Démographie: les comptes défaits 1992

 

Il y a 5 ans, pendant l'été 1987, les médias du monde entier relayèrent la nouvelle: le 11 juillet 1987 (!) naîtrait le 5 milliardième homme sur notre planète, certains précisaient même que ce serait en Yougoslavie! Lorsqu'on sait que nos pays occidentaux, eux-mêmes, s'accordent une marge d'erreur de 2% lors des recensements (soit près d'un million d'habitants pour un pays comme la France), que l'on ne peut anticiper le nombre de décès, et que le nombre de naissances lui-même est approximatif, de telles extrapolations feraient sourire si elles ne véhiculaient pas des idées dont la portée est beaucoup plus grave pour l'humanité toute entière.

Surpopulation, explosion démographique, faim dans le monde font régulièrement la une des médias et semblent faire peser des menaces «apocalyptiques» sur notre planète.

Le sujet n'est pas nouveau. Déjà dans la Grèce antique, Platon développait cette idée: «les richesses ne sont pas extensibles et il faut fixer un nombre maximum d'hommes libres» allant jusqu'à fixer à 5040 le nombre de foyers par cité. Théoricien d'une société étatique où le pouvoir central évacue la famille et impose un ordre démographique, il évoquera l'eugénisme même si c'est Aristote qui le développera: «on prendra des mesures pour que les qualités physiques des enfants puissent répondre aux voeux du législateur» (in "La Politique"). L'étatisme démographique vient donc de loin et si l'histoire en démontre le mythe par l'exemple de la Grèce, d'autres allaient prendre la relève. L'école anglaise, dès le XVIe siècle, fut particulièrement féconde. Par la suite, des hommes comme Thomas Moore (1779-1852) proposèrent un certain nombre de méthodes pour empêcher la population de trop croître.

 

Plus près de nous, Francis Bacon ou Thomas Hops développèrent ces idées par rapport aux ressources supposées de la terre. Les intellectuels français restèrent, par contre, plutôt natalistes: «bien cultivée, la terre nourrirait 100 fois plus d'hommes qu'elle n'en nourrit» (Fénelon, en 1699, dans «Télémaque»).

 

Mais c'est, sans conteste possible, Thomas Robert Malthus, pasteur anglican et économiste anglais (1766-1834) qui développa et institua la doctrine qui allait porter son nom et qui aujourd'hui marque profondément notre mentalité. Dans son «Essai sur le principe de population» (1798), il défendit la thèse selon laquelle la pauvreté de la population ne peut être combattue que par une limitation démographique des classes défavorisées et conclut à la nécessité de combattre la natalité dans ces milieux. «Dans le grand banquet de la nature, il n'y a pas de couverts vacants pour eux et la nature leur donne l'ordre de s'en aller».

 

Plus près de nous, c'est la même idéologie qui anima les travaux du Club de Rome. Dès sa création, en 1968, il afficha clairement sa pensée malthusienne: «la croissance exponentielle est une caractéristique intrinsèque de la population et du capital industriels, mais non point de la technologie. Il s'agit là non point d'une hypothèse arbitraire mais d'un fait établi par les données empiriques (citées nulle part!) et la connaissance des causes sous-jacentes». Ce sommet de la «langue de bois» illustre parfaitement le malthusianisme technocratique qui régit la plupart des grands organismes internationaux officiels comme l'ONU ou plus occultes comme la Trilatérale et le Bilderberg Group: cet organisme est notamment contrôlé par le groupe Rockfeller, par ailleurs inspirateur et financier direct du Planning familial américain, de la Commission nationale américaine pour l'UNESCO, de l'Association américaine pour l'étude de l'avortement, du Comité d'étude de la crise démographique et de milliers d'autres associations, fondations, académies, organes de presse et ONG (Organisations non gouvernementales), tissant une toile couvrant la totalité de la planète.

 

«Il y a une explosion démographique massive. Ceux d'entre nous qui décident de ne pas avoir d'enfants sont vraiment des citoyens modèles» déclarait dernièrement Carol Thatcher, fille de l'ancien Premier ministre britannique à l'Evening Standard.

 

Pourtant, de plus en plus de démographes, d'économistes et de sociologues remettent ce dogme en question même si la pression idéologique et médiatique reste grande. Des hommes comme Pierre Chaunu ou Gérard François Dumont dénoncent depuis longtemps ce mythe de la surpopulation. Preuves à l'appui.

L'Histoire du monde, tout d'abord, est un démenti constant des théories de Malthus. C'est là le grand paradoxe: ses ressources augmentent au fur et à mesure que l'humanité avance.

Colbert disait: «la France périra par manque de bois» et, à l'époque, la courbe de la déforestation conduisait à la disparition des forêts du pays. Le besoin, et c'est ainsi depuis les origines de l'homme, engendra un mécanisme de créativité avec l'utilisation du charbon. Même si, là aussi, certains prédirent comme un économiste anglais du XIXe siècle, que l'industrie anglaise devrait s'arrêter vers 1900 pour cause de pénurie de charbon. Nous connaissons la suite. Il y a une vingtaine d'années, le Club de Rome annonçait lui aussi la pénurie de pétrole. Rappelons qu'aujourd'hui, le prix du pétrole brut (en Francs constants) est inférieur au prix du pétrole brut tel qu'il était avant le premier choc pétrolier, en 1973.

