Jéricho,
cité biblique célèbre par
la campagne qu'y mena Josué,
intéressa très tôt 1
archéologues désireux de
vérifier par les faits ce que la
tradition racontait. On ne saura dire qu'ils
trouvèrent là des preuves
indiscutables du prodige qui livra la ville
forte a Hébreux. Cependant, sur le plan
général, leurs découvertes
dépassèrent leurs espérance
en 1865, Charles Warren, après une seule
campagne de fouilles, proclama fièrement
qu'il n'y avait plus rien à
découvrir à Jéricho. Ces
déclarations n'empêchèrent
pas Sellin et Watzinger de fouiller le site de 1
908 à 1 91 1.
Puis, de 1 930 à 1
936, le professeur Garstang y entreprit à
son tour des recherches. Enfin, après la
dernière guerre, ce fut Miss Kathleen M.
Kenyori, dont les travaux sont fort
connus.
Quels ont
été les résultats obtenus ?
Ils sont si spectaculaires que Miss Kenyon
n'hésite pas à dire que
Jéricho est « la plus vieille ville
du monde! »
Dès l'aurore de la
civilisation, en effet, des populations jusque
là nomades, attirées par la source
fraîche d'Aïn-es-Suitan qui,
aujourd'hui encore, abreuve largement la
cité, en ont choisi les abords, au moins
comme campement principal. Il semble que ce soit
depuis le début du Ville
millénaire avant notre ère - ou
même plus tôt que les hommes se sont
ainsi fixés à
Jéricho.
Au VIlle
millénaire, l'agglomération
était déjà remarquablement
étendue : elle occupait environ trois
hectares, ce qui peut représenter
l'habitat de 2 000 personnes environ; elles
vivaient dans des logis de forme à peu
près circulaire, très simples, a
terre crue, et couverts de branchages.
.
Une « place forte
» d'il y a 10 000 ans
Les habitants ignoraient
la poterie ne possédaient pas d'animaux
domestiques et ne cultivaient probablement pas
la terre. Ils tiraient seulement leur
subsistance de produits, suffisamment abondants
de la chasse et de la cueillette.
Mais à ces
fondateurs de Jéricho qui, par ailleurs,
nous semblera bien frustes, revient cependant la
construction d'une majestueuse tour de pierre,
large de dix mètre et haute de huit
mètres cinquante qui s'appuyait contre un
mur d trois mètres de large et de quatre
mètres de haut; celui-ci est parfois
considéré comme un mur d'enceinte,
bien qu'on en perd la trace en de nombreux
endroits, La tour et la muraille faisaient-elles
partie d'un système défensif
édifié par des citadins disposant
d'une « organisation communale et d'une
« organisation centrale fondées sur
une législation? Ce tains le soutiennent,
tandis qu d'.autres réclament des preuve
irrécusables avant de confère
à cette agglomération d'il y 10
000 ans le statut d'une « cité
» Il semble que ce premier Jéricho
ait été abandonné pendant
un temps assez long. Puis, au Vlle
millénaire, de nouveaux habitants
s'installent et les coutumes se
transforment.
On trouve alors des
maisons rectangulaires de grandes dimensions
(l'une, par exemple, a plus de soixante
mètres carrés). Les murs sont
blanchis au plâtre, et peints, à
leur base, d'une belle bande rouge; ce qui
montre le soin apporté dans la
construction et même dans la
décoration de ces demeures. Les morts
étaient enterrés mais,
curieusement, la tête souvent
détachée du corps, et parfois
recouverte d'un modelage de plâtre :
peut-être pour marquer le défunt
à l'image d'un ancêtre
particulièrement
vénéré.
.
Après
l'abandon, une renaissance, ... jusqu'au temps
des patriarches
Subitement, à la
fin du Vlle millénaire, Jéricho
est à nouveau abandonnée pour 1
500 ans. Certains donnent au fait des raisons
d'ordre climatique : une forte hausse de
température, et pensent que
l'évaporation s'est alors tellement
accrue au Proche-Orient que la vie y
était impossible, sinon en montagne ou au
bord de la mer. Vers 4500 av. J.-C., le climat
se rétablit : les hommes peuvent revenir
à Jéricho.
La nouvelle population
(néolithique) qui s'installe amène
avec elle l'usage de la poterie, jusqu'alors
inconnue, mais semble quant au reste bien peu
évoluée : nulle trace de maisons
convenablement construites, ni de remparts
épais, ni de ce qui pourrait être
le signe d'une organisation urbaine. De
ceux-là on n'a retrouvé que des
poteries grossières et des vestiges de
maisons de briques crues.
