«Israël doit s'occuper lui-même de sa sécurité»
Question: «De quelle manière la sécurité d'Israël a-t-elle changé depuis la guerre du Golfe du début 1991, et quelles sont les conséquences pour le proche avenir? »
Le ministre de la Défense Moshe Arens: «Il est à espérer que tous les dictateurs arabes soient conscients qu'une attaque contre Israël finirait comme celle de l'Irak, qui avec ses missiles était une menace directe pour notre pays, et par conséquence, qu'ils s'abstiendront de toute agression à l'avenir. Israël a maintenu sa position contre cet état de fait.»
«La stratégie israélienne était basée, avant la guerre du Golfe et la menace de l'Irak, sur l'effet dissuasif d'une réponse rapide et énergique par l'armée et l'aviation. Durant la guerre du Golfe, votre pays n'a pas répondu aux attaques de missiles irakiennes et laissé les alliés contre-attaquer. Est-ce que ceci signifie qu'Israël fondera sa sécurité à l'avenir principalement sur la couverture stratégique des USA ainsi que sur leur intervention?»
«Non, je ne le pense pas. Il est vrai, que pour les raisons de retenue avancées durant la guerre du Golfe qui répondaient aux nécessités politiques en relation avec les USA, Israël n'est pas intervenu. Israël s'était trouvé dans une situation spéciale. A mes yeux, la guerre du Golfe est le meilleur exemple qu'Israël doit, aussi à l'avenir, s'occuper de sa sécurité par sa disposition de défense et ses capacités à repousser toute agression. Les USA et leurs alliés ont eu besoin de cinq mois pour leur rassemblement au Golfe, avant d'être prêts pour se charger militairement et avec la précision exigée de l'année irakienne station née au Koweït. Israël n'a pas autant de temps à sa disposition. Il risque non seulement de devoir faire face à la menace militaire de l'Irak, mais il doit aussi compter avec la possibilité, dans chaque conflit, de ne pas seulement devoir se défendre contre l'année irakienne en cas de guerre, mais simultanément, contre la Syrie, la Jordanie et l'Arabie Saoudite.»
«Vous prévoyez, pour l'avenir, autant que possible, des guerres de coalition contre Israël comme l'attaque de la Syrie et de l'Egypte en 1973 ou la guerre des Six jours avec la Syrie, l'Egypte et la Jordanie en juin 1967?»
«Nous devons toujours prévoir de telles possibilités et compter sur la participation d'autres armées ou troupes arabes à de telles actions contre Israël. En 1973, les Irakiens, par exemple, ont participé au front syrien, contre Israël. La sécurité d'Israël est non seulement menacée d'un côté, mais nous nous voyons très exposés à plusieurs frontières. Rien que pour cette raison, Israël n'a pas cinq mois à sa disposition jusqu'à ce que les forces américaines, ou autres, se rassemblent et puissent intervenir. De plus, Israël est un petit pays vulnérable sans marge de sécurité, comme celle de l'Arabie Saoudite. Nous n'avons simplement pas le temps d'attendre que des amis disposés et capables viennent à notre secours. Dans se domaine, rien n'a changé. La guerre du Golfe, avec tout le temps dont les alliés ont eu besoin pour leur action militaire, nous prouve cette réalité.»
«La coalition internationale, sous la direction américaine, a agi avec l'autorisation des Nations Unies en vertu des résolutions du Conseil de sécurité. Est-ce que l'ONU est une organisation internationale de sécurité adéquate? Israël pourrait-il compter, en cas de crise ou de menace d'attaque, sur son autorité et sa capacité d'agir? »
«Les Nations Unies n'ont pas organisé une action militaire pour repousser les Irakiens. Elles ne mobilisent pas des forces armées internationales. Ce sont les USA qui, sous les auspices de l'ONU, se sont opposés aux Irakiens au Koweït, avec leur armée et la participation de celles d'autres nations qu'ils ont ralliées à cette cause. Mais pour ce faire, les USA ont eu besoin de cinq mois. Ceci en dit long sur l'influence de l'ONU.»
«Vous avez conclu une convention avec les USA concernant un entreposage d'armement et de provisions sur le territoire israélien. Un tel entreposage améliore-t-il la possibilité des USA d'intervenir rapidement et d'offrir une assistance militaire ou un soutien en cas de crise?»
«Cela représente déjà une certaine amélioration puisque cela signifie que des moyens matériels pour le soutien de la défense israélienne sont disponibles en cas de crise, sans la contrainte de mobiliser des ressources supplémentaires. Il ne s'agit pas de grandes quantités, mais une certaine réserve sera constituée, pouvant être rapidement mis en oeuvre. Cela représente un avantage - mais pas un changement décisif.»
«Vous concluez de cette constatation qu'Israël doit s'aider soi-même en gardant à sa disposition des troupes opérationnelles et puissantes, en s'appuyant sur leurs capacités militaires, sans se baser, ou peu, sur de l'aide étrangère ou un soutien international?»
«Si cette guerre comporte une leçon, c'est ceci: nous ne devons compter que sur nous-mêmes et sur personne d'autre. Cette ancienne affirmation s'est confirmée, et nous nous laisserons guider par cette certitude.»
