Entretien avec le président du Conseil de la colonisation

Pinhas Wallerstein

 

Pinhas Wallerstein est actuellement un des politiciens israéliens les plus occupés. Agé de 49 ans, il est le président de l'Association des colons de Judée, de Samarie et de Gaza. Il représente les intérêts, les buts et les rêves de 170.000 personnes habitant dans les quelque 140 colonies de ces régions. Ces gens, en majorité, sont très angoissés face à l'avenir. Selon les accords d'Oslo, la deuxième phase de retrait prévoit que 13% de Judée et de Samarie soient cédés aux Palestiniens.

Il y a là 20 colonies juives. D'après lesdits accords, ces colonies ne doivent pas être simplement rendues aux Palestiniens, mais elles pourront subsister comme enclaves dans le territoire palestinien. Une telle situation laisse peu d'espoir aux colons. Le Conseil de la colonisation, dirigé par Pinhas Wallerstein, combat fortement ce plan. Les protestations prévues ont considérablement occupé Wallerstein ces derniers temps.

Cet entretien a eu lieu le lendemain de son audition par la police. Wallerstein aurait collaboré à l'établissement d'une soi-disant radio pirate (Canal 7). Cette station radiophonique est extrêmement populaire chez les colons en Israël. Elle émet illégalement de là depuis dix ans, mais elle n'a été repérée par la police que cette semaine.

 

Question: Monsieur Wallerstein, se peut-il que précisément ce gouvernement de droite vous vise?

Réponse: Cela dépend... Ce ne serait pas élégant de le formuler ainsi. Je ne pense pas que le gouvernement nous vise. Mais je crois qu'il y a des employés de niveaux différents qui le font.

 

Vous m'étonnez. Vos collègues de droite attaquent le gouvernement. Et vous lui faites confiance?

La situation est très compliquée. Nous réagissons en conséquence. Chez nous, vous n'entendrez pas des gens réclamer la chute du gouvernement. Chez nous, il n'y a pas de cris: «Bibi, démissionne! » Vous entendrez plutôt des protestations contre la réalisation de la deuxième phase de retrait.

 

Cependant, il y a parmi vous des gens qui qualifient de "traître" et de «Josèphe Flavius» Uri Elizur, le responsable du département du Premier ministre. Ne sont-ce pas là des insultes indirectes visant Netanyahou?

De tels propos insultants, vous ne les entendrez ni de moi ni de mes gens. Uri Elizur est mon ami. Il est fermement convaincu qu'une deuxième phase de retrait est inévitable. C'est pourquoi il veut maintenir les dégâts aussi petits que possible. Nous voulons participer au planning et être informés des détails. Je pense que même si les chances ne sont que d'un pour cent, nous ne pouvons renoncer à la lutte.

 

Pensez-vous réellement que les aiguilles peuvent revenir en arrière? Croyez-vous vraiment que ce processus pourra être arrêté?

La phase présente de retrait se laissera stopper. Nous pouvons faire sentir notre influence. Cela vaut certainement pour l'ampleur actuelle qui lui est donnée. A mon sens, c'est possible. Si nous devions échouer, et je ne dis cela nullement par désespoir, nous verrons alors comment continuer - comment empêcher que nos colonies passent soudainement en territoire hostile. Cela comporte des dangers, amène un sentiment d'angoisse.

 

Dans quelle mesure est-il question de dangers réels pour les habitants?

Il n'y a pas de danger immédiat. Il est stipulé dans les accords d'Oslo qu'aucune colonie juive ne peut être détruite. Même Peres et son ami Jossi Beilin étaient d'accord sur ce point. Ils ont conçu ce projet. Les risques sont plutôt à long terme. Ils se produisent au plan de la vie quotidienne des colons. Que devons-nous faire quand, par exemple, une conduite se rompt et qu'une nouvelle doit être installée? Le district se trouve sous souveraineté palestinienne. Ou pour des installations électriques ou téléphoniques? Là se trouvent les dangers..

 

Et le Premier ministre ne le voit pas?

Selon moi, non. Seulement très peu de gens comprennent les conditions sur place. Pour le Premier ministre, il est facile de limiter la sécurité aux questions d'existence immédiates. Il n'y a pas une telle menace.

Les dangers sont dans la continuité de la vie juive dans les colonies. Comment les colons doivent-ils vivre là?

 

Où se situe la ligne rouge?

J'ai reçu un mandat. Je représente ceux qui croient que les intérêts israéliens en Israël doivent être défendus. Mes électeurs pensent que le pays doit être colonisé et que les colons doivent être soutenus. Je dois y veiller. Si je constate que nos colonies deviennent des îlots, des enclaves - ce qui équivaut en fin de compte à leur porter un coup fatal -, la chose sera à considérer avec le plus grand sérieux.

 

Comment voulez-vous vous y opposer?

Je ne pense pas qu'on en viendra à cela. Mais si la chose devait se produire, les colons de Judée et de Samarie ainsi que le Conseil des colons tenteront de faire tomber le gouvernement.

 

Jusqu'où voulez-vous aller? De quelle gravité seront vos protestations?

Cela dépendra de l'importance des dommages infligés.

 

En êtes-vous vraiment capable? Actuellement, il ne semble pas y avoir unisson. Aujourd'hui, du côté de la droite et dans leur parti, ,le Mafdal, d'autres voix se font entendre. Quelques-uns des nationaux-religieux sont pour un retrait; ils soutiennent le gouvernement. Mais il y a aussi des adversaires déterminés. La scission du camp de droite ne vous cause-t-elle pas du souci?

Certainement! Mais il n'est pas encore question d'une réelle division. Ce serait exagéré. Je pense cependant que si les colons de Judée et de Samarie étaient amenés à devoir envisager la chute du gouvernement, il n'y aurait plus de division chez nous. Nous serions bien unis.

 

Que pensez-vous du boycott que les Européens veulent imposer sur les produits des colonies?

Dans cette affaire, je ne vous parlerai pas en tant que président du Conseil des colons, mais comme citoyen israélien. Nous devons comprendre que les accords signés après Oslo - je pense, entre autres, à celui de Paris - ont, au fond, démoli l'agriculture israélienne. Dans cet accord, il est stipulé qu'Israël et l'Autorité palestinienne réalisent leurs exportations ensemble. En conséquence, les frontières israéliennes ont été ouvertes aux produits de l'agriculture palestinienne. Ils sont moins chers. Cela nuit grandement à l'agriculture israélienne, qui n'a dès lors plus d'autre solution que d'exporter. Si les Européens veulent désavantager les produits israéliens au profit des palestiniens, ils enfreignent l'accord. Nous interdirons alors aux marchandises palestiniennes l'accès au marché israélien.

On doit faire preuve de bonne volonté de part et d'autre.

 

Pour terminer, je voudrais vous demander ce que vous conseilleriez aux membres de Beth-Shalom. fils sont tous des amis enthousiastes d'Israël. Comment peuvent-ils aider votre pays et vos amis?

La chose la plus importante est l'opinion publique.

Par des appels téléphoniques et des lettres, ils peuvent protester auprès de leurs gouvernements respectifs contre le boycott européen. Ces dirigeants comprendront alors que l'opinion publique n'est pas unanimement contre nous, qu'il se trouve encore des gens qui comprennent et soutiennent Israël. Cela aura, je pense, son effet. Peut-être pas auprès de tous les gouvernements, car quelques-uns d'entre eux sont déjà des cas désespérés. Il en est cependant d'autres qui sont à l'écoute de leurs citoyens. C'est pourquoi il est bon de faire entendre sa voix!

Nouvelles d'Israël 08-98

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