Appel de minuit
n° 7-juillet-2002
Texte
intégral
|
La vie
après la mort
L'être humain
est il ou a-t-il une âme ?
L'âme est-elle immortelle ? Que
se passe-t-il après la mort ?
Existe-t-il un enfer ? Y a-t-il une
damnation éternelle ? Nous
nous proposons de nous pencher sur ces
questions dans cet article.
DR. LOTHAR
GASSMANN
Que signifie
« âme » ?
L'homme est-t-il une âme vivante ou
a-t-il une âme ? La Bible
affirme les deux choses. Que l'homme ait
été créé par
Dieu comme « nefesch
haja » (« âme
vivante » ; on pourrait
traduire aussi plus
généralement par
« être
vivant »), cela ressort
clairement de ce passage biblique
fondamental, en Genèse
2,7:
« L'Éternel Dieu forma
l'homme de la poussière de la
terre, il souffla dans ses narines un
souffle de vie et l'homme devint un
être vivant (nefesch
haja). » Klaus
Westermann, spécialiste de l'Ancien
Testament, a fait sur ce verset le
commentaire que voici :
« ...
l'homme n'est pas fait de plusieurs
éléments (comme le corps par
exemple), mais il est composé d'un
'quelque chose' (poussière du
sol ; L.G.), qui est devenu un
être humain : le souffle de
vie... l'homme n'a pas le souffle de vie
en lui, mais Dieu l'y a mis... Le 'souffle
de vie' signifie donc tout simplement la
vie animée insufflée...
L'homme créé par Dieu est
l'être vivant... L'homme est
créé pour être nefesch
haja. Il doit être perçu
comme un ensemble vivant. »
(1)
Ainsi donc,
comme tout, l'homme est une
« âme
vivante » ; Dieu l'a
formé avec de la terre, et Il l'a
rempli de Son souffle de vie.
Mais parce que
le concept « nefesch »
- « psyché »
continue à apparaître dans
l'Ancien et le Nouveau Testament et qu'il
présente toute une série de
nuances dans son sens, il peut encore
être employé autrement,
notamment dans les significations
suivantes :
« Son âme (psyché)
est en lui » (Actes 20, 10 ; cf. 1 Rois 17,21ss) ;
« ... qui avait (souffle de)
vie... (ta echonta
psychas) » (Apoc. 8,9). Il y a également
dans la Bible des passages qui
établissent une distinction ou
même une séparation entre le
corps et l'âme ; par
exemple : « Ne craignez pas ceux qui
tuent le corps et qui ne peuvent tuer
l'âme (psyché) ;
craignez plutôt celui qui peut faire
périr l'âme et le corps dans
la géhenne » (Matth. 10,28).
Dans le
« Dictionnaire
théologique du Nouveau
Testament », nous trouvons les
nuances suivantes dans les concepts
« nefesch »
(hébreu) et
« psyché »
(grec) figurant dans l'Écriture
Sainte : « le siège
de la vie ou la vie »,
« tout l'être naturel et
la vie de l'homme »,
« âme vivante »,
« la vie intérieure...
moi, personne, personnalité, avec
les diverses forces de l'âme...
personne avec toutes les forces du
conscient », « la vie
et l'aspect de la volonté et de
l'âme dans l'homme »,
« la vie
eschatologique »,
« cette grandeur, à
l'intérieur de laquelle la mort et
la vie, la corruption et la
béatitude se
déterminent. »
(2)
Si l'on veut
ramener à un dénominateur
commun ces définitions qui
troublent (et il y en a d'autres encore),
on pourrait peut-être dire :
« âme »
est un concept qui peut se rapporter
à la personne humaine comme tout,
mais aussi aux caractères de cette
personne.
Mort totale
ou existence après la
mort ?
L'Ancien et le
Nouveau Testament décrivent l'homme
comme une
« âme », mais
aussi comme l'entité
« esprit-âme-corps »,
qui se dissout à la mort du corps
et sera reconstituée au dernier
jour, à la résurrection des
corps. Durant le temps
intermédiaire (période entre
la mort terrestre et la
résurrection), l'être humain
continue à exister comme personne,
sans le corps terrestre matériel.
