
PASTEUR. - Durant
trois semaines, je prêchai à Exmouth
et dans les environs ; puis je partis pour
Teignmouth afin d'y voir les frères dont
j'avais fait la connaissance l'été
précédent et pour leur dire les
bontés de Dieu à mon égard. Je
pensais rester avec eux une dizaine de jours. Or,
dès l'instant de mon arrivée, l'un
d'eux me dit - « J'aimerais que vous
deveniez notre pasteur, puisque le nôtre va
nous quitter. » Je lui répondis
que je ne pensais pas occuper de poste à
demeure, mais voulais rester libre d'aller ici et
là selon que Dieu me guiderait. Le lundi
soir, je prêchai à Shaldon à la
place de frère Craik
Trois pasteurs se trouvaient
dans l'auditoire. Aucun d'eux n'aima le sermon.
Cependant, il plut à Dieu de s'en servir
pour amener à la connaissance de son cher
Fils Jésus, la servante de l'un de ces
pasteurs. Les jugements de Dieu diffèrent
tellement de ceux des hommes ! Comme
étranger, j'avais bien des obstacles
à surmonter, et l'un d'eux c'était de
ne pas parler l'anglais couramment. Mais j'avais
l'ardent désir de servir Dieu, le
désir que s'il y avait quelque fruit de mon
service, le Seigneur en eût toute la gloire.
Une chose m'a souvent frappé à cette
époque et depuis : « C'est
que Sa Puissance agissait alors et qu'elle agit
encore aujourd'hui dans ma
faiblesse. »
George Müller prêcha
de nouveau le mardi, le mercredi, le vendredi, le
dimanche, à Teignmouth même, à
Ebenezer Chapel, et à Shaldon. Sa
prédication, très
appréciée par les uns, fut
très critiquée par les autres.
À son grand étonnement, il vit ses
amis se ranger du côté de
l'opposition.
« Une seule
explication me semblait plausible, écrit
Müller : Dieu voulait évidemment
que je travaillasse à Teignmouth ; mais
comme Satan le redoutait, il se démenait
pour y faire obstacle. »
Un nombre croissant de
frères lui demandaient de rester, mais les
autres n'en persistaient pas moins dans la
décision contraire.
« Cette opposition
même fut la raison qui me décida
à demeurer à Teignmouth, dit-il, au
moins pour quelque temps, c'est-à-dire aussi
longtemps qu'on ne me mettrait pas ouvertement en
demeure de partir. Le mardi suivant, j'expliquai
donc comment j'avais
été conduit à Teignmouth et
sans la moindre pensée d'y rester ;
mais que maintenant, Dieu me guidait à y
prolonger mon séjour. Si les frères
voulaient m'autoriser à prêcher sans
me donner de salaire, je n'y voyais point
d'inconvénients puisque je ne prêchais
pas pour de l'argent. Toutefois, ajoutai-je, c'est
un privilège que de pouvoir contribuer aux
besoins temporels des serviteurs de
Christ.
« Je continuai donc de
prêcher sans que personne élevât
d'objections. Quelques personnes partirent et ne
revinrent plus ; d'autres partirent qui
revinrent par la suite ; d'autres enfin
vinrent qui n'étaient jamais venues
jusque-là, et il était manifeste que
Dieu bénissait mon activité... Au
bout de trois mois, toute la petite
communauté, dix-huit personnes, me demanda
de rester... Ceci me prouva que Dieu les avait
bénis par mon moyen puisqu'ils
étaient tous d'un même accord. Leur
invitation ne faisait que confirmer les directions
d'En-Haut, et j'acceptai, tout en réservant
le futur ; car je n'avais pas perdu l'espoir
d'aller de lieu en lieu selon que le Seigneur me
conduirait. Jusque-là, deux frères
avaient subvenu à mes besoins sans que je
leur eusse rien demandé. Maintenant la
communauté m'offrait un traitement de treize
cent soixante-quinze francs, somme qui fut
augmentée par la
suite. »
M. Müller s'installa donc
à Teignmouth, ville située au Sud du
Devonshire, pays réputé pour sa
beauté. Le jeune pasteur, loin de s'enfermer
dans sa petite paroisse, allait prêcher une
fois par semaine à Exeter, tous les quinze
jours à Topsham, de temps à autre
à Shaldon, souvent à Exmouth, ou dans
les villages environnants, une fois par semaine
à Bishopsteignton ; puis à
Chudleigh, Collumpton, Newton Albot et ailleurs.
C'est alors qu'il se trouvait
à Sidmouth pour y
prêcher, en avril 1830, que trois soeurs en
Christ, dont l'une s'était fait baptiser,
discutèrent devant lui sur la question du
baptême ; puis s'en
référèrent à
lui.
« Je ne vois pas la
nécessité de me faire baptiser
à nouveau, dit-il. - Mais avez-vous
été baptisé ? interrogea
la soeur qui avait demandé le baptême.
