Retrouvailles des descendants de P. Valdo dans le Lubéron
- Au coeur du 17 ème siècle, Pierre Valdo (ou Valdes), un riche négociant de Lyon, vend tous ses biens et distribue la recette aux pauvres par obéissance à l'Evangile.
Ce geste, imité par plusieurs de ses amis, sera contesté puis combattu par l'Eglise officielle.
Quatre siècles plus tard, des vaudois réfugiés dans le massif du Lubéron, en Provence, subirent la plus grave persécution de leur histoire.
Dans ce même lieu, à Mérindol (Vaucluse) , leurs descendants, ont décidé de se retrouver du 10 au 13 juillet pour évoquer l'histoire des "pauvres de Lyon", précurseurs de la Réforme
La pauvreté volontaire, et la perfection évangélique - conforme à celle prônée et vécue par les apôtres -, constituaient l'idéal de la vie religieuse en occident après l'an mille. Un idéal souvent abstrait, si l'on en juge par les témoignages d'hommes et de femmes qui contestaient les privilèges et les abus au sein du clergé. Pierre Valdès fut de ceux-là, à sa manière.
Sur l'homme lui-même, on ne connaît qu'assez peu de détails, souvent rédigés et transmis par ses adversaires.
Les facteurs déterminants de sa soudaine «conversion» demeurent incertains. Il serait venu à Lyon pour y chercher fortune et deux décennies lui auraient suffi pour figurer parmi les plus riches négociants de la ville. D'après la Chronique de Laon, l'une des plus anciennes qui le mentionne, il aurait entendu alors l'histoire de saint Alexis, qui avait vendu tous ses biens pour vivre dans la pauvreté. Après avoir consulté un éminent théologien, il aurait suivi son conseil basé sur la réponse de Jésus au jeune homme riche: «Si tu veux être parfait, va, vends tous tes biens, donne-les aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel; puis viens et suis-moi ... » (Luc 18). Les chroniqueurs de l'époque rajoutent volontiers que la mort subite de l'un de ses plus proches amis l'aurait porté à réfléchir sur le sens de la vie, et poussé à obéir à cette injonction de l'Evangile.
Pierre Valdès (ou Valdo), probablement originaire du «Pagis Waldensis» (le futur canton de Vaud), alla plus loin encore: non content d'avoir vendu tous ses biens et nourri les pauvres de Lyon, il se fit traduire la Bible et plusieurs passages des Pères de l'Eglise dans le dialecte local et se mit à commenter ces textes dans les rues et les villages du diocèse, où il fut en général bien accueilli. Mais certains membres du clergé se sentirent menacés, sur deux fronts: Valdo contestait, par sa conduite exemplaire, leurs privilèges matériels, mais il usurpait aussi leur droit exclusif de prédicateurs. Une entrevue avec le Pape Alexandre 111, à Rome, n'apporta aucune amélioration à sa situation contestée, malgré la bienveillance du souverain pontife. Lors de ce troisième concile de Latran (1179), plusieurs évêques s'étaient employés à le ridiculiser au cours d'une confrontation publique: peu rompu aux joutes et au jargon théologiques, il n'avait pu répondre convenablement à leurs questions insidieuses. Peu après, un nouvel évêque hostile à leur mouvement fut nommé à Lyon: les «Pauvres de Lyon» se virent donc interdire la lecture et l'enseignement de l'Ecriture Sainte auprès du peuple. Ils continuèrent cependant à «obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes», ce qui leur valut - malgré eux - d'être bientôt exclus de l'Eglise, et rangés au nombre des hérétiques, en compagnie des Cathares. Ils furent poursuivis sans relâche par l'Inquisition fondée à cette même époque par Saint Dominique. Premiers massacres.
Les Vaudois se dispersent alors dans plusieurs provinces du sud et de l'est du royaume, puis en Allemagne et en Pologne, dans les Flandres, en Italie, en Espagne, en Grèce . . . Les Alpes françaises et italiennes, où ils cultivent la terre, sont leur principal refuge. Ils continuent de souscrire à l'idéal de pauvreté ils s'adonnent à la lecture de la Bible (dont ils apprennent de larges portions par coeur) dans le dialecte local ou la langue du pays, et se réunissent dans leurs propres maisons autour de prédicateurs itinérants - les «barbes» - formés et envoyés deux par deux par Valdo et ses successeurs.
AVENEMENT Août 1992 No 50 / P 15
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