LE
BAPTÊME DANS LE
SAINT-ESPRIT
CHAPITRE IV
BAPTISÉ DANS LE SAINT-ESPRIT
Avant de parler du baptême
proprement dit, je ferai remarquer qu'il y a une
intimité de l'âme avec Dieu qui semble
presque trop sacrée pour qu'on en parle.
C'est parce que ces sentiments nous affectent si
profondément qu'il est difficile de les
décrire, Et nous courons le danger
d'être mal compris en parlant de ces choses,
que si peu sont à même de
réaliser ! Le Seigneur Jésus
connaissait l'incapacité de ses disciples
à saisir certaines
révélations, c'est pourquoi Il leur
déclare :
« J'aurais encore plusieurs choses
à vous dire, mais elles sont encore
au-dessus de votre portée. »
(Jean
16/12.)
Non par raison mais par
révélation.
Les marins qui ont été aux
prises avec la tempête, qui ont connu les
angoisses du naufrage, préfèrent
garder le silence après être
arrivés à bon port plutôt que
de détailler les heures d'agonie qu'ils ont
vécues. Ils voudraient oublier pendant
quelque temps les tourments, les efforts
épuisants, les souffrances inouïes
endurées pour sauver le bateau des
éléments
déchaînés. Ils savent aussi
qu'il est inutile de tenter de faire comprendre
à des terriens les angoisses indicibles
d'une tempête en mer. Un soldat non plus ne
peut parler à n'importe qui d'un combat sous
le feu — il préfère se
taire.
Il en est de même pour le
chrétien : après que le
« poids de gloire » s'est
allégé, il n'aime pas parler
immédiatement de ce qu'il a connu et
ressenti. Et quand il en parle, la sagesse le rend
prudent et réticent, pour les mêmes
raisons que celles du marin et du soldat
survivants. Il n'a pas, comme eux, connu les
affres de la bataille et du désespoir ;
non, il a expérimenté justement le
contraire. Il a été soulevé
jusqu'à l'exaltation spirituelle,
plongé dans des flots de gloire
divine ; il a connu la puissance de vie d'un
âge encore à venir. Comment
pourrait-il raconter librement les transports et
les extases d'une étroite communion
avec son Seigneur ? N'est-ce pas un
sacrilège de parler de ces choses à
des êtres qui ont toujours vécu sur un
niveau plus bas ? C'est bien là ce que
Paul doit avoir ressenti lorsque, après
avoir été ravi au troisième
ciel, il déclare qu'il a
« entendu des paroles ineffables,
qu'il n'est pas permis à l'homme
d'exprimer »
(2
Cor. 12/4). Mais, dans notre cas,
il ne s'agit ni de transes, ni de séjour au
ciel, mais bien de ce qu'il est donné
à tout croyant de recevoir. Cela ne
s'adresse cependant pas à n'importe qui,
mais à ceux-là seuls qui
l'acceptent et l'apprécient. Dans ce domaine
comme dans celui d'autres mystères encore,
la prière de jésus demeure le
critère :
« je te bénis, Ô
Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce
que Tu as caché ces choses aux sages et aux
intelligents et de ce que Tu les as
révélées aux
enfants »
.(1)
(Mat.
11/25.)
La prière dans le Saint-Esprit.
Plein d'une confiance toute simple,
j'étais un enfant de la bouche duquel Dieu
commençait à « tirer une
parfaite louange ». Ma foi grandissante
me disait que l'heure de la visitation avait
sonné pour moi, Il allait se
révéler Lui-même à mon
esprit ! j'étais à genoux
j'avais les yeux fermés depuis une heure.
Mais je n'étais PAS INCONSCIENT : je me
rendais compte de ce qui se passait autour de moi.
J'entendais les intercessions et les prières
victorieuses qui s'élevaient sans cesse dans
mon entourage. Je me rappelle une dame
courbée dans la supplication et les larmes.
Elle gémissait. Je sentais qu'elle luttait
et intercédait pour moi — elle portait
mon fardeau.
