Il est écrit:
TA PAROLE EST LA VERITE  (Jean 17.17)
Cela me suffit...
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(Notre confession de foi: ici)
Il est écrit:
TA PAROLE EST LA VERITE
(Jean 17.17)
Cela me suffit...



PENSÉES DU MATIN 


ALFRED BOEGNER

 

AVANT-PROPOS

Il est nécessaire que nous donnions ici quelques explications sur le caractère de cette publication afin d'éviter un malentendu possible et les déceptions qui pourraient en résulter. On ne trouvera ici ni une forme très châtiée, ni même toujours une pensée nouvelle et originale. Celui qui s'en étonnerait se méprendrait sur ce qui nous a paru constituer l'intérêt propre de ces pages. Pour le faire comprendre, disons en Peu de mots dans quelles conditions elles ont été écrites.

À Alfred Boegner a su maintenir, au cours de son existence très active, l'habitude du lever matinal et de la méditation quotidienne. Pendant celte heure de recueillement il lui arrivait souvent de consigner par écrit l'impression reçue, soit d'une lecture de la Bible, soit d'un événement de la vie de tous les jours. Ecrivant pour lui-même, il ne s'est

jamais préoccupé de la forme, il ne s'est jamais soucié non plus de découvrir du nouveau, de faire oeuvre de penseur original. Tout au contraire ce sont les vérités les plus universellement admises par les chrétiens qu'il s'est efforcé de s'approprier en les mettant en contact avec les menus faits de la vie quotidienne.

On sera surpris peut-être aussi devoir combien les citations sont moins nombreuses dans les dernières années. Cela tient d'abord à sa vie toujours plus haletante, puis au caractère trop intime et personnel des notes.

En publiant ce qui, dans ces pages, nous a paru susceptible d'intéresser le public, nous ne nous dissimulons pas ce qu'elles peuvent avoir de fragmentaire et d'incomplet; nous n'ayons même pas cherché à les ordonner suivant un plan, le désordre chronologique nous paraissant plus sincère. Mais nous avons pensé que pour les âmes soucieuses de vie intérieure ces pages qui nous révèlent, non une pensée nouvelle, mais une expérience et une vie chrétiennes, ne seraient ni sans intérêt, ni sans profit.

H. B.


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PRÉFACE

Le caractère et le mérite distinctifs du livre que le lecteur a sous les yeux, et qui n'a pas besoin de lui être recommandé. puisqu'il est du cher et regretté Alfred Boegner, c'est qu'il offre, à un degré incomparable, toutes les garanties dune sincérité absolue. Les écrivains religieux, s'ils ont tous, je n'en veux pas douter, le désir défaire du bien, ne sont pourtant pas, non plus que les autres auteurs, exempts de toute préoccupation de plaire au public, et de se présenter à lui sous un jour favorable. Les recueils qui portent, comme celui que nous annonçons, le titre de « Pensées, » contiennent en général des sentences dont la forme est travaillée avec d'autant plus de soin et même de recherche, que le fond en est rarement très original. Quant aux lettres, elles sont pour l'ordinaire écrites avec moins d'apprêt; cependant leur auteur a eu quelquefois en Pue une publicité éventuelle, et en tout cas il s'adresse à une personne dont il lui importe particulièrement d'obtenir l'approbation et la sympathie. Rien de semblable dans les extraits de méditations qu'on va lire; nous disons « extraits, » car nous supposons bien que la famille ne nous livre qu'une partie des trésors qu'elle possède et qu'elle a conservé pour elle seule tout ce qu'elle jugeait trop intime.

Alfred Boegner a écrit ces pages pour lui-même, pour lui seul; il les a écrites pour s'aider à penser, comme quelques-uns prient tout haut pour s'aider à prier. Il n'y a rien de plus bienfaisant que d'entrer dans l'intimité d'une âme haute et pure; c'est un des plus grands bienfaits, et par conséquent aussi un des principaux attraits des épîtres de saint Paul. Les Pensées du matin (c'est en effet pendant les heures du matin, ce « dimanche de la journée, » comme l'appelait Adolphe Monod, qu'elles ont été rédigées, ou plutôt jetées sur le papier) vont permettre à ceux qui n'ont pas eu comme nous le privilège d'être au nombre des amis personnels d'Alfred Boegner, de lire dans son coeur et de pénétrer le secret de sa vie.