«Le Président George Bush a dernièrement lancé une initiative pour un contrôle de l'armement au Moyen-Orient, à savoir: stopper la livraison de moyens de destruction massive et le transfert de la technologie correspondante, et, en principe, limiter aussi l'armement conventionnel. Ses propositions suffisent-elles pour renforcer la sécurité de la région ainsi que celle d'Israël? »
«Nous sommes d'avis que la raison principale de l'instabilité dans la région, et partant, celle de la guerre, est la grande masse d'armes conventionnelles stockées au Moyen-Orient, ainsi que la disproportion énorme entre les armes en possession des Etats arabes et celles d'Israël. Ce n'est que si l'on se préoccupe de ce problème que l'on pourra faire des progrès en ce qui concerne la stabilité et, finalement, la paix. Car ce déséquilibre d'armements en faveur des Etats arabes a toujours entraîné des attaques militaires et une politique agressive de ces Etats vis-à-vis d'Israël.
C'est pour cette raison que nous avons proposé une conférence internationale. Les Etats qui livrent des armes au Moyen-Orient, ainsi que ceux qui les achètent pour s'équiper, devront y participer. Si les pays étrangers qui livrent ces armes conventionnelles s'abstenaient de le faire, alors un pas décisif pour la réglementation de la course aux armements au Moyen-Orient et pour la sécurité dans cette région serait fait.»
«A part les armes conventionnelles, des missiles et de la technologie aéronautique sont livrés au Moyen-Orient, comme le démontre en ce moment le cas de l'Irak, ainsi que d'autres Etats arabes, surtout la Syrie qui reçoit des missiles du type soviétique SCUD de la Corée du Nord. Selon vous, existe-t-il réellement un intérêt suffisant chez les Etats arabes pour un contrôle objectif et efficace de l'armement? »
«Je ne sais pas si les Etats arabes y sont réellement intéressés. Mais si les Etats qui livrent de telles armes et de la technologie militaire aux Arabes arrêtent de le faire, alors il est sans importance que les Arabes y soient intéressés ou non. C'est pour cette raison que la responsabilité appartient aux nations qui livrent tout armement militaire à ces pays.»
«Dans ce cas, outre les cinq puissances qui sont les membres permanents du Conseil de sécurité et, en même temps, les fournisseurs principaux d'armes au Moyen-Orient - l'URSS, les USA, la Chine, la France et la Grande-Bretagne - les autres aussi, devront accepter un tel embargo et participer réellement à un contrôle d'armement, en collaboration avec d'autres nations. Est-ce votre avis?»
«Naturellement il ne suffira en aucun cas que seulement ces cinq y participent, car d'autres pays leur livrent également des armes.»
«De plus, il faut certainement que tous vos voisins y participent? »
«Oui, de plein gré ou non. Par contre, si toutes les nations qui effectuent des livraisons d'armes arrêtent de le faire, alors le contrôle de l'armement se fera automatiquement et leur participation ne sera plus importante.»
«Est-il opportun de poursuivre le contrôle de l'armement en priorité, tant que les conflits politiques - donc les raisons de l'armement et de l'aspiration à la supériorité militaire - ne sont ni résolus ni cernés ni atténués? Cette objection est souvent utilisée contre le contrôle de l'armement en tant que moyen politique. Touche-t-elle le Moyen-Orient?»
«Un accord sur la limitation des armements dans cette région est indispensable pour sa sécurité, car vu les régimes dictatoriaux de certains pays arabes, on ne peut espérer concrètement une solution politique aux problèmes. Je ne peux que conseiller de ne pas attendre que des solutions politiques soient trouvées; il faut agir afin de limiter l'armement de ces dictateurs.»
«Voudriez-vous un contrôle de l'armement, et par là une parité entre Israël et les Etats arabes, dans l'éventualité toujours latente d'une guerre de coalition, contre vous-mêmes?»
«Nous devons y compter. C'est pour cette raison que nous voulons qu'il ne soit pas livré d'armes, ou du soutien technologique pour son armement, à aucun des Etats qui maintiennent l'état de guerre envers Israël.
«Au vu de cette base et de la situation de sécurité actuelle et compte tenu de l'armement existant, comment évaluez-vous la conception du Président Bush d'un <nouvel ordre mondial» dans les relations pacifiques pour le Moyen-Orient? »
«Nous aimerions bien voir un tel <nouvel ordre>.; Mais, pour l'instant, il n'y a pour ainsi dire pas de signe visible. Saddam Hussein est toujours au pouvoir en Irak, les Syriens ont annexé de facto le Liban, partout dans le monde il y a des pays qui sont intéressés de livrer des armes au Moyen-Orient, et les actes de violence et de terrorisme se poursuivent. Il faut donc dire ceci: le <nouvel ordre> ne commence que prudemment.»
«A quoi, et comment l'Europe peut-elle contribuer à un ordre de paix stable au Moyen-Orient?»
«Pour commencer, les pays européens pourraient stopper les livraisons d'armes aux dictateurs arabes. De plus, ils devraient rendre inefficace le boycott arabe envers des établissements qui travaillent avec notre pays en utilisant les pressions adéquates. Personne dans le pays ne peut comprendre pourquoi les démocraties européennes soutiennent ce boycott qui, indirectement, sert au combat contre Israël. Une politique européenne visant la paix et la sécurité au Moyen-Orient devrait avant tout reconsidérer ces états de faits.» (DW)
Nouvelles d'Israël Septembre 1991