C'est alors que, dans un abandon total, mon esprit
s'élança dans un nouveau festin de
joie. J'avais faim et soif, j'en voulais encore
davantage, je suppliais Dieu, Je battais des mains
et ouvrais les bras, comme pour recevoir mon
Seigneur. Tout mon être était
prostré aux pieds de son Créateur que
je pouvais voir en esprit, resplendissant de
gloire. Sa lumière était venue en
moi ; Il souriait en m'ouvrant Ses bras. Mes
yeux avaient vu le Roi dans Sa beauté et
tout en moi le désirait ; tout en moi
bénissait Son saint Nom ! Le sentiment
de Sa présence m'émouvait à
tel point que les fondements de mon être en
étaient ébranlés.
Alors je connus une puissance nouvelle dans la
prière : elle se trouvait plus
aisée, plus riche, plus heureuse ! Mes
lèvres devenaient éloquentes. Je ne
cherchais plus mes mots ! Mes paroles
étaient inspirées et mon langage
devenait si expressif que je compris qu'un
« charbon ardent pris sur
l'autel » avait touché ma bouche.
(Es.
6/6.) Mon esprit était
vivifié et inondé de lumière.
J'ai rencontré depuis bien des gens qui ont
expérimenté ce même changement
dans la prière, au moment où la
supplication est renforcée par l'Esprit.
Pour l'être humain, limité, paresseux,
hésitant, la prière est une
corvée. Quelle différence, lorsque
nous nous mettons à la faire
« dans le Saint-Esprit »
(Jude 20). Cette
prière-là, non seulement on l'entend,
mais on la RESSENT !
Du plus profond de mon être intérieur
jaillissait un torrent grossi comme par la fonte
des neiges. J'étais FONDU ! Oui, gloire
à Dieu ! Tout ce qui restait en moi de
dur, de froid, d'indifférent venait de se
dissiper sous les rayons du Soleil de Justice qui
se levait dans mon coeur.
Le revêtement de puissance.
Ce furent de nouveau des larmes, douces et
amères à la fois, à la
pensée de ma longue résistance et de
mon entêtement. Pendant combien de temps
avais-je refusé à mon Seigneur la
louange qui est due à Son Nom ? je
l'avais honteusement renié, insulté
et méprisé. Qu'Il me traite
maintenant selon Son bon plaisir ! Je
m'abandonnai entièrement entre Ses
mains.
Puis les larmes firent place à un fleuve de
joie et je me mis à rire jusqu'à ce
que mon rire se transformât en cris
d'allégresse. La louange devenait plus
véhémente tandis que grandissait mon
ardeur. Je répétais sans cesse :
« Viens, Seigneur Jésus !
Remplis-moi de toute Ta puissance et de toute Ta
gloire ! » je Lui parlais, ayant
perdu conscience de moi-même. J'étais
transporté en Dieu, Lui seul existait.
Toutes les barrières avaient disparu, tous
les obstacles s'étaient effondrés.
Alors quelque chose se passa. Tandis que, les yeux
fixés sur le Bien-Aimé de mon
âme, j'étais soulevé dans
l'extase et la force d'une suprême
bénédiction qui passait sur moi en
vagues successives, la Puissance de Dieu toucha mon
corps pour la première fois. Je sentis un
courant me traverser de la tête aux pieds,
laissant un sillage brûlant. Ma louange ne
faisait qu'augmenter. Puis l'Esprit me toucha de
nouveau. J'avais marché, maintenant je
courais. Celui qui baptise du Saint-Esprit posait
et reposait Sa main sur moi. Chaque fois la
puissance de Dieu passait à travers mon
corps : je suffoquais pour éclater en
de nouveaux triomphes de louange. Je fus pris, d'un
léger tremblement. L'énergie qui se
répandait en moi était si puissante,
le souffle de Dieu si rafraîchissant que le
mien semblait ne plus exister. Cependant je voulais
encore davantage. L'effet stimulant et, vivifiant
fut instantané : toute lassitude me
quitta. On comprendra que plus rien ne
m'empêchait de glorifier Dieu. Mon coeur
dansait de joie, mon chant atteignait des notes
toujours plus hautes. Toute ma louange se
transformait en mélodie. Et ces
indescriptibles vagues de puissance et de gloire
continuaient à déferler sur moi,
toujours plus rapprochées, toujours plus
fortes et remplies de vie, jusqu'à ce qu'il
n'y eût plus d'interruption, mais un flot
continu.