Comment caractériser celui que nous aimions et admirions et dont la mort à la fois subite et glorieuse a laissé dans le protestantisme français un si grand vide? On a dit de la sainteté de Jésus-Christ qu'elle résultait de l'harmonie de qualités qui paraissent opposées et qui s'excluent plus ou moins la plupart du temps. Il nous semble que, toutes proportions gardées, on peut dire quelque chose de semblable de son fidèle disciple. Il avait un coeur débordant de bonté et de sympathie, capable du dévouement le plus entier et le plus généreux. Mais c'était en même temps un intellectuel très averti et très occupé des questions théologiques, et qui éprouvait à un haut degré le besoin de penser sa foi; l'habitude mime qu'il avait prise (et qui sans doute est assez rare) d'écrire ses méditations journalières, en est une preuve frappante.

Notre ami était profondément humble et habituellement mécontent de lui-même; sa « Pensées du matin » en offrent d'abondantes preuves, mais en même temps elles nous parlent de la paix et de la joie que l'Esprit de Dieu répandait en son âme, des intuitions glorieuses qui, à de certains moments, lui étaient accordées. Boegner était profondément attaché aux doctrines évangéliques; en particulier, il croyait de toutes ses forces à la rédemption, tranchons le mot, à l'expiation de ses péchés parle sacrifice de Jésus-Christ. Mais il pensait en même temps que nous ne pouvons accepter ce divin sacrifice sans ratifier l'engagement moral qui en résulte. Il voulait que la croix fût le centre de la vie en même temps que de la foi : le libéral dont les affirmations religieuses sont incomplètes, mais qui vit ce qu'il croit, lui paraissait supérieur à l'orthodoxe qui adhère sans difficulté et sans réserve à tous les credos, mais qui n'est pas affamé de sainteté (page 90).

On sentira la valeur et la portée de ses réflexions, si l'on considère que Boegner les écrivait pour lui-même, non pour faire preuve de largeur et produire une bonne impression sur ceux du dehors.

Il serait facile de multiplier ces harmonies ou ces contrastes, comme on Poudra les appeler. Notre ami joignait à une activité dévorante, qui l' ruiné et consumé ayant le temps, une vie intérieure intense; attaché aux grandes vérités comme aux grands intérêts du royaume de Dieu, il n'en était pas moins persuadé de l'importance qu'il y a pour chacun de nous à se spécialiser, tant au point de vue de l'étude qu'à celui de faction; il ramenait toutes les questions pratiques à celle de la consécration du coeur à Dieu, mais il avait l'oeil ouvert sur les petits devoirs, par exemple sur la nécessité du lever matinal pour la méditation et la prière; il vivait pour les missions, c'est-à-dire pour le salut de l'humanité, mais il n'en était pas moins un fervent patriote, tant alsacien que français. On sait que les trois grandes obligations du chrétien se résument dans l'amour de Dieu, dans l'amour du prochain et dans l'amour généreux de soi; dites. si vous voulez, le souci de notre perfectionnement et de notre sanctification. Ces trois sentiments étaient tellement puissants chez Boegner, qu'on ne saurait dire lequel des trois dominait. Il aimait à rappeler une parole du Sauveur qui les résume et les fond ensemble admirablement: « Je me sanctifie moi-même pour eux » (pour mes disciples). Qui Jésus consacre-t-il? - lui-même: voilà le bon amour de soi; à qui? - à son Père :voilà l'amour de Dieu; pour qui ? - pour les siens : voilà l'amour du prochain.

Les dernières lignes du volume sont singulièrement émouvantes. Elles semblent avoir été écrites à La Rochelle, la veille de la dernière prédication avec laquelle le vaillant serviteur de Dieu exhala son dernier soupir. Tout pénétré de la grandeur de son sujet - Abraham béni et en bénédiction - il demande ardemment à Dieu de lui ôter la fatigue qui l'accable et de lui « donner ce sermon. » Dieu l'exauça: il traita son sujet et jusqu'au bout, avec une puissance qui fit impression sur tous ses auditeurs, puis il s'affaissa pour ne plus se relever.... Que je meure de la mort du juste!

Tout récemment, un ancien élève d'Alfred Boegner, qui n'est pourtant pas devenu un missionnaire, l'appelait « l'âme la plus pure et la plus sainte que Dieu m'ait donné de connaître (1), » et ajoutait que le commerce d'un tel homme aurait suffi à lui faire comprendre tout ce que la France a perdu en perdant l'Alsace. Certainement Alfred Boegner a été, comme Abraham, béni et en bénédiction. Il continue d'être en bénédiction à plusieurs, après sa mort; il le sera par ces pages mêmes, auxquelles une ancienne et fidèle amitié a bien voulu me permettre d'associer mon témoignage et mon nom.

C.-E. BABUT.


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. 1. Gaston Riou, « Foi et Vie, » du 16 octobre 1913.

 

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