Rio: le sommet de la terreur

 

Depuis que le génie technologique humain a réussi l'exploit d'envoyer des caméras dans l'espace, deux évidences sont apparues:

 

- la Terre, cette magnifique boule bleue qui nous porte, est l'unique monde vivant du système solaire.

- au-delà, on n'a pas découvert, à ce jour, d'autres planètes habitables et, s'il en existe, elles nous resteront à jamais inaccessibles en raison de leur éloignement.

 

L'idée de fuir une catastrophe terrestre majeure en s'évadant vers le cosmos n'a plus de fondement. Nous sommes voués à vivre et à mourir sur notre «vaisseau spatial» naturel, avec les ressources limitées, fragiles et périssables qu'il renferme.

Or, l'explosion démographique actuelle, jointe au développement effréné de la technologie, menacent dangereusement le système vivant dont dépend notre existence à tous. Des «clignotants rouges» s'allument ça et là. Les fameux «trous d'ozone» qui affectent la haute atmosphère laissent passer certains rayonnements «durs» et nuisibles du soleil. En Patagonie (pointe terminale de l'Amérique du Sud), des brebis et autres animaux en sont devenus aveugles. Les autorités australiennes avertissent que «deux citoyens sur trois» habitant leur continent seront, pour la même raison, atteints de cancers de la peau au cours de leur vie. Par ailleurs, chaque jour qui passe, 25 000 personnes meurent dans le monde à cause de la pollution de l'eau. Et l'on évalue à 500 millions le nombre de «déracinés écologiques», de toutes nationalités, condamnés à l'errance.

Devant la montée impressionnante des périls, l'ONU a pris une initiative sans précédent: l'organisation, à Rio de Janeiro, du 3 au 14 Juin prochains, d'une «Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement» (U.N.C.E.D.). Cette rencontre exceptionnelle et fort coûteuse, baptisée «Sommet de la Terre» ou «Eco 92», se propose d'étudier le problème et, si possible, de prendre des dispositions internationales propres à sauvegarder la vie sur la planète. Elle sera ouverte à tous les pays membres. On y attend 75 chefs d'Etats et une centaine de chefs de gouvernements. En parallèle, quelque 3 000 groupes de pression, la plupart écologistes, essaieront, de l'extérieur, de peser sur les résolutions. Parmi eux, on annonce la présence d'organisations. indigènes d'Afrique, d'Asie, du Pacifique et d'Amérique (en particulier des tribus indiennes), ethnies ayant été dépossédées par les Blancs, de diverses façons, depuis l'époque coloniale. Leur but commun: porter à la connaissance des instances internationales leurs propres Chartes de la Terre et, si possible, les faire ratifier.

Un millier de pages de projets inventorient les diverses questions que devrait aborder le «Sommet de Rio». Parmi les plus importantes: suppression et remplacement des gaz CFC destructeurs d'ozone; limitation d'émission du dioxyde de carbone facteur du réchauffement catastrophique de l'atmosphère; protection des forêts tropicales, véritables «poumons de la Terre» production, dépôt et élimination des déchets de toutes natures; contrôle et précautions d'emploi, stockage et mise hors d'état de nuire des substances radioactives; maîtrise et sécurité de l'énergie nucléaire; gestion, préservation et assainissement de l'eau; réduction maximale et neutralisation des fumées industrielles; sauvegarde des espèces animales et végétales menacées ou en voie de disparition etc. Le tout devrait se concrétiser par une série de mesures à prendre pour protéger l'environnement au cours du siècle prochain (le XXIe). D'où le nom du document qui les réunira: «Agenda 21». Deux conventions fondamentales, concernant les modifications climatiques et la diversité biologique viendront en complément.

Hélas, la conférence préparatoire, qui a réuni 160 pays à New-York et s'est close le 4 Avril 92, n'incite guère à l'optimisme. Un seul accord de principe en est sorti: les nations industrialisées reconnaissent la nécessité d'aider celles qui ne le sont pas à développer des technologies inoffensives pour l'environnement. En revanche, personne n'est prêt à financer les projets vitaux de protection de la forêt et de dépollutions diverses, dont le montant global minimum, chiffré par l'ONU, s'élèverait à 125 milliards de dollars.