Aux environs de l'an 3000
av. J.-C., le vent des invasions souffle sur la
région : un peuple, venu d es
déserts de l'est, pénètre
dans les terres fertiles de la frange
côtière et submerge au passage les
populations locales. C'est alors la civilisation
de l'Age du Bronze ancien. marquée, en
Palestine, par l'importance grandissante des
villes. Jéricho est ceinte de vastes
murailles que l'on dut reconstruire seize fois,
estime-t-on : l'érosion travaillait vite
ces édifices de briques, aidée
qu'elle était par les infiltrations
souterraines d'eau, les tremblements de terre ou
les incendies allumés par
l'ennemi.
Attaqués sans
cesse, ces fiers remparts étaient
à la hâte relevés par les
habitants, tant ceux-ci craignaient les nomades.
Finalement, les guerriers venus du d sert en
eurent raison : ils furent anéantis par
les flammes avec la cité
elle-même.
Mais Jéricho sera
encore reconstruite. Aux dévastateurs qui
ne font que camper sur les ruines de la ville
succède, vers 1 900 av. J.-C., une
pacifique population d'agriculteurs venus de
Syrie. Ce sont gens tranquilles qui savent
construire des maisons solides et utiliser le
tour pour la poterie. Ils vont vivre là
pendant 700 ans.
C'est le temps des
patriarches. Abraham et ses descendants
n'étaient alors que des nomades vivant
sous des tentes de peau de chèvre, qui
devaient bien connaître - et
peut-être envier la vie paisible et
confortable des habitants des villes. Ceux-ci
prospèrent à Jéricho. Ils
disposent d'un mobilier confortable : tables,
sièges aux pieds incurvés,
coffrets, tapis. accessoires de toilette. Un
élégant ou une
élégante du temps a même
tenu à se faire accompagner dans sa tombe
de ce qui semble bien être une coquette
perruque.
Cependant, ces bourgeois
prudents connaissent de graves problèmes
de sécurité. Ils se font
construire un rempart qui semble de conception
totalement neuve ; deux murailles
parallèles, distantes de trois à
quatre mètres, dont l'intervalle est
rempli de débris, formant ce que l'on
appelle un « glacis ». Telles
apparaissent aux archéologues les «
infranchissables murailles » que
Josué pouvait s'attendre à voir
devant lui.
Pourquoi les habitants de
Jéricho avaient-ils changé leurs
méthodes défensives? La
réponse est imprécise. Il est
cependant probable que de nouveaux moyens de
défense répondaient à de
nouvelles tactiques offensives l'introduction du
bélier, ou de projectiles, ou même
de chars de combat. Il convenait dès lors
de garder l'ennemi à distance. Qu'a-t-on
retrouvé de ces murailles
légendaires? Les vestiges
présentaient un caractère bien
curieux: les pierres du rempart extérieur
étaient tombées vers le dehors,
alors que celles du rempart intérieur
étaient tombées en sens contraire
: vers le dedans.
Les savants
s'interrogèrent sur ce fait bizarre et
arrivèrent à la conclusion que
l'écroulement du rempart était
dû à un tremblement de terre,
phénomène assez fréquent
dans cette région.
.
Un énorme
incendie... plusieurs siècles avant
Josué
Les maisons, elles,
présentaient des traces évidentes
d'un énorme incendie qui évoque
bien sûr ce que rapporte la Bible : «
On brûla la ville avec tout ce qu'elle
contenait. » Encore faut-il que
l'arrivée de Josué devant
Jéricho soit contemporaine de la
destruction des murailles. Le problème a
soulevé mille controverses. La
plupart des
spécialistes s'entendent aujourd'hui pour
dire que le « glacis » fut
détruit plusieurs siècles avant
l'arrivée de Josué. Il deviendrait
donc probable que Josué eut affaire
à un autre rempart, plus tardif. Mais le
tell de Jéricho, par trop
érodé en son sommet, rend
pratiquement impossible toutes recherches qui
pourraient donner des indications très
précises pour l'histoire de la ville
postérieure à 1500 ans av. J.-C.
Aussi faut-il, pour l'instant, renoncer à
retrouver sur le ,terrain les traces
indiscutables de la prise de la ville par les
guerriers d'Israël vers 1190 avant notre
ère.
M.C.
HALPERN
Depuis cent ans, le tell
de Jéricho est reconnu et exploré.
Les fouilles que dirigea, de 1930 à 1936,
le professeur anglais John Garstang, permirent
de mettre à jour cette enceinte de
l'âge du Bronze, donc nettement
antérieure à la conquête de
Josué. (CI. Lessing - Magnum.)