Il est écrit:
TA PAROLE EST LA VERITE  (Jean 17.17)
Cela me suffit...
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Il est écrit:
TA PAROLE EST LA VERITE
(Jean 17.17)
Cela me suffit...



PENSÉES DU MATIN 


Matthieu, XXIII.

22 décembre 1873.

Tous les reproches de Jésus aux Pharisiens peuvent se réduire à celui-ci : « Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes. » Tout pour l'extérieur, rien pour l'intérieur, l'esprit, la vérité.

Mais on peut être Pharisien sans qu'il y paraisse; on l'est quand, vis-à-vis de soi-même, on se contente de l'apparence, de la forme. On l'est quand on compte les heures qu'on emploie à prier, les chapitres que l'on lit, plutôt que les véritables progrès accomplis. Pharisien, tout comme les autres, celui qui agit ainsi ! Il fait lui aussi toutes ses actions pour être vu d'un homme, et cet homme, c'est lui-même.

Aussi Jésus ajoute : Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. » C'est là, au fond, la leçon pratique à tirer de tout ce chapitre. Ne rien faire, ne rien désirer en vue de soi-même; tout pour Dieu et les hommes.

Dans mes luttes, dans mes prières, dans mes lectures, partout, jusque dans mon désir de tout laisser pour suivre Jésus, je retrouve trop souvent encore l'ambition personnelle, encore une espérance de gloire, encore moi-même!

Quand Luther luttait dans sa cellule, le mobile qui l'animait, ce n'était pas l'espoir d'être un jour le réformateur de l'Eglise; non, c'était le désir d'être sauvé, le besoin d'avoir la paix avec Dieu, d'arriver à la foi en Jésus-Christ. Le reste, il n'y songeait guère, il s'en remettait à Dieu pour faire de lui ce qu'il lui plairait.

De même Calvin, de même saint Paul, que la grâce de Dieu promène par le monde comme un vaincu; tous ils ne cherchent qu'une chose, la paix avec Dieu, le salut, la foi; et tous ils deviennent ensuite des instruments entre les mains de Dieu.

***

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Comme ils étaient en chemin, il entra dans un bourg, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. - Et elle avait une soeur, nommée Marie, qui se tenant assise au pied de Jésus, écoutait sa Parole. - Mais comme Marthe était distraite par divers soins, elle vint, et dit à jésus: Seigneur! ne considère au point que ma soeur me laisse servir toute seule? donc qu'elle m'aide aussi - Et Jésus lui répondit : Marthe ! Marthe ! tu te mets en peine et tu t'embarrasses de Plusieurs choses; mais une seule chose est nécessaire : or Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.

Luc, X, 38 à 42.

 

13 janvier 1875.

J'en connais, des Marthes, et loin de les mépriser, je les estime et je les admire. Ce sont de nobles âmes, et leurs dévouements, leurs sacrifices, leur charité font honte à ma froideur et à mon égoïsme. Je les vois, dévorées d'amour, s'en aller voir les malades, les pauvres, les' délaissés, les petits, et leur témoigner d'autant plus d'affection que la nature et la fortune les ont plus disgraciés. Mieux que bien des chrétiens, elles me font comprendre ce que c'est que « prendre sur soi les fardeaux des autres » et je serais heureux de faire passer dans ma poitrine un peu de ce feu qui les anime.

Et cependant, une chose m'arrête. Quelque chose manque à ces Marthes. Elles s'agitent et se tourmentent, leur charité a quelque chose de passionné et leur dévouement quelque chose d'agité, de fébrile, d'inquiet. Il leur manque la paix.

Je sais aussi des Maries, j'en ai connu une surtout, et ce que j'ai vu en elle m'a fait comprendre ce qui manquait à Marthe. Cette Marie-là était tranquille, ne se remuait point, ne s'agitait point; quelques minutes passées en contact avec elle donnaient l'intuition de ce que c'est que la paix. Elle avait la paix et elle procurait la paix. Je me suis demandé d'où elle la tenait, et voici, en regardant, j'ai vu qu'elle était assise aux pieds du Sauveur.

Alors j'ai compris. Regarde, ô Marthe, et peut-être comprendras-tu comme moi. Tu t'agites et tu te mets en peine de beaucoup de choses, ne comprends-tu pas. ce que le Sauveur attend de toi? Quand tu étais enfant, tu recevais de ta mère tout l'amour et tous les soins dont elle était capable, avant de pouvoir lui en rendre la moindre partie. Le Sauveur veut être pour toi ce que ta mère était. Il veut donner, avant de recevoir. Il ne veut pas qu'on cherche à mériter son amour, il veut que l'on vienne à ses pieds, et que l'on reçoive de lui la seule chose nécessaire, celle que Marie a choisie, son amour. Est-ce si difficile à comprendre?

