|
|
Le Juif
a-t-il toujours été
commerçant?
En réalité,
Eretz-Israël n'a jamais été un
paradis. Si prospérité il y a, si le
sol produit du blé, de l'orge, du raisin,
des olives, des dattes et d'autres fruits pour
assurer la nourriture, c'est grâce au dur
labeur de la population. La culture du lin
était très répandue dans ce
pays. Les femmes de Galilée savaient faire
le tissage et la confection d'habits en lin, alors
que la spécialité des femmes de
Judée était les tissus de laine. En
174 ap. J.-C., Pausanias louait encore la
qualité et la pureté du Byssus
judaïque. La particularité du sable de
Galilée permettait la fabrication du verre.
Hébron et ses environs formaient un
célèbre centre de poterie. La Mer
Morte fournissait de l'asphalte et du sel.
Cependant le blé, le vin et l'huile
constituaient les vraies richesses du pays - telles
qu'elles figuraient comme symbole sur certaines
pièces de monnaie. L'huile d'olives
remplaçait le beurre et la graisse.
Quand l'année
était bonne, de grandes quantités de
blé et d'orge se trouvaient sur les marches
de Sepphoris, Tiberias et Ashkalon. En ce qui
concerne l'exportation, elle était mal vue
puisque les récoltes déficitaires
exigeaient certaines réserves. En outre, la
taxe à l'exportation pesait sur les prix. En
effet, si l'impôt à l'exportation se
limitait à 1/8e, les taux de taxe furent
souvent fixés de façon arbitraire. En
ce qui concerne l'importation, elle comprenait tous
les métaux qui manquaient au pays: or,
argent, fer, plomb et zinc.
Malgré ce trafic de
marchandises, la position du commerçant ne
jouait pas un grand rôle aux temps bibliques.
Cependant, en dépit de cela, on qualifie le
Juif d'éternel commerçant. Dans la
littérature biblique, le mot
«Kenaani» (Cananéen) signifie
aussi commerçant. Or la Bible ne parle
pratiquement jamais du commerçant juif.
Malgré leur proximité, les villes
portuaires des Philistins et des Phéniciens
n'exerçaient pas d'attrait sur les Juifs.
Plus tard seulement, lors de la Diaspora,
principalement en Egypte et en Grèce, la
structure professionnelle des Juifs se modifia. On
entendit alors parler de banquiers effectuant des
opérations financières avec des
souverains. Lorsque les gens d'Hérode
habitant en Israël voulaient emprunter de
l'argent, ils devaient se rendre à
Alexandrie, car il n'y avait ni changes ni
courtiers à Jérusalem.
Les chefs du peuple
refusèrent le négoce jusqu'aux
derniers moments du peuplement juif en Eretz
Israël. Ainsi, se référant
à la Bible, Rabbi Eleasar (2e siècle)
attribua à l'agriculture la première
importance parmi les activités du peuple.
Alors qu'il se promenait à travers les
champs d'orge mûrs pour la moisson, il
s'exclama: «C'est vrai, la fertilité
des champs pourrait rapporter davantage à
l'économie en faisant du trafic. Cependant
semez sans faire du commerce! Même si
apparemment vous ne ferez jamais fortune, la
bénédiction reposera finalement quand
même sur l'agriculture». Dans son petit
livre «Contre Apion», Josèphe
Flavius Mer siècle) écrit:
«Nous, Juifs, ne trouvons aucun plaisir
à faire du commerce, ni à favoriser
par lui les relations avec les étrangers -
notre occupation principale consiste à
travailler notre terre merveilleusement
labourable». Le peuple qui, plus tard, fut si
intensément impliqué dans le
capitalisme n'avait, à l'origine, rien d'un
organisme commercial ayant le but de
développer le système
monétaire, L'intervention de Jésus
dans le trafic des vendeurs sur la Place du Temple
(Mat. 21), indique une influence inhabituelle des
Juifs de la Diaspora en Israël. Par cet
épisode nous voyons combien, au temps de la
Bible, le commerce était peu
considéré en Israël. Ce n'est
qu'après la dispersion des Juifs que leur
image changea, puisque les pays dans lesquels ils
vivaient leur interdisaient l'acquisition de terres
ou l'exercice de leur profession. Au Moyen Age, la
création de corporations aggrava leur
situation. En effet toutes les portes
professionnelles étaient fermées aux
Juifs et tout accès aux corporations
interdit; il ne leur restait que le commerce. C'est
ainsi que, tout au long des siècles, le
monde les força au trafic monétaire.
A cela s'ajoutaient les continuelles
persécutions et expulsions des Juifs qui,
finalement, préféraient placer leurs
économies dans des valeurs comme l'or ou le
diamant, plutôt que dans des
propriétés de terrains.
Des noms juifs tels que
Rothschild, Wertheim, Tietz ou Fürstenberg
étaient tellement liés au monde des
finances que bientôt, dans l'opinion
publique, tous les Juifs étaient
considérés comme de «riches
Rothschild». Or dans tout cela le courtier
juif se trouvait souvent dans des situations
douloureuses. En effet, alors que d'habitude tout
débiteur doit répondre de sa dette,
on mettait la dette sur le dos du créancier.
Pratiquement, on chassait tout simplement le Juif
afin d'être dégagé de tout
engagement par contrat. C'est paradoxal mais vrai:
ces mêmes non-Juifs qui avaient contraint
leurs concitoyens juifs au trafic commercial en
leur interdisant les métiers d'artisans,
insultaient plus tard les Juifs, les traitant de
«commerçants éternels» ou
d'«âmes mercantiles».
Mais ensuite, après
avoir échappé à la pression de
la Diaspora et après être revenus au
pays de leurs pères, ils
redécouvrirent bien vite leur
véritable vocation: l'agriculture et
l'artisanat. Aussi, en très peu de temps, le
désert fut transformé en jardin
florissant et les montagnes dénudées
en forêts verdoyantes. A présent, on
entend un slogan en Israël dont le vrai sens
rappelle les normes du temps de la Bible:
«Dans la Diaspora, les Juifs étaient
bons commerçants et mauvais paysans; de
retour à la maison, en Israël, ils sont
mauvais commerçants et bons
paysans!»
Nouvelles
d'Israël Novembre 1988
©
Nouvelles d'Israël
|
|