
Avec l'arrivée de Bill Clinton, le mouvement pro-avortement et le lobby du contrôle des naissances ont retrouvé le chemin du gouvernement américain. La Maison-Blanche a fait savoir que le contrôle des naissances est la plus haute priorité du nouveau gouvernement, et le 23 novembre dernier, le Département d'Etat a fêté le renouveau du subventionnement de la Fédération Internationale du Planning Familial (FIPF).
C'est dans ce contexte que la prochaine Conférence du Caire prend un relief tout particulier. D'autant plus que les termes et le projet du programme d'actions de la Conférence, un volumineux dossier de 125 pages, semblent être tirés directement d'un manifeste du Planning Familial ou autre mouvement féministe.
Le préambule décrit les trois domaines prioritaires: l'éducation, en particulier celle des filles -, la réduction de la mortalité infantile, juvénile et maternelle et l'accès universel aux services de planification de la famille et de santé « génésique ».
Par « génésique», on entend le bien-être général, tant physique que mental et social, de la personne humaine, pour tout ce qui concerne l'appareil reproducteur, ses fonctions et son fonctionnement et non pas seulement l'absence de maladie ou d'infirmité. Cela suppose qu'une personne peut mener une vie sexuelle satisfaisante en toute sécurité, qu'elle est capable de procréer et libre de le faire aussi souvent ou aussi peu souvent qu'elle le désire. Présentation du nouveau paradis terrestre où l'épicentre de l'homme se situe sur son appareil reproducteur, immédiatement accessible au titre des Droits de l'Homme: « Les droits sexuels et génésiques correspondent à certains droits de l'homme déjà reconnus. ( ... ) Le fondement des droits sexuels et génésiques est la reconnaissance du droit de tous de décider librement du nombre d'enfants et de l'espacement des naissances ».
De rares mesures concrètes sont quand même proposées: «Il importe à cet égard ( ... ) d'assurer la production locale de contraceptifs de qualité garantie et d'un coût abordable, ce pourquoi une coopération sur le plan technologique et d'autres formes d'assistance technique devraient être encouragées ». Car bien sûr, là aussi, le préservatif est roi, même si tous contraceptifs, y compris abortifs comme le stérilet et maintenant le RU 486 - quand ce n'est pas la stérilisation sont utilisés largement. Tout est bon pour faire reculer l'hydre de la démographie galopante agitée depuis des siècles mais qui prend sous le souffle des organisations malthusiennes des proportions dantesques: « L'accroissement de la population mondiale a atteint un niveau record, en chiffres absolus, puisqu'il est actuellement de 90 millions de personnes par an. Selon les projections des organisations non-gouvernementales (ONG), la population devrait continuer de s'accroître chaque année de plus de 90 millions de personnes jusqu'en 2015. Alors qu'il a fallu 123 ans à la population mondiale pour passer de 1 à 2 milliards d'habitants, il aura suffi ensuite de 60 ans pour s'accroître d'un milliard supplémentaire. Il ne lui faudra probablement qu'onze ans pour passer de 5 à 6 milliards, et ce chiffre devrait être atteint dès 1998. Dans 20 ans, disons en 2015, la terre comptera, selon ces projections, de 7,27 milliards à 7,92 milliards d'habitants. ( ... ) D'ici à 2050, l'ONU prévoit une population mondiale entre 7 et 12,5 milliards ».
Pas d'explication pour la fourchette pour le moins importante de ces prédictions invérifiables et controversées par bon nombre de démographes. Dans le chapitre concernant la mortalité liée à la maternité, il est relevé un taux de 15 à 50 fois plus élevé dans les pays en voie de développement qu'en Occident!
Un autre grand mythe est annoncé tout au long du projet, celui de l'enfant désiré annoncé comme un droit fondamental. Enfant désiré qui seul pourra garantir les droits des femmes et des familles à la «santé génésique ». Après avoir justifié l'avortement légalisé pour protéger la mère, le projet du Caire aborde l'aspect du choix de l'enfant. Dans la nouvelle mentalité pour aider les pays en voie de développement économique, on sait que maintenant on a droit à un enfant, si on veut, quand on veut et comme on veut.
