Vous serez persécutés 1992

 

- Dans le monde entier, des chrétiens sont victimes de brimades d'origines diverses.

- La mort des idéologies fait évoluer le monde. Sur le plan politique, les menaces "planétaires" ont apparemment disparu, faisant place à des conflits locaux.

Sur le plan religieux, l'évolution est différente: localement, les chrétiens sont souvent victimes de forces et de traditions qui veulent imposer une puissance hégémonique.

- Les persécutions ont toujours des conséquences profondes et durables.

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- Tirs au Zaïre: le 16 février, une marche pacifique de 100 000 chrétiens zaïrois de différentes confessions fut brutalement réprimée par l'armée du président Mobutu. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées...

 

 

L'un des signes annoncés par Jésus touchant l'imminence de son avènement et fin du monde concerne ses disciples: «on les livrera aux tourments et on les fera mourir à cause de son Nom» (Mat. 24, 9). La persécution des chrétiens demeure bien une plaie de l'humanité contemporaine et les perspectives fugaces d'un prétendu «Nouvel ordre mondial» ne l'ont pas réduite. Il en va comme pour les maladies mortelles. Quand l'une est jugulée, une autre apparaît, différente mais tout aussi redoutable.

Ainsi, l'effondrement du communisme soviétique, dont la rapidité nous a surpris, laissait espérer qu'une ère de détente s'ouvrait aux croyants de l'ex-URSS, avec la fin des goulags et la nouvelle législation en matière de liberté religieuse. Raïssa Gorbatcheva n'avait-elle pas déclaré, à Oslo, où son illustre époux recevait le Prix Nobel de la Paix, en juin 1991: «La Bible a une contribution importante à apporter à la paix mondiale et au réarmement moral des peuples»? Et Boris Eltsine, plus récemment, n'évoquait-il pas, lors d'un discours radiodiffusé depuis Vladivostok, «les souffrances vécues par l'Eglise et l'influence salutaire des croyants sur le peuple russe et la prévention de la tyrannie»? En dépit de ces propos rassurants et opportunistes, d'autres persécuteurs des chrétiens évangéliques émergent à l'Est. Voici quelques-uns des premiers éléments connus, à ce sujet.

En Asie centrale, majoritairement musulmane, des centaines de mosquées se réouvrent. Parallèlement, d'innombrables obstacles sont dressés pour empêcher la restauration des églises, particulièrement chez les Tatars. Le parlement d'Ouzbekhistan a décrété, en juillet 1991, l'interdiction d'accès des missionnaires chrétiens, ainsi que toute forme d'évangélisation sur son territoire. Un baptiste, venu d'une république voisine, a été battu et expulsé manu militari. De même, partout où domine l'église orthodoxe russe, celle-ci s'oppose à la liberté de conviction et de religion différente, farouchement résolue à défendre son monopole qu'elle considère «de droit divin». Usant de son influence politique retrouvée, elle s'active pour interdire l'accès des médias et des services publics aux fidèles évangéliques. En Géorgie, par exemple, son clergé s'efforce d'obtenir l'interdiction légale de louer des bâtiments à des fins cultuelles aux communautés religieuses non orthodoxes. A la télévision de Tbilissi, des prêtres ont ouvertement désigné des protestants comme «représentants de sectes étrangères» hors la loi. En Lituanie, les autorités catholiques romaines font obstacle à la création d'un collège d'art et de langues à Panevezys. Cette opposition est liée au promoteur du projet: un homme d'affaires canadien qui se nomme Art de Fehr. Ce généreux donateur soutient des oeuvres humanitaires organisées, entre autres, par Mère Teresa. De ce fait, la population de la ville balte lui est totalement acquise. Le «problème» est qu'il est de confession mennonite. Alors, Juozas Tunairis, en charge de l'Archevêché de Vilnius, décrète qu'il voit en Art de Fehr «un perturbateur sectaire». Il ajoute: «nous avons beaucoup de sectes étrangères ici et nous n'en voulons pas d'autres; il est temps de consolider la nation et pas de la diviser. L'exemple de la Yougoslavie montre le danger d'avoir plus d'une religion». La tentation de la «religion d'Etat» n'est pas morte! La Lituanie compte, en effet, 85% de catholiques romains...

 

Si le communisme a cessé d'être l'implacable ennemi du christianisme dans l'Est-européen, n'oublions pas qu'il continue de sévir durement ailleurs dans le monde. Surveillance policière, arrestations arbitraires, emprisonnements, assignations en camp de travail et disparitions demeurent le lot de bien des prêtres, pasteurs et fidèles, en particulier dans les pays asiatiques à régime marxiste tels que la Chine et le Vietnam. En Chine, «le printemps de Pékin», puis le putsch manqué d'URSS ont déclenché une vague accrue de répression anti-chrétienne dont le but est de prévenir la déstabilisation du pouvoir rouge. Les statistiques officielles faisaient, en effet, état d'une augmentation notable du nombre de croyants dans les provinces de Henan, Snejiang et Fujian. Dans la première, une rafle a dispersé les membres d'une église, et vingt de ceux-ci auraient subi des amendes allant de 450 à 1200 F (le salaire mensuel moyen d'un ouvrier agricole étant de l'ordre de 100 F). Au nord du pays, d'autres fidèles se sont vu condamnés au camp de travail. Le Mouvement patriotique des trois autonomies (MPTA) entend contrôler d'une main de fer toutes les activités religieuses de la Chine: surveillance des assemblées, confiscation de littérature, matériel audio-visuel et d'imprimerie, fermeture et réquisition des locaux de réunion, mesures d'exception énumérées plus haut. On cite cependant le cas d'une église de Nankin où la résistance s'est manifestée. Elle rassemblait, le dimanche, un millier de personnes. Le pasteur ayant refusé d'adhérer au MPTA, les dirigeants du mouvement imposèrent leurs «prédicateurs» officiels pour présider les cultes. Ces hommes furent boycottés par l'assistance qui couvrit leurs «allocutions» par des chants nourris. Une autre fois, les fidèles, en nombre, retinrent les représentants du MPTA pendant deux heures pour leur signifier leurs droits à la liberté religieuse... Finalement, l'église a été fermée et les locaux transformés en agence pour l'emploi. Aussi, comme ce fut le cas lors de «la révolution culturelle» de Mao Tsé-Tung, les chrétiens s'organisent-ils de plus en plus en églises de maison. On en dénombrerait déjà plus de 50 000 dans cet immense pays.