La continuité de la personne entre
la mort terrestre et la
résurrection, on peut la qualifier
de survie du moi humain - ou aussi de
« l'âme » -,
sans pour autant faire siennes les
pensées païennes de Platon sur
l'« immortalité de
l'âme ». Dans ce sens,
« l'âme » est la
personnalité de l'individu qui
survit à la mort
matérielle.
Des textes
bibliques comme Matthieu 10,28, Luc 16,19-31 et 1 Pierre 3,19 ainsi que des
déclarations de l'Ancien Testament
sur le shéol (j'y reviendrai plus
tard) sont des indications nettes qu'il y
a un état intermédiaire - et
dès lors une existence humaine qui
continue après la mort terrestre.
L'hypothèse de la « mort
totale » (elle affirme que
l'homme meurt totalement après sa
mort terrestre) est en conséquence
plus que douteuse. Avec Martin Luther et
Fritz Heidler (qui fait
référence entre autres
à Luther), je suis d'avis que la
Bible « parle de la vie de
l'âme qui continue après la
mort, dans un état
intermédiaire » et que
Dieu « a créé
l'âme immortelle et
éternelle », pour
« assurer la continuité
du moi et rendre ainsi possible la
résurrection des morts dans leur
identité personnelle. »
(3)
Wolfgang
Trillhaas a fait remarquer que la
résurrection et
l'immortalité ne sont pas des
contradictions, mais qu'elles se
conditionnent réciproquement.
L'immortalité et la
résurrection sont l'une pour
l'autre comme l'enveloppe et le noyau,
comme le commencement et
l'achèvement. La
résurrection est « un
mode de croyance dans
l'immortalité ». Elle ne
peut « être conçue
que si une vie au-delà de la mort
est dans l'horizon de la
pensée. » (4)
Quand il est
question dans la Bible que
« l'âme » meurt
(par ex.
Nombres 23,10 ; 1 Rois 19,4), il faut toujours entendre
par là l'homme comme tout (sens
large), mais jamais l'âme comme
élément constitutif de
l'homme (sens étroit). Cela vaut
tout particulièrement pour des
passages comme Ezéchiel
18,4. Qu'il
y soit écrit :
« L'âme qui pèche,
c'est celle qui
mourra », il faut comprendre
bien évidemment que l'homme est
considéré dans son
entité, esprit-âme-corps, car
une âme isolée ne pourrait ni
pécher ni mourir. La
mortalité est une
caractéristique qui est
utilisée dans le Nouveau Testament
seulement en rapport avec le corps
terrestre (cf. Rom. 6,12 ; 8,11 ; 1 Cor. 15,53ss ; 2 Cor. 4,11 ; 5,4). Car le corps terrestre
appartient à la sphère du
visible et de
l'éphémère
(2 Cor. 4,18), mais le nouveau corps qui,
dans la continuation de l'existence
personnelle de l'homme, participera lors
du Dernier jour à la
résurrection, est éternel
(1 Cor. 15,35-54 ; 2 Cor. 5,1-10 ; Phil. 3,21).
Même si,
d'après la doctrine biblique, il y
a une immortalité de l'homme (ou,
si l'on veut, de l'âme), cette
conception de l'immortalité n'est
nullement identique à la
pensée païenne de Platon. Les
différences entre la pensée
biblique de l'immortalité et celle
de Platon sont importantes. Il s'agit
avant tout des quatre points
suivants :
1. La philosophie de Platon
considère le corps comme la
« prison de
l'âme » et le
déprécie par rapport
à ce qui est âme-esprit. Par
contre, la Bible insiste sur ce
point : « La Parole a été
faite chair » (Jean 1,14). Comme tout, l'homme a
été créé
« très bon»
(Gen. 1,31). Dans le Saint Livre, le
corps n'est jamais de second plan, mais il
est considéré comme une
bonne création de Dieu.
2. La philosophie de Platon
ignore la résurrection du corps.