Maurice Strong, secrétaire général d'«ECO 92», prévient: «notre modèle de développement, qui conduit à la destruction des ressources naturelles, n'est pas viable; nous devons le changer». Qui l'entend? Les Etats-Unis, quant à eux, restent sourds. La Super-puissance qui entend organiser «un nouvel ordre mondial» refuse catégoriquement de limiter ses émissions de gaz carbonique, l'un des principaux responsables de «l'effet de serre». Et le Président Bush annonce qu'il n'ira pas à Rio «si cela nuisait à sa campagne électorale» (sic).

En réalité, un face à face conflictuel se dessine entre le Nord industrialisé et le Sud sous-développé. Les intérêts divergent et s'opposent. Une guerre économique, qui ne dit pas son nom, déchire l'humanité à l'échelle planétaire. Dans la course aveugle à la croissance, les nantis pillent les ressources naturelles, sans scrupules pour les frontières. Les nécessiteux, à la démographie galopante, sont impuissants et saccagent les leurs. Indira Gandhi constatait: «le pire ennemi de l'environnement, c'est la pauvreté». Mais c'est aussi la richesse! On est effaré par la teneur d'une note que Laurence Summers (éminent économiste américain) vient d'adresser à la Banque Mondiale. Il incite celle-ci «à encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés, la logique économique voulant que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus bas». Pour ce technocrate de haut rang, «le calcul du coût d'une pollution dangereuse pour la santé dépend des profits absorbés Par l'accroissement de la morbidité et de la mortalité». Par ailleurs, «l'exigence d'un environnement propre pour des raisons d'esthétique et de santé dépend du niveau de vie» ... Là où 200 enfants sur 1000 meurent avant l'âge de 5 ans, selon Summers, on se préoccuperas moins du facteur écologique qu'en Occident! Le Nord est encombré de déchets. Alors, il transforme les pays du Sud en poubelles, contre «monnaie de singe». L'Europe n'échappe pas à cette stratégie suicidaire. La Roumanie et les Etats baltes sont visés. Ainsi, l'Allemagne envisage l'envoi de 3 millions de tonnes de voitures concassées dans les décharges roumaines. L'Italie, l'Autriche et la Suisse proposent à la Lituanie de recevoir des centaines de milliers de tonnes de produits contaminés et les Pays-Bas souhaitent voir l'Estonie devenir également leur poubelle.

Que sortira-t-il du «Sommet de Rio»? Cette conférence a la valeur d'un S.O.S. Mais le secours ne peut venir de l'initiative des hommes. La pollution physique va de pair avec la pollution morale, et la cause profonde de celle-ci est de nature spirituelle. Adam, sitôt créé, avait reçu de Dieu une mission écologique: cultiver et garder la terre (Gen. 2, 15). Par suite de la désobéissance initiale du premier couple humain, le péché est entré dans le monde et, avec lui, la mort. Du même coup, le sol s'est trouvé maudit (Gen. 3, 17). La pollution et les parasites qui affectent la nature procèdent de ce jugement. C'est pourquoi «la nature entière soupire et souffre» (Rom. 8, 22). Lors du rétablissement de toutes choses, quand Jésus, enfin, aura restauré l'ordre divin ici-bas, «les montagnes et les collines éclateront d'allégresse et tous les arbres de la campagne battront des mains»! (Es. 55, 12).

Si tout se dégrade et meurt, c'est que l'égoïsme, la recherche du profit immédiat par tous les moyens aveuglent les hommes. Et Mamon, l'argent, est un maître cruel.

Tout changerait vraiment si l'on appliquait tant soit peu le nouveau commandement de Jésus-Christ: «Aimez-vous les uns les autres» et l'exhortation connue mais si peu pratiquée de l'Apôtre: «que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres» (Phil. 2, 4).

Un «Sommet de la Terre» fondant ses travaux sur une telle «Charte» serait, lui, assuré d'un mémorable succès!

Henri Gras

AVENEMENT Juin 1992 No 46 / P 5

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