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Gabaon, la
"Bordeaux" biblique
Quelques experts discutent
encore du site de cette ville : celle qui, la
première de Canaan, réclama et
obtint, par ruse, l'alliance du peuple
d'Israël au moment de la conquête
(Josué, chap. 9); celle-là aussi qui
détint, probablement après que
l'Arche ait été enlevée de
Silo, ce qui restait du sanctuaire du
désert, et notamment son autel,
jusqu'à l'achèvement du Temple de
Salomon (1" Chroniques, chap. 16, vers. 40). La
très grosse majorité des
archéologues admettent cependant, depuis une
dizaine d'années, qu'on l'a bien
retrouvée : près d'El-Djib, au
nord-ouest de Jérusalem. Le haut lieu
où le prêtre Sadoq offrait «
constamment, matin et soir, l'holocauste »
aurait couronné la colline où
s'élève aujourd'hui une
mosquée dédiée au
prophète Samuel : nebi-shemuel.
C'est en 1960 qu'une
expédition américaine a
découvert là de nombreuses tombes'
des poteries, flèches, armes diverses et
amulettes qui attestent de l'existence d'une
cité sur la colline d'El-Djib dès le
début du troisième millénaire
avant notre ère (Age du Bronze Ancien).
Prospère à l'époque d'Abraham
(aux premiers siècles du second
millénaire), Gabaon connut son apogée
à l'époque de la conquête des
Israélites (XIIe s. av. J.-C.) et au cours
des quelques siècles qui suivirent
(Josué, chap. 1 0, vers. 2). Les
résultats des fouilles confirment en effet
l'importance de la ville d'alors : elle
s'étendait sur six hectares et demi, soit
davantage que Aï, Jéricho ou
Jérusalem. Depuis longtemps elle
était défendue par un mur d'un
mètre et demi d'épaisseur. Mais les
Gabaonites mirent judicieusement à profil
les années de paix avec les Hébreux,
en se dotant, au XI siècle avant J.-C.,
d'une nouvelle ligne fortifiée : ils
édifièrent une muraille colossale de
près d'un kilomètre de
circonférence, épaisse de plus de
trois mètres et qui s'élevait
probablement à sept mètres de
hauteur. Pour réaliser cet ouvrage, quatre
mille tonnes de pierres furent
détachées à l'aide de coins
mouillés, transportées, et enfin
assemblées 1
Bien protégés
par ce puissant ensemble, les habitants de Gabaon
se préoccupèrent, comme le feront
plus tard ceux de Jérusalem, de ce qui
conditionne surtout les possibilités de
résistance d'une cité devant un
éventuel assiégeant :
l'approvisionnement en eau. Ils entreprirent donc
la construction du monument souterrain qui fait
toujours l'étonnement des visiteurs : une
immense citerne, profonde de vingt-cinq
mètres, et qui contenait cent quatre-vingt
mille litres d'eau. De forme cylindrique, avec sa
paroi creusée à la verticale, elle
était accessible par un escalier en spirale
de soixante - dix - neuf marches,taillées
elles aussi en plein roc.
.
Pour 180.000 litres d'eau
... 100.000 litres de vin !
Un système de canaux
très perfectionné amenait l'eau vers
cette réserve sûre. Tout au long des
murs, des petites niches devaient recevoir les
lampes à huile qui éclairaient le
travail des puiseurs d'eau.
Au cours de leurs travaux,
les archéologues mirent également
à jour de curieuses installations, datant du
Vlle siècle av. J.-C., dont la destination
leur échappa tout d'abord : il s'agissait de
tout un ensemble de caves, remplies de grandes
jarres, et munies de divers bassins de forme
curieuse, de cuves et d'ustensiles de toutes
sortes.
Pendant toute la durée
des fouilles, le mystère subsiste. Mais on
fit un jour un rapprochement entre les
installations de Gabaon et celles, toutes proches,
de Latrun, que les moines trappistes utilisent
encore pour la fabrication du vin.
Alors, tout devint clair : il
s'agissait là d'une installation viticole;
les vastes pressoirs permettaient chacun à
deux ou trois personnes de fouler aux pieds le
raisin ; les cuves servaient à la
fermentation du moût puis, dans les bassins,
le vin se décantait, déposait sa lie;
enfin, le précieux liquide était
versé dans les grandes jarres, dont
plusieurs portaient sur l'anse l'estampille de leur
lieu de fabrication : « gb'n » (Gabaon),
ou celle du nom de leur propriétaire :
« lmlk » (au roi), Azariah, Hananiah,
etc. Celles qu'on a recensées pouvaient
recueillir près de cent mille litres de vin.
Elles étaient finalement gardées au
frais, dans l'une des soixante-trois caves
aménagées à cet effet.
Cette importante industrie
expliquait l'opulence de la cité aux belles
demeures de pierres magnifiquement taillées,
et dont les toits étaient @soutenus par
d'élégantes colonnes.
Malgré sa richesse, la
ville fut abandonnée au retour de l'exil,
dans le courant du V, siècle avant notre
ère. Phénomène
étonnant, quand on songe qu'aucune
calamité connue, et pas même la
guerre,n'était jamais venue troubler la
prospérité tranquille de celle qu'on
a surnommée : « la Bordeaux biblique
» depuis que ses caves ont livré le
secret de la grande prospérité
qu'elle connut.
M.-C.
HALPERN
En ce
temps-là, la Bible No 29 pages
II-III.
©
En ce temps-là, la Bible
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