- Oui, dis-je, quand j'étais enfant. -
Avez-vous jamais étudié les
Écritures sur ce point spécial, et
prié à ce sujet ? - Non, je ne
l'ai pas fait. - Eh bien ! laissez-moi vous
supplier de ne rien dire sur la question aussi
longtemps que vous n'avez pas sondé la
Parole de Dieu. » Il plut au Seigneur de
me révéler l'importance de cette
remarque, et dès que j'eus le temps, je me
mis à étudier à fond la
question, relisant le Nouveau Testament en entier
tout en priant Dieu constamment de
m'éclairer. Je m'étais à peine
mis à l'oeuvre que nombre d'objections se
dressèrent devant moi :
CONSIDÉRATIONS
SUR LE BAPTÊME. -
I. Puisque de saints hommes de
Dieu, des hommes éclairés se sont
divisés sur cette question, cela ne
prouve-t-il pas qu'il est impossible d'arriver
à une conclusion satisfaisante,
actuellement, dans l'état imparfait de
l'Eglise ?
- À ceci je
répondis : « Puisque le
Saint-Esprit est le Guide des fidèles
aujourd'hui comme autrefois, pourquoi
n'arriverais-je pas à connaître la
pensée du Seigneur sur ce point, telle
qu'elle est révélée dans Sa
Parole ? »
Il. Très peu de mes amis
sont baptisés, la plupart s'opposent au
baptême des adultes, et si je me
prononçais pour, ils me tourneraient le dos.
- À ceci je pus
répondre : « Même si
tous les hommes devaient m'abandonner,
qu'importe ! pourvu que le Seigneur
Jésus me recueille. »
III. « Si tu te fais
baptiser, tu vas certainement perdre la
moitié de ton traitement ». - Ici
je me dis qu'aussi longtemps que je serais
fidèle au Seigneur, Il ne permettrait pas
que je manquasse de rien.
IV. « On va t'appeler
un baptiste ; on te considérera comme
l'un d'eux, et tu ne peux approuver toute leur
manière de faire. » - Si je me
fais baptiser, cela n'implique pas du tout que je
doive suivre en tous points ceux qui pratiquent le
baptême des adultes.
V. « Voilà
plusieurs années que tu prêches. Te
faire baptiser, c'est confesser publiquement que,
jusqu'ici, tu as été dans
l'erreur. » - Ma réponse sur ce
point fut celle-ci : qu'il valait mieux
confesser une erreur que d'y
persévérer.
VI. « Même si le
baptême des adultes est scripturaire, comme
il doit suivre la conversion, il est trop tard pour
te faire baptiser. » - À cette
objection, je répondis qu'il valait mieux
obéir aux ordres du Seigneur tardivement que
de n'y point obéir du tout.
Il a plu au Seigneur dans sa
grande miséricorde de me donner la
volonté d'obéir aux enseignements de
sa Parole dès que je les comprenais. Je
poursuivis donc mon étude sur la question du
baptême dans les conditions voulues :
c'est-à-dire avec cette pensée bien
arrêtée : « Je ferai
sa Volonté » ; et c'est
pour cela je pense, que je ne tardai pas à
discerner quelle était la
« doctrine selon Dieu ».
Je dirai ici, en passant, que la parole du Seigneur
contenue dans l'évangile de
Jean au chapitre VII, verset
17 : « Si
quelqu'un veut faire la
volonté de Dieu, il
connaîtra... » a été
pour moi l'admirable commentaire de bien des
doctrines et préceptes de notre très
sainte foi. Par exemple de ceux qui sont contenus
dans ces passages : « Mais moi je
vous dis de ne pas résister à celui
qui vous fait du mal ; mais si quelqu'un te
frappe à la joue droite, présente-lui
aussi l'autre ; et si quelqu'un veut plaider
contre toi et t'ôter la robe, laisse-lui
encore l'habit ; et si quelqu'un veut te
contraindre d'aller une lieue avec lui, vas-en
deux. Donne à celui qui te demande, et ne te
détourne point de celui, qui veut emprunter
de toi... Aimez vos ennemis, bénissez ceux
qui vous maudissent, faites du bien à ceux
qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous
outragent et qui vous
persécutent »
(Matthieu V : 39-44),
« Vendez ce que vous avez et le donnez en
aumônes. »
(Luc XII : 33). « Ne
devez rien à personne, si ce n'est de vous
aimer les uns les autres. »
(Rom. XIII : 8).
On peut dire de ces
passages : « Mais ils ne doivent pas
être pris au pied de la lettre !
Autrement, comment les enfants de Dieu
pourraient-ils vivre ici-bas ? » La
disposition intérieure que le Seigneur
réclame
[Jean VII : 17] fait tomber ces
objections. QUICONQUE VEUT CONFORMER SA VIE AUX
COMMANDEMENTS DU SEIGNEUR, VERRA COMME MOI, JE
PENSE, QUE LA VOLONTÉ DE DIEU EST BIEN QU'ON
LES ACCEPTE LITTÉRALEMENT.
L'obéissance
entraîne parfois de grandes
difficultés : épreuves
douloureuses pour la chair mais qui ont l'avantage
de rappeler au chrétien qu'il est ici-bas
étranger et voyageur, et que ce monde n'est
pas sa Patrie.
Enfin la façon de vivre
que comporte l'obéissance ramène
constamment au Père céleste son
enfant ; et le Père secourt toujours
celui-ci dans toutes les
épreuves qu'entraîne
l'obéissance à ses
commandements.
Ayant pris la résolution
d'obéissance dès que la
lumière se ferait pour moi, je ne fus pas
long à discerner que le baptême est
pour LES CROYANTS, et que le mode scripturaire
d'application est le baptême par immersion.
