Les monuments du défi à Dieu... ou des mains jointes vers le ciel
Que la « révélation primitive » ait été ou non conservée, déformée ou partiellement retrouvée dans diverses civilisations, un fait demeure semble-t-il constant : à quelque communauté qu'il appartienne, l'homme des anciens âges est religieux :
j'admet qu'à son destin préside une puissance supérieure, du haut des cieux.
Dés lors, une idée j'obsède : comment approcher ce Maître tout-puissant et au besoin comment lui forcer la main ? La prière est certes un recours. Tous en usent peu ou prou. Mais beaucoup cherchent avec des moyens matériels, qu'ils considèrent comme plus sûrs, parce que concrets, à forcer le ciel. Et l'on verra un peu partout dans le monde, en Mésopotamie, en Egypte, au Mexique ou ailleurs, se dresser de gigantesques monuments, conçus, avec des sentiments divers d'imploration ou de défi, par l'humanité chétive dans son élan vers l'absolu divin.
Parfois, c'est un orgueil démesuré qui inspirera ces constructions surhumaines: l'homme, dans son désir d'égaler Dieu, se construira pour lui-même un mausolée montant jusqu'aux nuées.
D'autres fois, c'est dans le but de communiquer avec la divinité, soit en s'élevant eux-mêmes jusqu'à elle, soit en essayant de la faire descendre jusqu'à eux, que les hommes risqueront de telles entreprises.
« Faisons-nous une ville et une tour dont le sommet troue les cieux », disent dans la GENESE les hommes du pays de Shinéar (mot akkadien qui désigne la Mésopotamie, assimilée ensuite à la Babylonie). Et aussitôt, ils se mettent à l'ouvrage car ils sont bien décidés à faire front et à s'opposer à Dieu lui-même si, par hasard, il décidait d'anéantir une deuxième fois l'humanité par un déluge. La tour avait été prévue si haute que les eaux ne pourraient jamais la recouvrir. Ce fut la « Tour de Babel ».
Où se trouvait-elle? A quoi ressemblait-elle ? Son nom même le suggère, et l'archéologie apporte une confirmation : l'ombre de la géante et célèbre ziggourat de Babylone est projetée dans la tradition biblique. Les ziggourats chaldéennes et babyloniennes étaient des pyramides à degrés, dont chaque étage (il y en avait souvent sept) se trouvait peint d'une couleur différente. Comme le précise la Bible, là « Tour de Babel » était construite en briques jointes par du bitume.
Ce type de bâtiment se rencontre partout en Mésopotamie : à Ur,à Uruk, à Eridu, à Kish ou à Harann. Il remonte à l'aurore de l'histoire. On pense que c'est aussi pour se soustraire aux eaux que, au 4. millénaire avant J. C., les Sumériens dressèrent leurs sanctuaires sur de hautes terrasses.
On a supposé également que ce peuple, originaire d'un pays montagneux, avait l'habitude d'honorer les dieux sur les sommets. En s'installant dans la plaine de Mésopotamie, il aurait souhaité recréer les conditions de jadis. Une autre théorie veut que ces pyramides, de plus de 90 mètres de haut, soient encore des observatoires qui permettaient de contempler à loisir les astres. Ceci n'exclut pas cela : les astres sont souvent des dieux. On a même dit que, dans leur désir d'échapper aux moustiques et au> nuits étouffantes de la plaine.
quelques prêtres, avides de fraîcheur et de confort, avaient ordonné la construction de ces luxueuses cellules !
AUJOURD'HUI A BABYLONE : UN TROU BEANT
La ziggourat de Babylone était comme les autres, surmontée d'un temple à la divinité, étape intermédiaire pour contempler le ciel et percer ses insondables secrets Xerxès, en 476 av. J.-C., la fit détruire. Quelques années plus tard, Alexandre le Grand ordonne d'évacuer les décombres, puis de tenter la reconstruction. Mais,après des mois de travail, des milliers d'ouvriers ne purent même pas
achever la tâche colossale de déblaiement. Pendant des siècles ce ne fut qu'une ruine que les habitants du voisinage exploitèrent comme une « carrière de briques ».