Non, ce n'est pas difficile. Et s'il te reste quelques doutes, n'importe! Viens toujours aux pieds de Jésus, jette un regard sur lui, et alors, si tu es sincère, si tu es sans orgueil, tu sentiras qu'en présence d'une telle plénitude de grâce et de miséricorde, il n'y a qu'une chose à faire : recevoir, se laisser aimer.

Le reste viendra de lui-même: un regard, un mot de Marie font plus de bien que tout le travail et toutes les oeuvres de Marthe.

***

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29 Janvier 1875.

Renoncer c'est mourir. Voilà pourquoi le renoncement est si difficile. Renoncer au monde, c'est mourir au monde; c'est me dire que la nuit éternelle va couvrir tout à l'heure la terre et toutes ses beautés, et tout ce que j'en aime; ou plutôt, c'est me dire que le soleil continuera de luire, et la terre de fleurir, mais que moi, qui ai vu et chéri toutes ces choses, je serai mort à leur égard; aussi séparé d'elles que l'est le cadavre qu'on dépose dans son sépulcre.

Renoncer à une affection, c'est mourir à celui qui me l'inspire, c'est me dire, en regardant son visage, que tout à l'heure, quand j'aurai fermé les yeux, je ne les rouvrirai plus pour chercher son regard; c'est dire que celui que j'aime sera pour moi comme n'étant plus, que je n'aurai plus aucun droit sur lui, que jamais tout ce que j'ai commencé avec lui ne s'achèvera.

Et mourir à soi-même! cela, c'est mourir tout à fait, c'est se séparer du seul asile qui me restait encore, c'est aller volontairement au-devant du néant. La mort est quelque chose de contraire à toute la nature. Tout mon être se glace et se révolte à la pensée de la mort - de même aussi tout mon être proteste contre l'idée du renoncement.

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La création tout entière soupire et souffre les douleurs de l'enfantement.

Romains, VIII, 22.

21 janvier 1875.

Longtemps je n'ai pas su entendre le soupir de la créature, et parce que je ne regardais qu'à moi-même, je me suis imaginé que j'étais seul à gémir.

Aujourd'hui il en est autrement. Dans toutes les plaintes, dans tous les sanglots, dans toutes les prières qui s'élèvent autour de moi, mon oreille ne distingue qu'une note, et cette note est un soupir, le soupir de la créature.

Quand je suis au milieu d'une grande foule, dans la rue, par exemple, et que je vois autour de moi tant d'inconnus, tant d'hommes, de femmes, d'enfants, suivre chacun sa voie, le front soucieux ou l'air joyeux, je me demande combien parmi eux connaissent le Seigneur Jésus et l'amour du Père, je me rappelle ces foules qui, faisaient à Jésus l'effet d'un troupeau sans berger, et j'ai le coeur serré. Alors je me souviens que « toute la création est comme en travail jusqu'à maintenant, » et de tous ces coeurs oppressés, je crois entendre s'élever le soupir de la créature.

J'ai des amis qui ne sont pas chrétiens, ou qui ne le sont encore qu'à. moitié. Parmi eux, quelques-uns cherchent : ce sont de nobles âmes, des âmes inquiètes, toutes frémissantes de la lutte, toutes palpitantes de charité et de sympathie, s'agitant et se travaillant beaucoup, mais n'ayant pas trouvé la chose nécessaire. Je cherche à leur montrer la voie. Mais rarement le touche la corde sensible, et bien souvent je me dis que j'ai parlé en vain. Alors je me rappelle que ce n'est pas à moi qu'il appartient de convertir les âmes et de changer les coeurs; j'aime à me souvenir qu'il en est un qui aime mieux que moi ceux que j'aime, et je lui dis : Seigneur, tu agiras; où je suis impuissant tu triomphes, car mieux que moi tu entends, tu comprends et tu exauces le soupir de la créature.