Le passage qui me convainquit plus
particulièrement se trouve au livre des
Actes (VIII : 36, 38) et celui
qui m'aida le plus sur le second point se trouve
dans
l'épître aux Romains
(VI : 3-5). Je fus donc baptisé peu
après, ce qui me communiqua une grande paix.
Depuis, je n'ai jamais regretté la
décision prise.
DE LA
COMMUNION. - George Müller se fit donc
baptiser sans appartenir à l'Eglise baptiste
et sans avoir l'intention de s'y rattacher. C'est
à cette même époque,
l'été de l'année 1830, qu'il
jugea convenable pour se conformer à
l'exemple apostolique, et bien qu'il n'y eût
pas d'ordre à ce sujet, de
célébrer la sainte Cène tous
les dimanches
[Actes XX : 7]. Peu
après, il lui sembla opportun que les
fidèles guidés par le Saint-Esprit
(lequel emploie qui Il veut) eussent la
possibilité d'exhorter ou d'enseigner s'ils
avaient quelque chose à communiquer à
l'Assemblée. En conséquence, il donna
la liberté de parole dans certaines
réunions, en se basant sur les passages
ci-après :
Éphésiens IV,
Romains XII.
« Mais, dit-il
à ce sujet : « Comme je
n'avais compris qu'imparfaitement la pensée
du Seigneur, la chose ne fut pas sans
entraîner dans la pratique certaines
difficultés ». Aujourd'hui, bien
des années après, comme il a plu au
Seigneur de m'éclairer plus
complètement sur cette question, je dis avec
une entière certitude que les disciples de
Jésus doivent se réunir le premier
jour de la semaine pour rompre le
pain. Ce doit être là leur principale
réunion. Si à cette occasion, un ou
plusieurs frères vraiment qualifiés
par le Saint-Esprit pour son service :
exhortation, enseignement, directions,
désirent prendre la parole, ils doivent le
faire et sont responsables envers Dieu de
l'exercice des dons reçus. Dieu m'ayant
révélé sa volonté, je
suis maintenant tout à fait au clair sur
cette question. ».
MARIAGE.
- C'est en cette même année, 1830,
qu'après un temps de prière et
d'examen personnel, j'arrivai à la
conviction qu'il était
préférable pour moi d'être
marié. Je n'ai jamais eu lieu de regretter
la décision que je pris alors, non plus que
le choix fait en suite de cette
décision ; et je veux dire ici à
Dieu toute ma reconnaissance de ce qu'Il m'a fait
trouver en Miss Mary Groves (la soeur du dentiste
d'Exeter dont j'ai déjà
parlé), la compagne
désirée.
Voici comment la chose se
fit : Lorsque je quittai Londres, à la
fin de l'année 1829, un frère en
Christ me donna une carte avec l'adresse, de Miss
Paget d'Exeter, une chrétienne bien connue,
pour que j'allasse la voir. Je pris l'adresse, mais
sans penser faire la visite. Durant trois semaines,
la carte resta dans ma poche ; enfin certain
jour, je me décidai à aller voir
cette dame, et ce fut le moyen dont Dieu se servit
pour me donner une excellente épouse. Miss
Paget me demanda d'aller prêcher à
Poltimore, petit village près d'Exeter, le
dernier mardi de janvier 1830, dans le local
qu'elle avait aménagé elle-même
et où Mr. Groves avait prêché
une fois par mois avant de partir comme
missionnaire pour Bagdad. J'acceptai cette
offre avec empressement. Comme je
me levais pour prendre congé, elle me remit
l'adresse d'un Mr. Hake chez qui je pourrais
descendre en arrivant de Teignmouth. Ce monsieur
dirigeait une pension pour jeunes enfants à
Northernhay-House, l'ancienne résidence de
Mr. A.-N. Groves.
Au jour dit, je frappai à
la porte de Mr. Hake. Sa femme était malade
depuis longtemps, et c'était Miss Groves qui
dirigeait la maison. Après ma
première prédication à
Poltimore, on m'invita à revenir le mois
suivant ; j'acceptai. Cette seconde visite
amena une invitation à prêcher tous
les huit jours à Exeter, de sorte que chaque
semaine je descendais chez Mr. Hake.
Jusque-là j'avais
à peu près décidé de ne
pas me marier, afin d'avoir toute la liberté
de déplacement nécessaire pour le
service du Seigneur. Mais après quelques
mois d'expérience pastorale il
m'était apparu que, pour bien des raisons,
il était préférable qu'un
jeune pasteur de moins de vingt-cinq ans fût
marié. C'est alors que se posa pour moi la
question d'une compagne, et que Miss Groves se
présenta à ma pensée.
Seulement je ne pouvais supporter l'idée
d'enlever à Mr. Hake l'aide capable et
dévouée dont il avait tant besoin. Je
priai longtemps à ce sujet, sans pouvoir
prendre de décision.
Voici ce qui m'amena à
parler à Miss Groves : j'avais des
raisons de croire qu'elle m'aimait ; il
était donc convenable de lui faire une
proposition de mariage, même si, en agissant
ainsi, je devais sembler égoïste
à mon cher ami Mr. Hake. Je pouvais
d'ailleurs demander à Dieu qu'il lui
fît trouver une autre aide qualifiée.
Le 15 août, après avoir longtemps
prié à ce sujet, j'écrivis
donc à Miss Groves lui
demandant de devenir ma femme. Le
19, lorsque je passai chez Mr. Hake en me rendant
à Exeter, elle m'accepta. La première
chose que nous fîmes fut de tomber à
genoux tous deux pour implorer la
bénédiction de Dieu sur nous et nos
projets d'union.
