Maltraitance au foyer

 

Tout seul dans un coin, Sylvain boude! Une petite larme coule sur sa joue rouge. Rouge de colère, de frustration, de sentiments d'injustice et d'incompréhension. Il vient de se faire gronder par un moniteur du club d'enfants.

 

«Sylvain, pourquoi pleures-tu maintenant? Tu sais très bien qu'il ne faut pas donner des coups de pied aux autres enfants. Tu sais que Jésus t'aime et qu'Il nous apprend aussi à aimer, n'est-ce-pas ?»

Le petit Sylvain tourne alors le dos. Malgré sa réticence, la petite larme qui s'échappe et glisse sur une de ses baskets usées parle à sa place.

Qu'il est difficile de lui apprendre à aimer alors qu'il ne connaît que la violence chez lui: en effet, Sylvain fait partie de ces nombreux enfants qui se font battre tous les jours. Elevé par sa mère, ses soeurs aînées et leurs soit-disant «amis» qui s'installent chez eux de temps à autre, le petit fait office de bouc émissaire. Agacés par la télévision qui reste allumée en permanence, souvent livrés à l'alcool, les «invités» ne supportent pas la présence d'un enfant de 5 ans. Sylvain nous explique comment les hommes qui vivent chez lui, et parmi lesquels aucun n'est son père, le frappent, le tapent et lui donnent fréquemment des coups. Pour une toute petite bêtise d'enfant, il se prend un grand coup! Il ne comprend pas ce qui lui arrive, mais il devient de plus en plus éteint, triste et agressif: pas étonnant donc qu'il devienne à son tour violent.

Depuis l'année dernière, la violence chez les enfants a augmenté de 18 %. Ce chiffre est d'autant plus effrayant si l'on considère qu'il représente le cas de 65 000 enfants s'étant trouvés en situation dangereuse, dont 20 000 ayant subi des maltraitances très graves, et 45 000 des «négligences alarmantes et des violences psychologiques» (selon une étude de l'Odas).

Reste à savoir si la hausse révélée par des méthodes de surveillance plus vigilantes qu'autrefois indique réellement une aggravation du problème de la violence, ou s'il a toujours existé. La réponse est «normande», c'est-à-dire oui et non à la fois. Il est vrai que la prise de conscience aiguisée du phénomène de la maltraitance enfantine a abouti à des contrôles plus stricts donnant lieu à des évaluations plus fiables.

Toutefois il semble que plus la technologie avance, plus la violence éclate dans les foyers. Chaque semaine apporte son lot d'innovations en matière de communication. Malheureusement, un film qui n'est pas «hyper-choc» n'intéresse quasiment plus personne. On est habitué à voir la violence bien sanglante, la sexualité exhibée et des phénomènes paranormaux. Toutes ces images se sont infiltrées dans notre culture à tel point que sans elles, on s'ennuie devant la télévision. Mais ces stimulations sont nocives et influencent le comportement du spectateur, petit à petit calqué sur celui du héros qu'il admire sur écran.

Pour trouver d'autres explications à ce taux horrifiant d'enfants et de femmes violentés chez eux, il nous faut réfléchir sur le type de personnes s'adonnant aux sévices. Beaucoup sont d'anciennes victimes d'agressions régulières. Il faut dire que si la violence est de plus en plus présente sur les écrans et dans les médias, elle a fait son apparition il y a bien longtemps: il s'agit donc bien d'un cercle vicieux où la victime devient bourreau. Le chômage a également sa part dans cette histoire cruelle de la maltraitance: il s'avère qu'un homme sans travail a une mauvaise image propre. Or, un homme dévalorisé, désoeuvré et sans buts, passivement affalé devant sa télévision, est en proie à l'agressivité. Malgré une situation financière difficile, trop souvent les chômeurs s'enfoncent dans l'alcool ou la drogue, pourvoyeurs de violence s'il en est.

Que faire pour arrêter cette sauvagerie devenue familière? Il faut soigner les petites victimes comme les plus grandes, celles qui subissent les violences comme celles qui les engendrent. Mais avant tout, il faut que chacun se sente concerné: on ne doit pas garder les yeux fermés lorsqu'une famille est empêtrée dans des problèmes de ce type. Il faut même parfois faire intervenir les services sociaux, ce qui est souvent un pis-aller vu le peu d'affection que les enfants reçoivent en foyer d'accueil.

La Bible donne une valeur à chaque être humain. Elle lui apporte une nouvelle image de lui-même (1 Cor, 5, 7), par le fait même qu'elle le transforme progressivement à l'image de Dieu (2 Cor. 3, 18). Elle lui apprend la patience, le contrôle de soi, la tendresse et la joie, malgré les épreuves. N'oublions jamais l'aide de Celui qui, étant le Prince de paix, peut nous mener avec assurance sur le chemin de la guérison.

Janey DeMéo

AVENEMENT Décembre 1996 No 102 / P 22

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