Silvan Shalom (39 ans) fait sans aucun doute partie de la relève politique en Israël. Malgré son jeune âge, il s'appuie déjà sur une riche expérience en politique et dans le management. 1998 est sa sixième année au parlement israélien, la Knesset. Avant sa carrière de député, il était, vers l'âge de 30 ans, président de l'association estudiantine israélienne. En outre, il fonctionna comme conseiller des ministres des Finances, de la Justice et de l'Economie. Il fut aussi directeur général du ministère de l'Energie ainsi que président du comité directeur de la société d'Electricité israélienne - une des plus puissantes entreprises financières du pays. En plus de ses missions officielles et parlementaires, Silvan Shalom fit de brillantes études en comptabilité, en économie, en droit et en sciences politiques. Il remplit actuellement la fonction de vice-ministre de la Défense. Dans six mois, pour autant que le gouvernement se maintienne, Shalom occupera le poste de ministre des Sciences en raison de l'accord de rotation conclu.
L'interview avec le député Silvan Shalom a eu lieu immédiatement après un vote à la Knesset sur le budget, un vote qui fut favorable à la coalition. A la radio, on a pu entendre les prises de position des ministres Rafaël Eitan et Avigdor Kahalani, qui souhaitent des élections anticipées. Silvan Shalom, dont le nom est cité comme possible successeur de l'actuel ministre des Finances - si celui-ci était contraint de se retirer -, se montre pour le moment plutôt optimiste.
Question: Le gouvernement a-t-il une chance de se maintenir?
Réponse: Le Premier ministre doit franchir trois obstacles: l'Etat, la deuxième phase de retrait de la Judée et de la Samarie ainsi que les résultats de la commission d'enquête dans l'affaire Mashal. S'il parvient à éviter de chuter sur ces écueils, rien ne pourra plus l'arrêter.
Et selon vous, les franchira-t-il?
Oui, il le peut. Dans l'affaire Mashal, il s'avérera que Netanyahou n'était pas responsable. En ce qui concerne la deuxième phase de retrait, il obtiendra en fin de compte l'appui de son gouvernement. Tout dépend du budget, ce qui est un problème de gestion.
N'indiqueriez-vous pas ainsi qu'il manque d'aptitude à gérer?
Non, mais je pense que l'on aurait pu conduire les choses différemment. L'an dernier, nous avons réduit le budget de sept milliards de shekels. Et malgré tout, tout s'est bien déroulé, sans heurt, sans trouble. Etre politicien est aussi une profession.
Ce disant, pensez-vous au ministre des Finances et à sa manière de conduire l'Etat?
Le ministre des Finances n'est pas un politicien. Cela lui a réussi jadis. Mais je pense que maintenant, il devrait savoir comment il faut s'y prendre avec le budget.
Qu'en est-il de la crédibilité du Premier ministre? Vous avez jadis été un de ses plus grands défenseurs.
Je le soutiens toujours, bien que je n'aie jamais été retenu comme ministre alors que Netanyahou m'en avait fait la promesse. J'ai déjà dit que comme personne, Bibi ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, c'est la personnalité qui se trouve à la tête du gouvernement. De plus, comme Premier ministre, Bibi est nettement meilleur que Barak, le président du parti travailliste. Celui qui exige de nouvelles élections pour maintenant - élections qui, selon la loi, doivent se tenir endéans soixante jours - et croit que, durant ce laps de temps relativement court, l'image de Netanyahou s'améliorera ou qu'un autre candidat sera trouvé, celui-là se trompe. C'est impossible! C'est pourquoi, en cas de nouvelles élections, le candidat du parti travailliste arrivera au gouvernement.
Pour vous, Ehud Barak n'entrerait pas en ligne de compte comme Premier ministre!?
Dans le cadre de mes vues politiques, Barak est moins bon. Trop de membres du parti travailliste qui connaissent Barak affirment qu'ils sont pour un Etat palestinien. Et selon moi, la fondation d'un tel Etat est quelque chose de mauvais. Je suis d'un avis différent du parti travailliste. Cela vaut aussi pour le retrait des hauteurs du Golan. Le parti travailliste veut les rendre. Dans les questions économiques et sociales, nous n'avons pas non plus les mêmes conceptions. Je ne suis pas d'accord avec la philosophie de Barak.
Netanyahou à la tête d'un gouvernement constitue-t-il un obstacle insurmontable à la fondation d'un Etat palestinien?
Je pense que, aussi longtemps que moi et d'autres serons là, nous mettrons tout en oeuvre pour l'empêcher.