 

En Afrique, c'est l'Islam, noyauté par l'intégrisme, qui accentue sa pression intolérante et cruelle. Au Nigéria, par exemple, 108 églises ou locaux cultuels chrétiens viennent d'être incendiés. Une vive tension oppose les deux confessions. La ville de Karo (550 000 habitants), située au nord du pays est mahométane à 92 %, a connu de graves incidents, minimisés par le pouvoir, en octobre 1991. L'évangéliste Reinhard Boonke devait y tenir une campagne. Sitôt le projet divulgué, la population musulmane a ressenti la chose comme une provocation. De violentes manifestations s'en sont suivies. Elles auraient fait 2 000 morts. Et la campagne d'évangélisation a dû être annulée... De l'Egypte au Mozambique, et de la Turquie au Maghreb, l'Église se cache et nombre de ses serviteurs et de ses fidèles paient de leur liberté et parfois de leur sang l'engagement du baptême. Sans parler des terres interdites d'Arabie Saoudite ou d'Iran...

 

En Amérique du Sud, la persécution prend un autre visage. La croissance explosive des églises évangéliques et pentecôtistes frappe l'épiscopat catholique. Alors, il sonne l'alarme aux sectes. Une nouvelle inquisition s'installe. Des informations graves arrivent du Mexique. Une famille évangélique a été expulsée du Chatoj (Zinacantan) parce que le fils dîné avait refusé de balayer le patio de l'église du village. Un récent converti au protestantisme, Julian Gomez, ressortissant de l'Etat d'Oaxaca, est mort le 21 septembre 1991 des suites de blessures infligées par «les Apôtres de la Parole», groupe terroriste local qui, se réclamant du catholicisme, prétend punir ceux «qui changent de religion». Dans l'Etat de Puebla, début juin 1991, des catholiques ont attaqué un petit groupe d'évangéliques rassemblés dans la maison de l'un d'eux pour célébrer le culte dominical. Un garçon de 11 ans, Hilario Guevara, y a reçu dans la jambe un profond coup de couteau de la part d'un homme identifié par les témoins comme le sacristain local.

 

Bien d'autres régions du monde voient les chrétiens inquiétés, brimés, traqués, voire assassinés. En Inde, ils sont victimes du système intangible des castes (21 morts en août 1991 à Tsundur / Province de Madras), aux Philippines, d'extrémistes musulmans (2 jeunes équipières du bateau missionnaire «Doulos» tuées dans le port de Zamboanga, également en août 1991), en Israël, de la législation refusant le bénéfice de la Loi du Retour «à toute personne anciennement juive mais qui a volontairement changé de religion» (Shirley et Gary Beresford, citoyens britanniques d'Afrique du Sud, juifs messianiques faisant leur «Alya» en 1986, se sont trouvés dans ce cas). Et la liste pourrait s'allonger...

Les persécutions induisent toujours de profondes et durables conséquences sur les populations qui les subissent. Ainsi, on parle encore des «chrétiens cachés» de l'île d'Ikitsuki, au Japon. En 1637-38, les forces shogunales y décapitèrent un millier de chrétiens catholiques, descendants des prosélytes gagnés à l'Evangile un siècle plus tôt par St François Xavier. Cette sanglante tragédie jette aujourd'hui une ombre de taille sur la vie de ces «croyants» nippons. «Comme nous avons fonctionné par tradition orale depuis des générations, déclare l'un d'eux, nous n'avons pas de Bible». Ils *s'en passent donc, mêlant, dans leur piété, chants grégoriens, pratiques bouddhistes, rites shintoïstes et autres traditions locales. Du coup, ils ne sont plus inquiétés.

Là est bien l'enjeu spirituel final de la persécution: couper l'homme. de la seule vraie révélation, celle de Jésus-Christ, à travers Sa Parole. En cela, les grandes religions traditionnelles établies excellent, car la représentativité, l'influence et le pouvoir temporels demeurent leurs priorités inavouées. Tandis que le Royaume du Fils de Dieu n'est pas de ce monde, Celui de l'authentique disciple du Maître non plus. Nous savons que, contre vents et marées, le Seigneur bâtit Son Eglise et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre Elle! (Mat. 16, 18).

Henri Gras

AVENEMENT Mars 1992 No 42 / P 12

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