Je sais aussi des âmes à qui je voudrais faire du bien sans le pouvoir. Je suis en rapports avec elles, mais ces rapports sont extérieurs, ils sont plutôt un obstacle qu'un moyen d'agir. Eternel, supplée à mon absence; où je ne puis que prier, agis toi-même avec force et gloire; exauce-moi, donne gloire à ton nom. Oui, j'ai confiance : je me tais, je n'ouvre pas la bouche : c'est toi qui agis. Je n'en veux pas douter; tu entends mieux que moi le soupir qui s'élève de ces coeurs bien disposés, pleins d'ardeur, mais encore indécis : tu sauras bien faire pour eux ce que tu as fait pour moi. Eux aussi sont tes enfants.

Je souffre chaque fois que je suis en désaccord sur les questions de foi avec l'un ou l'autre de mes amis. J'en ai qui sont tout à fait incrédules; d'autres qui sont complètement indifférents, d'autres encore que le péché tient courbés sous son joug de fer. Je souffre de les voir privés de ce que je possède : je souffre d'être si riche quand je les vois si pauvres; je souffre de pouvoir si peu les aider; je souffre d'être si paresseux à les secourir; je souffre de mes prières si froides et si rares; je souffre d'aimer si peu, je souffre de si peu souffrir.

Mais toi, ô Dieu, tu es toujours le même : tes miséricordes ne se démentent jamais; elles sont d'âge en âge sur tous tes enfants. Tu veilles, toi, tandis que nous dormons; tu agis quand nous nous croisons les bras; où nous sommes aveugles, tu vois; où nous sommes sourds, tu entends. Tu inclines ton oreille aux soupirs du monde, et là où nous n'avons vu que misère et péché, objections et hostilité, tu recueilles une ample moisson de soupirs et de larmes. Tu entends tous nos gémissements; ton coeur de Père discerne des prières jusque dans nos cris de révolte, ô donne-nous, donne-moi de me remettre à cet amour et d'en goûter l'ineffable douceur.

 

Et puis, s'il se peut faire, hâte l'heure de tes délivrances, hâte la manifestation glorieuse de tes enfants, hâte les temps de tes accomplissements; que la terre resplendisse de ta clarté et que nous soyons tous consommés dans l'unité.

***

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Genèse, XXXII, 22-32.

 

30 janvier 1875.

Il fait nuit : un homme est seul au bord d'une rivière; sur l'autre rive, dans le lointain, le vague pêle-mêle d'un campement; mais de ce côté-ci, tout est silence et repos. Cet homme, c'est Jacob, et Jacob qui vient prier son Dieu.

Qui dira tout ce qui se passe en lui? Je me le figure, repassant dans sa mémoire toute sa vie passée, et se demandant avec angoisse ce qu'apportera le lendemain. Jusqu'ici, tout lui a réussi : parti seul et pauvre de Canaan, il y revient riche et puissant, à la tête d'une nombreuse famille, et pouvant dire avec raison : Dieu m'a béni. Oui! mais sous cette prospérité apparente quel danger se cache! Esaü n'est-il pas à peu de distance, tout prêt à se venger de l'affront reçu quatorze ans auparavant? Si bien que si puissant et si heureux que le soir l'ait trouvé, Jacob peut revoir l'aurore le plus pauvre et le plus malheureux des hommes.

Une grande crainte le saisit et le pousse à implorer Dieu. Seigneur, aide-moi! Mais Dieu n'est pas toujours facile à trouver; Dieu n'accorde pas toujours ses bénédictions aux premiers cris que nous poussons vers lui. L'angoisse de Jacob redouble; la résistance même que Dieu lui oppose l'engage à jeter sur sa situation un regard plus attentif, et qu'y voit-il? Ce n'est plus le danger dont il est menacé qui le frappe; ce danger, il l'a presque oublié. Non. Il comprend que tout ce qui lui arrive, que l'impasse terrible où il s'est engagé lui, sa famille, ses enfants, et avec lui le peuple de Dieu, le ministère dont il est chargé, il comprend que cette impasse, il ne s'y trouve acculé que par suite de ses fautes passées. Tous les mensonges qu'il a faits depuis son enfance, toutes ses infidélités, tous ses faux pas, toutes ses chutes et tous ses crimes, il les voit se dresser devant lui comme autant d'ennemis; sa situation, il s'en reconnaît lui-même le seul auteur, et s'il devait être anéanti avec tout ce qu'il possède, le châtiment, il le sent bien, ne serait que mérité.