Deux ou trois semaines
après, en exaucement de nos prières,
le Seigneur nous faisait trouver la personne qui
pouvait diriger l'intérieur de Mr.
Hake ; et notre mariage eut lieu peu
après : le 7 octobre. Ce fut une
cérémonie des plus simples. Nous nous
rendîmes à l'église à
pied ; il n'y eut pas de grand repas de noces,
mais dans l'après-midi, quelques amis
chrétiens se réunirent chez Mr. Hake,
et ensemble nous commémorâmes la mort
du Seigneur. Le lendemain nous prenions la
diligence pour Teignmouth.
Miss Groves avait reçu
une excellente éducation et une bonne
instruction ; elle possédait bien le
français, avait commencé le latin et
l'hébreu. C'était une artiste :
elle peignait joliment et était bonne
musicienne. Mais surtout, et c'était
là la chose essentielle, elle aimait Dieu et
n'avait qu'une ambition : le servir. Enfin
elle était accomplie dans tous les travaux
d'intérieur et en particulier les travaux
à l'aiguille.
G. MULLER
RENONCE A SON TRAITEMENT. - Peu après
notre mariage, je commençai à
éprouver quelque incertitude au sujet du
traitement que je recevais. Avais-je le droit de
l'accepter ? Il était constitué
par la location des bancs de la chapelle. Or cette
location était manifestement contraire
à l'enseignement de la Parole de Dieu,
puisque le frère pauvre ne pouvait se payer
une aussi bonne place que le riche
(Jacques Il : 1-6). La redevance
pour les bancs était
perçue par trimestres.
À date fixe, le frère pauvre pouvait
être gêné et ne l'acquitter que
difficilement ; il ne pouvait donc donner
joyeusement comme Dieu le demande. Je savais qu'il
en était bien ainsi pour plusieurs. Et puis
cette location de bancs pouvait être un
piège pour le pasteur. Je m'en étais
aperçu lorsque la question du baptême
s'était posée pour moi, et que les
trente livres sterling versées par l'un des
membres m'avaient fait hésiter un instant.
Pour toutes ces raisons, je décidai d'y
renoncer, et j'annonçai ma résolution
fin octobre après avoir lu le chapitre
quatrième de l'épître aux
Philippiens. Si les saints voulaient m'assister par
des dons volontaires en argent ou en nature, je les
accepterais volontiers, si minimes qu'ils fussent.
Quelques jours après, pensant que cette
manière de faire pourrait prendre beaucoup
de temps et à moi et aux donateurs ;
que d'autre part les pauvres pourraient
hésiter à apporter quelques sous,
privilège dont ils ne devaient pas
être privés, et qu'enfin certains
donneraient peut-être davantage si j'ignorais
le nom des donateurs, je décidai de recourir
à un tronc qui fut placé à
l'entrée de la chapelle. Au-dessus, un
écriteau annonçait que quiconque
voulait offrir quelque chose pour moi pouvait le
déposer dans cette boîte.
En même temps, il me
sembla qu'il ne convenait pas que je m'ouvrisse de
mes besoins à personne, même aux chers
frères et soeurs qui m'avaient prié
de le faire, et comme je l'avais déjà
fait en certaines occasions. Ainsi, je voyageais
fréquemment pour annoncer l'Évangile,
et cela entraînait des dépenses qui
dépassaient ce que je recevais.
Inconsciemment, je m'étais laissé
aller à m'appuyer sur le bras de la
chair : je m'étais adressé
à l'homme plutôt qu'à Dieu.
Désormais, je
résolus qu'il n'en serait plus ainsi. MAIS
POUR PRENDRE CETTE DÉCISION DEVANT DIEU, IL
ME FALLUT LE SECOURS DE PLUS DE GRÂCE QUE
POUR RENONCER À MON TRAITEMENT.
IL VEND CE QU'IL
A. - C'est à peu près à
cette époque que le Seigneur nous
communiqua, à ma femme et à moi, une
provision suffisante de sa Grâce pour
obéir littéralement à l'ordre
de Jésus : « Vendez ce que
vous avez et le donnez en aumônes »
(Luc XII : 33). En cette
occurrence, nous nous appuyâmes surtout sur
les versets dix-neuf à trente-quatre du
chapitre sixième de l'évangile selon
saint Matthieu, et sur les versets treize et
quatorze du chapitre quatorzième de
l'évangile selon saint Jean. Nous
mîmes toute notre confiance dans le
Seigneur...
Dans sa grande bonté,
Dieu nous a aidés à rester
fidèles aux décisions que je viens
d'énumérer, décisions prises
sous son regard. Cette obéissance à
ses commandements nous a permis de contempler son
merveilleux Amour et de faire l'expérience
des soins qu'Il prend de ses enfants jusque dans
les plus petites choses ; elle nous a aussi
aidée à discerner en Lui, comme
jamais encore auparavant, « CELUI QUI
ENTEND LA PRIÈRE ». Je donne
ci-après quelques-unes des
expériences que nous avons faites à
cette époque, parce qu'elles montrent
comment il plut au Seigneur d'agir avec nous... et
qu'elles peuvent concourir à
l'édification des frères.
