La mère promise

 

Je suis chrétienne, heureuse épouse et maman de deux garçons. Mais une amie, mariée depuis près de dix ans, est découragée et dépressive parce qu'elle ne peut plus espérer avoir d'enfant. Tout a été essayé, au plan médical, mais sans succès. Elle se révolte ouvertement contre Dieu. Or, je voudrais tellement l'aider, pour qu'elle retrouve sa joie et se tourne, enfin, vers son Sauveur. J'ai pensé m'offrir comme «mère porteuse» et donner ainsi à ce couple un enfant qui, grâce à la médecine, sera bien à eux deux. Dois-je en parler à mon amie? Quel est votre avis?

 

Je constate avec plaisir que vous êtes sensible à la peine de votre amie; vous souhaitez son bonheur. Votre intention est louable mais est-elle juste? En tout cas, sachez que vous n'êtes pas la première à me demander conseil sur cette question.

Dans votre lettre, une chose m'étonne cependant: vous ne me dites rien de votre mari; or, son avis m'intéresse. Est-il consentant? Envisage-t-il votre décision avec plaisir? Ici je vous rappelle la parole de Paul: «la femme n'a pas autorité sur son propre corps mais c'est le mari» (1 Cor. 7, 4 - L'apôtre pense surtout à la vie intime du couple). Votre conjoint ne sera-t-il pas humilié de devoir expliquer que sa femme va mettre au monde un bébé pour «le compte» d'une amie? Comment expliquerez-vous à vos enfants que ce n'est pas le petit frère que vous attendez, mais un cousin éloigné?

Autre chose m'étonne; vous ne paraissez pas vous soucier de savoir s'il est dans le plan de Dieu d'accorder un enfant à votre amie? Puisque tout ce qui a été tenté sur elle par les médecins a échoué, ne devrait-on pas en déduire que telle n'est pas Sa volonté? Après tout, Dieu est souverain et ce sont ses desseins qui comptent et doivent s'accomplir, même si nous ne les comprenons pas. Sans doute a-t-il ses raisons de ne pas répondre au désir - combien légitime pour une épouse - d'être une maman comme les autres. (J'écris ces lignes sachant que c'est une bien grande épreuve pour un couple que de ne pouvoir procréer). Il n'empêche que Dieu a un plan pour chaque foyer.

Le cas de Sarah peut vous éclairer. Elle aussi est une épouse qui désespère de mettre au monde un fils (pourtant promis); insatisfaite et incrédule, elle pousse son mari dans les bras d'Agar pour avoir, par sa servante, l'enfant tant désiré. Dans son idée, elle veut faire jouer à cette femme le rôle de «mère porteuse». «Peut-être, aurais-je par elle des enfants» (Gen. 16, 2). On connaît les graves conséquences qui devaient en résulter: difficultés sans nombre dans le foyer et conflits permanents entre la descendance d'Agar et la postérité de Sarah.

Je vous propose enfin de réfléchir sur un cas, certes extrême, mais qu'il convient d'envisager. Et s'il advenait que votre amie ou son mari refusent de se charger de l'enfant parce qu'on découvre à la naissance qu'il est gravement handicapé . . . que feriez-vous alors ? Tout est possible après tout.

Personnellement je vous déconseille vivement de réaliser votre désir d'aider ainsi votre amie.

Exprimez plutôt votre amour en priant fidèlement pour elle, avec instance, afin que le Seigneur touche son coeur et l'amène à accepter Sa volonté. Dieu l'en rendra capable et la remplira de joie si elle y consent. Pourquoi ne l'encourageriez-vous pas à adopter un enfant? Je connais plusieurs cas où, même après l'adoption d'un garçon ou d'une fille, le Dieu de bonté a accordé un enfant à celle qui était stérile. On peut être soumis et espérer cependant. Oui, le Dieu souverain veut le meilleur pour ses créatures qu'il aime quand bien même nous ne comprendrions pas ses desseins.

Que Dieu éclaire votre chemin et vous utilise alors pour la joie de votre amie.

A. Adoul

AVENEMENT Septembre 1992 No 51 / P 28

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