Le point culminant dont beaucoup se
détournent.
Sa main s'était posée sur
moi, par intermittence, mais maintenant cette
pression inouïe ne me quittait plus, gloire
à Dieu ! Les vagues continuaient
à déferler sur moi, toujours plus
serrées, jusqu'à ce que j'en fusse
inondé. Le tremblement augmenta, mais
c'était une vibration qui me fortifiait.
Rien ne pouvait plus détourner mon attention
de mon Sauveur, mon Adoré, le Trésor
de mon âme. Je criais mes louanges. Il
était le plus beau entre dix mille, la Rose
de Saron, le Lis des Vallées, le
Bien-Aimé des hommes ! Mais ces mots ne
me suffisaient plus pour le louer. J'aurais voulu
avoir encore d'autres exclamations d'adoration
à déposer aux pieds de Celui qui me
comblait de Sa glorieuse faveur. Le feu grandissait
en moi et autour de moi ; les flammes de Son
amour brûlant et purifiant m'enveloppaient
toujours de plus près.
C'est alors que je sentis que mes mâchoires
me faisaient mal. Je pensai que le ravissement de
mes chants, la rapidité de la louange
inspirée, les flots de paroles avaient
été trop pour ma bouche. Je
m'arrêtai, mais la douleur ne fit
qu'augmenter et quand je cherchai de nouveau
à parler, cela me devenait de plus en plus
difficile. Et cependant je ne pouvais me
taire ! Quelle créature au monde aurait
pu garder le silence en présence d'une
pareille onction ?
Le bruit que j'avais fait avait dominé celui
des autres. Quand il cessa, je pris conscience du
leur. Je m'étais déjà
habitué à entendre parler en langues
inconnues, mais pendant tout ce temps je n'y avais
pas songé. Comment penser à une chose
pareille quand le Seigneur Jésus
était là, à côté
de moi !
Cependant, il n'y avait pas de doute que l'Esprit
ne cherchât à dominer sur ma langue.
Inutile de dire que pour l'intelligence humaine -
cela paraît une absurdité qu'un autre
puisse s'emparer de notre bouche. Mais
c'était un fait : ma capacité
naturelle et la puissance surnaturelle de Dieu ne
s'accordaient plus pour manier mes organes vocaux.
Rien d'étonnant alors que mes
mâchoires fussent tremblantes et
douloureuses. Mais cela ne dura pas longtemps.
Cependant, le besoin de trouver à tout prix
une expression était toujours plus
fort et cette espèce de paralysie me vexait
plus qu'elle n'était pénible. Toute
cette accumulation de gloire qui était
près de me transporter ne trouvait d'autre
issue que quelques mots anglais balbutiés et
à moitié prononcés.
Plusieurs saints, plusieurs grands hommes de Dieu
racontent qu'ils reçurent cette onction
extraordinaire. Mais quand ils en arrivaient
à ce point culminant, souvent ils
demandaient à Dieu d'enlever le poids de
gloire qui pesait sur eux, ne pouvant plus le
supporter. Ils ignoraient que la glossolalie
(2) était
prévue par Dieu pour les soulager, au moyen
de paroles prononcées par le Saint-Esprit
Lui-même en eux ; elle le fit pour les
cent vingt à la Pentecôte, qui
parlaient « selon que l'Esprit leur
donnait de s'exprimer ».
(Act.
2/4.)
« Ils parleront de nouvelles
langues. »
Notre missionnaire fut bientôt
à mes côtés :
« Tu es sur le point, me dit-il en
substance, de parler en langues, mais ne t'en
inquiète pas ; cela viendra tandis que
tu continueras à t'abandonner à
l'Esprit. Garde les yeux fixés sur
jésus et continue à Le
louer ». Puis il posa doucement ses mains
sur ma tête et sur ma gorge et me
laissa.