Le 18 novembre 1830, il
ne nous restait plus que huit shellings à
peu près. Le matin de ce jour, tandis que
nous priions ma femme et moi, le Seigneur me
rappela l'état de ma bourse de sorte que je
lui demandai de m'envoyer de
l'argent. Quelque quatre heures après, je me
trouvais chez une soeur à Bishopsteignton
qui me dit : « Avez-vous besoin
d'argent ? » Je répondis
à sa question en lui rappelant
qu'après avoir abandonné mon
traitement, j'avais décidé de ne dire
qu'au Seigneur mes besoins.
« Il ma dit de vous
donner quelque chose, reprit-elle ; c'est
là ce qu'Il m'a répondu il y a une
quinzaine de jours alors que je lui demandais ce
que je pourrais faire pour Lui ; dimanche
dernier, la chose m'est revenue à la
pensée avec force et ne m'a pas
quittée, et hier je n'ai pu m'empêcher
de m'en ouvrir à frère P. »
Mon coeur était rempli de
joie en constatant la fidélité de
Dieu, mais il me sembla qu'il valait mieux ne pas
dire à cette chère soeur où
nous en étions, de peur que ceci
n'influençât son don. J'étais
d'ailleurs certain que si la pensée venait
de Dieu, elle ne pourrait faire autrement que de la
mettre à exécution. Je
détournai donc le sujet ; mais quand je
partis, elle me remit deux guinées. J'invite
le lecteur à bien vouloir admirer avec moi
la bonté du Seigneur. Il ne permit pas, au
début, que notre foi fût mise à
une trop rude épreuve, mais Il nous fit
comprendre sa volonté expresse de toujours
nous aider.
Au commencement de
décembre, je me rendis à Collumpton
où je prêchai à plusieurs
reprises ainsi que dans un village des environs.
Durant le voyage de retour, tard dans la nuit,
notre conducteur perdit son chemin. Aussitôt
que nous découvrîmes notre erreur, et
comme nous étions alors tout près
d'une maison, il me vint à la pensée
que Dieu avait permis ce détour pour quelque
raison. Donc, après avoir
réveillé les gens, j'offris à
l'homme de lui donner quelque chose s'il voulait
nous remettre dans la bonne
route. Il vint. Je marchai avec
lui devant le cabriolet, et je me mis à lui
parler de Dieu, ce qui me fit découvrir en
mon compagnon un effroyable renégat. Que
Dieu daigne dans sa bonté bénir les
paroles que je lui ai adressées cette
nuit-là
(1).
Noël était
passé, nous approchions du Nouvel An et je
n'avais plus que quelques shellings. Je demandai
à Dieu qu'il voulût bien m'envoyer
davantage. Quelques heures après, un
frère arrivait d'Axminster et nous donnait
vingt-cinq francs. Cet homme avait entendu dire
bien des choses défavorables sur mon compte,
ce qui l'avait décidé à venir
se renseigner sur place, donc à entreprendre
le voyage de Teignmouth situé à
quelque cinquante-quatre kilomètres de chez
lui. Ayant appris de quelle manière nous
vivions, il était venu jusque chez nous pour
nous donner cette livre sterling.
Ainsi se termina l'année
1830 durant laquelle Dieu subvint
généreusement à tous nos
besoins, bien qu'au début je n'eusse
même pas l'assurance, humainement parlant, de
recevoir un seul shelling. Je n'ai donc rien perdu
dans le domaine temporel en obéissant aux
ordres de ma conscience, bien au contraire ;
et dans le domaine spirituel, j'ai
été abondamment béni ;
bien plus, Dieu a daigné se servir de moi
pour faire son oeuvre.
Les 6, 7 et 8 janvier
1831, j'avais demandé à Dieu
à plusieurs reprises de
me donner de l'argent et l'exaucement ne se
produisait pas. Le 8 au soir, je quittai ma chambre
et durant quelques minutes je fus tenté de
douter de Dieu, bien que jusque-là Il
eût satisfait à tous nos besoins.
J'allai même jusqu'à me dire qu'il
était inutile de se confier en Lui de la
manière que j'avais fait et me demandai si
je n'étais pas allé trop loin dans
l'obéissance... Mais grâces soient
rendues à Dieu ! Cela ne dura que
quelques minutes. Le Seigneur m'aida à
regarder à nouveau à Lui, et Satan
fut confondu. Lorsque je rentrai dans ma chambre
d'où j'étais sorti depuis dix minutes
à peu près, la délivrance
était accordée. Une
« soeur » d'Exeter était
venue à Teignmouth et nous apportait
quarante-cinq francs.
Le 10 janvier, il ne nous
restait plus grand'chose lorsque le contenu du
tronc nous fut apporté : il se montait
à cent vingt-cinq francs. J'avais
demandé une fois pour toutes, à ceux
qui avaient la charge de cette offrande, de me
l'apporter chaque semaine ; mais comme les
chers frères oubliaient de le faire ou bien
qu'ils avaient honte d'apporter d'aussi petites
sommes, la boîte n'était vidée
que toutes les trois, quatre et même cinq
semaines. Comme je leur avais dit que je ne mettais
pas ma confiance en l'homme non plus que dans le
tronc qui recevait les offrandes, mais dans le Dieu
vivant, je craignais d'affaiblir mon
témoignage en leur rappelant de m'apporter
chaque semaine le montant des dons. Ainsi, le 28,
bien que nous n'eussions plus grand'chose à
la maison et que j'eusse vu les frères vider
le tronc le 24, je ne voulus pas demander la petite
somme à celui qui l'avait emportée,
et préférai demander au Seigneur
d'incliner son coeur à me
la donner. Presque aussitôt, il nous
l'apportait : soit une livre sterling, huit
shellings, six pence.