D'après elle, à la mort,
l'âme s'éloigne du corps
comme un papillon. Au contraire, la Bible
met l'accent sur le fait qu'après
une période intermédiaire
limitée dans le temps où le
corps est séparé
(« être nu »,
« être
dévêtu », voir
2 Cor. 5,1 -10), il y aura la
résurrection corporelle. Certes, le
corps terrestre meurt ; ce n'est pas
pour autant que l'existence du corps de
l'homme est dévaluée, ce qui
apparaît dans la résurrection
corporelle de Christ et dans la
résurrection corporelle
annoncée d'avance de tous les
êtres humains (1 Cor. 15).
C'est pourquoi
le repos éternel des âmes est
toujours compris dans l'Écriture
Sainte « sous l'angle de la
résurrection du corps, donc que
l'âme revêtira un nouveau
corps. » (5)
3. La philosophie de Platon
enseigne qu'après la mort, ce qui
« est divin dans
l'homme » retourne vers
« Dieu » (ce doit
être compris d'un point de vue
fortement panthéiste).
L'immortalité est
considérée ici comme une
disposition qualitative, propre à
chaque être de par la nature -
indépendamment d'une quelconque
relation avec un Dieu personnel. La Bible
ne connaît pas une telle
« divinité »,
qui serait prédisposée dans
l'homme ; mais elle parle de la
condition de pécheur de tout
être humain et de la mort qui en
résulte, et qui sera suivie de la
damnation éternelle s'il n'y a pas
eu conversion durant le temps de la vie
terrestre. La vie éternelle - le
salut éternel - est un don gratuit
de Dieu seul (Rom. 6,23 ; Matth. 25,31 ss ;). Dieu seul
possède l'immortalité
(1 Tim. 6,16), mais Il en dispose et la
donne à l'homme, soit pour le salut
éternel soit pour le malheur
éternel.
4.
La
philosophie de Platon postule une
préexistence de l'homme (une
existence avant sa conception) -
partiellement même liée
à un « voyage de
l'âme » -, alors que la
Bible la nie carrément ; mais
elle fait mention d'un plan de Dieu pour
la vie de l'homme avant qu'il soit
engendré (cf. Ps. 139,16 ; Jér. 1,5) et d'une élection
éternelle de l'homme par Dieu
(Eph. 1,4). Par contre, il n'y est pas
question d'une existence de l'individu
avant sa conception. La pensée de
la préexistence se trouve dans la
Bible seulement par rapport à
Jésus-Christ (Jean 1, 1
ss ;
8,58 ; Phil 2,5ff). Quant à l'homme, il
est destiné à
« mourir une seule fois,
après quoi vient le
jugement » (Hébr.
9,27).
Y a-t-il un
enfer ?
Voici que
viennent se poser ces questions : La
doctrine de l'enfer est-elle biblique ou
non ? Que faut-il entendre par
« enfer » ?
Quelle compréhension l'homme a-t-il
de
« l'enfer » ?
Si nous
considérons d'un peu plus
près ce concept
« enfer », nous
constatons qu'il est imprécis. Dans
le mot « enfer » sont
contenus divers concepts
hébraïques et grecs. Il faut
donc distinguer dans les langues bibliques
(même si la chose ne peut pas
toujours se faire clairement)
entre :
- Abyssos (grec),
le gouffre, l'abîme,
particulièrement comme
« prison des démons
condamnés »
(Luc 8,31 ; Apoc.
9,1ss) ; tartaros a un
sens semblable (2 Pi.
2,4) ;
- Shéol
(hébr.) hadès
(grec) : le lieu de séjour
intermédiaire provisoire de la
personnalité immatérielle
(l'âme) jusqu'à la
résurrection, tant pour les
justes que pour les injustes qui sont
séparés les uns des
autres par un gouffre profond ;
l'endroit où se trouvent les
justes est le « sein
d'Abraham » (Luc 16,22) ou le
« paradis »
(Luc 23,43) ;
- Géhenne
(grec) : le feu de l'enfer final
pour les perdus (tiré de
l'araméen
« gehinnain », la
« vallée de
Hinnom », au sud de
Jérusalem, où, jusqu'au
temps de Josias, des sacrifices
d'enfants par feu étaient
offerts ; il passait pour
être le lieu du jugement
divin).