Tandis que j'élevais la voix pour
chanter les louanges qui faisaient éclater
mon coeur, quelque chose se déclencha en moi
et je fus instantanément
libéré. Il n'y eut même pas de
transition ni de bégaiement, cela se fit
sans peine aucune : je passai d'une langue
connue à une langue inconnue. Et je me
trouvai en train de chanter des paroles
magnifiques, qui m'étaient
entièrement étrangères. Leur
charme et leurs sons surprenants me ravissaient en
une extase indescriptible. Chaque phrase exprimait
d'une manière exacte et satisfaisante les
sentiments qui enflammaient mon coeur. Dans cette
hilarité spirituelle et cette sublime
exaltation, rien n'aurait pu venir plus
merveilleusement à mon secours que les
syllabes fluides de cette langue céleste.
L'encens, en nuages brillants, s'élevait
directement de l'autel de mon coeur au Trône
de Gloire !
Ici je voudrais m'arrêter un instant car j'ai
quelque chose à dire à ceux qui se
méprennent sur ce don spirituel ou qui le
méprisent. Ce ne fut que lorsque je
commençai à parler en langues que mon
esprit trouva du repos, car il fut
délivré de la nécessité
de formuler les désirs et les aspirations de
mon coeur. Il n'avait plus besoin de rechercher des
expressions et de former des phrases afin
d'exprimer ce qu'il ressentait ; bien que,
d'ordinaire, cela se fasse automatiquement, ce n'en
est pas moins un travail considérable. Mais,
désormais, mon esprit était passif et
pouvait rester fixé en Dieu, tandis que le
coeur était libre de se déverser
directement par la bouche. Quel
soulagement !
Par ce moyen merveilleux, mon esprit pouvait prier
directement tandis que mon intelligence cessait de
travailler
(1 Cor. 14/14). Cependant, je
connaissais dans mon coeur le thème de ces
phrases extatiques. La langue que je parlais me
conférait une telle liberté
d'expression que je trouvais littéralement
les mots correspondant aux nuances les plus
délicates et aux plus grands élans de
mon adoration. Ils arrivaient tous prêts,
produits par l'Esprit, et tandis qu'Il
prononçait en moi ces paroles prodigieuses,
je devenais plus souple et l'articulation se
faisait plus nette. Les inflexions, douces et
fortes, les énonciations définies, la
cadence, les explosions s'entrelaçaient en
une variété étonnante. Oui,
c'était une langue qu'on pouvait
« goûter »,
Adoration et saints éclats de
rire.
Lancé dans ce nouvel esquif sur un
océan de louanges, j'étais
poussé vers les rives lumineuses de la
gloire, m'éloignant toujours plus des choses
mortelles. Maintenant, toutes les fenêtres du
ciel étaient ouvertes et la
bénédiction promise me submergeait au
point qu'il n'y avait pas de place pour la
contenir. Plus je chantais, plus le nuage de gloire
s'épaississait jusqu'à ce que mon
corps et mon âme fussent saturés de la
« shekina », comme
autrefois dans le temple, quand les prêtres
ne pouvaient plus continuer à officier parce
que « la gloire de l'Éternel
remplissait la maison de
l'Éternel » (I Rois 8/11). Mes
cris et mes louanges alternaient avec mes
éclats de rire ma langue courait
« comme la plume d'un écrivain
habile » (Ps. 45/1). Parfois
c'était comme un dialogue. Des secrets
étaient échangés, des
mystères qui ne se révèlent
que dans le sanctuaire de la plus étroite
communion avec Christ. Ces échanges avaient
une douceur infinie.
Un nouveau jour avait éclaté pour
moi ; les ombres des doutes avaient
disparu ; l'hiver était passé.
Le temps des fleurs et des chants était
arrivé. Il avait tourné Son coeur
vers moi, qu'Il avait purifié. Il avait
séché mes larmes et m'avait
revêtu d'un vêtement de louange. Il
avait échangé mes cendres contre Sa
beauté et mon deuil contre une huile de
joie. Mon Bien-Aimé était à
moi et j'étais à Lui !
N'allais-je pas me lever et Le suivre ? Ces
sentiments sacrés étaient
exprimés par l'intelligence, mais, parce que
le voile avait été
déchiré et parce que mon coeur avait
atteint le « lieu très
saint », mon esprit
préférait le langage d'amour que je
venais d'apprendre. Cette langue était si
nouvelle, si particulière que je ne pouvais
m'empêcher de rire et bientôt je ne pus
plus m'arrêter. Le rire roulait à
travers moi et me secouait en des éclats
irrésistibles, Ces manifestations
continuèrent et bientôt toute la salle
s'égayait avec moi. J'étais comme
quelqu'un qui rêve : ma bouche
« s'emplissait de chants de triomphe
et ma langue d'accents
d'allégresse »
(Ps.