Le 12 juin. Jour du
Seigneur. - Jeudi dernier, j'ai
accompagné frère Craik à
Torquay pour la prédication. Je n'avais pris
que trois shellings avec moi et en avais
laissé six à ma femme. Le Seigneur
inclina le coeur d'un frère à nous
offrir des lits. Quand je revins à la
maison, ma femme n'avait plus que trois shellings
et rien n'était arrivé, bien que
j'eusse dit à plusieurs reprises nos besoins
au Seigneur. Samedi passa, toujours rien ! Il
ne nous restait plus que neuf pence (un franc). Ce
matin, nous priâmes, encore et
attendîmes la délivrance. Il n'y avait
plus qu'un peu de beurre pour le déjeuner,
assez pour frère E. et un parent qui
vivaient sous notre toit et à qui nous
n'avions pas dit nos circonstances pour qu'ils n'en
éprouvassent point de gène.
Aussitôt après le service du matin,
frère Y. ouvrit le tronc et m'en donna
immédiatement le contenu, deux choses qui
n'étaient pas habituelles. Mais il
m'expliqua que sa femme et lui n'avaient pu dormir
la nuit précédente parce qu'ils
avaient été poursuivis par
l'idée que peut-être nous
étions dans le besoin. Or, après
avoir prié à plusieurs reprises sans
avoir eu de réponse, j'avais demandé
au Seigneur de faire sentir à frère
Y. que nous avions besoin d'argent pour qu'il
fût amené à ouvrir le tronc. Il
s'y trouvait une livre, huit shellings, dix pence
et demi, soit une quarantaine de francs. Nous avons
une grande joie de cette nouvelle
délivrance, et louons Dieu de tout notre
coeur.
Le 9 août, Mine
Müller donna le jour à un
bébé mort-né, et elle fut
gravement malade pendant les six semaines qui
suivirent. Dans son journal, nous voyons que George
Müller se reprocha vivement de n'avoir pas
pensé aux dangers que comportait la
maternité, et de ne pas avoir prié
avec plus d'ardeur pour sa femme. De plus, il se
rendit compte qu'il n'avait pas envisagé
comme une bénédiction la perspective
de la paternité, qu'au contraire il y avait
vu une charge et un obstacle au service du
Seigneur. Ce fut une très
sévère leçon, qui lui fit voir
combien son coeur était encore
égoïste et charnel. Il comprit aussi
que ce châtiment était
nécessaire pour lui révéler la
sainteté du mariage et la
responsabilité des parents. Il se jugea
sévèrement lui-même pour
n'être pas jugé.
(I Cor. XI : 31).
La maladie de Mme Müller
entraînait des dépenses
inaccoutumées et, par principe, M.
Müller n'avait rien mis de côté,
ce qui dans sa pensée, eût
été un manque de confiance en Dieu.
Il lui fut fait selon qu'il avait cru : Dieu
pourvut à tout ce qu'il fallait, même
à l'imprévu, et Mme Müller jouit
des douceurs et du régime spécial,
nécessaires aux malades et aux
convalescents ; enfin les deux docteurs qui
avaient prodigué leurs soins durant six
semaines, déclinèrent leurs
honoraires. C'est ainsi que George Müller
reçut de Dieu beaucoup plus qu'il n'aurait
pu se procurer avec les économies qu'il
aurait pu réaliser (A. Pierson).
20 juillet. - Nous avons
reçu d'un donateur inconnu une épaule
de mouton et un pain... (2).
19 novembre. - Nous
n'avions pas de quoi payer notre loyer
hebdomadaire, mais le Seigneur nous a envoyé
aujourd'hui quatorze shellings, six pence (dix-neuf
francs à peu près). Je ferai
remarquer que nous ne faisons jamais de dettes, ce
que nous croyons être contraire à
l'enseignement de l'Écriture
[Rom. XIII : 8]. Nous n'avons
donc pas de comptes chez le tailleur, le
cordonnier, l'épicier, le boucher, le
boulanger, etc.... nous payons comptant tout ce que
nous achetons. Nous préférerions
souffrir de privations que de contracter une dette.
Nous savons donc toujours exactement ce que nous
avons et ce que nous avons le droit de donner. Que
l'enfant de Dieu qui lira ces lignes veuille bien
étudier cette question avec prière.
Je sais que bien des épreuves surviennent
aux chrétiens du fait qu'ils ne se
conforment pas à l'enseignement donné
à ce sujet, au chapitre XIII de
l'épître aux Romains.
27 novembre. Jour du
Seigneur. - Nous n'avions plus que trente
centimes, et c'est à peine si le pain
pouvait suffire pour la journée. J'avais
exposé à plusieurs reprises nos
besoins à Dieu. Après
déjeuner, en rendant grâce, je
demandai au Seigneur notre pain quotidien, pensant
littéralement au pain nécessaire pour
le dîner. Pendant que je priais ainsi, on
frappa la porte. Lorsque j'eus achevé de
prier, une soeur pauvre entra qui nous apportait
une partie de son repas et cinq shellings de la
part d'une tierce personne. Dans
l'après-midi, elle revenait avec un gros
pain. Ainsi le Seigneur ne nous
donnait pas seulement le pain, mais aussi de
l'argent.