Dans le
« Dictionnaire
théologique du Nouveau
Testament », hadès et
géhenne sont définis
ainsi :
« Pour
le NT, la géhenne est une grandeur
préexistante (Matth. 25,41), un gouffre de feu
(Matth. 13,42.50). Elle est le lieu du
châtiment définitif
après le jour du jugement dernier,
d'une portée éternelle
(Matth.25,41.46 ; 23,15.33). Le corps et l'âme
seront sous le jugement (Matth. 10,28). Il faut donc la distinguer
du hadès, où
séjournent les âmes des
perdus jusqu'au moment de la
résurrection. » (6)
Comment faut-il
interpréter les passages bibliques
où figurent les concepts
« shéol »,
« hadès »,
« géhenne » et
« étang de
feu » ? Sont-ils des
symboles et des histoires symboliques
(c'est ce qu'affirment des sectes comme
les « Témoins de
Jéhova » et d'autres
adeptes de
l'« annihilation » et
du
« conditionalisme ») -
ou couvrent-ils une réalité
pour le présent et pour le
futur ? La géhenne est-elle un
lieu de « pleurs et de
grincements de dents », comme
Jésus l'a affirmé à
plusieurs reprises ?
Il faut
constater d'abord que les concepts
« shéol » et
« hadès » ne
signifient pas la tombe, mais la
sphère du séjour des morts,
le royaume des morts. (7) Par
contre, le terme habituel pour
« tombe » est en
hébreu
« qeber », en grec
« taphos » ou
« mnemeion ». Le
shéol se différencie de la
tombe entre autres par le fait qu'il se
trouve dans une très grande
« profondeur »
(Deut. 32,22 ; Job 11,8 ; 26,5 ; Es. 14,15), qu'il est fermé par
des « portes »
(Ps. 9,14 ; Es. 38,10 ; cf. Matth. 16,18) et que l'on peut y
« descendre »
(Gen. 37,35 ; Nomb. 16,33 ; Job 7,9 ; Ps. 9,18), alors que l'on est
déposé dans la
tombe.
Le shéol
est caractérisé par l'oubli
du monde (Job 14,21 ; Eccl. 9,5ss), mais non pas par
l'inconscience ; la capacité
d'observation et l'activité
restent. Les passages bibliques s'y
rapportant (par ex. Es. 14,9-17 ; Job 14,18-22 ; 25,5 ; cf. Luc 16,19-31) peuvent certes contenir des
éléments imagés dans
des descriptions détaillées,
mais, selon moi, les informations
données, dans leur ensemble,
parlent clairement d'une existence
après la mort. Contrairement
à la période de l'Ancien
Testament, le concept
« shéol/hadès »
prend dans le Nouveau Testament un sens
plus large : « ... outre
l'ancien emploi comme désignation
de l'ensemble du monde des morts, le mot
peut signifier le séjour
intermédiaire soit de tous les
morts soit des impies. »
(8)
En opposition
à cela, la
« géhenne » est
le lieu définitif du séjour
des damnés, l'enfer éternel.
La réalité qui s'y rattache
est décrite comme suit dans le
Nouveau Testament :
- Des pleurs et
des grincements de dents (Matth. 8,12 ; 13,42.50 ; 22,13 ; 24,51)
- Les
ténèbres (Matth. 22,13 ; 2 Pi 2,4.17 ; Jude 6)
- Le feu
(Matth. 3,10 ; 13,40 ; Joh. 15,6)
- Le feu
éternel (Matth. 18,8 -Darby ;
25,41 ; Marc 9,43)
- Le feu et le
soufre (Apoc. 14,9
ss)
- L'étang
de feu (Apoc. 20,14)
- L'étang
de feu et de soufre (Apoc. 20,10 ; 21,8)
- L'étang
ardent de feu et de soufre
(Apoc. 19,20 ; 20,15)
- La fournaise
ardente (Matth. 13,41
ss.50)
- La peine d'un
feu éternel (Jude 7)
- Le feu qui ne
s'éteint point (Marc 9,43.48 ; Luc 3,17)
- cf. Es.
66,24)
- Les tourments
(Apoc. 14,11 ;cf. Luc 16,23ss).