Cette « qualité de la vie », fondement du nouvel ordre moral, ne repose, bien sûr, sur aucune des valeurs judéo-chrétiennes, ni même de la famille «unité naturelle et fondamentale de la société» (Déclaration universelle des Droits de l'Homme, Art. 16.3). Car si la famille est « la cellule fondamentale de la société ( ... ) les notions traditionnelles ( ... ) ne correspondent plus aux réalités et aux aspirations actuelles, dans la mesure où, dans toutes les régions du monde, un nombre croissant de femmes exercent un emploi rémunéré hors du foyer ».
Le coût estimatif des dépenses pour la santé génésique (non compris les coûts afférant au système de prestation des services) s'élèverait à 5 milliards de dollars en l'an 2000, 5,4 milliards en 2005 et 6,1 milliards en 2015. On comprend dès lors qu'à plusieurs reprises, les dates de 2005 et de 2015 soient proposées comme dates butoirs pour l'application des mesures proposées. Derrière l'aspect financier, l'enjeu éthique et humain des propositions de cette conférence sont sans prix.
En Europe, à quelques exceptions près, seul le Vatican s'est élevé pour s'opposer à ce qu'il considère comme «une vision utilitariste qui réduit l'homme à un taux de fécondité, ( ... ) civilisation de la production et de la jouissance, civilisation des choses et des personnes où des personnes finissent par devenir des choses ».
Un responsable catholique confie: «Le Saint-Siège soupçonne Washington et les Européens de s'abriter derrière la vitrine démocratique du libre choix des femmes pour régler ainsi la question de la démographie dans le Tiers-monde». Une stratégie de nanti qui, selon lui, viserait à juguler à la source le risque de vagues sauvages d'immigration des plus pauvres en pays riches. Et Jean-Paul Il de déclarer: « Aucune institution internationale n'a le droit de faire pression sur les Etats et les Communautés nationales pour imposer des politiques incompatibles avec le respect des personnes, des familles et des indépendances nationales».
Daniel Rivaud
HISTORIQUE
Cette Conférence qui aura lieu du 5 au 13 septembre au Caire n'est pas un événement isolé. Chaque décennie depuis sa création, l'ONU anime une conférence internationale sur la population. Dès 1965 déjà, sous l'impulsion du Président Johnson et l'influence croissante des lobbies du Planning Familial, mais aussi malthusien comme le Club de Rome ou, moins connue mais plus efficace, la Trilatérale, les Etats-Unis ont adopté une politique antinataliste de plus en plus marquée. C'est à la Conférence de Bucarest, en 1974, que la manifestation acquiert son importance actuelle. Elle se transforma en confrontation entre les pays anglo-saxons et les pays en voie de développement, les premiers réclamant des seconds qu'ils stoppent leur croissance démographique, les seconds leur rétorquant que le développement économique est le meilleur contraceptif.
Surprise à Mexico en 1984, les délégués de l'Administration Reagan ont reçu l'instruction de transmettre un message radicalement nouveau selon lequel « la croissance de la population est un phénomène neutre ( ... ) ni forcément bon, ni forcément mauvais. Un accroissement démographique n'engendre pas forcément un ralentissement de la croissance économique. ( ... ) De trop nombreux gouvernements appliquent des mesures de contrôle des naissances au lieu de suivre des politiques économiques capables d'élever le niveau de vie qui a toujours entraîné un déclin de la fécondité ».
Toutefois, la pression du lobby de contrôle des naissances est devenue telle que le gouvernement américain, malgré cette déclaration courageuse, est contraint par le Congrès à poursuivre la politique de subventions de ses prédécesseurs.
Si Reagan obtint à la Conférence la suppression des subventions directes aux ONG les plus virulentes, les USA ont continué à financer les organisations du malthusianisme mondial.
AVENEMENT Septembre 1994 No 75 / P 6
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