En lisant ces récits
d'exaucements de la prière, le lecteur
supposera peut-être que j'ai une
capacité spirituelle qui dépasse la
moyenne et que c'est pour cela que Dieu nous
témoigne sa faveur. Mais la véritable
raison, c'est que si nous mettons notre vie
d'accord avec la pensée du Seigneur, nous
sommes bénis et en
bénédiction. Or, nous conformons
notre vie à ce qu'Il demande, et Il prend
plaisir à voir ses enfants aller à
Lui
(Matthieu VI) ; aussi, bien que
je sois faible et que je puisse errer en bien des
choses, Il me bénit sur ce point
particulier, et je ne doute pas qu'Il continue de
me bénir aussi longtemps qu'Il me rendra
capable de faire sa volonté,
Le 31 décembre
1831 nous avons jeté un regard sur
l'année écoulée, repassant en
nos coeurs les bontés de Dieu à notre
endroit et la manière dont Il avait survenu
à tous nos besoins. À cette date il
nous restait en mains dix shellings (douze francs
cinquante), mais peu après, Dieu dans sa
providence réclamait cette petite somme, de
sorte qu'il ne nous resta rien. Ainsi se termina
l'année durant laquelle nous n'avions rien
demandé à personne ; le Seigneur
avait pris soin de nous et nous avait envoyé
exactement cent trente et une livre, dix-huit
shellings, huit pences (3).
De plus nous avions reçu
en nature, des provisions et des vêtements,
pour une valeur de vingt livres sterling. Si je
mentionne ces détails, c'est pour montrer
que nous ne perdons jamais rien, lorsque nous
obéissons à Dieu. Si j'avais eu mon
traitement régulier, je n'aurais pas
touché autant à beaucoup près.
Même si un traitement régulier m'avait
donné autant, il est clair que je n'ai pas
servi un Maître dur et
sévère ; et j'ai la plus grande
joie à le souligner. Car le but de ces
lignes, c'est de magnifier son Nom, afin que mes
compagnons de pèlerinage puissent être
encouragés à se confier en Lui.
1832
7 janvier 1832. - Nous avons
demandé à plusieurs reprises au
Seigneur, aujourd'hui et hier, de subvenir à
nos besoins temporels, pour que nous puissions
payer notre loyer hebdomadaire. À onze
heures du soir, un frère nous a
apporté dix-neuf shellings, six
pences...
11 janvier. - Ce matin
nous n'avons eu que du pain, sans rien d'autre,
avec notre thé. C'est la seconde fois que
cela arrive depuis que nous vivons uniquement par
la foi en Jésus. Nous avons quarante livres
sterling à la maison pour deux billets
à échéance assez
éloignée, mais cet argent n'est pas
à nous et nous préférerions
souffrir que d'y toucher. Je bénis Dieu qui
m'aide à être plus fidèle en
ces choses que je ne l'étais autrefois.
Autrefois, j'aurais disposé de cet argent en
me disant que j'avais bien le temps de le rendre
avant l'échéance. Aujourd'hui je
préfère regarder à mon
Père Céleste. Et Il n'a pas permis
que je fusse déçu. Nous avons
effectivement reçu deux
shellings, puis cinq. Il serait trop long de dire
comment ces dons nous furent apportés en
réponse à la prière, alors que
nous n'avions plus que trente centimes et un petit
morceau de pain.
18
février. - GUÉRISON PAR LA
FOI. - Cet après-midi, j'ai eu une forte
hémorragie de l'estomac ; j'ai perdu
beaucoup de sang. Aussitôt après, je
me suis senti très particulièrement
heureux.
19 février. - Ce
matin, jour du Seigneur, deux frères vinrent
pour me demander ce qu'il fallait
décider : quelques frères
avaient l'habitude d'aller prêcher dans
quatre villages des environs, mais ce matin, l'un
d'eux devait rester pour me remplacer, que
faire ? - Je leur demandai de bien vouloir
revenir dans une heure pour ma réponse. Le
Seigneur me donna alors assez de foi pour me lever
et m'habiller, et je décidai que j'irais
à la chapelle. Je reçus les forces
suffisantes pour m'y rendre. C'était tout
près ; cependant j'étais encore
si faible que je dus faire appel à toute mon
énergie pour aller jusque-là. Dieu
aidant, j'ai pu prêcher d'une voix forte
comme d'habitude, et aussi longtemps. À
l'issue du service, un docteur de mes amis vint me
trouver et me supplia de ne pas recommencer
l'après-midi ; il craignait que cela
n'ait de graves répercussions. Je lui
répondis que moi aussi, j'aurais
pensé commettre une grande imprudence, si le
Seigneur ne m'avait pas donné la foi
suffisante pour l'action. L'après-midi je
prêchai à nouveau, et cet ami revint
pour m'adjurer de me soigner et de ne pas
prêcher encore le soir. Toutefois avant la
foi suffisante pour le faire, je prêchai
à nouveau pour la troisième fois, me
sentant plus fort après chacun des services,
ce qui montrait surabondamment que Dieu me
conduisait.