Même si l'on
part du fait que ces termes doivent
être pris en tout ou en partie au
sens figuré, ils recouvrent
pourtant des réalité
effrayantes : l'éloignement de
Dieu, les ténèbres et des
douleurs qui tourmentent. Les indications
drastiques concernant ces dernières
dans la géhenne ne peuvent
être associées, selon moi,
à une extinction ou une destruction
de l'existence, comme l'affirment les
adeptes de le théorie de
l'annihilation. Si l'homme, à sa
mort terrestre, était vraiment
anéanti, incompréhensible
serait la pensée d'un
« feu éternel
inextinguible » (to pyr to
asbeston), d'un « ver qui ne
meurt pas » (ho skolex ou
teleuta), et des tourments qui y sont
liés. Nulle part dans
l'Écriture Sainte, on ne trouve une
preuve nette que ce
« feu » serait un acte
unique de destruction, qui mettrait fin
à l'existence de l'homme, mais au
contraire, l'accent est mis sur sa
durée éternelle
(aionios).
Quand il est
question dans la Bible de
« l'enfer » comme sort
éternel des damnés, le texte
utilise toujours des concepts qui
effraient et font frissonner. La
géhenne n'est pas irréelle,
terrestre, temporaire, vide, le
purgatoire, la destruction ou la
période entre des
réincarnations, comme en font
état certaines doctrines. Elle est
le lieu du châtiment éternel,
des tourments et de l'éloignement
de Dieu.
Le fait aussi
que « la mort et son
royaume » seront jetés
dans l'étang de feu (Apoc. 20,14) ne contredit pas la
réalité de la
géhenne. Bien plutôt, on
exprime par cette formulation le passage
du royaume des morts (shéol et
hadès) comme état
intermédiaire (voir le contexte en
Apoc. 20,12ss) à l'étape
définitive de la damnation
éternelle. Le shéol se
dissoudra - cela signifie que tous ceux
qui y sont, seront livrés à
leur destinée
définitive.
Que signifie
« éternel »
(alonios) ?
On affirme ici
et là que
« éternel »
(aionios) ne désigne pas un
état permanent de tourments, mais
la conséquence d'un acte unique
d'anéantissement : un
état de destruction qui ne prend
jamais fin. Cette argumentation ne
concorde pas avec l'usage
néo-testamentaire du concept
« aionios », qui
exprime une durée ininterrompue.
(9)
En outre, on
peut répondre à cela que le
terme grec
« aionios »,
utilisé dans le Nouveau Testament
pour la « damnation
éternelle », se rapporte
aussi à Dieu et Ses
bénédictions. René
Pache a compté que, dans le Nouveau
Testament, le mot
« aionios » figure
« 64 fois quand il est question
des réalités célestes
et bénies de l'autre
monde » : « Le
Dieu d'éternité, Sa
puissance éternelle, l'Esprit
éternel, la vie éternelle,
l'Évangile éternel, le
royaume éternel, le salut
éternel, la rédemption
éternelle, l'alliance
éternelle, l'héritage
éternel, la gloire
éternelle, la consolation
éternelle, les tabernacles
éternels, les temps
éternels, les choses invisibles
éternelles. » À
sept reprises, il est utilisé comme
marque de damnation : Matthieu 18,8 ; 25,41 ; Jude 7: le feu
éternel ; Matth. 25,46: tourment (ou
châtiment) éternel ;
Marc 3,29 (Dy) et Hébr.
6,2: le
jugement éternel ;
2 Thess 1,9: une ruine éternelle.
Quand il s'agit de Dieu et des
qualités de la
félicité, il ne fait aucun
doute que « aionios »
a le sens d'éternel, d'une
durée sans fin ; il ne
signifie pas seulement « une
autre qualité
d'existence ». Pache demande
avec raison : « Comment un
mot qui signifie 64 fois 'éternel'
peut-il avoir sept fois un autre
sens ? » (10) Puisque
la Bible parle ainsi du tourment
éternel des démons et des
impies, il en résulte qu'ils ne
sont tout simplement pas
anéantis.
En outre, le mot
« apoleia » est
régulièrement utilisé
dans le Nouveau Testament ; il
signifierait un soi-disant
« anéantissement ».