126/1-2).
Le choeur céleste.
Le chant restait en harmonie avec les
torrents de puissance qui se déversaient sur
moi ; il s'élevait toujours plus haut,
plus fort et plus clair. Parfois c'était
rimé et rythmé comme un
poème ; quelques lamentations en
mineur, puis le chant reprenait en majeur avec des
acclamations de triomphe. La mélodie
m'était aussi inconnue que la langue ;
cependant elle jaillissait spontanément,
passant des airs les plus simples aux variations
les plus savantes. Au bout d'un moment, je
perçus à distance un accompagnement
qui devenait toujours plus distinct. Comment
décrire les transports que je ressentis
alors ? Rien de ce que je pourrais dire ne
peut donner une idée des profondeurs de joie
qui m'embrasaient, joie inconnue jusque-là,
joie vraiment
« ineffable » ; et seule
la NOUVELLE LANGUE que je parlais pouvait
l'exprimer. La pureté de Ma voix
était surnaturelle et j'atteignais à
une perfection de grand artiste. Les hauteurs
atteintes étaient incroyables et les longues
notes soutenues ne faiblissaient jamais. Le choeur
des anges grandissait et j'y prenais part,
répétant la mélodie
immortelle. Mais je ne pus pas les suivre
longtemps : l'échelle des sons
dépassait les possibilités humaines.
O, comme j'aurais voulu pouvoir chanter avec
eux ! Les vagues de ce glorieux diapason me
pénétraient et me submergeaient. Je
posai ma tête sur le sein de mon
Bien-Aimé et écoutai,
transporté par cette symphonie, tandis que
de nouveaux fleuves de larmes brûlantes
coulaient sur mes joues. Comment me taire, alors
que chaque fibre de mon être
s'élançait pour se joindre au choeur
céleste ? Mon corps se balançait
à la mesure des torrents de mélodies
qui me traversaient. Me croirez-vous si je vous dis
que ma chair, ma peau, et mes os mêmes,
vibraient à cette ineffable harmonie
céleste ? Je chantai jusqu'à
l'épuisement de mon coeur physique. Mes bras
levés battaient la mesure de ce tempo
majestueux. Chaque fois qu'une phrase musicale
finissait, je me prosternais avec les armées
célestes.
Puis les notes magiques faiblirent, tandis que
l'extase continuait. Mon esprit aurait voulu
s'envoler et demeurer toujours avec eux. Impossible
de décrire la douce tristesse qui m'envahit
lorsque je réalisai l'immensité de ma
faiblesse. J’avais été si
près et cependant j'étais encore si
loin de ce Pays de Gloire ! O, pouvoir y voler
et ne jamais en revenir ! Ces solennels
accents séraphiques m'avaient laissé
comme mort. Si c'était là un
avant-goût du ciel, que serait le ciel
lui-même ? ÊTRE POUR TOUJOURS AVEC
MON SEIGNEUR ET SAUVEUR !
Je connais un pays par delà le ciel
bleu,
Où tous les bienheureux seront auprès
de Dieu ;
Dans le repos parfait, le séjour
ravissant ;
Là plus de deuil cruel, de douleur, de
tourment.
Dans la Maison là-haut, où je serai
bientôt,
Rien ne troublera plus le bonheur des élus.
CHAPITRE
VI
LA VIE NOUVELLE
Il peut se passer beaucoup de choses en peu de
temps quand toute la place est laissée
à Dieu. En quatre heures et demi environ,
j'avais vécu, ressenti, entendu, compris et
expérimenté ce qu'autrement il
m'eût fallu dix ans pour apprendre.
C'était comme si un peu
d'éternité avait
pénétré dans le temps. Dieu
travaille rapidement — et nous sommes si
lents ! Il y a tant de choses dans le domaine
spirituel que nous cherchons à saisir et
à sentir sans y arriver, alors que, dans une
véritable expérience en tête
à tête avec Dieu, nous pouvons les
recevoir et les comprendre d'une manière
vivante et dynamique. Cette
révélation de Christ ne m'a jamais
quitté. Le délice et l'extase de
cette bénédiction sont encore vivants
aujourd'hui et je n'ai jamais douté du
caractère divin de cette visitation.