Aujourd'hui la « Tour de Babel des archéologues n'est plus qu'un vaste trou béant où stagnent le eaux de l'Euphrate tout proche.
Témoignage d'une malédiction su cet ouvrage orgueilleux que les auteurs de la GENESE donner pour avoir été construit par les hommes afin d'échapper à ton châtiment divin.
EN EGYPTE : AVANT TOUT, DES TOMBEAUX
Les premiers pharaons se contentèrent de simples sépultures souterraines, les mastabas. Mais bientôt, dès le III. millénaire, le roi Diéser se fit construire, par son premier ministre et architecte, lmhotep, un tombeau plus somptueux : pyramide à quatre degrés, qui s'élevait solitaire. L'édifice ne tarda pas à paraître encore trop modeste : on ajouta deux degrés pour atteindre 60 mètres de hauteur.
Deux siècles plus tard, la pyramide de Chéops, sans degrés cette fois, fut érigée, toujours plus haute, pour abriter la dépouille embaumée d'un pharaon divinisé qui se voulait Dieu lui-même. Puis ce fut la Grande Pyramide, qui dresse jusqu'à 201 mètres de hauteur sa fantastique silhouette triangulaire.
On a souvent voulu prouver que les pyramides n'étaient pas que des tombeaux : elles deviennent les dépôts d'une sagesse secrète, d'une science mathématique compliquée, ou même des rapports prophétiques sur tout l'avenir du monde. Pour l'archéologue, les pyramides égyptiennes n'ont jamais été que des tombeaux gigantesques. Mais rien ne s'oppose à ce qu'on y rêve de tout cela et même à ce qu'on les considère ou comme un tremplin vers le ciel ou comme de formidables déversoirs de ses bienfaits, qui en force la source en leurs sommets.
A des milliers de kilomètres de là, sur le continent américain, surgissent d'autres pyramides, celles du Mexique : Teotihuacan (environ 1000 av. J.-C.) par exemple, et les pyramides mayas de Palenque ou de Chichén-ltzà.
Elles diffèrent nettement des constructions égyptiennes qu'elles rappellent. Ce ne sont qu'exceptionnellement des tombes, mais surtout des plates-formes pour les temples des dieux; plus proches donc, en ce sens, des ziggourats mésopotamiennes. Ces pyramides sont toutes à degrés et il y en a des milliers au Mexique, alors qu'on n'en connaît qu'un nombre limité en Egypte.
AU MEXIQUE LA « TOUR DE BABEL » EUT UNE SOEUR
On est encore plus troublé lorsqu'on lit la légende mexicaine, curieux écho qui n'échappera pas aux lecteurs de la Bible :
« Avant le Déluge, qui eut lieu 4800 ans après la création, le pays était habité par des géants. Tous ceux qui survécurent forant transformés en poissons, à l'exception de sept d'entra eux qui se réfugièrent dans las cavernes. Lorsque les eaux se retirèrent, l'un des géants, Xelhua, surnommé l'architecte, se rendit à Cholollan. Là, an mémoire du mont Tlaloc qui les avait abrités, lui et sas six frères, il édifia une butte artificielle en forme de pyramide. Las dieux contemplèrent avec colère cet édifice dont le sommet devait atteindre les nuages. Irrités de l'entreprise audacieuse de Xelhua, ils lancèrent le feu du ciel sur la pyramide... » L'analogie avec le Déluge de la GENESE et avec la construction de la « Tour de Babel » ne fait qu'ajouter à la parenté entre les ziggourats et les pyramides mexicaines. Ont-elles une origine commune ? Les historiens ne le pensent pas.
Ainsi voit-on surgir un peu partout ces monuments sacrés, cathédrales de l'Antiquité, mais entre eux nul lien apparent. Il en est un pourtant : « Au 3 e millénaire, écrit M. Parrot, l'humanité marchait encore à tâtons, mais déjà ses mains se refermaient dans le geste de la prière et ses yeux avaient, d'instinct, cherché le ciel. »
M. - C. HALPERN
En ce temps-là, la Bible No 6 page II-III.