Mais apollusthai signifie (dans le Nouveau
Testament), en opposition à
sozesthai ou à zoe aionios, faire naufrage
définitivement, non seulement
l'extinction de l'existence physique, mais
bien le fait d'être englouti dans le
hadès pour toujours, une
destinée de mort sans espoir... Ici
non plus, il n'est pas question de
l'anéantissement de l'existence...,
mais d'un état dans la mort, plein
de tourments et qui ne finit
jamais. » (11)
Du point de vue
biblique, on constate que
« apollymi » et
« apoleia » et les
mots qui ont la même racine peuvent
avoir toute une série de
significations :
« perdre »
(Matth. 10,6.39 ; 15,24 ; 16,25 ; 18,11.14 ; Luc 15,4.6.8.9.24.32 etc.) ;
« périr »
(Matth. 7,13 ; 7,17 ; 10,28 ; 2 Pi. 2,1 ; Apoc. 17,8,11 etc.) ;
« perdre (gaspiller) »
(Matth. 26,8 ; Marc 14,4) ; « faire
périr » (Matth. 2,13 ; 12,14 ; 21,41 etc.) ;
« périr »
(Matth. 5,29 ; 26,52 etc.). Apoleia n'a donc pas
en premier lieu le sens de
« détruire »,
mais celui de « aller à
la perdition », de
« ruine ». Apoleia
n'est « pas la perte de
l'existence, mais la fin d'une existence
de bien-être. »
(12) (H. -J.
Ronsdorf : Et les morts vivent pourtant.
L'immortalité de
l'âme,
Bielefeld 1992).
Il faut poser
cette question à tous les
annihilationistes : S'il n'existe pas
de vie immédiatement après
la mort de l'homme, mais si les injustes
sont anéantis et si les justes
doivent attendre leur nouvelle
création, comment expliquer alors
les versets bibliques
suivants ?
- Lors de la
scène de la transfiguration
(Matth. 17,1
-8),
Jésus et trois disciples ont vu
apparaître deux personnages de
l'AT : Moïse et Elie. Comment
cela aurait-il pu se faire, s'ils
n'avaient plus existé à
ce moment-là (ou pas encore
existé) ?
- Comment Paul
put-il dire qu'il souhaitait
« déloger et
être avec
Christ » (Phil. 1,23 ; Dy) et
« non pas nous
dépouiller, mais nous
revêtir
(changés) » (2 Cor. 5,4), si une continuation de
l'existence immédiatement
après la mort n'était pas
une réalité ?
- Comment les
témoins de Jésus-Christ
tués et se trouvant sous l'autel
céleste pourraient-ils demander
à Dieu d'intervenir et comment
pourrait-il leur être
répondu
« de se tenir en repos
quelque temps encore, jusqu'à ce
que soit complet le nombre de leurs
compagnons de service et de leur
frères » (Apoc. 6,9-11), s'il n'y avait pas
d'existence entre la mort terrestre et
le Dernier jour ?
- Comment
Jésus aurait-Il pu dire au
brigand sur la croix :
« Aujourd'hui tu seras avec
moi au paradis » (Luc 23,43) et aurait-Il pu, en
Luc 16,
19-31,
décrire l'état
après la mort, si tout cela
n'existait pas
réellement ?
Bien des gens se
réfèrent aux passages
bibliques de l'Ancien Testament,
particulièrement à ceux des
Psaumes et du livre de
l'Ecclésiaste, lesquels traitent du
caractère passager de l'homme et de
sa relation interrompue avec Dieu ainsi
que celui de la création (par ex.
Ps.6,5 ;49,14 ; 115,7 ; Eccl.3,18-22 ; 9,3-10). Si l'on isole de tels
passages et que l'on ignore le contexte de
l'histoire du salut où ils se
trouvent, on peut parvenir à des
conclusions erronées. Mais une
telle exégèse biblique, qui
retire des versets de leur contexte de
l'histoire du salut et omet le passage de
l'Ancien au Nouveau Testament, donne une
compréhension incorrecte et
sectaire de la Bible.