Mon Seigneur était devenu mon
Bien-Aimé. Je m'étais reposé
à Son ombre. Il m'avait introduit dans Sa
salle de fête et avait étendu
au-dessus de moi la bannière de Son Amour.
Quel extraordinaire festin Il m'avait
préparé là ! Son
désir de donner avait été plus
grand que le mien de recevoir, en cette
mémorable soirée du 28 novembre
1908.
Il était près de deux heures du matin
lorsque quelqu'un s'approcha et me dit que des
rafraîchissements avaient été
préparés dans la chambre voisine.
Quand nos yeux ont été rivés
ainsi sur le Seigneur, il est presque douloureux de
devoir les rouvrir sur ce monde de
péché. O, si j'avais pu partir avec
mon Bien-Aimé ! Fallait-il continuer
à marcher dans cette vallée de
larmes ? Ne pouvais-je pas rejoindre les
créatures glorieuses qui entourent Son
Trône ? Des hauteurs du Mont
Nébo, mon Sauveur m'avait fait entrevoir ma
demeure éternelle, mais c'était Sa
volonté que, par amour pour Lui, je reste
encore en exil :
Ce fut presque un tourment que le réveil de
mes sens aux choses qui m'entouraient, après
que mon esprit, mon coeur et mon être entier
avaient été prisonniers de la
puissance de Dieu. Je voulais rester avec
Jésus. La souffrance, le martyre, la mort la
plus cruelle auraient été les
bienvenus, si seulement j'avais pu demeurer en Sa
présence, connaître à toujours
l'aurore de Son sourire, vivre à jamais dans
les sereines splendeurs de l'Éden et ne plus
voir ce monde maudit !
Les chers amis m'aidèrent à me lever,
tandis que je continuais toujours à parler
en langues. J'avais bu pendant des heures à
la coupe enivrante du vin nouveau de la
Pentecôte. Trempé de la tête aux
pieds de sueur et de larmes, titubant comme sous
l'effet de l'alcool, je réussis à
atteindre une chaise près de la table et
refermai les yeux. Tout mon corps vibrait aux
vagues de feu qui continuaient à le
traverser, me fortifiant et donnant à tout
mon être un calme infini.
Est-il étonnant qu'après un pareil
baptême du Saint-Esprit je n'eusse plus aucun
désir de manger ?
Notre hôtesse avait préparé une
collation, mais j'avais devant moi la
« table dressée » du
psaume 23. Je ne pouvais qu'ajouter
la louange à la louange et la gloire
à la gloire. Mon regard ne quittait pas mon
Bien-Aimé, la Lumière de ma
vie ! Mon adorable Sauveur était
là, reproduit par le Saint-Esprit, dans
toute Sa splendeur ineffable et Son indescriptible
majesté. Il m'avait baptisé ! O,
la joie de cette intense et sainte conviction :
j'étais vraiment à Lui pour le
temps de l'éternité !
Je me souviens qu'à ce moment quelqu'un me
demanda si je prenais du sucre dans mon thé.
Je fis un effort pour répondre. Mais, dans
le sanctuaire où je me trouvais, parler
d'une chose aussi vulgaire me paraissait un
sacrilège. J'ouvris cependant la bouche,
mais il n'en sortit que des paroles brûlantes
d'adoration et de louange. Il fallait qu'on me
laissât chanter et adorer sans me
déranger.
« Le repos et le
rafraîchissement. »
Finalement, tout le monde se leva et, comme
la place était restreinte, on me demanda de
partager mon lit avec M. Léonard, qui nous
avait si fidèlement prêché la
bonne nouvelle de la pluie de
l'arrière-saison. Ivre de l'Esprit, je me
levai et essayai de monter les escaliers, mais, je
n'y arrivai pas et on dut m'aider jusqu'à
notre chambre ; même cela m'était
pénible : je ne pouvais consentir
à être distrait de ma joie.
J'étais entièrement
préoccupé de Christ, mon Seigneur, et
ne regardais plus du tout à
moi-même.
