Entre le temps où la cité de Gézer fut réellement intégrée à Israël, dans la corbeille de mariage de la fille de Pharaon épouse de Salomon (le, Rois, chap. 9, vers. 16) et le temps où, mainte fois désignée sous le nom de Gazara dans le texte qu'on va lire, elle devient un pivot de l'action militaire menée par les Maccabées, il s'est écoulé près d'un millénaire. Après ce dernier épisode glorieux, la ville s'efface dans la nuit des temps. C'est au hasard d'une lecture que Clermont-Ganneau, le célèbre historien et archéologue français, la découvrit à nouveau en 1871 sous le nom arabe de Tell-el-Djezer, se cachait la Gézer biblique, sur les contreforts occidentaux des collines de Judée, surveillant la plaine côtière de la Palestine et la « route de la mer ».
A l'aube du XXe siècle, de 1902 à 1909, furent entreprises, sur le site de Tell-el-Djezer, les premières fouilles dirigées par l'archéologue irlandais, Stewart Macalister. Malgré de nombreuses erreurs dues principalement aux méthodes de l'époque, Macalister démontra du moins l'authenticité et l'importance du gisement.
En 1965, l'archéologue américain William G. Dever décida de reconstituer à partir de ce qui fut mis à jour, l'histoire de Gézer, tout au long de ses trente-cinq siècles d'existence.
Dès le IVe millénaire avant notre ère, des hommes s'installèrent là, dans un village troglodyte. Quelques siècles plus tard, vers l'an 3000 av. J.-C., l'invasion des Cananéens déferle sur le pays, et Gézer devient une petite cité. Bientôt, elle se hisse au premier rang des villes cananéennes, avec Hasor, Megiddo, Jéricho ou Jérusalem.
C'est de l'an 1600 environ av. J.-C., que datent les constructions les plus remarquables. A cette époque, en effet, les habitants de Gézer édifièrent un immense rempart de 15,60 m de largeur, qui devait avoir au moins 8 m de hauteur; les archéologues le nomment « rempart intérieur », par opposition au « rempart extérieur », plus récent et situé plus bas sur les pentes. C'est le plus colossal mur d'enceinte qu'on ait jamais retrouvé en Palestine; ses dimensions mêmes témoignent de l'importance que la cité avait alors.
La « défense » la plus précieuse l'eau
Cependant, ce rempart, si monumental fût-il, ne pouvait suffire à donner aux habitants une réelle sécurité sans que soit assurée, à son abri, la source et la condition de toute vie : l'eau. La découverte de travaux analogues à ceux dont on a retrouvé la trace à Jérusalem, à Mégiddo ou à Gabaon, montre que les défenseurs s'étaient assuré un accès permanent à la source qui jaillissait dans les couches profondes du tell : une longue galerie souterraine de près de 70 m de long, sur 7 de haut et 4 de large, s'enfonçait au coeur de la colline, par une série de degrés, usés au cours des siècles. C'est vers le nord du tell, à l'endroit d'où l'on domine la superbe plaine côtière et tous les environs, qu'on découvrit l'un des plus célèbres de ces « hauts lieux » dont nous parle la Bible. Là, se dressent dix stèles de pierre, dont certaines dépassent 3 m de hauteur, alignées du nord au sud. Auprès de ces « matsébôth », se trouve un grand bassin en pierre bien taillée.
Longtemps, les savants se sont interrogés sur le sens de tels « sanctuaires » cananéens. Diverses théories ont été émises à ce sujet. On pense aujourd'hui que celui-ci comme beaucoup d'autres, était consacré au culte des défunts, chaque stèle commémorant un citoyen particulièrement vénérable de Gézer.
Au début du XVIe siècle avant notre ère, sous la domination des Hyksos, de nouvelles techniques offensives font leur apparition en Palestine : on use du bélier, et de machines qui envoient par dessus les murailles des projectiles divers. Il fallait se donner du champ. On entreprit d'élever un glacis sur la face externe du rempart. Il était formé de couches alternées, très régulières, d'argile brune bien tassée et de craie blanche dont les strates forment un magnifique dessin géométrique que l'on peut encore admirer.
Ce dispositif, même renforcé du « rempart extérieur » épais de 3,50 m, ne protégea cependant pas toujours Gézer contre les attaques répétées des Égyptiens. Si la ville résista, semble-t-il, aux Israélites lors de la conquête de Canaan (au début du XII,, 9. av. J.-C.), un des deux derniers pharaons de la XXIIe dynastie, Siamon ou Psousennès II, beau-père de Salomon, en vint à bout peu après l'an 1000 av. J.-C. Le grand roi d'Israël en ayant pris possession y effectua d'importants travaux de reconstruction et de fortification, Il en reste notamment une superbe porte à quadruple tenaille, en belles pierres de taille, dont le plan et les dimensions sont identiques à ceux des portes de Mégiddo et de Hasor, édifiées à la même époque. Parmi les ruines de la ville salomonienne, on a retrouvé un extraordinaire calendrier agricole, qui fixait aux cultivateurs d'il y a 3 000 ans, le cycle annuel des moissons.
Gézer prospéra jusqu'à l'arrivée des Babyloniens, en 587-586 avant notre ère, qui ne laissèrent derrière eux que des ruines. Celles-ci furent pourtant à nouveau relevées, et la cité connut un regain de prospérité à l'époque hellénistique lorsque Gézer devint Gazara. De l'époque des Maccabées. on a mis à jour les vestiges de belles demeures dotées de cours.
Un kibboutz occupe le site de la place forte
Mais un siècle et demi plus tard, au début de l'ère chrétienne, on ne trouvait plus sur le site qu'une propriété privée, le domaine d'un Grec nommé « Alkios » puis, pendant près de 2 000 ans, Gézer ne fut qu'un coteau abandonné où venaient paître les troupeaux. Aujourd'hui, les pionniers israéliens sont installés à Gézer, et font revivre le domaine que Salomon reçut en cadeau de noces.
M.-C. HALPERN
En ce temps-là, la Bible No 39 pages II-III.