Arafat règne actuellement sur 93% de la population palestinienne, mais seulement sur une petite partie de la Judée et de la Samarie. En fait, il détient l'autorité absolue sur le peuple palestinien. Bientôt, il disposera aussi d'un aéroport et d'un port de mer. D'autres symboles d'un Etat apparaissent également. Nous acceptons tout cela, mais il est deux choses auxquelles nous nous opposerons fermement: les Palestiniens ne peuvent, en aucun cas, obtenir deux emblèmes extrêmement importants d'un Etat de droit. Ce disant, je pense aux relations extérieures indépendantes et à la responsabilité du domaine de la sécurité, ce qui impliquerait la formation de forts contingents militaires. Jusqu'à présent, Arafat ne les possède pas et il ne les obtiendra pas du Likoud.
Les Américains resteront-ils passifs devant cette situation?
Ce n'est pas leur problème.
Selon vous, quelles sont les chances d'une . . solution définitive du problème palestinien?
Je pense que nous devons continuer les négociations.
Mais cela ne signifie pas que je suis optimiste et que nous maintiendrons toutes nos exigences. Les négociations doivent se conclure en mai 1999. Arafat a déjà annoncé que, si jusque là on n'arrive pas à un accord, il décidera unilatéralement la fondation d'un Etat palestinien. Bien évidemment, de notre côté, nous réagirons par une démarche unilatérale aussi. Nous annexerons l'ensemble des territoires de Judée et de Samarie qui sont sous notre autorité.
Arafat ne l'ignore pas. Il sait qu'il a beaucoup trop à perdre. Il se contentera donc de deux régions séparées, l'une à Gaza et l'autre en Samarie, sans exiger qu'elles soient reliées entre elles.
Quelles sont les chances d'un règlement avec la Syrie?
Cela dépend d'Assad. Il exige toujours les hauteurs du Golan. Tant qu'il en sera ainsi, il n'y aura pas de négociations. Nous ne lui devons rien. Les choses qui ne sont pas établies par écrit ne nous engagent pas.
Est-il sage d'inviter les Syriens à s'asseoir à la table des négociations sans s'engager pour un retrait?
Rien n'est sage si l'on n'y croit pas.
Que pensez-vous de l'opinion selon laquelle la guerre est inévitable, s'il n'y a pas de retrait?
La chose s'est avérée inexacte au cours des années. Depuis 24 ans, nous n'avons pas eu de guerre avec la Syrie. Pourtant, nous ne leur avons pas rendu de territoires.
De même avec la Jordanie: nous n'avons pas eu de conflit armé avant la conclusion d'un traité. En outre, les Syriens comprennent qu'il faut tout d'abord régler la question palestinienne avant que nous nous mettions à négocier avec eux
En tant que vice-ministre de la Défense, quel regard jetez-vous sur les nombreuses négligences qui se sont produites l'an dernier au sein de l'armée et du Mossad? N'y a-t-il pas là des raisons de se faire du souci?
Exact! Ce n'a pas été une année facile. Il y a eu l'accident d'avion et les autres faits au cours desquels des soldats ont perdu la vie au Liban. Il y a eu des victimes dans le cadre des opérations de commandos au Liban, l'affaire Mashal et maintenant celle de l'agent du Mossad Gil. Mais si l'on analyse ces faits séparément, on comprend qu'ils n'ont rien à voir les uns avec les autres. De telles choses peuvent arriver. Tout cela n'est qu'un hasard malheureux, celui qui n'ose rien n'obtient rien. Si nous étions restés passifs, nous n'aurions commis aucune erreur. Mais comme nous faisons beaucoup pour la sécurité d'Israël, il est évident qu'à côté de brillants succès remportés, nous essuierons aussi des revers. Il arrive souvent que les succès ne soient pas portés à la connaissance du public, qui ne sait donc pas combien de manoeuvres ont réussi et combien d'attaques terroristes ont été déjouées. Si les gens en étaient informés, nos forces de sécurité seraient différemment perçues. Nous possédons une armée de premier ordre, qui fait son travail avec conscience.
Pour terminer je voudrais vous demander quel conseil vous donneriez aux amis d'Israël à l'étranger Comment peuvent-ils soutenir votre pays?
Vous devez agir sur l'opinion internationale. Nous ne connaissons plus aujourd'hui l'isolement. La réalité au Proche-Orient s'est modifiée en faveur d'Israël depuis l'éclatement de l'Union soviétique. Nous entretenons actuellement des relations avec de nombreux pays. Aide et soutien nous sont les bienvenus.
Nouvelles d'Israël 02 / 1998