L'onction Le rendait si réel, si merveilleux
que je n'avais de désir ni de temps pour
rien d'autre. J'étais perdu dans l'amour et
l'adoration. Même le tremblement incessant de
mon corps ne détournait pas mon attention.
Il était pour moi tout en tout. Je pouvais
m'écrier avec le psalmiste :
« Il y a un rassasiement de joie devant
Ta face et des délices à Ta droite
pour jamais. »
(ps 16/11.)
Le frère Léonard n'eut que bien peu
de repos cette nuit-là. J'étais trop
béni pour dormir. Je goûtais la paix
la plus exquise, le « repos et le
rafraîchissement » promis
à celui qui est accablé
(Es. 28/12). Couché, je
continuais à rire et à louer Dieu
sans arrêt. Le pauvre missionnaire essaya de
me pousser deux ou trois fois : ce fut en
vain ; un flot ininterrompu de langage divin
coulait de ma bouche. Ma suprême satisfaction
consistait dans l'assurance que chacun de mes
sentiments atteignait l'oreille du Martre de mon
coeur.
Sur la cheminée d la chambre brûlait
une veilleuse, à la lueur de laquelle je pus
distinguer la cage d'un canari qu'on avait omis de
couvrir pour la nuit. Tandis que je chantais en
langue inconnue, ce canari se mit à chanter
aussi, sautant d'une perche à l'autre. Dans
ces conditions, il était inutile pour le
pauvre M. Léonard de songer à
dormir ! je magnifiais Dieu par mes
cantiques : le canari et moi, nous eûmes
un inoubliable culte d'adoration et de louange. Il
semblait que cette petite créature
comprenait ce qui m'arrivait et partageait ma joie.
Nous étions parfaitement à l'unisson.
J'ai souvent repensé, depuis, à ce
canari
« réveillé ».
Rempli pour accomplir.
Le lendemain matin, je fus bien vite sur
mes genoux. Entièrement submergé par
la présence et la réalité de
Christ, je commençai à plaider pour
les miens. Un fardeau écrasant descendit sur
mon coeur. Combien grandes avaient
été ma négligence, ma
folie ! Quel triste exemple j'avais
donné à mes frères et
soeurs ! Au petit déjeuner, je ne
pouvais regarder autour de moi : mes yeux
restaient fermés et je pleurais. Quel
bouleversement, quel réveil aux
mystères du Royaume !.. En voici
l'explication :
« Quand celui-là sera venu,
savoir l'Esprit de vérité, il vous
conduira dans toute la vérité, car il
ne PARLERA POINT DE LUI-MÊME. C'est lui qui
ME GLORIFIERA, parce qu'il prendra de ce qui est
à Moi et vous l'annoncera ».
Jean 16/13-14.
Au cours de bien des années
d'évangélisation, nous avons eu le
privilège d'éprouver cette
vérité ; nous avons vu dans le
monde entier le Saint-Esprit descendre soudainement
sur des milliers de gens, qui ont reçu ce
baptême. Et toujours, « IL NE PARLE
PAS DE LUI-MÊME », mais Il
révèle, présente et glorifie
Christ, Le Saint-Esprit s'empare des choses de
Dieu et leur confère une telle forme, une
telle beauté et une telle
réalité que dans notre coeur
naît une adoration spontanée et
immense. Bientôt nous apprenons que sans
la plénitude du Saint-Esprit, nous sommes
incapables d'accomplir promptement et joyeusement
la volonté de Dieu.
Ce n'est que lorsque ce Vin nouveau nous stimule
que nous discernons les directions manifestes de
l'Esprit et que nous y obéissons.
Après le déjeuner, nous eûmes
un culte où les
« Alléluias »
alternaient avec les chants de triomphe. Mon cher
père était si heureux qu'il
proclamait à qui voulait l'entendre que ce
réveil était destiné à
bouleverser le monde. Nous priâmes de tous
notre coeur pour les nôtres, demandant
à Dieu que tous les chrétiens soient
préparés pour cette visitation.
L'Ivresse du vin nouveau.
