L'oubli et la confiance

 

Mon mari a eu une liaison adultère qu'il a abandonnée, il y a 4 ans. Depuis, il a confié sa vie à Jésus-Christ et Dieu a complètement renouvelé notre couple. Pourtant je ne me sens pas tout à fait tranquille quand mon mari s'adresse à une autre femme ou me parle d'une cliente. Est-ce normal?

 

Vous dites que votre mari a confié sa vie à Jésus-Christ et que Dieu a renouvelé votre couple de façon merveilleuse. Il me revient à l'esprit ce que l'apôtre Paul écrivait: «si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature, les choses anciennes sont passées, voici: toutes choses sont devenues nouvelles. Et tout cela vient de Dieu qui nous a réconciliés avec Lui par Christ... Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec Lui-même sans tenir compte aux hommes de leurs fautes» (2 Cor. 5, 17 à 19). Se convertir, c'est tourner le dos au péché pour regarder à Dieu et ce que Dieu commence en nous, au moment de la conversion, il veut l'achever (voir Phil. 1, 6).

Tout cela s'applique aussi à votre mari et à sa situation. Le fait qu'il vous parle de ses clientes ou qu'il ne se cache pas de vous pour s'entretenir avec une autre femme, est la preuve d'une part qu'à ses yeux son passé est réglé, et que d'autre part il ne met pas en doute votre pardon. «L'amour couvre toutes les fautes» et «l'amour ne soupçonne pas le mal» (1 Cor. 13, 5). Votre blessure a dû être telle que vous faites comme si votre amour n'avait pas été renouvelé comme l'a été votre couple: il semble «sous réserve» et non pas basé sur la confiance et l'espérance. Quand on a subi un traumatisme, on craint certes qu'ils ne se reproduise et on a tendance à interpréter les événements de la vie présente sous l'angle de ce passé douloureux. Ainsi, au lieu de regarder l'avenir et les promesses de Dieu qui concernent aussi votre mari, vous paraissez fixée au passé, ce qui produit des exigences peut-être injustes et un comportement non sincère. Votre devoir est d'aimer votre mari, d'être une aide pour lui et de tout partager avec lui; mais évitez de le considérer comme votre propriété privée, comme un animal domestique ou comme un objet à manipuler.

La souffrance que vous avez supportée pendant le passé adultère de votre mari vous autoriserait-elle, désormais, à douter que Dieu écarte de nous nos transgressions aussi loin que l'Orient est éloigné de l'Occident et les enfouit tout au fond de la mer (Ps 103, 12 et Mich. 7, 19)? Demandez à Dieu de consoler votre coeur blessé et peut-être vous montrera-t-il aussi ce que vous ne pouvez vous pardonner à vous-même pour être incapable de pardonner complètement cette faute passée de votre mari. Celui-ci mérite tout votre amour et votre pardon. Savez-vous que l'infidélité c'est aussi ne pas croire, ne pas faire confiance à quelqu'un? Paradoxalement, c'est ce qui peut pousser une personne à l'infidélité sexuelle: quelqu'un qui ressent un manque de confiance à son égard, se sentant en insécurité et pas ou mal aimé, cherchera ailleurs ce qu'on ne lui donne pas chez lui.

Malgré votre douloureuse expérience, osez affronter la jalousie: mise au même rang que la débauche ou la magie, elle fait partie des oeuvres charnelles, selon Galates 5, 19. Elle est hélas souvent le lot de ceux qui aiment peu ou mal, parce qu'ils ne s'aiment pas eux-mêmes. C'est un manque de paix intérieure qui, si tel est votre cas, pourrait révéler un manque de confiance en Dieu.

Confessez votre problème au Seigneur, afin d'être guérie et d'en être libérée; vous verrez que votre amour pour votre mari deviendra authentique et lumineux, porteur de foi et d'espérance. Cet amour sera alors semblable à celui que Dieu attend: «il n'y a pas de crainte dans l'amour, mais l'amour parfait bannit la crainte, car la crainte implique un châtiment et celui qui craint n'est pas parfait dans l'amour» (1 Jean 4, 18).

Dominique Dirrenberger

AVENEMENT Octobre 1993 No 64 / P 28

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