Jacob est tenace;. Jacob est l'homme énergique par excellence. Il reprend le combat, « un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. Et voyant qu'il ne le pouvait vaincre, il le frappa à l'articulation de la hanche, et l'articulation de la hanche de Jacob fût luxée pendant qu'il luttait avec lui. »

Jacob est donc encore vaincu. Son énergie proverbiale, sa ténacité sans exemple qui lui ont fait vaincre tous les obstacles et surmonter toutes les difficultés, les voilà sans force et sans portée contre l'adversaire qu'il combat. Ah ! c'est que les moyens humains tout-puissants ailleurs sont ici parfaitement insuffisants. Dieu n'est pas homme pour se laisser vaincre par les armes de la chair et de l'homme naturel.

Et cependant, il me faut vaincre Dieu ! Si je l'ai contre moi, tout est perdu, non seulement ma vie présente, mais ma vie à venir, mon âme ! Si je l'ai pour moi, que me ferait l'homme? Que me ferez-vous, vous tous, fiers ennemis qui m'entourez en haussant les épaules? Que me ferez-vous, dangers qui menacez ma tête? Que me ferez-vous, difficultés de mon oeuvre, rochers qu'il me faut porter au haut des montagnes, si hauts et si lourds qu'ils m'écraseraient si je parvenais à les ébranler? Que me ferez-vous, pièges sans nombre qui vous ouvrez sous mes pas, prêts à me faire tomber lourdement? Que me ferez-vous enfin, vous qui vous dressez devant moi comme des spectres, vous, mes fautes passées, plus nombreuses que les cheveux de ma tête, et qui ne demandez qu'à m'enserrer dans les chaînes de fer que vous me montrez? Ah ! si Dieu est pour moi, vous êtes déjà vaincus, tous tant que vous êtes. Il est plus puissant que vous tous à la fois et quelque effroi que vous m'inspiriez, quelque désir que vous ayez de me perdre, vous ne ferez pas que vous ne soyez après tout ses humbles esclaves. Entre ses mains vous n'êtes plus terribles, je ne vous crains plus, et si je sens encore le poids de vos attaques, je me réjouirai d'y voir la verge dont mon Père me châtie. Oui... si Dieu est pour moi ! Mais sera-t-il pour moi?

« Et il dit : Laisse-moi aller, car l'aurore se lève. Et il dit: Je ne te laisse point aller que tu ne m'aies béni. Et il dit : quel est ton nom ? Et il répondit : Jacob. Et il dit : Jacob ne sera plus ton nom, mais Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu as été le plus fort. Et Jacob l'interrompant lui dit : Découvre-moi ton nom. Il répondit : Pourquoi me demandes-tu mon nom ? Et il le bénit là. »

Jacob a vaincu; il a vaincu Dieu par la prière et le repentir. Quel lever de soleil ! Quelle aurore sur sa vie, plus brillante que celle qui, dans ce moment même, dorait les collines du Jourdain!

Et il le bénit là.

***

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13 février 1875.

Il y a des gens dont toute la largeur consiste à avoir peur de l'étroitesse.

A y regarder de près, cette largeur-là n'est-elle pas la pire de toutes les étroitesses?

La fausse largeur est faite de concessions. La vraie largeur est faite d'amour. Les âmes qui ont faim et soif ne s'y trompent pas.

Quel homme fut jamais plus entier dans ses idées, plus ferme dans ses convictions, plus tranchant dans ses affirmations - autant de caractères de ce qu'on appelle l'étroitesse - que Jésus? - Et cependant tous venaient à lui. Qui, pendant ce temps, allait aux Sadducéens, ces gens « larges » et forts sur les concessions?

Apprenons de Jésus à éviter la fausse largeur, celle qui achète l'indulgence du monde à force de compromis, et surtout à aimer et à pratiquer la vraie largeur, celle de la charité.

J'ai une ambition, je la crois légitime. Plus je vois autour de moi les chrétiens se parquer en petites catégories, plus j'aspire à rester ouvert à tous, à attirer et à retenir près de moi tous ceux qui m'entourent. Je voudrais ne voir en eux, n'aimer en eux, ne chercher en eux que l'homme; je voudrais qu'ils ne vissent et ne trouvassent en moi que le chrétien,, c'est-à-dire encore l'homme. Etre Christ pour eux, voilà ce que je veux. La vie de Paul, pour ne prendre qu'un exemple, n'a pas été autre chose. Toute la seconde épître aux Corinthiens se réduit à cela. - Mais pour en arriver là, ne pas oublier la seule chose nécessaire : croire, faire l'abandon de soi-même, tout donner, afin de pouvoir tout prendre, et d'avoir tout à donner.


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