23 février. - Je
me sens maintenant aussi bien qu'auparavant. En
publiant les détails ci-dessus, je tiens
à avertir le lecteur qu'il ne doit pas
m'imiter en cette matière s'il n'a pas la
foi. Mais s'il l'a, qu'il agisse en
conséquence, et Dieu répondra
sûrement à sa confiance. Je ne puis
affirmer que si la chose se reproduisait, je
recommencerais moi-même. Il m'est
arrivé depuis d'être bien moins faible
que je ne l'étais à ce
moment-là, et de ne pas prêcher parce
que je manquais de foi pour le faire. Toutefois,
s'il plaisait au Seigneur de me communiquer
à nouveau celle-ci, je serais prêt
à agir en conséquence même dans
un état de faiblesse plus grande encore.
C'est à cette époque que je me mis
à prier sans conditions pour les enfants de
Dieu malades, afin qu'ils reçussent la
bénédiction de la santé.
[chose qu'aujourd'hui je ne ferais plus] et presque
toujours je fus exaucé. Déjà
à Londres, en 1829, j'avais
été guéri d'une
infirmité physique dont je souffrais depuis
longtemps, en réponse à la
prière ; et cette infirmité n'a
jamais reparu depuis. Je m'explique ainsi ces
faits : c'est qu'il plut au Seigneur de me
communiquer en ces occasions un DON DE FOI ;
de sorte que je pouvais lui exposer mes
requêtes sans aucune condition restrictive et
attendre les réponses. Il me semble que la
différence entre le DON et la GRÂCE de
la foi est celle-ci : par le DON DE LA FOI, je
suis rendu capable de faire une chose ou de la
croire ; MAIS IL N'Y A PAS PÉCHÉ
si je n'agis pas en conséquence ou si je ne
crois pas. Quant à la GRÂCE DE LA FOI
qui nous rend capable de faire une chose, ou de
croire qu'elle s'accomplira, elle est basée
sur la Parole de Dieu, ET IL Y AURAIT
PÉCHÉ à ne pas agir en
conséquence ou à ne pas croire. Ainsi
il faut UN DON DE FOI pour croire qu'une personne
très malade et perdue
à vues humaines va recouvrer la
santé, car il n'y a pas de promesses
à ce sujet ; mais pour croire que Dieu
me donnera tout ce qui est nécessaire
à cette vie si je cherche
premièrement le royaume de Dieu et sa
justice, il suffit que j'exerce la grâce de
la foi, car la promesse existe dans
l'Écriture
(Matthieu VI : 33).
VIE DE
COMPLÈTE DÉPENDANCE DE DIEU. -
Craignant que sa manière de vivre au jour le
jour ne fût décriée, et presque
certainement elle l'était, 6. Müller
écrivit à ce propos ce qui
suit :
« Qu'on ne s'imagine
pas que de vivre comme je le fais éloigne de
Dieu ou des choses spirituelles, et que cela
remplisse la pensée de préoccupations
matérielles : « Que
mangerons-nous, que boirons-nous, ou de quoi
serons-nous vêtus ? » Qu'on ne
dise pas que le traitement est
préférable surtout pour le serviteur
de Dieu qui est ainsi gardé des soucis
matériels. Bien au contraire ! Ma
conviction est tout autre ; et je demande
qu'on veuille bien lire avec attention et
prière le résultat de mes
expériences :
« 1° Ayant
vécu sous l'un et l'autre régimes, je
sais que celui que j'ai adopté en
obéissance aux commandements de Dieu
comporte moins de soucis.
« 2° Je regarde
uniquement au Seigneur pour mes besoins temporels,
ce qui me permet (aussi longtemps que j'exerce la
foi) de venir au secours de la misère
lorsqu'elle frappe à ma porte, ou d'envoyer
quelque don en argent quand l'oeuvre du Seigneur le
demande. Autrement, je ne pourrais pas,
éviter de me poser ces questions : Mon
traitement peut-il y suffire ? Aurai-je
suffisamment moi-même le mois prochain ?
etc...
Libre de tout traitement, je
puis généralement me dire ceci ou
quelque chose d'approchant : « Mon
Dieu n'est pas limité ; Il peut
m'envoyer une nouvelle provision ; Il sait
bien qu'on m'a envoyé cette détresse
à secourir. » Je dis donc qu'au
lieu, d'ENTRAÎNER DES soucis, cette
façon de vivre est CELLE QUI EN
PRÉSERVE.
En vérité, il est
arrivé à certain individu de me
dire : « Vous pouvez bien faire
telle et telle chose, puisque vous n'avez pas
besoin de mettre de côté ; toute
l'Église du comté de Devonshire pense
à vos besoins. » Ce à quoi
j'ai répondu : « Le Seigneur
peut employer non seulement les saints du
Devonshire pour subvenir à mes besoins mais
aussi ceux du monde
entier... »
« 3° Dieu s'est
souvent servi de cette dépendance absolue de
lui pour renouveler en mon coeur l'oeuvre de sa
Grâce aux époques de langueur
spirituelle. Elle a été aussi le
moyen qu'Il a employé pour me ramener quand
je m'éloignais de lui. Il est manifeste
qu'il est impossible de vivre dans le
péché, et de conserver en même
temps cette communion avec Dieu qui obtient tout ce
qui est nécessaire à l'existence de
complète dépendance.
« 4° Il est
arrivé fréquemment qu'un exaucement a
vivifié mon âme et l'a remplie de
joie. »
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