Il s'agissait désormais de savoir si
je rentrerais à la maison ou non. Nous
étions venus à Londres pour le
week-end et c'était déjà lundi
matin. J'avais des examens en vue, lourds de
conséquences et de soucis... Mais mon
père fut d'avis que j'avais
été trop extraordinairement
béni pour reprendre immédiatement mes
études. Il y a un temps pour tout et ce
n'était pas le moment de retourner à
l'école. Il me consulta à ce sujet.
« Ne pouvons-nous pas assister encore
à d'autres
réunions ? » demandai-je en
guise de réponse. Mon père sourit.
« Oui, dit-il, une fois qu'on a
goûté de ce Vin on devient aussi
insatiable qu'un buveur. On en veut toujours
davantage. » C'est ainsi qu'après
avoir pris congé de nos amis et de ce cher
M. Léonard, nous partîmes bras dessus
bras dessous pour la ville, j'étais
gêné par le bruit de la circulation.
Cela me dérangeait. Le nuage de gloire
n'avait pas diminué, averses de
bénédictions. Mon coeur n'avait
toujours qu'un désir : louer son Dieu.
Impossible de contenir les hymnes de reconnaissance
qui jaillissaient de ma bouche en une langue
inconnue.
Tandis que nous marchions dans la rue, mon
père me dit de chanter plus doucement. Mais
cela me parut tout à fait injuste. Comment
pouvais-je étouffer l'Esprit ? Mes yeux
contemplaient le plus beau des Fils des
hommes ! Les tonnerres d'alléluias
roulaient en moi, plus puissants que le bruit de la
grande cité. Voyant qu'il n'arrivait
à rien, mon père me dit avec
bonté : « Eh bien, William,
garde tes yeux fermés et je te conduirai
comme un aveugle. Je t'avertirai quand il faudra
monter ou descendre du trottoir »
C'est ainsi que je m'enfermai avec Dieu, chantant
et parlant dans cette langue inconnue. Plusieurs
personnes s'arrêtaient pour nous regarder, se
demandant ce qui pouvait bien m'arriver. D'aucuns
pensaient certainement à une nouvelle
victime de l'alcool, lorsque deux agents de police
se dirigèrent vers nous. Mon père ne
perdit pas son temps ; il héla un taxi
et me fourra dedans. Quand le chauffeur lui demanda
où il voulait aller, il cria :
« N'importe où ! »
L'homme partit à toute allure, pensant
probablement que j'étais gravement atteint.
Mais mon père lui indiqua le chemin pour se
rendre à notre nouvelle réunion,
où nous arrivâmes en louant le
Seigneur.
Le début du service.
Il n'est pas beaucoup de pères qui
auraient accepté de conduire par la main,
à travers les rues de Londres, leur fils
ivre du vin d'En Haut et poussant des cris de joie.
Mais mon père était un
prophète et il avait vu venir cette grande
effusion. Dieu l'avait conduit à une mort
à lui-même et à une
consécration toujours plus profondes. Et
maintenant Il se servait de lui pour nous amener
tous à la bénédiction de
Pentecôte.
Nous assistâmes encore à plusieurs
réunions. Comme la puissance de Dieu
éclatait ! Quel merveilleux
réveil ! Le feu se répandait
partout, provoquant toujours l'humiliation et les
larmes de repentance. Le temps nous importait
peu, et la nourriture encore moins. Les gens
restaient à genoux souvent tard dans la
nuit. Mon plus grand bonheur était de
m'agenouiller à côté de ceux
qui cherchaient et de porter leur fardeau dans la
prière jusqu'à ce qu'ayant
surmonté tout obstacle, ils eussent la
victoire dans la louange, « selon que
l'Esprit leur donnait de
s'exprimer »,
Mon père affirmait à chaque
groupe sa conviction du caractère divin de
notre expérience. Je priais sans cesse,
témoignant et exhortant avec une joie
indicible, les encourageant tous, Il y avait des
messages avec interprétation et des
prophéties d'une force et d'un effet
remarquables. Nous imposions les mains aux malades
dont plusieurs furent guéris. Dieu nous
employait abondamment, mais nous étions trop
remplis de Sa gloire pour penser à
nous-mêmes. Les miracles dont nous
étions témoins nous impressionnaient
moins que la puissance et la rosée divines
qui vivifiaient constamment nos âmes.
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