La croissance des besoins suscite des solutions nouvelles. Il y a aujourd'hui sur la terre plus de ressources qu'il y en a jamais eu. Depuis deux siècles, les hommes sont de plus en plus nombreux et consomment de plus en plus d'énergie et pourtant les ressources connues dépassent toujours les besoins. Ainsi, l'homme, avant d'être un facteur de consommation, est d'abord un outil de production. Le bébé ne serait-il qu'un consommateur passif qui vient prélever les ressources de la terre, un danger, une menace pour la survie de l'humanité?

C'est dans ces thèses que viennent puiser les tenants de l'avortement et de l'euthanasie, oubliant, là encore, les leçons de l'Histoire. La venue de l'enfant stimule au contraire les adultes à devenir novateurs pour accueillir dans les meilleures conditions ce petit homme. La famille, la commune et l'Etat doivent s'adapter et innover pour accueillir les enfants: ceux-ci sont donc bien des éléments actifs de la population. C'est vrai dans les ressources énergétiques comme pour les ressources alimentaires. Jean-Claude Chesnais, directeur de l'INED (Institut national des études démographiques) de Paris, confirmait, à la suite de nombreux experts en techniques de l'alimentation, que la planète a une «capacité porteuse» de 40 à 50 milliards d'êtres humains.

 

Alors, que dire d'un problème comme la faim dans le monde?

«40 000 enfants meurent de faim chaque jour» slogan choc mais faux! Cela signifierait que la faim «tue» 15 milliards d'enfants par an. Or, on estime les décès annuels d'enfants de moins de 4 ans, toutes causes confondues, à 9 millions.

Il est connu que certains organismes qui luttent contre la misère gonflent les chiffres pour des motifs politiques ou financiers (collecte de fonds) même si, cela est vrai, les enfants sont les premières victimes de la famine. Les statistiques concernant les êtres humains qui n'ont pas une alimentation suffisante varient énormément selon les organisations internationales. Pour la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), 512 millions d'hommes souffriraient de malnutrition alors que, selon la banque mondiale, il y en aurait 730 millions. Les affamés et «malnutris» ne se font pas recenser!

On évalue leur nombre en divisant la quantité de nourriture disponible (convertie en calories) par le nombre d'habitants du pays concerné. Ce sont les gouvernements de chaque pays qui fournissent ces chiffres, et ils n'ont pas toujours d'outils statistiques très précis, exagérant même la gravité de la situation pour recevoir plus d'aide de l'étranger... Il y a 30 ans, on disait que l'Afrique avait des chances de se développer alors que l'Asie était vouée à la surpopulation, à la malnutrition et à la famine du fait d'un double handicap:

 

1) une densité de population largement supérieure à celle de l'Afrique

2) une densité rapportée à ses terres arables deux fois supérieure à celle du continent africain.

 

Or, c'est exactement l'inverse qui s'est produit: l'Asie, d'une façon générale, s'en est mieux sortie!

D'une part, parce que la pression démographique a imposé à la plupart des pays concernés plus d'efforts et de rigueur: ils n'ont pas fait certains choix économiques erronés comme certains pays africains qui, au contraire, ont développé des industries de prestige, lourdes, qui ne répondaient pas aux besoins des populations. Sans parler des problèmes de corruption, gabegie, et racisme inter-ethnique.

 

D'autre part, certains choix politiques ont ruiné plus sûrement ces pays africains qu'une démographie importante, certes, mais qui aurait pu, là aussi, être facteur de développement: problèmes démographiques au Soudan qui compte moins de 10 habitants au km2 ou en Angola avec 8 habitants au km2? L'Ethiopie, qui était le grenier de l'Afrique? Etc...

Selon le dernier rapport de l'UNICEF sur la situation des enfants dans le monde, les 46 pays les plus pauvres du monde consacrent presque autant de ressources à leurs armées qu'à la santé et à l'éducation réunies...

 

Dieu a-t-il réellement dit: «croissez et multipliez»? L'enfant, de bénédiction serait-il devenu malédiction? La tentation malthusienne est très présente dans nos églises qui risquent de subir le même vieillissement que nos pays occidentaux. Avoir des enfants aujourd'hui (et pas seulement 1, 2 ou 3 comme le monde autour de nous) peut être un signe: signe d'espérance, non en l'homme mais en Dieu. N'aurait-il pas prévu ces questions démographiques? Dieu serait-il irresponsable?

En mettant les 5 milliards d'hommes de la planète en Amérique du Nord, la densité de la population aurait celle de l'Allemagne de l'Ouest. Si toute la nourriture produite aujourd'hui dans le monde était équitablement distribuée, chaque individu disposerait d'environ 2600 calories/jour, soit plus que le minimum nécessaire.

 

Oui, Dieu avait tout prévu. Mais le problème est dans le coeur de l'homme et il est tortueux.

Daniel Rivaud

AVENEMENT Juin 1992 No 48 / P 11

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