Où se
situe l'Ecclésiaste
(Kohéleth) par rapport à
l'histoire du salut ? C'est
l'état des connaissances de l'homme
relativement à la période de
l'Ancien Testament avant la
résurrection de
Jésus-Christ. La certitude de la
vie éternelle et de la
résurrection de Jésus-Christ
- présentées dans VAT -
n'est là pas encore aussi
clairement manifestée que dans la
nouvelle Alliance. Même si une
continuation de l'existence après
la mort est évoquée dans
plusieurs passages de l'AT (par ex.
Ps. 88,11 ; 139,8 ; Es. 26,19 ; Ezéch.
37 ;
Dan.12,2 ; Job 19,25ss), la pleine assurance de ces
choses n'est donnée que par la
résurrection de Jésus-Christ
comme fondement d'une résurrection
de tous les morts. Par contre, beaucoup de
versets de l'Ancien Testament mettent
à l'avant-plan la peur d'une
justice menaçante et l'aspect
passager de la vie terrestre, chez
Kohéleth
également.
Kohéleth
est « encore fortement
orienté vers le temps de cette
terre » ; il n'a
« aucune certitude quant
à la résurrection de
vie. » (13) Mais il
espère « que tout n'est pas fini avec
la mort » (voir Eccl. 3,17 ;
12,9), qu'il
y aura « un
jugement ». En Ecclésiaste
3,18 et
suivants, c'est l'homme sans Dieu
« qui dit dans son
coeur... » (v. 18) et considère que
« les fils de l'homme et la
bête ont un même
sort », jusque dans la mort.
Mais la ligne mène
« d'ici jusqu'au vainqueur de la
mort :
Jésus-Christ ».
(14)
La même
chose vaut pour Ecclésiaste
9,3 et
suivants : « la
localisation 'sous le soleil' permet de
nouveau de voir que Kohéleth, avec
ses observations, passe à
côté de l'objective
réalité d'une vie à
destination de Dieu. »
(15)
Celui qui se
réfère à de tels
passages ne voit pas qu'ils sont comme des
requêtes qui ont leurs
réponses et leur accomplissement en
Jésus-Christ. Si, en Ecclésiaste
3,21, le
prédicateur pose la question :
« Qui sait si le souffle des
fils de l'homme
monte ? », le Nouveau Testament
répond en 2 Corinthiens
5,1:
« Nous savons, en effet, que,
si cette tente où nous habitons sur
la terre est détruite, nous avons
dans le ciel un édifice qui est
l'ouvrage de Dieu, une demeure
éternelle qui n'a pas
été fait de main
d'homme. »
-
1 C. Westermann,
Genesis, Neukirchen-Vluyn, 2e
édition 1976.
- 2
Theologisches Begrifislexikon zum Neuen
Testament, 1977
- 3 F.
Heidler, Ganztod oder nachtodliche
Existenz ? Theologische
Beiträge, 1985
- 4 W.
Trillhaas, Einige Bemerkungen zur Idee
der Unsterblichkeit, Neue Zeitschrift
für Systematische Theologie,
1965
- 5
Theologisches Begriffslexikon zum Neuen
Testament, II/1977
- 6
Theologisches Begriffsiexikon zum Neuen
Testament, I/1977
- 7
Theologisches Handwörterbuch zum
Alten Testament (THAT), 11/1984 ;
W. Bauer, Wörterbuch zu den
Schriften des Neuen Testamentes, 1971;
Exegetisches Wörterbuch zum Neuen
Testament (EWNT), hg. v. W. BaIz u. G.
Schneider, I/ 1980 ; Theologisches
Wörterbuch zum Alten Testament
(ThWAT) VII/ 1993
- 8 THAT Il/
1984
- 9 Bauer
1971
- 10 R.
Pache, Das Jenseits, Wuppertal
1973
- 11
Theologisches Wörterbuch zum Neuen
Testament (ThWNT) I
- 12 H. -J.
Ronsdorf, Und die Toten leben doch. Die
Unsterblichkeit der Seele, Bielefeld
1992
- 13 CA.
Stoll, Der Prediger, Wuppertaler
Studienbibel 1993
- 14 idem
- 15
idem
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