CHARME NATUREL

 

L'homme apprend des animaux

La découverte est exceptionnelle: en forant un plateau calcaire, en Roumanie, es ingénieurs viennent de trouver une grotte entièrement fermée et sans lumière, où se sont développés, depuis plusieurs milliers d'années, des êtres vivants particuliers parmi lesquels 27 espèces animales jusqu'alors inconnues. Des araignées, des sangsues, des mollusques, des crustacés et un insecte carnassier d'une taille impressionnante (une nèpe) se sont adaptés à cet espace fermé, hostile à l'homme.

En cette fin de XXe siècle, l'homme ne connaît qu'un million et demi d'espèces vivantes; les spécialistes estiment qu'il pourrait en exister quelque 30 millions: nous n'en connaîtrions donc que 20%! Mais ce que nous en savons donne déjà le vertige et confirme l'affirmation de l'apôtre Paul: «les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité se voient comme à l'oeil nu, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages» (Rom. 1, 20).

Si l'on prend l'exemple des insectes (qui représentent les 4 cinquièmes des espèces vivantes), on peut s'attarder sur les tardigrades dont la taille ne dépasse pas quelques millimètres. Répartis sur toute la surface du globe, ces animaux supportent aussi bien la proximité des sources chaudes, où la température de l'eau atteint 44°, qu'un froid de l'ordre de - 250' dans l'Antarctique.

L'observation scientifique peut aussi aller à l'encontre des «idées reçues». On croit, par exemple, que, comme le serpent maudit par Dieu (Genèse 3, 14), les vers et autres vermisseaux sans pattes sont condamnés à ramper sur le sol. Et bien non! Un entomologiste Sud-africain a découvert une exception d'environ 9 millimètres: la larve de la mouche méditerranéenne «fruitfly» réussit à exécuter des bonds de 20 centimètres en s'arc-boutant pour accumuler sur tout son corps l'énergie nécessaire à ce saut prodigieux.

Les abeilles, pour leur part, ont élaboré l'un des systèmes de communication social les plus développés: par une danse au code ingénieux, les abeilles dites «éclaireuses» indiquent aux butineuses les sites riches en pollen qu'elles ont découvert; mais ce n'est pas tout: plus le «filon» découvert est riche, plus les éclaireuses élèvent la température de leur corps; des spécialistes autrichiens ont constaté que les insectes faisaient passer leur température thoracique de 35' (température normale) à 38,3° si on leur présentait une solution sucrée à 17%, à 40' pour une solution sucrée à 51%, cette température pouvant atteindre 43°!

Ces découvertes, toutes récentes forcent d'autant plus l'admiration qu'elles peuvent ouvrir de fantastiques perspectives.

Les spécialistes des maladies osseuses attendent ainsi beaucoup de l'observation des ours: ceux-ci arrivent en effet à rester en état de somnolence pendant les trois mois d'hiver sans que leur corps n'ait à souffrir de l'accumulation de l'urée qui aurait dû être filtrée par les reins et éliminée dans l'urine si l'animal n'avait pas dormi. Des lésions osseuses et organiques seraient inévitables chez l'homme. Comment sont-elles évitées chez l'ours? Le rythme et les ressources biologiques de ce cher plantigrade sont donc l'objet d'examens minutieux! Dans un autre domaine, des chercheurs de Tucson, aux Etats-Unis, étudient attentivement le tilapia: ce petit poisson a en effet la particularité de grossir de 10 grammes quand on lui donne 15 grammes d'aliments aussi «ordinaires» que des algues; pour prendre 10 grammes supplémentaires, un thon, lui, exigerait de manger 120 grammes de petits poissons qui eux-mêmes auraient dû se nourrir de 10 kilos de plancton végétal. Les qualités du tilapia sont donc appelées à être développées dans le cadre des programmes de recherche contre la faim dans le monde.

Mais là réside le danger: jusqu'où peut-on aller? Si les études scientifiques sont d'un grand intérêt pour comprendre notre monde et notre environnement, le Seigneur nous a donné une intelligence pour bien «canaliser» nos découvertes (Dan. 2, 21: «c'est lui qui donne la science à ceux qui ont l'intelligence»). S'émerveiller de la nature qui s'offre à nous de nos jours n'autorise pas forcément les manipulations pour l'avenir.

Michel Béghin

AVENEMENT Octobre 1992 No 52 / P 15

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